CHAPITRE PREMIER
COUP d’oeil général sur les catacombes.
Avant de conduire mes lecteurs dans les Catacombes de Rome, pour leur faire envisager le berceau du Christianisme, avec les objets qu’il y a laissés , je dois écarter de leur esprit une impression pénible que ce mot Catacombes pourrait produire. Des lieux souterrains, privés d’air et de lumière, voués à la sépulture et remplis uniquement des images et des souvenirs de la persécution ou de la mort , semblent ne pouvoir procurer
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que des connaissances tristes et sévères. Un voyage , qui ne peut se faire qu’à la lueur des torches , quelquefois en rampant sur le sol et en se frayant péniblement la route à travers des terres qui s’éboulent , avec la crainte que ces éboulements imprévus ne rendent le retour impossible , souvent avec le danger de s’égarer dans les tortueux détours d’un inextricable labyrinthe; un tel voyage, si intéressant qu’il soit pour l’imagination, par l’idée même des périls et des difficultés qui l’accompagnent, semble sortir du domaine de la science, bien qu’il puisse y avoir aussi pour l’antiquaire , comme pour le naturaliste ou pour le navigateur, des terres dangereuses à explorer , des découvertes utiles à poursuivre , jusque dans des lieux inaccessibles. Il est certain, en effet, que très peu de voyageurs, du nombre de ceux qu’attire de toutes parts à Rome l’amour de l’art ou de l’antiquité, entreprennent avec quelque suite la visite des Catacombes. La plupart se retirent satisfaits d’avoir jeté un coup d’œil rapide sur quelques allées du cimetière supérieur
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creusé au-dessous de la voie Appienne , dans le voisinage de l’ancienne basilique de Saint- Sébastien , et qui s’appellent proprement les Catacombes. Plus d’un savant et d’un ecclésiastique, même parmi ceux qu’a fixés à Rome l’étude de l’antiquité , ou que celle de la religion y occupe, a fourni une longue carrière, sans jeter, même sur ces seules Catacombes de Saint-Sébastien , ce coup d’œil superficiel. Des accidents graves, des aventures tragiques , celle , par exemple , qui arriva au peintre français Robert, et qui fournit à notre abbé Delille un des plus beaux épisodes de son poëme de l’ Imagination , ne laissent pas d’agir sur le zèle des curieux et sur la détermination même des antiquaires. Ce n’est pas, d’ailleurs, de nos jours seulement que la visite des Catacombes est devenue rare ou a paru dangereuse ; témoin ce qu’en ont rapporté des hommes graves, tels que le P. Montfaucon. Mais ce qui n’est pas moins certain, c’estque, depuis le XVIe siècle, où les Catacombes furent en quelque sorte retrouvées et r’ouvertes à la fois pour la religion et
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pour la science, jusque dans le nôtre, où elles ont conservé le même intérêt pour l’une et pour l’autre, des savants intrépides , des antiquaires persévérants, ont puisé à cette mine féconde, toujours en en rapportant des connaissances nouvelles. En tête de tous ces noms consacrés à la reconnaissance publique , se place celui de l’infatigable Bosio , qui employa trente années de sa vie à parcourir les Catacombes, à en lever les plans, à en dessiner les monuments, à en copier les inscriptions, et qui mourut avant d’avoir pu mettre au jour l’immense travail de cette Rome souterraine dont il avait "rassemblé tous les matériaux. Plus heureux et non moins zélé fut le pieux et savant Boîdetti, chanoine de Sainte-Marie in Trastevere, qui eut, pendant trente années aussi, la garde et l’inspection des Catacombes , qui y fit à son tour de nombreuses découvertes, qui en retira une foule de monuments nouveaux, et dont l’ouvrage , riche de faits et d’observations, est un trésor d’érudition sacrée et de savoir archéologique. On devait croire cette mine épuisée, après
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tant de travaux continués jusque vers la fin du dernier siècle. Mais un de ces Français qui apparaissent toujours dans toutes les régions de la science où il reste encore des découvertes à faire, surtout quand il s’y joint des dangers à courir, M. d’Agincourt était venu s’établir à Rome , pour y écrire l’histoire de la décadence de l’art, en présence de ses monuments. C’est à lui qu’il était réservé de fouiller dans les dernières profondeurs de celte Rome souterraine, et d’y porter le dernier, sur les traces de tant d’antiquaires, le flambeau de l’historien de l’art.
