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NOTICE

Les abbayes au moyen âge et particulièrement dans le Nord de la France. — Abbayes de S' Jean à Valenciennes, et de S' Saulve, — Biographie de Dom Buvry, ses œuvres. — Utilité du manuscrit, objet de cette publication. — Pourquoi il est inédit.— Pénurie d'historiens modernes Valenciennois.

Le mouvement religieux en France a atteint son apogée au moyen-âge. La chrétienté couvrait alors le sol de cathédrales et de châteaux, de monastères et de beffrois. Aux ardeurs d'une foi vive qui remuait les cœurs et les pierres, s'ajoutait l'élan imprimé par les libertés communales; aussi quelque soit l'opinion qu'on ait d'elle, faut-il saluer en cette époque la naissance d'une multitude d'actes mémorables, parallèlement à l'éclosion d'innombrables oeuvres artistiques, encore aujourd'hui l'objet de notre admiration.

Au XIV'' siècle il y avait en France, d'après la mention prise dans la Gallia Chnstiana, mille cinq cents abbayes ou fondations monastiques. Le département du Nord actuel, pendant toute la souveraineté des ducs de Bourgogne et des Espagnols, jusqu'aux jours sanglants de la Révolution, fut un des territoires les plus pourvus de couvents et d'églises. Outre l'exemple transmis des grands aux humbles et contribuant à entretenir dans les esprits le foyer des croyances, un intérêt politique favorisait encore la fondation des congrégations. La domination espagnole notamment y trouvait un appui contre les mécontents et contre les calvinistes.

Ainsi s'explique la raison de l'immense influence exercée alors par les nombreuses abbayes. — Protégés du pouvoir, s'enrichissant au fur et à mesure par les dons et les legs des particuliers ou des novices prononçant des vœux, accumulant peu à peu les revenus qu'ils ne dépensaient pas entièrement, les moines devinrent opulents et passèrent à l'état de puissance. Il faut le dire à leur actif: ils firent travailler et dotèrent le pays de mainte œuvre remarquable. Tandis qu'un certain nombre d'entre eux, d'un esprit plus borné, se livrait aux travaux de la terre, et défrichait des sols marécageux, d'aucuns à l'imagination ornée ou au goût développé par l'étude des maîtres, descendant du cœur des Flandres ou revenant d'Italie, enrichissaient de suaves miniatures les vélins des manuscrits ; d'autres encore se contentaient patiemment de les copier ou composaient de savants traités dont la théologie formait le thème principal. — Rappellerons-nous au lecteur les célèbres abbayes avoisinant Valenciennes au siècle dernier : Anchin, Marchiennes, Saint-Amand, Hasnon, Flines, Crespin, Denain, Fontenelles, Vicoigne, Saint-Saulve, Maroilles, etc., autant de noms évoquant à la pensée, des temps entièrement différents du nôtre et des traditions rigides disparues. Citerons-nous encore les diverses congrégations ou confréries peuplant Valenciennes et dont les dénominations pittoresques offrent matière à rêverie, comme par exemple : les Brigittines, les Béguines, les Ladres, les Chartrières, les Récollets Wallons, les Jésuistesses, les Badariennes, les Sémériennes, les Damoiseaux, les Frères Mineurs, etc., etc.

Mais nous n'avons à parler ici d'autres monastères que de l'abbaye de Saint Jean à Valenciennes, et de l'abbaye de Saint-Saulve près cette ville, à laquelle appartenait Dom Buvry. Une mention, placée sur la page précédant le manuscrit, objet du présent opuscule, nous apprend en effet qu'il a été copié par cet abbé de Saint Sauhe sur un original déposé à l'abbaye de Saint Jean en Valenciennes. Il n'est donc pas indifférent pour le lecteur

désireux de s'attacher au sujet, de posséder une donnée sur ces deux monastères et sur leur rôle. Qu'il nous soit donc permis d'en dire quelques mots, en condensant les intéressants documents de Simon Le Boucq, l'historien valenciennois.

