‹ Tableau de ParisChapitre 15 sur 154 · PROMENONS-NOUS J · texte numérisé non relu

PROMENONS-NOUS J

Il y avait loin de ce char à celui qui conduisait Louis XVI, le jour de son sacre, dans la ville de Reims. Mais le bon Dagobert ne croyait peut-être pas à la possibilité d'une plus grande magnificence.

A la rue du Pet-au-Diable et à la rue Tire-Boudin, je vois succéder les belles rues qui environnent le Luxembourg, le Palais-Royal et les Tuileries. Des hameaux ont été le berceau de grands empires ; et des barques de pêcheurs, l'origine de puissances maritimes.

A mesure que le cimetière des Innocents (i) vient affliger ma vue, j'aperçois aussi la tour octogone, où l'on faisait sentinelle contre les Normands, dont les incursions subites et fréquentes alarmaient la ville. Dans la belle rue Saint- Antoine, venaient des choux, des carottes et des navets. Là se tint le tournois où Henri II fut blessé : là se battirent depuis et se firent justice mutuelle les infâmes mignons de Henri III.

Le quartier de l'Université me -dit que Philippe- Auguste aima les lettres et fonda les écoles : ces écoliers peuplèrent la ville ; et c'est à raison de cette population, que le parlement devint sédentaire sous Philippe le Bel : ainsi les lettres ont toujours été utiles.... Je glisse un peu sur le pavé : cela me fait souvenir qu'on ne commença de paver les rues qu'en 1184, et que ce fut un financier qui fit cette bonne œuvre : après en avoir donné le projet, il contribua beaucoup à la dépense.

Si je traverse la place des Victoires, je me dis : on volait en plein jour, sur ce terrain où l'on voit aujourd'hui la figure d'un roi qui voulut être conquérant. Ce quartier s'appellait le quartier Vide-Gousset. Un petit bout de rue, qui conduit à la place où le souverain est représenté en bronze, en a retenu le nom ; et dans cette place des Victoires, qui a si longtemps révolté l'Europe, je ne puis m'em-

(1) Ce cimetière avait son entrée dans le bas dejla rue Saint- Denis, devant la rue Aubry-le-Boucher.

pêcher de me rappeller ce courtisan (i) qui, selon l'abbé de Choisi (2), avait eu le dessein d'acheter une cave dans l'église des Petits-Pères, de la pousser sous terre jusqu'au milieu de cette place, afin de se faire enterrer, et de pourrir religieusement sous la statue de Louis XIV, son maître, V homme immortel.

Je ne traverse point la rue delà Féronnerie (3), sans voir le couteau sanglant de Ravaillac sortir fumant de ce cœur généreux, qui ne méritait pas de mourir de la mort des tyrans.

C'est le bon Henri IV qui a fait achever le Pont-Neuf ; son effigie a réjoui ma vue presque chaque jour de ma vie : mais jusqu'à quand dureront les maisons sur les ponts, les marchés infects, étroits et sans abord, les rue tortueuses, embarrassées et malpropres ?

Et je vois la Bastille que Charles V fit bâtir, sans en deviner le futur emploi, et que tout ami des lois ne considère point, sans s'indigner et gémir.

C'est tout auprès, et sur le quai des Célestins, que je revois en idée l'hôtel Saint-Paul, qu'occupait le sage Charles V. La royauté alors avait un front populaire : la maison royale était flanquée de colombiers, les jardins renfermaient des légumes, et un luxe monstrueux ne consternait pas le regard du citoyen.

Rue des Ecrivains (4). Le nom de Nicolas Flammel, si cher aux adeptes, me revient en mémoire ; il fut bienfaisant, et conséquemment sa mémoire doit être honorée. Il fonda des hôpitaux, et toutes ses libéralités ont porté l'empreinte d'un véritable ami de l'humanité. Je vénère Nicolas Flammel et Pernelle sa femme. Qu'il ait trouvé la pierre

(1) Le maréchal de la Feuillade : il avait déplu d'abord au roi. 11 dit : il a de l'aversion pour moi; eh bien, je la surmonterai, et je serai son favori. [Note de Mercier.)

(2) Membre de l'Académie Française, mort en 1724.

(3) Cette rue longeait le cimetière des Innocents.

(4) Parallèle à la rue des Lombards. .

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