Grâce h ces travaux , les Catacombes de Rome sont aujourd’hui mieux connues, sans êtres devenues plus accessibles qu’elles ne l’ont été peut-être en aucun temps. Visitées dans tous les sens, fouillées à toutes les profondeurs, décrites sous tous les aspects, on peut les étudier dans les livres, presque aussi bien que sur les lieux, et certainement avec plus de sécurité. Les livres ont même ici sur les lieux plus d’un avantage , en ce que des cimetières, explorés par Bosio, n’existent
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plus aujourd’hui que dans les plans qu’il en a levés; en ce que des peintures, dessinées de son temps et publiées par ses soins, se sont depuis effacées ou détruites. L’accès de certaines Catacombes a été formellement interdit par l’autorité locale, ou matériellement empêché au moyen de murs de clôture , dans la crainte des accidents qui pouvaient y arriver. Presque partout ailleurs, les ravages du temps et ceux de la science même se font sentir sur des murs nus ou dépouillés de leurs anciens ornements. Les ossements des fidèles 1 , avec tout ce qui avait formé la décoration de leurs sépulcres, ont été recueillis par l’Église; le mobilier funéraire des Cata-
1 Par fidèles , l’auteur entend sans doute les martyrs. 11 se trompe lorsqu’il affirme que les Catacombes ont perdu presque tout ce qui les recommandait à la religion ; car ces immenses souterrains n’ont pas encore été exploités dans toute leur étendue, et l’on découvre encore tous les ans des monuments dignes de l’attention des antiquaires et analogues à ceux que la diligence de Bosio, Aringhi Boldelli et Boltari ont publiés dans leurs magnifiques ouvrages.
( Editeurs belges.)
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combes a produit le musée chrétien du Vatican ; et les peintures, presque anéanties sur place , ne se retrouvent guère plus que dans les planches de la Rome souterraine. Mais si les Catacombes ont perdu ainsi presque tout ce qui les recommandait à la religion et à la science , elles ont gagné d’un autre côté , en ce que tous les objets qui pouvaient donner à ces souterrains un aspect lugubre, y produire un air infect , et en rendre la visite pénible pour le cœur ou pour le goût, en ont depuis longtemps disparu. Les tombeaux, ou vides ou remplis d’ossements desséchés , qui se réduisent en poussière au moindre tact, offrent moins des images de mort que des monuments d’antiquité. Çà et là, des noms de chrétiens qui se lisent tracés sur la muraille, en caractères presque imperceptibles ; des ombres de peintures qui y reparaissent à la clarté du flambeau qui s’en approche ; quelques morceaux de verre scellés dans la chaux; quelques lampes insérées dans une niche ou suspendues à la voûte rappellent la vie au milieu de ces sépulcres , encore peu-
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plés , dans leur vide immense, de tant de souvenirs qui s’y rattachent. Les lieux mêmes , tout nus, tout dépouillés qu'ils sont, présentent des formes , des dispositions qui frappent, qui intéressent. Une multitude de petites chapelles offrent le plan ébauché de grandes basiliques; de petites fontaines, des citernes, où il reste à peine assez d’eau pour faire soupçonner leur destination antique, indiquent la place des premiers baptistères dont elles ont fourni le type ; tous les arts du Christianisme se retrouvent ici dans leur berceau , rempli de la poussière de ses martyrs.
