LE PARLEMENT
j es parlements sont-ils une émanation des états généraux ? ■L* Les remplacent-ils dans leur absence par la nature même de la monarchie, qui admet nécessairement un corps intermédiaire? Ont-ils été plus utiles aux rois qu'aux peuples, ou aux peuples qu'aux rois ? N'ont-ils pas achevé de détruire nos antiques libertés, en offrant à la nation un rempart vain et illusoire ? Sont-ils des représentants de la nation, lorsque leurs charges sont tout à la fois héréditaires et
(1) Auteur de Y Almanach de Liège, publié pour la première fois vers 1636.
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vénales, caractère distinctif de l'aristocratie qui se trouve au sein de la monarchie ? Qui les a chargés, tantôt de livrer le peuple au roi, tantôt de résister au roi sans le vœu du p3uple ?
Le parlement de Paris a fait brûler vif en 1663 Simon Marin, parce qu'il se disait incorporé à Jésus-Christ. Cette épouvantable barbarie date du beau siècle de Louis XIV, ' lorsqu'il donnait des fêtes élégantes et superbes, lorsque Corneille, Racine, la Fontaine écrivaient, lorsque Lebrun tenait le pinceau, lorsque Lulli et Quinaut mariaient leurs talents. Mais les poètes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens décorent une nation et ne l'éclairent pas.
Un philosophe courageux aurait sauvé la vie à , Simon Morin, en démontrant la double démence des juges et de l'accusé. Ce philosophe ne se trouva pas. Boileau fit la même année une plate satire, non contre le parlement qui avait livré à l'horrible supplice des flammes un insensé, mais contre quelques auteurs qui ne versifiaient pas aussi heureusement que lui. Racine, s'enfermant dans son cabinet, composa une tragédie française d'après une tragédie grecque ; il immola son Iphigénie, et parla de Calchas, sans oser faire la moindre allusion à cette atroce cruauté. Fénelon lui-même n'a rien dit. Qui de tous ces hommes célèbres a parlé ? C'est une honte éternelle à tous les écrivains polis du beau siècle de Louis XIV, que je serais tenté d'appcller à demi-barbare.
Aujourd'hui les actions des juges sont observées, et leur iniquité ne passerait pas sans réclamation. Quand le même parlement fit périr par un horrible supplice l'infortuné de La Barre, un cri universel s'éleva contre cet arrêt fanatique, sauva la victime de la flétrissure, et rendit le corps (les juges plus odieux que le tribunal de l'Inquisition.
Ce même parlement fait traîner sur la claie les suicides,
les fait suspendre à la potence par les pieds, au lieu de les
considérer comme des mélancoliques atteints d'une maladie
ré( 'lie.
; Il fait brûler les pédérastes, sans songer que la punition