L'abbaye de St-Jcan remontait à l'an 680, nous dit le prédécesseur de Simon Le Boucq, d'Oultreman, année où furent également fondées les églises St-Waast et St-Géry.

Elle fut successivement dirigée par des chanoinesses de. St-Augustin, des chanoines séculiers, puis de loio à 1173 par des chanoines réguliers. Dès l'année 1142 époque où décéda le premier abbé de St-Jean, on compta trente-huit abbés jusqu'à 1652, date où s'arrête l'histoire de Simon Le Boucq. Presque tous ceux-ci, dont le pieux et érudit prévôt nous donne la liste, portent des noms obscurs, mais ça et là, Simon Le Boucq relate des faits ecclésiastiques d'un intérêt plus attachant, entre autres, le récit des cérémonies religieuses de l'abbaye, les fondations de confréries, les améliorations survenues, etc.

On y suit par exemple avec un vif sentiment de curiosité, le détail des rapports piquants qu'eurent entr'elles l'abbaye de St-Saulve et l'abbaye de St-Jean. Primitivement vers 1140, la paroisse St-Géry appartenait à l'abbaye de St-Saulve et les chanoines de St-Jean, peu satisfaits de leur dépendance, firent pieds et mains pour enlever cette aubaine à ceuls de St-Saulve, poussant l'audace de l'envie, jusqu'à dresser et publier une fausse bulle du pape Eugène, leur accordant l'octroi de l'exercice pastoral dans l'église St-Géry. Le pape instruit de ce sacrilège, donna naturellement tort aux chanoines de St-Jean, et chargea l'évêque de Cambrai de faire rentrer les religieux dans l'obéissance. Ceux-ci, grâce aux conseils de leurs amis, cédèrent et acceptèrent de payer une rente à St-Saulve, ce qui rétablit l'accord. Au XV I« siècle, il y eut des règlements émanant de l'évêque de Cambrai, et des concordats passés entre St-Jean avec St-Saulve et avec les autres églises de 'Valenciennes, tels que le chapitre

de la Salle, St-Nicolaset N.-D. de la Chaussée, pour déterminer les catégories de paroissiens appartenant à l'abbaye de St-Jean, et pour couper court aux difficultés que soulevaient ses empiétements.

L'intérieur de son église était riche en ornements et en reliques, sa chapelle était le lieu consacré où les magistrats prêtaient serment entre les mains du comte, Seigneur de Valenciennes : on y célébrait aussi les funérailles des gouverneurs de la province. Telle est cette célèbre abbaye, dont le nom est associé à tous les événements de la ville au moyen-âge ; c'est là, dans sa bibliothèque, qu'était venu puiser le savant et laborieux moine de St-Saulve, et qu'entre autres manuscrits, il avait remarqué et copié celui qui fait l'objet de notre publication, auquel il a omis de donner un titre, mais que nous ne pouvons mieux désigner, croyons-nous, que sous celui-ci : Tableau de Valenciennes au XVIII^ siècle. C'est en effet un exposé succinct, mais trèsintéressant, de la situation et de l'administration de Valenciennes à cette époque.

L'abbaye de St-Saulve a une légende fort poétique, que raconte Simon Le Boucq dans son langage imagé et quelque peu provincial pour le XVII® siècle, si l'on songe que la tragédie du Cid avait paru quatorze ans plus tôt.

