OISIFS
Que fait monsieur un tel ? — Il vit de son bien, c'est un rentier ; on lui écrit de la province, intéressé dans les affaires du roi ; c'est-à-dire, qu'il est intéressé à ce que le trésor royal soit dans l'aisance. Il ne lit des papiers publics, que les paiements de V hôtel- de-ville de Paris, et pour savoir à
quelle lettre (i) en est le payeur. Il voudrait s'appeler Aaron, ou du moins Abraham ; voilà tout son chagrin. I] va au spectacle sans s'embarrasser de ce qu'on y donne. Il- a doublé son fils d'un gouverneur, et il n'y songe plus. Il ne faut pas avoir grand génie pour vivre ainsi de son bien ; et cependant un gros rentier passe pour ce qu'il veut être. Il est doublement sujet ; car dans toutes les circonstances possibles, il votera toujours pour son royal créancier.
Si cet oisif avait vécu à Athènes, il aurait méprisé Socrate ; ôtez-lui néanmoins son habit, ses gens, ses gros diamants, son carrosse, que restera-t-il ? Otez à Socrate sa robe ; il n'y perdra pas grand' chose, c'est toujours Socrate.
Ces parvenus, qui n'ont eu d'autre science que d'arracher beaucoup d'argent, emploient le ciseau du statuaire et le pinceau du peintre à faire passer leurs traits à l'avenir ; et l'art se prostitue.
La dérision ne les touche plus : le moteur universel et puissant, l'or, les absout : cette estime fatale des richesses corrompt les idées les plus saines ; et ne disent-ils pas d'après Boileau :
T'ai cent mille vertus en louis bien comptés !