DE LA COUR I
ont encore la physionomie plus altérée que les hommes. Tous ces visages, malgré leurs masques, ne peuvent pas . cacher les passions cruelles qui souvent les dévorent. ^Xés princes, sauf les exceptions, ont une double paresse dans l'esprit ; comme ils reçoivent leurs idées de ce qui les y o«-AJ2^L environne, ils ne savent point avoir les leurs en propre ; par la même raison qu'on les chausse, qu'on les habille, qu'on leur épargne la moindre fatigue, ils s'habituent à recevoir leurs pensées d'autrui, toutes faites et toutes formées. J
L'art de penser exige une sorte de méditation prolongée ; et ce n'est que dans le choc de plusieurs idées contradictoires, qu'on apprend à démêler l'idée véritable. Les princes de tous les pays raisonnent tout différemment des autres Hommes, parce qu'ils ignorent certains usages de la vie, qùTnlnrâpprennent que par l'expérience. Ils ont quelquefois des idées grandes, mais elles ne sont pas liées à ce qui est ; ils ont de la dignité, et ils marchent mal ; ils sont riches, et ils ne savent pas compter ; ils parlent bien, et ils ignorent l'orthographe, la grammaire.