« Sainct Saulve, évesque d'Angoulême, ayant esté martyrisez proche de Valentienne, en l'an 798, l'empereur Charlemaigne, par révélation divine, vint audit Valentiennes pour enlever le sainct corps, comme aussy cestuy de son compaignon, qui pareillement avoit esté martyrisé avecq lui, et ce trois ans après leur martyre, sçavoir l'an 801. Et les ayant recouverts dans une estable au village de Buvraiges, ce noble et dévot Empereur eult envie de les coUocquer dans l'église de St Vaast, assize hors des murs dudit Valentienne, auquel effet on les posa sur un chariot tirez de deux bœufs pour les conduire illecq : mais ces bestes se rendant immobiles, ne volurent pour rien que soit marcher

ny avancherd'un seul pas ; pourquoi l'Empereur ordonna de les faire tourner vers Bruay, pour les poser en l'église de saincte Pharaïlde, mais ce fut aussy en vain. Ce que voyant, il ordonna de laisser aller les bœufs la part qu'ilz vouldroient et suivant ce, allèrent droit au village de Brena (qu'on dit maintenant de St Saulve) devant l'église de St Martin, où le glorieux martyr, peu auparavant sa mort, avoit célébré la saincte messe et faict une notable prédiction au peuple. L'Empereur, de ce grand miracle fut fort resjouy, et pourquoy il ordonna de bastir une nouvelle église, tenant à la susdicte de St Martin, et la feit dédier et consacrer à l'honneur de Dieu et des apostres saint Pierre et saint Paul, à laquelle pour la révérence des sainctz, il collocqua six chanoines et ung prévost, leur donnant pour leur entretien partie du fisc de "Valentiennes. Ces chanoines se donnant du bon temps et s'esgarant du chemin de salut, furent mis hors de ce monastère, pour y establir les religieux de l'ordre de saint Benoist, qui estoit à St Géry en Valentienne. » (i)

Les bénédictins de Saint Saulve voulant resserrer la règle de leur discipline, pour éviter tout oubli ultérieur, ne tardèrent pas à adopter les prescriptions sévères de l'ordre de Cluny. Sortis de St Géry à Valenciennes, les religieux eurent de ce chef le patronat de l'église du même nom, comme nous l'avons dit plus haut, dans nos développements sur l'abbaye de St Jean. Simon Le Boucq nous donne une liste des vingt-cinq premiers prieurs jusqu'au milieu du XVe siècle, puis nous perdons un instant leur chronologie jusqu'au commencement du XV 11^. Nous savons en effet par un manuscrit des XVII et XVIII» siècles, intitulé : Prioruni sancti Salvii caialogus et rcs gesla', conservé à la bibliothèque municipale de Valenciennes et provenant de l'abbaye de St Saulve, qu'il y eut 43 prieurs depuis la fondation du monastère jusqu'en 1619, année où fut nommé le dernier, et 8 abbés de 1629 à 1671.

(!) Histoire ecclésiastique de la Ville et Comté de Valentienne, par Simon Le Boucq. — Valenc. Prignet 1844. Chap. CXIll, 289.

Cet intéressant manuscrit est en somme, l'histoire de l'abbaye de St Saulve et des actes des prieurs et abbés. On y trouve des détails importants, comme la mention que l'abbaye contenait de nombreuses reliques de saints et des parcelles de la vraie croix venant de Rome, comme cette autre, que la chapelle de St Barthélémy, hors la porte Cambrésienne « était des appartenances de St Saulve, fondée avec son hôpital l'an douze cents deux, que l'on y gardait encore des reliques de ce saint apôtre, dans un cornet enrichi d'argent. » Le précieux document débute par une vie de St Saulve qui vivait vers 1104 après J. C. ; cette biographie est écrite en latin.

Arrivant à la liste des abbés, nous apprenons que celui de St Saulve était nommé par ses confrères et confirmé par le roi. A St Amand le roi nommait directement. Dom Philippe d'Oignies, de prieur fut créé premier abbé de St Saulve, béni et mitre le 7 octobre 1629. Dom Buvry le dernier abbé fut nommé le 12 avril 1761.

Jean-Baptiste Juvénal Beuvry ou Buvry (i) naquit en 1723. Nous connaissons la date de sa naissance par celle de sa mort, la seule donnée par la Biographie valenciennoise (2). Il mourut en effet le 28 mai 1792 âgé de 69 ans. Né vraisemblablement àValenciennes, il garda toute sa vie pour la cité, une affection dont témoigne l'ardeur qu'il mettait à rassembler dans sa bibliothèque tout ce qui pouvait concerner Valenciennes. Use délectait surtout à copier Simon Le Boucq dont l'histoire ecclésiastique, véritable monument de piété, devait être pour un bénédictin laborieux comme une mine féconde d'édifiantes sensations.