Dans l’état actuel des choses, la plupart des Catacombes qui sont restées accessibles, ont leur entrée dans l’église même qui fut construite au-dessus, à l’époque où le Christianisme sortit de ces retraites obscures pour régner sur la terre. C'est, ce qui a lieu à Saint- Sébastien, a Sainte- A gnès et à Saint-Laurent hors-des-Murs ; et c’est aussi à la visite de ces Catacombes, dans une très petite partie de leur immense circuit, que se borne la curiosité de la plupart des voyageurs et même des
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antiquaires. Pour beaucoup d’autres cimetières, l’entrée se trouve dans les vignes qui couvrent une partie du sol de Rome antique, dans l’enceinte même de Rome moderne, ou bien elle est tout-à-fait perdue, et l’on ne pénètre dans ces souterrains que par des soupiraux extérieurs, ou par desouvertures pratiquées fortuitement à la surface du sol. La plupart des Catacombes sont creusées à deux ou à plusieurs étages, qui communiquent entre eux de distance en distance, au moyen d’escaliers ; c’est également par des escaliers particuliers que l’on descend de la campagne ou du désert qui entoure Rome, dans les allées souterraines qui forment au-dessous d’elle cet autre désert. Des ouvertures rares et étroites, pratiquées ça et là, mais en grande partie comblées par les terres ou obstruées par les broussailles , éclairent bien faiblement l’obscurité de ces allées. Ces ouvertures font partie du plan des excavations primitives , attendu qu’elles servaient, suivant toute apparence, à l’extraction du sable ou de la pouzzolane. Mais, dans les Catacombes ebré-
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tiennes , elles eurent spécialement pour objet d’y répandre quelque clarté; cela résulte positivement du témoignage d’un écrivain chrétien contemporain, le poëte Prudence, dans la description qu’il nous a laissée des Catacombes situées en avant de la porte de Saint-Laurent-hors-des-Murs 1 , les mêmes qui s’y voient encore aujourd'hui. Les allées ou corridors sont généralement bas et étroits , ce qui tient à la nature même de ce tuf sablonneux, et ce qui distingue les Catacombes de Rome de celles d’autres grandes cités chrétiennes, telles que Naples, où les allées sont généralement hautes et spacieuses , à raison de la plus grande consistance du sol 1 2. Les parois ne sont revêtues de stuc ou ornées de peintures , que dans les chambres proprement dites ( cubicula ) ; leur seule décoration , dans les longs corridors, consiste dans les niches mêmes ( loc uli), creusées à plusieurs rangs,
1 Prudent., Peristepha/n Hymn. xi, v. 159, sqq.
2 On trouve une bonne description des Catacombes de Naples dans les Voyages de Keyssler, Reisebeschretbungen ; Th. II, p. 796, ff.
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l’une au-dessus del’autre, et fermées au moyen de briques ou de morceaux de marbre posés de champ et scellés avec de la cliaux. Ces niches ne furent point pratiquées en même temps que les corridors furent ouverts , mais à mesure que le besoin s’en fit sentir; c’est ce qui résulte de la disposition de plusieurs de ces allées, qui se sont trouvées les unes entièrement vides, d’autres démesurément remplies de sépulcres, quelques-unes enfin, portant seulement à la craie, sur leur paroi , des indications ou des traces de niches qui jamais n’y ont été creusées. Cette manière de procéder s’explique par le peu d’adhérence d’un sol où l’on pouvait laisser une niche ouverte, sans y ajouter , par l’insertion de la table de marbre destinée h la clore, un appui nécessaire ; d’où il suit qu’on ne pouvait creuser une niche qu’au moment d’y déposer un corps. C’est aussi ce qui doit rendre compte d’une circonstance très singulière, et dont il me semble qu’on n’a pas donné une explication satisfaisante : je veux parler du peu de capacité de ces niches, la plupart
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desquelles n’ont jamais pu recevoir un cadavre étendu. Ce qui ajoute encore à la singularité d’un pareil fait, à l’étonnement qu’il inspire , et à la difficulté qu’on éprouve à en trouver la cause, c’est qu’un assez grand nombre de ces sépulcres fut destiné à contenir deux ou trois corps à la fois, comme cela résulte des expressions mêmes bisomus , trisomus , mots d’une latinité barbare, qui se rencontrent souvent dans les inscriptions chrétiennes des Catacombes 1 .
