‹ Tableau de ParisChapitre 131 sur 154 · SEPARATION · texte numérisé non relu

SEPARATION

pvÈsqu'un contrat de mariage est signé dans la coutume U de Paris, les deux époux ne peuvent plus s'avantager ni se rien donner, ni même rien y changer, vécussent-ils cent ans.

Le mariage est indissoluble ; le divorce est défendu par les lois divines et humaines ; mais si deux époux veulent se séparer, ils n'ont qu'à se donner des chiquenaudes devant deux témoins, la justice les sépare à l'instant ; ils ne peuvent cependant pas se marier à d'autres, mais ils vivent librement, en attendant que la mort leur ait fait l'amitié de limer cette chaîne maudite que la déraison leur a rendue si pesante. Admirez la sagesse et la profondeur de cette législation qui défend le divorce et admet la séparation ; c'est-à-dire, qui rend deux être inutiles à l'Etat, et qui les voue au libertinage.

.Une femme attaque son mari et obtient la séparation pour cause d'impuissance ; mais elle n'aura point un autre mari.

Il y a dans nos lois des peines contre l'adultère; mais comme il faut des témoins, rarement dans l'espace de trente ans voit-on une femme, dans la chaste capitale, qui ai subi les peines portées par la loi ; il est donc évident que tout ce qu'on a dit sur les maris n'est que pour fournir au style et à l'amusement d'un conte.

Tous les enfants, dont les pères et mères n'ont pas été mariés en face de l'église et par les ministres, sont déclarés bâtards ; ainsi l'on punit les enfants pour la faute de leurs pères, et la loi s'est plu à faire une foule de malheureux et à leur ravir leur existence, comme s'ils n'étaient pas déjà assez à plaindre de ne pouvoir nommer les auteurs de leurs jours.

Le concubinage est défendu par les lois divines et humaines, mais le bon ton l'autorise ; et des évêques, des abbés, des prêtres, des moines, des seigneurs, des magistrats, des marchands, des artisans, etc., sont concubins, et les concubines forment le tiers des femmes de la ville.

Les femmes séparées de leurs maris entrent au couvent. Cette retraite a un air de décence : mais l'on sort tous les jours de la semaine. Il y a ensuite le conseil de la femme séparée, et parmi ce conseil il se glisse quelques consolateurs. Toutes ces femmes séparées arrivant de différentes provinces, se trouveront réunies dans une communauté, telle que S aint-Chaumont, rue Sf Denis. Comme leur situation est la même, elles se racontent mutuellement leur histoire ; et le nom des maris, dans cette sainte maison, sonne plus désagréablement que celui du diable. On ose à peine le prononcer. Ceux qui viennent visiter les belles recluses, n'appellent les maris que les adversaires. Tous sont condamnés à ce tribunal féminin, et l'on n'y reçoit avec plaisir que ceux qui ne portent point le joug du sacrement. On s'extasie sur le bonheur des célibataires, on les place au rang des hommes les plus sages.

Les avocats, dont le style est le plus mordant, trouvent à renchérir encore dans leurs diatribes contre le pouvoir marital. Un quart d'heure d'entretien à Saint-Chaumont, leur en dira plus qu'ils n'en pourraient trouver en euxmêmes, en imitant les orateurs les plus véhéments. Il est passé en règle dans cette communauté, qu'il n'y a pas un seul mari qui ne soit un tyran, un monstre; et que ce n'est que l'extrême douceur des femmes qui empêche de faire de toute la ville une communauté d'épouses séparées;

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