On connaît peu de particularités sur sa vie. On sait seulement qu'il aimait ses religieux comme un père, et qu'il était fort bien reçu dans la société lorsqu'il l'honorait de sa présence, ce qui arrivait rarement. Il était fort zélé pour la recherche des monuments historiques concernant l'histoire des Pays-Bas et particulièrement celle de Valenciennes.

(i) Dit : Dom Benoit Buvry

(2) Biographie valenciennoise, (par Hécart.) Valenc, Henry, 1826 in-8°.

Vtl

« S'étant retiré à Valenciennes à la suppression des abbayes, il continua de regarder ses religieux comme ses enfants, il les aidait dans leurs besoins, les consolait dans leurs afflictions, les dirigeait de ses conseils, qu'ils suivirent presque tous comme s'ils étaient encore sous sa tutelle.

« Ayant fait son testament en leur faveur, sa bibliothèque échut en partage à Dom Charles Bertaut, qui eut tous ses manuscrits, dont la majeure partie est actuellement à la bibliothèque de Valenciennes. Les plus curieux sont ceux de Simon Le Boucq. » (i)

Voici un essai bibliographique de ses œuvres et des manuscrits qu'il a sauvés :

1° Prioruni cœiiobil Sancti Sahii jiixla Valencenas catalogus et rcs geslœ. (2)

On lit sur la couverture : Annalles du prioré de Si Saulve avec tous les prieurs et abbés qui ont gouvernés cette maison et leurs actions jusqu'aujourd'hui 1761. Le f'^ 5 est écrit au recto et au verso. En tête du recto on lit : Origo monasterii S. Salvii, et au bas du verso, on voit la signature de Simon Le Boucq et celle de J. Muissart (1630!, suivies de ces mots, écrits d'un main plus récente : Ce manuscripl fut receuilly par Dom Benoit Buvry abbé et ic/ joint.

On lit au verso du f> 7 : Exlractum ex Mirœo per D. Benediclum Buvry abbatem. Au bas de cette page, dix lignes imprimées, où on lit les noms de deux valenciennois, savoir : D. Jacobus Car. Laur. Jos. Waternau, et D. Antonius Carolus Franciscus Leploge. (Titres de thèses soutenues en 1768).

La première partie de cet ouvrage a été écrite par Théodoric Ghisbert, de Louvain, sous-prieur de St Saulve en 1602. On voit

(1) Biographie valenciennoise, opus cit

(2) V. Mangeant. Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Valenciennes, n" 485. — C'est le manuscrit dont nous avons parlé plus haut et que continua Dom Buvry,

sur la page initiale les armes de l'abbaye de St Saulve, semblables à celles de notre reproduction, mais accolées à l'écusson particulier d'un prieur (portant d'azur, un lion, puis au bas du champ trois petites crosses).

La gravure originale desdites armes est de J. Papillon.

On lit à la page 40 : Coniuiuavit D. Benedicius Buvry abbas. Cette suite embrasse les années 1671 à 1761, année où Dom Buvry fut nommé prieur.

2" Vita SS. Sahii et Superii marlynim propc Valencenas, auctore cosevo (Joannes Baptista Buvry) hactenus inedita, extracta actis sanctorum apud Bollandos, Junii die 26, a Benedicto Buvry, abbate S. Salvii. Valencenis, Vid. J.-B. G. Henry, ■■ 1774, in-i2.

