LA GALERIE DE VERSAILLES
Chacun se flatte d'une espérance qui ne s'éteint pas, quoique si souvent trompée. Au bout de deux heures, cette porte adorée et pressée dans un tremblement respectueux^s'entr'ouvre : nn huissier de la chambre paraxt avec une lfcte à la main, et crie sept à huit noms ; noms fortunes detrent, ou plutôt se glissent dans 1 étroit et envie Jassage. Puis l'huissier ferme subitement la porte au nez des autres qui, faisant semblant de se consoler de cette disgrâce, s'en vont le chagrin et le desespoir dans le
°Un bourgeois de Paris dit très sérieusement à un Anglais, qu'est-ce que votre roi ? H est mal logé cela tait Pi.e en vérité. Voyez le nôtre, il habite Versailles. Est-ce la un château superbe ? En avez-vous un pareil a citer ? Quelle grandeur, quel éclat, quelle magnificence Cette foule couverte d'or, tout cela est lWrage de Louis XIV i a employé près de huit cents millions pour le château et es jardins c'était un grand roi ! l'article seul du plomb pour 1 s conduits d'eau était de trente-deux millions ; il a brûle le définitif du compte ; c'est le plus magnifique palais qu il y ait au monde. Nos princes du sang enfin ont une cour plus brillante que celle de votre roi d'Angleterre.
Et il continue sur ce ton aux yeux de 1 Anglais qui, stupéfait d'un tel raisonnement, admire le Parisien et ne sait que lui répondre. „
La reine régnante a fait placer des réverbères depuis ^ Versailles jusqu'à la barrière de la Conférence; de sorte .QL que vous pouvez partir de l'œil-de-bceuf et aller jusqu a ^^ la grande allée de Vincennes, c'est-à-dire, dans un espace de cinq lieues et demie, toujours sur une route éclairée. Aucune ville ancienne ni moderne n'a offert ce genre de magnificence utile. Toute jouissance qui devient publique, prend un caractère de grandeur, et ne doit plus s appeler
In yp ^>*
Sans doute M. Sherlock (i) quittait Paris sur cette superbe ( i ) Prédicateur et théologien anglais.
route, quand il a dit : jamais un homme n'est parti de Paris gai. Quelle qu'en soit la raison, on est toujours triste en sortant de Paris. On doit surtout être triste, si je ne me trompe, quand on sort de la capitale pour aller dans les bureaux de Versailles, ou demander quelque grâce, ou implorer justice, ou poursuivre quelque projets. Il faut parler à des commis qui vous écoutent sans répondre, et dont le parti est pris avant de vous avoir entendu.
La haine du peuple dans aucune circonstance ne va jamais jusqu'au monarque ; elle a trop de milieux à tra^ verser ; elle s'attache aux commis, aux administrateurs
1 particuliers, aux hommes en place, aux ministres du second et du troisième ordre, remparts exposé aux reproches, aux injures, et à qui l'on attribue les malheurs publics. Ils * — ' sont là pour affaiblir l'inimitié, si elle avait lieu. Le peuple sent que le monarque ne saurait jamais le haïr, qu'il veut le bien, qu'il le cherche, parce qu'il est de son intérêt de le vouloir et de le trouver.
C'est enfin le pays où l'on se tient debout toute sa vie. On va partout sans s'asseoir nulle part. Un courtisan qui a quatre-vingts ans, nouveau Siméon Stilite, (1) en a bien
passé quarante-cinq sur ses pieds, dans l'antichambre du
roi, des princes et des ministres.
L'étiquette fatigue beaucoup les hommes de cour, mais elle ne fatigue pas moins les personnes qui en sont l'objet ;
• l'étiquette donne des lois à ceux qui en donnent à la terre : ainsi tout est compensé.