Cet exposé préliminaire peut déjà donner une idée de l’aspect général qu’offrent les Catacombes de Rome; mais avant de nous engager dans la visite de ces cimetières , et dans l’examen des monuments qui s’y rencontrent, il nous importe d’être bien fixés sur la nature de ces immenses cryptes, qui ceignent Rome de tous côtés , sur la rive droite, comme sur la rive gauche du Tibre,
1 Plusieurs de ces inscriptions sont rapportées par Boldetti, Osservazioni sopra i cimiterj di Roma , p. 286; et par Bottari, Pitture e sculture sagre , estratte dai cimiterj di Roma; 1. 1, p. 11.
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elqui forment véritablement , au-dessous de l’antique capitale du monde , une autre Rome souterraine ; il nous importe de savoir avec précision quelle fut la destination primitive dece vaste ensemble de souterrains, auxquels s’applique, dans l’usage actuel, la dénomination de Catacombes , bornée dans le principe au Cimetière de Saint-Calixte , et au voisinage de la basilique de Saint-Sébastien. Des écrivains , d'ailleurs fort éclairés , cédant à des préjugés respectables , ou dominés par l’esprit de leur siècle , ont vu dans les souterrains en question des lieux creusés uniquement à l’usage des chrétiens, qui leur servirent à la fois d’asiles dans les temps de persécution, etde cimetières après leur mort. D’autres, au contraire, livrés à des préventions différentes et entraînés par un esprit de secte et de parti , n’ont vu dans les Catacombes de Rome , que des lieux de sépulture communs à l’antiquité et au Christianisme ; d’où ils ont hardiment conclu que c’était sans discernement et sans raison que des restes de chrétiens obscurs . ou même de païens ,
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avaient été qualifiés de reliques de martyrs , et , comme telles , exposés à la vénération publique. Dans cette controverse qui , durant plus de deux siècles, a partagé les esprits et mis en jeu beaucoup de passions , il y a eu , je ne crains pas de le dire , excès ou erreur dans les opinions opposées; ici, comme dans la plupart des questions agitées avec plus d’ardeur que de bonne foi , la vérité se trouve entre les assertions extrêmes. Voici les faits, tels qu’ils résultent de témoignages certains et d’observations exactes; et ces faits, une fois établis, la vérité n’aura plus besoin que d’elle-même pour se produire.
Les souterrains qui environnent Rome de toute part, furent primitivement creusés pour l’extraction de cette terre volcanique, nommée pouzzolane , qui forme en grande partie le sol où cette ville est bâtie, et qui fut de tout temps un des principaux éléments de ses constructions. A mesure que Rome prenait de l’extension et de l’éclat, que la grandeur et le luxe de ses bâtiments se mettaient en rapport avec le développement de sa fortune
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publique , l’extraction de la pouzzolane , donnant lieu à des excavations de plus en plus considérables , produisit à la longue d’amples souterrains , dans la direction desquels il fut nécessaire d’introduire une certaine régularité, un certain alignement; de laisser des piliers et des massifs , pour soutenir les terres ; de pratiquer des espèces d’aires ou des carrefours , pour faciliter la circulation et le travail. C’est ainsi que partout où il exista de grandes cités, les matériaux de toute nature , employés à la construction de ces villes et tirés de leur sol , laissèrent à leurs portes ou au-dessous de leur enceinte des carrières considérables , qui sont de véritables Catacombes ; je me bornerai à en citer deux exemples célèbres, Naples et Syracuse , qui possèdent des Catacombes relativement aussi étendues que celles de Rome, taillées, les premières dans un tuf volcanique , plus adhérent et moins sablonneux que celui de Rome; les secondes, dans une pierre calcaire dure et compacte , qui dut rendre le travail de ces excavations très-
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difficile , et qui ajoute , sous ce rapport , à l’intérêt de ces antiques Latomies de Syracuse, d’où sortirent jadis les éléments de tant de beaux édifices de l’architecture grecque, et ceux de la gigantesque enceinte de murailles, monument si imposant encore de la grandeur et de la puissance de la ville de Denis l’ancien.
