‹ Tableau de ParisChapitre 105 sur 154 · LA GALERIE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

LA GALERIE DE VERSAILLES

LE Parisien, le jour de la Pentecôte, prend la galiote jusqu'à Sèvres, et de là court à pied à Versailles, pour y voir />j les princes, la procession des cordons-bleus, puis le parc,

puis la ménagerie. (1) On lui ouvre les grands appartements ; on lui ferme les petits, qui sont les plus riches et les plus curieux.

Ils se pressent à midi dans la galerie, pour contempler le Koî qui va à la messe, et la Reine, et Monsieur, et Madame, et monseigneur comte d'Artois, et madame comtesse d'Artois ; puis ils se disent l'un à l'autre : as-tu vu le roi ? — Oui, il a ri. — C'est vrai ; il a ri. — Il paraît content. — Dame ! c'est qu'il a de quoi.

M. Moore (2) a fort bien observé que pendant la messe,

(1) En revenant, le petit peuple raconte l'histoire connue du Suisse de la ménagerie. Ce portier à livrée royale avait l'emploi de donner tous les jours six bouteilles de vin de Bourgogne à un dromadaire. Cet animal étant venu à mourir, le Suisse présenta un placet, par lequel il demandait à la cour la survivance du dromadaire. (Note de Mercier).

(2) Médecin et littérateur anglais. Accompagna en Europe, eu 1770, un rils de la duchesse d'Argyle. A publié entre autres ouvrages : Coup d' œil sur la Société et les mœurs en France, en Suisse et en Allemagne.

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tandis qu'on lève l'hostie, tous les yeux sont fixés sur le roi, et que personne ne s'agenouille du côté de l'autel.

Au grand couvert, le Parisien remarque que le roi a

mangé de bon appétit, que la reine n'a bu qu'un verre

jkjL d'eau. Voilà ce qui fournira à l'entretien pendant quinze

jours ; et les servantes allongeront le col, pour mieux

écouter ces nouvelles.

Quant aux tableaux, aux statues, aux antiques, il n'a pas d'yeux pour cela; mais il admire les glaces, le dais du trône, et la quantité de plats qu'on pose sur la table royale. Les carrosses surdorés, les Cents-Suisses, les Gardes- du- Corps et les tambours le frappent aussi beaucoup. £Jfrt<^t, /* *y**f'

Qui ne se donnerait pas ce rare plaisir trpjs»^>u quatre fois l'année ? Est-il dans aucune langue une comédie qui approche de celle qu'offre journellement V œil-de-bœuf ? Quand on a vu les courtisans si petits devant le Soleil comme dit le moindre bourgeois, il n'est plus possible de / les voir grands ailleurs.

y Mais il faut apprendre aux étrangers ce que c'est que l'œil-de-bceuf ; c'est une antichambre qui retient son nom d'une fenêtre de forme ovale. Là vit un Suisse carré et colossal ; c'est un gros oiseau dans la cage. Il boit, il mange, il dort dans cette antichambre,^ et n'en sort point : le reste du château lui est étranger. Un simple paravent sépare son lit et sa table des puissânce5~^ë celhoride. Douze mots sonores ornent sa mémoire, et composent son service. Passez, messieurs, passez ! Messieurs, le roi ! retirez-vous. On n'entre pas, monseigneur ! Et monseigneur file sans mot dire.

Le soir un groupe de courtisans traversent de nouveau l'œil-de-bceuf, et s'attroupent auprès d'une porte fermée, en attendant qu'elle s'entr'ouvre. Ce sont des prétendants à l'honneur insigne de souper avec le maître : tel a pourfj^, suivi cette grâce pendant trente-cinq années, fidèle tous les jours de sa vie à cette porte ingrate ; et il est mort à la poursuite de ses faveurs, sans l'avoir vu bâiller pour lui.

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