30 Antiquités de VaUenchicnnes, 2 volumes in-i''^ sur papier, écriture à longues lignes cursives du XV I" siècle. Dom Buvry en a écrit le titre et y a apposé ses armes et celles de l'abbaye de St Saulve. Pour signaler la valeur du livre, qui est en somme le manuscrit de l'histoire de Valenciennes écrit en 1552, par Louis de la Fontaine dit Wicart, S^ de Salmonsart, il le fit relier et y inscrivit son nom. Ledit manuscrit repose aujourd'hui à la bibliothèque municipale, catalogué sous le n^ 529. (i)

4*^ Copie partielle de l'histoire ecclésiastique de la ville et comté de Valenciennes, de Simon Le Boucq. Manuscrit (contenant 26 pages) par Dom Buvry abbé de St Saulve. Cet extrait est surtout relatif à la fondation de l'église paroissiale de St Géry. (2)

50 Copie du tome second des Antiquités et Mémoires de très renommée et très fameuse ville et comté de Valenciennes, avec les généalogies, ordre et suite de ses comtes et seigneurs, ensemble la fondation des églises et lieux pieux de ladite ville, par Simon Le Boucq.

(i; Mangeart. Opiis citatum.

(2) V. Simon Le Boucq, chap. XXIII, et catalogue Mangeart n* 550.

Il s'agit ici de la seule copie connue datant du XVI II® siècle (année 1778) du manuscrit original de Simon Le Boucq, appartenant à la ville de Cambrai. Ce manuscrit, d'une étendue au moins aussi considérable que l'histoire ecclésiastique, renferme le récit des événements politiques et municipaux arrivés à Valenciennes, depuis l'origine de la ville jusqu'à la fin du XV1« siècle. Il est aussi d'un immense intérêt pour l'histoire générale des Pays-Bas.

Le tome second a été transcrit par Dom Buvry, comme suite de la copie du tome premier faite par l'écuyer De Chermont du Poncel. L'écriture de ce dernier s'arrête en effet à moitié de l'ouvrage : soit qu'il ait jugé la tâche trop longue, soit encore (|ue Dom Buvry son contemporain lui ait offert de se charger de l'autre moitié. Dinaux a signalé ladite pièce dans sa préface de l'édition de l'Histoire ecclésiastique. Parlant du tome second, le même commentateur, peu familier avec l'écriture de Dom Buvry, se contenta d'observer que les corrections et surcharges de ce volume sont de la main de De Chermont. Le fait est exact, mais nous devons ;\ notre étude approfondie et comparée de l'écriture de Dom Buvry, et de ses incorrections, toujours nombreuses dans ses divers manuscrits, la conviction que la transcription du tome II est bien de la main de Dom Buvry. — Contraste à signaler : la copie de la première partie par Du Poncet est excellente pour la beauté de l'écriture et la correction, celle due à Dom Buvry pour la seconde partie, est bien défectueuse. Cette dernière forme un grand in-fol. de 400 pages environ.

6° Recueil de plusieurs mémoires de faits litigieux, intéressants pour' les réguliers et autres ordres Valenciennois, formé et réuni par Dom Buvry abbé. Ce volume se compose d'une série de documents imprimés à diverses dates, et constituant une consultation sur la question de savoir, quel est le pouvoir et l'autorité des évêques sur les abbayes de réguliers, soumises à leur juridiction, dans les provinces des Pays-Bas. On sait que ces conflits se présentaient souvent dans l'histoire des monastères.

Ce recueil (i) est précédé d'une dissertation manuscrite sur le droit public ecclésiastique de Belgique.

7° Extraits de plusieurs manuscrits concernant l'histoire de Valenciennes, recueillis par Dom Buvry, 1783.

Les dits extraits sont relatifs aux églises de la ville, aux confréries des Clarisses et des Damoiseaux. On y lit des bulles ecclésiastiques en latin.

Ce manuscrit, de même date que le suivant, provient aussi de la vente Dancoisne : il est composé uniquement de pièces détachées, tandis que le nôtre, entièrement différent quant aux sujets, traite de l'histoire administrative et statistique du pays et forme un tout. On a ajouté à ces extraits deux plans dessinés à la plume, notamment celui de la Salle le Comte.

