‹ Tableau de ParisChapitre 80 sur 154 · PAIN BENIT · texte numérisé non relu

PAIN BENIT

Tous les habitants de Paris sont obligés de rendre dans iT leurs paroisses, chacun à son tour, le pain bénit. Les protestants n'en sont pas dispensés, parce que les cures soutien^ "Tô^îTien estimé. Fut directeur de l'Opéra et surintendant de la musique du roi (1713-1797)-

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nent que c'est une maxime reçue en France, que tout Français est censé catholique.

Chacun doit le rendre en personne ; mais on se dit malade, et l'on envoie son domestique ou sa femme de chambre porter l'oblation, tenir le cierge et baiser la patène. Le bourgeois charge la femme du pâtissier de toutes les cérémonies et de toutes les promenades à faire dans l'église. Telle depuis vingt-cinq ans ne fait pas d'autre métier fêtes et dimanches, elle offre incessamment le gâteau qu'elle a pétri et mis au four la veille.

C'est un spectacle de vanité pour la petite bourgeoisie, et un objet d'intérêt pour la fabrique. Outre le gâteau, il faut donner quelques pièces d'argent ; c'est un impôt annuel de douze à dix-huit livres pour le plus pauvre. La fabrique ac€olle plusieurs paroissiens peu aisés, pour exécuter ensemble cette coûteuse cérémonie ; mais les paroissiens riches sont réservés pour les fêtes solennelles. Alors ils mettent une sorte d'ostentation à se montrer généreux et magnifiques. Ils posent leurs armes sur de gros pains bénits ,ils étalent leurs cordons fastueux devant les chantres et les acolytes. La large pièce frappe le bassin d'argent et retentit à l'oreille des spectateurs émerveillés. Le curé et les marguilliers s'inclinent, les Suisses en gants blancs les précèdent, des flambeaux de cire éclairent la pompe du spectacle. Ils ont dépensé cinquante louis pour ces pieuses futilités.

Qu'en résulte-t-il ? Les bedeaux, distributeurs discrets de ces fragments consacrés, auront de quoi tremper leurs soupes pendant huit jours, et pourront manger leurs potages au pain bénit.

Si un particulier obstiné se refusait à cette oblation, il y serait contraint par un grave arrêt du parlement.

Il y a eu à ce sujet plusieurs procès facétieux. Un poète a tourné en ridicule les marguilliers et la fabrique ; mais nonobstant cela, la fabrique et les marguilliers font exactement rendre le pain bénit au plus déterminé rieur, bon gré, malgré.

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Sur une grande paroisse, votre tour vient plus rarement ; mais sur une petite, l'étroite circonférence vous condamne plus souvent aux frais de l'offrande.

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