Mais revenons aux souterrains de Rome : ils sont désignés, dans un passage d’une harangue de Cicéron , par un mot et à une occasion qui ne laissent, ni l’un ni l’autre , de prise au moindre doute ; c’est dans Y Oraison pour Cluentius, où il est dit qu’un certain Asinius , attiré sous le prétexte d’aller dans les jardins ou maisons de campagne des faubourgs , et entraîné dans des carrières hors de la porte Exquiline ( in arenarias quasdam extrà portant Exquilinam), y fut secrètement égorgé1. Le mot arenariœ dont se sert Cicé-
1 Cicéron., pro Clucnt., c. 15: Asinius autem , brevi illo tempore ; quasi in hortulos iret ; in arenarias quasdam extra portam Exquilinam perductus occiditur.
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ron , ne peut évidemment s'entendre que des cavernes produites par l’extraction de la pouzzolane , qui est en effet une espèce de sable volcanique. C’est une locution équivalente qu’emploie aussi Suétone , dans une circonstance analogue, lorsqu’il raconte que Néron , réduit à l’extrémité et conseillé par Phaon de se retirer dans quelque caverne sou terraine [in specum egestœ arenœ), refusa de s'ensevelir ainsi tout vivant I. Yitruve , dans son langage technique 2, se sert, pour désigner les souterrains en question, du même mot employé par Cicéron dans son style oratoire , du mot arenariœ : en sorte qu’il ne peut y avoir aucune difficulté sur ce point. Or, ces carrières de sable , ces antres souterrains , qui existaient aux portes de Rome, et en particulier en-dehors de la porte Exquiline, ne sauraient être que ces mêmes Catacombes qui se retrouvent encore aujourd’hui très-vastes et très-multipliées, précisément dans cette dernière localité , et qui , ouvertes
1 Sueton., in Néron., § 48.
2 Vilruv., cle Architect., n ,4.
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tout près de l’ancienne enceinte de Rome , se prolongent au-dessous des antiques voies Labicane et Prénestine, communiquant, par des ramifications infinies , d’une part , à la Catacombe de Saint-Laurent ; de l’autre , à celle de Sainte-Agnès 1 . Il est donc hors de doute que les Catacombes chrétiennes furent dans le principe , du moins en grande partie, de simples carrières de pouzzolane et l’œuvre des anciens Romains. Quant à la question de savoir si ces carrières servirent aussi aux Romains de lieux de sépulture, ou si les chrétiens, les trouvant vides et abandonnées, les approprièrent exclusivement à leur usage , pour y déposer les restes de leurs frères et de leurs martyrs , voici encore des faits qui aideront à résoudre cette question.
L’existence du tombeau des Scipions, creusé sous la voie Appienne , dans le tuf volcanique qui forme le sol de cette partie de la campagne de Rome , est un premier fait , et un monument authentique de cet usage d’enterrer
1 Bottari, Pittur. e Scult . sagr etc.; t. I, p. 11.
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les morts dans les souterrains pratiqués d’abord à une autre intention ; car c’est un point reconnu en premier lieu par l’illustre Visconti 1 , et généralement admis d’après son opinion , que ce fameux tombeau des Scipions avait été dans le principe une carrière, ou une Latomie . C’est, en effet, cequ résulte de l’irrégularité de plan qu’on y remarque , et des dispositions qui y furent faites après coup , afin de convertir cette cavité en un lieu de sépulture pour toute une famille. Or , il suffit de jeter les yeux sur ie plan de ce tombeau et de le comparer avec quelques-uns de ceux que nous offrent les Catacombes chrétiennes, pour reconnaître l'analogie parfaite de ces diverses espèces de
1 Visconti, Monumenti degli Scipioni , dans ses Opéré varie, t. ï, p. 8-10; ed. Milan., 1827. Si le P. Lupi, qui a nié que les carrières de pouzzolane aient jamais servi pour les sépultures des familles romaines , eût eu connaissance de ce tombeau des Scipions, découvert en 1780, il eût certainement modifié son opinion; voy. ses Dissertazioni , t. I, p. 63.
