‹ Tableau de ParisChapitre 103 sur 154 · COUTUME · texte numérisé non relu

COUTUME

r\N nous parle des Tahuglanks, situés au nord du Nou- ^ veau-Mexique, vers le deux cent quarante-unième degré de longitude. On nous en parle comme d'un peuple policé qui h^jx a aussi ses arts brillants, mais des coutumes fort extraordinaires.

Un prince du sang, chez les Tahuglanks, établit sa chaise percée tout au milieu de sa chambre, en présence de sa maison et de ceux à qui il donne audience. C'est une prérogative dbnt il se montre jaloux. Placé sur ce trône mobile, le prince constipé ou dévoyé fait publiquement, sans voile et sans paravent, toutes les grimaces que lui commande

sa situation. Un grand valet debout et attentif lui présente des pattes de coton avec lesquelles le prince s'essuie ; le valet les range Tune dessus l'autre comme des beurrées, et sous f œil ouvert des assistants. On voit les déjections de monseigneur. L'odorat des courtisans rassemblés a beau s'armer de constance, il ne peut se soustraire aux tourbillons des alcalis volatils.

- De belles dames qui viennent faire leur cour et demander des grâces, arrivent quelquefois au milieu de la cérémonie, et ne s'en vont pas ; ce serait un manque d'usage. Elles restent et font la conversation de l'air du monde le plus aisé.

Mais si le seigneur Tahuglank chie au nez de tous ceux qui entrent chez lui le matin, son maître le lui rendra bien le lendemain ; il s'asseyera encore plus fièrement sur la chaise percée, et embaumera son vassal. Celui-ci aura besoin de la ferme contenance qu'il exigeait la veille ; il n'osera pas détourner la tête ; la conversation ira son train, comme si les parfums les plus suaves remplissaient l'appartement ; il n'offrira qu'un nez impassible en songeant que c'est un prêté-rendu, et qu'à trois jours de là, lorsqu'il prendra médecine, sa cour particulière aura le visage calme et serein à l'aspect des contorsions redoublées qu'il variera tout à son aise et dans tout le loisir possible.

Voilà bien le sujet d'un chapitre pour un nouveau Rabelais, je ne suis pas assez docte pour l'entreprendre. En quel temps a commencé cette coutume ? Comment s'est-elle perpétuée ? Comment règne-t-elle encore chez ce peuple, dont les gazettes nous vantent le goût, la politesse et les grâces ? Est-ce une filiation de l'histoire du Grand-Lama qui fait don de ses excréments desséchés à tous les princes et vassaux du Thibet ? Mais ils sont du moins en poudre. Il jouit seul de cette glorieuse prérogative ; et parmi les Tahuglanks, il ne faut avoir qu'une goutte du sang royal dans les veines, pour inviter tout le monde au spectacle des fonctions journalières de la garde-robe avec tous leurs accompagnements.

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