‹ Tableau des catacombes de RomeChapitre 9 sur 24 · RAOUL-ROCHETTE · texte numérisé non relu

RAOUL-ROCHETTE

Du Cabinet des Médailles et Antiques de la Bibliothèque du Roi. 1837.

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C’est dans les Catacombes de Rome que se trouvent les monuments les plus anciens et les plus authentiques que le Christianisme nous ait laissés de son premier âge. Partout ailleurs, ces monuments sont restés ou enfouis sous la terre , ou voués à l’oubli , ou consumés par la vétusté ; ou bien ils ont été détruits par la main de l’homme, qui détruit encore plus de choses que le temps. Mais à Rome,

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une si grande quantité des travaux des premiers fidèles s’est conservée jusque dans les entrailles de la terre et à travers tant de siècles, qu’il est impossible de méconnaître , devant un pareil fait , le dessein de la Providence , qui avait voulu placer le berceau de la primitive Église au centre même de l’unité catholique , et lier en quelque sorte la destinée de la nouvelle Rome à celle de la ville éternelle.

Envisagés sous ce double point de vue, les objets d’antiquité qu’offrent à notre étude les Catacombes de Rome, acquièrent certainement, pour le chrétien et pour l’antiquaire , le plus haut degré d’intérêt. Ce sont des peintures , des basreliefs , des inscriptions , des verres peints, et une foule d’objets qui, fabriqués à l’usage des premiers fidèles , ou empruntés par eux à la société antique , au sein de laquelle ils avaient vécu jusqu’alors , et dont ils ne se séparaient encore que

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par les doctrines religieuses, portent ainsi l’empreinte des deux systèmes de civilisation qui se partageaient l’empire du monde. La plupart de ces travaux , exécutés en des temps de décadence et par la main d’artistes du dernier ordre , ou bien appartenant à des hommes de la dernière classe , n’ont à la vérité que bien peu de mérite sous le rapport de l’art. Les peintures et les sculptures chrétiennnes des Catacombes ne soutiendraient pas le parallèle avec les monuments profanes du même genre et du même temps. Les fautes de langue et d’orthographe abondent dans les inscriptions chrétiennes , encore plus que dans celles du paganisme qui peuvent appartenir à la même époque.

Mais c’est par cela même que les monuments du Christianisme primitif , tels qu’ils apparaissent dans les Catacombes de Rome , se recommandent à l’intérêt du philosophe comme à la piété du chrétien j

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car c’est à de pareils signes que s’y montre de la manière la plus sensible cette grande révolution sociale opérée dans le monde par le Christianisme. Tout ce qui souffrait sur la terre, tout ce qui était pauvre, avili , opprimé , fut d’abord appelé à jouir des lumières et des bienfaits de l’Évangile; c’est dans les rangs du peuple qu’il compta ses premiers disciples, ses premiers apôtres , ses premiers martyrs ; et c’est à la racine meme de la société , si l’on peut parler ainsi , que s’attacha le Christianisme pour en renouveler la forme et en rétablir la destinée. Tel est aussi le spectacle que nous offrent les Catacombes de Rome. Ce sont des monuments d’un art grossier , des œuvres de pauvres artisans, des inscriptions de gens du peuple, qui nous y font reconnaître la présence de la première société chrétienne , ensevelie morte ou vivante dans les entrailles de Rome. Ce sont des listes de noms

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obscurs , des travaux de mains inhabiles , qui s’y rencontrent à une profondeur où ne pouvait atteindre la puissance ni le fanatisme des Empereurs ; et quand on compare y dans les Catacombes mêmes, le sort de ces chrétiens, si humbles, si avilis, si persécutés , réduits à cacher dans des lieux si tristes leur vie et leur mort, à n’exercer leurs arts, à n’exprimer leurs croyances qu’au sein de ces abîmes innaccessibîes à la lumière ; quand on compare cette indigence de moyens, dans une classe d’hommes si misérables, avec les ressources qui restaient encore à la société païenne , avec les talents quelle employait, avec les monuments qu’elle élevait ; quand on compare, enfin, avec les magnifiques débris de la Rome Impériale , si imposants encore aux forums de Jules- César et de Trajan , dans la basilique Ântonine et dans le Colisée , les humbles et grossiers monuments de la Rome sou-

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terraine , si faibles d’exécution , si dénués de goût , d’invention et de talent , on n’est que plus frappé de voir une révolution si grande , si bienfaisante, sortir de ces souterrains qui ne nous offrent que des objets si pauvres, à l’usage de si pauvres gens \