80 Tableau de Valenciennes au XV III'' siècle, manuscrit que nous publions aujourd'hui, formant un petit in-fol. de 39 pages, entièrement écrit de la main de Dom Buvry. C'est, d'après une suscription placée en sous-titre sur l'original, et comme nous l'avons dit, la copie d'un original reposant autrefois en l'abbaye de St Jean. La première page porte une ancienne estampe découpée, représentant l'entrée de Clodien et des Français à Valenciennes. Au-dessous se voit la gravure des armes de l'abbaye de St Saulve, que par un pieux hommage à la mémoire du savant bénédictin, nous avons fait reproduire et placer en tète du volume.

Le manuscrit a été désigné à tort dans le catalogue de la vente Dancoisne sous la rubrique : Origine de Valenciennes (2), que remplace aujourd'hui un titre définitif bien approprié au sujet.

Là se termine la liste à nous connue des œuvres copiées, analysées ou compulsées par le moine de St Saulve. Peut-être

(i) Il appartient à la bibl. municipale, mais n"est pas encore catalogué, ayant été récemment acheté à la vente Regnard.

(2) On avait pris, à défaut de titre, celui du premier chapitre pour le dénommer ainsi bien à tort.

en existe-t-il quelque autre ailleurs; le savant M. L. Boca, ancien archiviste de la Somme, pourrait sans doute nous renseigner, lui qui prépare depuis longtemps la Bibliographie des ouvrages valenciennois.

On voit par le seul énoncé de ses travaux, quel homme utile fut Dom Buvryet combien son nom jusqu'ici assez ignoré, mérite une honorable mention dans la galerie des chroniqueurs locaux.

Est-il besoin de faire ressortir l'utilité d'exhumer pareil document ? — Il nous présente sous une forme dense, bien divisée et parfaitement coordonnée, le tableau de Valenciennes il y a un siècle, à l'arrivée au pouvoir du ministre Galonné. On pourra à sa lecture mesurer tout le chemin franchi par la ville depuis cette époque, et son importance actuelle en ressortira d'autant mieux.

Un tel écrit, nous aimons à le penser, sera de quelque secours aux historiens futurs de la bonne et franque ville ; on sait déjà que les sources explicites ne sont pas fort abondantes dans les archives locales. Les histoires de Valenciennes antérieures au milieu du XVI I^ siècle existent, mais elles sont rares à trouver, celle de D'Oultreman notamment, formant un volume gr. in-fol" édité à Douai en 1639, avec les corrections et additions de Simon Le Boucq (i).

La relation de Simon Le Boucq vient ensuite, mais il n'en a été imprimé que la partie ecclésiastique, sans doute fort importante et développée avec une conscience étonnante, tandis que la partie politique, également considérable et remplie d'intérêt, dont la bibliothèque de Valenciennes possède une copie moderne (2), est restée inédite. Citons aussi pour mémoire : l'Abrégé de Despretz, i vol. in-4°, imprimé à Lille en 1688, et le Précis de Desfontaines de Preux, in-8'', publié en 1825, et qui serait le seul ouvrage bien que très succint, liant les siècles

(i) Publiées en 1847, par M. Boca et tirées à 50 exemplaires seulement. (2) Le manuscrit original appartient à la biblioth. de Cambrai.

passés à l'époque moderne ! Les beaux travaux particuliers de M M . Louis Legrand et H . Caffiaux sur les intendants du Hainaut, ont sans doute mis au jour des divisions d'histoire fort attachantes et supérieurement traitées, mais une relation d'ensemble embrassant tous les siècles passés et conduisant les événements jusqu'à la période contemporaine, n'a pu séduire jusqu'ici un lettré valenciennois. La ville le mérite bien pourtant, alors que tant de bourgades secondaires ont leur histoire imprimée, et souvent avec un luxe de détails incroyable.