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sépultures souterraines , appartenant aux romains de la République et de l’Empire, et aux chrétiens de la primitive Église. De part et d’autre , le terrain , divisé par chambres et par étages, est coupé de petits sentiers étroits et irréguliers. Les cercueils y sont tantôt creusés dans le tuf même et recouverts d’une dalle de pierre; tantôt, formés d’une autre matière et insérés dans le tuf, soit en totalité, soit en partie, de manière à offrir en avant de la paroi une saillie plus ou moins considérable. Nous avons doncici une preuve positive, que certaines carrières purent être appropriées à la sépulture des citoyens romains, dès une assez haute époque; et cet exemple, fut-il le seul qui nous restât, n’avait pas dû demeurer isolé dans l’antiquité. D’autres tombeaux de familles romaines, pareillement creusés dans le tuf, mais à une époque plus récente , qui s’éloigne des temps et des habitudes de la République , le célèbre tombeau des Nasons , par exemple , offrent , avec plus d’une Catacombe chrétienne, telle que celle de Saint-Hermès, creusée sous
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l’antique voie Salaria , une ressemblance de plan et de disposition générale qui se retrouve jusque dans certains détails de la décoration intérieure. A la vérité, rien ne prouve, dans ce cas-ci, que le tombeau ait été pratiqué dans une ancienne carrière; et il y a contre l’emploi même de ces carrières, affectées à la sépulture des anciens Romains, une objection plus grave; c’est que l’usage de brûler les morts, général à Rome, si ce n’est dans la famille Cornélia, ne permet pas de croire que , du moins dans les temps de la République, beaucoup d’autres cryptes du même genre aient pu recevoir une destination semblable. A cette époque, en effet , le luxe des sépultures se portait généralement sur la construction des tombeaux qui ornaient, sur deux lignes parallèles, les deux côtés des voies publiques ; et l’exception même , signalée par les historiens au sujet de la famille Cornélia, et constatée par la découverte du tombeau des Scipions , qui appartenaient à cette famille, témoigne, par son excessive rareté, que l’usage des sépul-
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tu res souterraines, telles que celle-là , devait être réservé à certains cas , ou propre à certaines familles.
Il y avait, d’ailleurs , un autre motif pour que les citoyens romains de toute condition et de tout ordre, répugnassent à se servir des anciennes carrières, pour y placer leurs tombeaux ; c’est qu’une partie de ces excavations, et particulièrement celles qui se trouvaient aux environs de la porte Exquiiine, étaient alors affectés à la sépulture commune des gens de condition servile, ou des criminels frappés par la loi. Ces sépultures consistaient en cavités profondes, nommées puticuli ou puticulœ 1 et culinœ 1 2, soit
1 Varron., de L. L. ï. iv, c. 12, l. I. p. 11, ed. bipont. ; Fest. voy. Puticuli.
2 Agrest. de controv. Agror. ap. Script, de R. Agr.} p. 60, ed. Goes. Amslel., 1674. Le P. Lupi, Dissertazioni , I, § cxxxxx, p. 63, explique le mot culinœ , dans le sens de cuisines } d’après l’usage de déposer sur le bûcher des mets qui se brûlaient avec les morts, ou qui servaient au repas des morts. Mais le témoignage du grammairien latin n’autorise en aucune façon celte étrange interprétation , et il me
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à cause de leur forme même, qui ressemblait à celle des puits , soit à cause des cadavres qu’on y jetait et qu’on y laissait pourrir : car l’une et l’autre étymologies , alléguées par Varron et par Festus, s’accordent parfaitement pour nous donner une même idée et une notion exacte des souterrains en question. Horace y fait allusion dans des vers d’une de ses satires , où il parle des jardins de Mécène, récemment construits sur l’Exquilin, et qui, en ajoutant un nouvel éclat à la cité , avaient rendu la salubrité à cette partie de Rome, et dérobé pour jamais la vue hideuse et l’odeur infecte de ces amas de cadavres ou d’ossements entassés dans des cavités ou sur le sol même Il est donc bien constant que , dès avant le siècle d’Auguste, lesanciennes excavations pratiquées en-deçà et en-dehors de la porte Exquiline , et que nous avons vu désignées plus haut par Cicéron comme servant aussi , à une époque peu
parait bien plus probable que le mot culinœ est ici un diminutif de puticulœ.
