‹ Tableau de ParisChapitre 29 sur 154 · LA COURTILLE · texte numérisé non relu

LA COURTILLE

ON ne sait ici bas à qui la renommée promet ses faveurs éclatantes. Elle tire de la plus profonde obscurité, des noms qu'elle proclame tout à coup, et rend illustres. Ces noms passent dans toutes les bouches, s'attachent à la langue nationale, et deviennent immortels. Tel est le fameux nom de Ramponeau, plus connu mille fois de la multitude que ceux de Voltaire et de Buffon. Il a mérité de devenir célèbre aux yeux du peuple, et le peuple n'est jamais ingrat. Il abreuvait la populace altérée de tous les faubourgs, à trois sols et demi la pinte : modération étonnante dans un cabaretier, et qu'on n'avait point encore vue jusqu'alors !

Sa réputation fut aussi rapide qu'étendue. Une affluence extraordinaire rendit son cabaret trop étroit, et l'emplacement s'élargit bientôt avec sa fortune. Je ne parlerai point des princes qui le visitèrent. Le sourire du peuple, a dit Marmontel, vaut mieux que la faveur des rois.

Il fut question de le faire monter sur un théâtre, pour le livrer tout entier aux avides regards du public, qui ne voulait voir que lui. Il avait signé un engagement avec l'entrepreneur d'un spectacle ; mais il se rétracta, alléguant sa conscience, qui lui reprochait d'avoir voulu monter sur un théâtre. Il en naquit un procès ; mais Ramponeau

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