MIRACLES
rjN a dansé sur la tombe du diacre Paris ; on a mangé ^ de la terre de son tombeau. Quoi de plus miraculeux que cette frénésie ? Voir l'homme éteindre le flambeau de sa raison ; une ville entière se repaître de prestiges : quoi de plus étonnant ?
Ensuite est venue la guérison miraculeuse d'une dame
(1) Ce livre que l'on peut voir à la Bibliothèque Nationale est un recueil d'eaux-fortes de la plus belle exécution d'art.
de la Fosse, qui pour preuve a suivi la procession du Saint- Sacrement pendant trente années. Il n'y avait rien à répondre à cela : aussi point de contradiction.
Le dernier miracle qui s'est fait à Paris, ou plutôt que le peuple a imaginé, regardait une vierge de plâtre du fau- \gjtsitjfr, bourg Saint-Antoine. Cette vierge était dans sa niche à l'encoignure d'une rue, sans qu'aucune personne eût jamais pris garde de quel côté elle avait la tête tournée. La procession du Saint- Sacrement venant à passer, quelqu'un s'écria qu'elle venait de tourner la tête du côté du prêtre, comme pour saluer son divin fils. Ce miracle passa de bouche en bouche ; la populace accourut ; une vieille alluma un cierge au pied de la vierge ; le lendemain cinquante mille âmes sur pied environnaient la statue de plâtre. C'était en
Notez que la vierge de plâtre adossait la boutique d'un marchand épicier, qui vendait des cierges ; il eut bientôt vidé tout son magasin ; c'était à qui en allumerait. Le concours devint si considérable, que la police ne sut trop comment amortir cet enthousiasme et dissiper la foule
C incroyable qui remplissait ce faubourg. On enleva la vierge ; elle fut transportée ailleurs et enfermée.
On dit que le marchand épicier, qui était mal dans ses affaires, avait décolé l'image de plâtre, et au moyen d'un fil d'archal lui avait fait tourner -la tête, persuadé qu'il était, qu'il vendrait assez de cire aux dévots pour remonter sa fortune délabrée.
Le prophète de la rue des Moineaux ne demeura pas aussi paisible ; il guérissait, par le simple attouchement, tout le peuple par une commotion électrique vraiment inexplicable. Il guérit comme faisait Jésus-Christ ; il en a reçu ses pouvoirs. Le prophète fut renvoyé doucement, et cette fermentation qui avait embrassé la ville entière, tomba tout aussi précipitamment qu'elle s'était formée.
Jl^y-^yraiment des épidémies morales qui naissent tout à coup, et cîorït^ôirhe saurait assigïrer~ia cause, ni prévoir les effets. Une police qui rompt avec adresse ce vent
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