Les documents contemporains, loin de manquer, seront peutêtre un jour trop abondants, avec le développement extraordinaire de la presse quotidienne, et point ne sera besoin de suivre l'exemple du regretté Dinaux, occupant une partie de ses loisirs à dresser des éphémérides valenciennoises, ouvrage curieux dont nous avons l'heur de posséder le manuscrit original.

Espérons pourtant qu"il surgira quelque jour, celui qui pour le renom de Valenciennes, coordonnera tous les matériaux épars et élèvera le monument attendu.

Notre manuscrit est donc inédit, parce qu'il ne se rencontre rien de semblable dans toute la bibliographie locale. En outre, et c'est l'avis de M. Caffiaux, qui connaît à fond les mémoires des Intendants, pour les avoir tous analysés dans son ouvrage, (i) il n'offre ni la division adoptée par ces mémoires, ni leur mode de rédaction et de détails. Nous avons respecté scrupuleusement son texte, nous bornant à corriger çà et là quelques fautes matérielles échappées au copiste et qui eussent pu nuire au sens. Le français en est un peu lourd et indique chez l'auteur une plus grande préoccupation du fond que de la forme ; nous avons tenu à ne rien modifier à son langage, assez provincial pour une époque qui se piquait de purisme. Ce respect des textes est le

(i) Essai sur le régime économique, financier et industriel du Hainaut. I vol. in-8. Valenciennes, Lemaître 1875.

premier devoir du commentateur. Dom Buvry a reproduit un original dont la trace est perdue. Si l'original a vraisemblablement péri, on doit au docte bénédictin de le connaître. La bibliothèque de l'abbaye de St Jean, où il était déposé, a été détruite en 1793 et si quelque livre a pu être sauvé des ruines du siège, celui-ci n'a pas dû échapper à la dispersion terroriste. L'abbé Dehaisnes, n'a-t-il pas écrit dans un de ses ouvrages, qu'on s'était servi à Douai et à Valenciennes à cette époque, pour en faire des bourres à canons, de manuscrits enluminés provenant des abbayes et des collégiales ? — Songe-t-on à la perte irréparable pour la science et les arts, si l'incendie dévorait nos bibliothèques et spécialement les manuscrits ! Il s'est rencontré au XVI II« siècle des bénédictins bien inspirés pour en prendre des doubles, leur exemple montre la faute commise au XIX", impardonnable avec les procédés industriels dont on dispose, de ne pas faire reproduire une copie de chacun des originaux les plus précieux ! Puisse donc notre voix être entendue !

Après avoir été soustrait à l'abbaye de St Saulve par des particuliers et être passé par plus d'une vicissitude, le manuscrit devint la propriété de M. Dancoisne. En 1874, à la dispersion aux enchères, de la riche bibliothèque formée par cet amateur, — mon père, qui avait conservé pour sa ville natale une affection filiale, s'en rendit acquéreur et me le légua au milieu d'autres. Modeste par sa concision, mais nourri par la richesse des renseignements absolument nouveaux qu'il donne, au point de vue corporatif et industriel spécialement, notre ouvrage a sa place marquée dans toute bibliothèque vraiment valenciennoise . Sa lecture le dira assez haut.

Qu'il nous soit permis en terminant de citer les noms de plusieurs personnes obligeantes : le secrétaire des Hospices M . Fromentin, zélé chercheur de documents locaux, le bibliophile E. Lemaître, l'inspecteur du musée M. Guillaume et le modeste M. Wattecamps, sous-bibliothécaire de la ville. En désignant ici ces concitoyens dévoués, pour l'intérêt tout particulier que

chacun d'eux dans la sphère de ses fonctions, a bien voulu porter à mon travail, j'accomplis un devoir de gratitude. Ai-je lieu de m'étonner du concours toujours si empressé que j'ai rencontrer Souci superflu! — Quand il s'agit de la gloire de Valenciennes n'est on pas assuré d'éveiller un écho dans le cœur de ses enfants 1

Paul MARMOTTAN.

MDCCLXXXIII

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