LIBRAIRES
Ies libraires se croient des hommes de conséquence, ** parce qu'ils ont l'esprit d'autrui dans leur boutique, et qu'ils se mêlent quelquefois de juger ceux qu'ils impriment.
Il n'y a rien de plus comique que le début timide et avantageux d'un poète qui grille d'être mis au jour,etqui aborde pour la première fois un typographe de la rue Saint- J acques ( 1 ), lequel se rengorge, et se rend appréciateur du mérite littéraire. Il reçoit un chef-d'œuvre avec un froid accueil, et souvent il est plus terrible et plus cruel envers l'auteur débutant, que la meute des journalistes et l'inexorable public.
Comme cette branche de commerce est, à Paris, dans la dépendance la plus humiliante, les libraires sont devenus des marchands de papiers noircis : ils chérissent de préférence les auteurs féconds, grands manufacturiers du Parnasse, qui font des compilations critiques, historiques, des extraits de voyages, etc. Et quelques académiciens savent que ce produit l'emporte encore sur celui des jetons.
(1) A cette époque le quartier des imprimeurs.