‹ Tableau de ParisChapitre 30 sur 154 · LA COURTILLE · texte numérisé non relu

LA COURTILLE

triompha, et ses avocats adverses furent vertement chapitrés par leur ordre : tant le génie prédominant de ses heureux destins terrassait tous ses ennemis.

La fortune vint à la suite de la renommée : il enrichit la langue d'un mot nouveau ; et comme c'est le peuple qui fait les langues, ce mot restera ; on dit ramponer, pour dire boire à la guinguette hors de la ville, et un peu plus qu'il ne faut.

La réputation du P. Elisée (depuis prédicateur du roi) commença vers le même temps, comme il le dit lui-même ; mais le P. Elisée ne fut pas suivi comme Ramponeau. Le P. Elisée est retombé dans l'obscurité, et le nom de Ramponeau est vivant. Tant que le peuple aimera à boire du vin à six sols, il se souviendra avec une tendre reconnaissance, que Ramponeau le donnait à trois et demi.

C'est à la Cour tille que s'agite le dimanche un peuple qui consacre ce jour-là à la boisson et au libertinage, que dans un étage au-dessus on appelle galanterie : il est presque sans voile dans ces tavernes, où cette populace étourdit sa raison sur le profond sentiment de sa misère. C'est la brutalité de la passion, qui, dans ce qu'on appelle le bas peuple, fait le grand nombre d'enfants ; et le philosophe, après s'être promené à la Courtille avec ses yeux observateurs, ne pourra s'empêcher de dire : c'est là où la nature gagne, car elle perd avec les classes supérieures ; et ce sont les inférieures qui la dédommagent des pertes qu'elle fait chez les grands et chez le bourgeois trop aisé.

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