LIBRAIRES
On emploie à Paris, année commune, environ cent soixante mille rames de papier pour l'impression ; la raison philosophique ne saurait en obtenir une page, pour se faire entendre. Les gênes, les entraves, les règlements de toute espèce ont effarouché le commerce, çrui demande à être libre pour prospérer : tout le monde s'est plaint et se dit rainé ; imprimeurs, libraires, auteurs. Les premiers ne veulent rien acheter ; et quand ceux-ci impriment à leurs frais, les libraires ne donnent aucun cours au livre : les contrefacteurs, (race indestructible) pendant ce temps, s'emparent de l'ouvrage, et l'auteur a perdu son salaire, et de plus, ses avances. Voilà l'état de la librairie.
Un libraire de Paris disait fort naïvement : je voudrais bien tenir dans mon grenier, Voltaire, Jean- Jacques Rousseau et Diderot, tous trois sans culotte ; je les nourrirais bien, mais je les ferais travailler. Pourquoi l'un est-il riche, et pourquoi les autres ne travaillent-ils pas à la feuille?