‹ Tableau de ParisChapitre 59 sur 154 · COMPLAINTES · texte numérisé non relu

COMPLAINTES

et du libertinage sont renfermées dans les derniers couplets. Ces chanteurs se distinguent des chantres profanes, et pour marquer leur métier religieux, ils portent une croix et un scapulaire : on sent bien qu'il n'ont point la trogne rouge, comme les distributeurs des chansons dissolues, jamais ils ne montent sur un tréteau ; ils marchent à pied d'un pas lent, et leur extérieur annonce la componction.

Les faits extraordinaires, et qui tiennent par quelque côté au crime et au repentir, forment aussi le sujet de ces complaintes. Quelques hommes de lettres, dans des moments de détresse, en ont composé à neuf francs la pièce, quand la verve des poètes du Pont-Neuf était à sec, ou bien quand la matière exigeait une voix plus renforcée. On a célébré ainsi Desrues, (1) et sa complainte reparaît de temps en temps, comme on remet au théâtre une pièce ancienne et mémorable.

Tout finit donc par des chansons, comme dit le proverbe de la comédie ; et les événements les plus tristes finissent encore par là, tant le caractère de la nation la porte à mettre tout en vaudevilles. J'ai lu, en vers burlesques, les guerres civiles de la Ligue et de la Fronde, et même l'histoire de France. Quand le Français ne rit pas, il faut toujours qu'il chante ; quand il ne chantera plus, ce sera une époque effrayante.

Page 1