1 Les classes inférieures font la masse des nations; elles ont fourni à l’Évangile le plus grand nombre de disciples ^ Il faut cependant prendre garde à l’exagération qui présenterait l’Église primitive comme un assemblage de personnes viles et misérables selon le monde. Les prêtres juifs, très-considérés à Jérusalem par leur savoir, se convertirent en foule à la prédication de saint Pierre. ( Mulla turba sacerdotum, Act. vi.) A Éphèse, les nouveaux disciples brûlèrent des livres dangereux qu’on estimait cinquante mille deniers.il y avait donc des personnes instruites parmi eux. {Act. 19. 19.) A Thessalonique , ils ne se lassaient pas d’étudier l’Écriture Sainte. {Act. 17. 11.) Corneille, noble centurion, fut baptisé par saint Pierre. Saint Paul reproche aux Corinthiens la vanité qu’ils tiraient de leur savoir et de leur puissance. {I. Cor. 4. 10.) Saint Denis appartenait à l’aréopage d’Athènes : on voit par l’épître de saint Paul aux Philippiens qu’il avait des disciples jusque dans le palais des Empereurs^ ( Phil . 4. 23.) Flave

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Mais , d’ailleurs , les monuments écrits et figurés des Catacombes de Rome présentent , considérés en eux-mêmes, plus d’un genre d’intérêt propre à racheter l’imperfection du travail et l’indigence de la matière. Je ne parle pas de ces signes et de ces symboles du martyre qui accompagnent tant de reliques sacrées, objets de la vénération des chrétiens:

une pareille recherche est en-dehors de mes études. Ce n’est donc que sur des peintures , des bas-reliefs , des inscriptions j ce n’est que sur des éléments tout matériels d’une civilisation chrétienne ,

Clément, consul, et Domitille, sa femme, avaient des liens de parenté avec l’empereur Domitien ; Pline écrivait à T rajan qu’en By thinie il y avait des chrétiens dans tous les rangs et dans toutes les conditions ; et pour omettre une foule d’autres faits, Tertullien,au chapitre 37 de son Apologie, osait dire que les chrétiens remplissaient les cités, les îles, les châteaux, les bourgs, les tribus, les décuries, les armées, le sénat, le palais , le forum. ( Éditeurs belges. )

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restes attachés à des tombeaux, que peut s’exercer aujourd’hui le travail de l’antiquaire, sans troubler le repos des morts et sans offenser l’opinion des vivants ; car il ne reste plus de morts dans ces tombeaux, et, de nos jours, on croit encore à ce que l’on touche \ Mais ces peintures, ces bas-reliefs, ces inscriptions, offrent des traditions vivantes du génie de la primitive Église , mêlées à une foule de réminiscences antiques ; mais ces objets de toute sorte dont la piété des premiers

1 L’auteur restreint beaucoup son auditoire en le bornant aux personnes qui s’offenseraient de l’entendre discourir des mœurs et de la piété des premiers fidèles : il aurait pu n’envisager que les inscriptions, les monuments et les symboles, sans rejeter, pour des motifs si peu chrétiens, la partie ia plus intéressante des antiquités chrétiennes ; je veux dire, les mœurs, la piété, la constance des chrétiens, qui sont plus dignes de nos études que ces marbres et ces peintures, faibles expressions et glorieux monuments de leurs héroïques vertus.

[Editeurs belges.)

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fidèles décorait la sépulture de leurs frères, sont autant de signes matériels d’une civilisation nouvelle, empruntés à une civilisation déchue. Il y a donc là, même pour le philosophe qui ne fait cas que des faits, qui ne tient compte que des réalités , un double motif d’instruction et d’intérêt 5 et ce n’est pas sans fruit qu’un siècle tout positif , tout matériel , tel que le nôtre , descendra dans les Catacombes de Rome , ne fut-ce que pour s’y complaire en lui-même et s’applaudir de ce qu’il est , à l’aspect de ce que fut la société chrétienne du premier âge.

Pour que cet examen des Catacombes, entrepris sous le point de vue archéologique , remferme toute l’instruction qu’il peut offrir , il est nécessaire de jeter d’abord un coup d’œil sur ces souterrains, d’en connaître la forme générale, d’en rechercher la disposition primitive, et surtout de s’assurer si , dans leur état

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actuel , comme dans leur destination antique ? ils appartiennent réellement au Christianisme ; car c’est de la solution de ces questions générales , auxquelles se joignent un assez grand nombre de questions de détail , que dépend tout l’intérêt des monuments trouvés dans les Catacombes : ce doit donc être là le premier objet de notre attention.

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