1 Horat. Sertn I, 8, 7-16.
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éloignée, derepaires aux bandits, avaientété converties en lieux de sépulture commune pour les esclaves et pour les pauvres gens de Rome ; c’est ce qu’Horace dit en termes clairs et formels :
HOC MISERÆ PLEBI Stdbdt COMMUNE SepulcVUm.
C’est aussi ce qu’avait en vue Properce , lorsqu’il parle des sépultures de l’Exquilin ( Exquiliis ), destinées à la dernière classe du peuple 1 ; et l’on sait enfin , par d’autres témoignages , qu’il existait dans divers quartiers de l’ancienne Rome des lieux pareils , tels que le Sestertium, réservés aussi pour la sépulture commune des gens du peuple 2. C’est en se fondant sur de pareils faits , que des écrivains opposés aux catholiques, comme Basnage et Burnet, ont prétendu que les Catacombes de Rome avaient généralement
1 Propert. Eleg. m , 22, 24. Mais peut-être que Properce n’a voulu parler ici que de son habitation qui était sur l’Exquilin , Eleg. iv, 8, 1.
2 Schol.Horat. adEpod.v ; cf. Plutareh. in Galb., § 28.
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servi de sépultures aux païens , d’où ils ont conclu que les ossements trouvés dans ces Catacombes, et offerts par l’Église à la vénération des fidèles, comme autant de reliques sacrées, ne sont en réalité que les restes de la plus vile populace de Rome 1 . Si ces écrivains , plus passionnés que véridiques, et plus ardents qu’éclairés, avaient mieux connu les Catacombes de Rome, ils auraient pu y trouver, dans l’observation même des lieux , des arguments plus favorables encore en apparence à l’opinion qu’ils soutenaient. Ainsi, l’on rencontre dans quelques endroits, notamment dans le cimetière de Saint-Marcellin , correspondant en partie aux anciennes carrières Exquilines , des cavités étroites et profondes qui s’appellent polyandrium 2 dans
1 Basnage, Histoire de l’Eglise , liv. xvm, c. 5; voy. à ce sujet une lettre écrite de Rome, et insérée dans l’Histoire des ouvr. des Sav. de Bayle, mai 1688, p. 38-50.
2 Voy. Bottari , Pittur. e Scultur . , etc., t. I, p. 17, 78, et al. Bottari écrit toujours polyandrum ; c’est polyandrium qu’il faut écrire, puisque ce mot
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le langage des antiquaires romains , et dont le nom même indique l’usage , comme leur forme rappelle celle des anciens puticuli. Mais malgré l’appui que ces témoignages classiques , d’accord avec l’observation de certaines localités actuelles, semblent prêter à la doctrine des écrivains protestants , il n’en est pas moins vrai qu’ils étaient complètement dans l’erreur. Leur tort vient de ce qu’ils ont voulu , dans ce cas-ci comme dans beaucoup d’autres , tirer d’un fait particulier une conséquence générale , et étendre à la totalité descimetières chrétiens ce qui n’était propre qu’à une seule localité. Or, les anciens puticuli n’existaient qu’en-dehors delà porte Exquiline ; c’est ce qui résulte du témoignage exprès de Varron 1 ; tandisque les Catacombes entourent effectivement Rome de tous
n’est que le mot grec 7roXucév$ ptov sous une forme latine. V oy. Lupi, Dissertazioni , I, § cxxix, p. 59.
1 Varron., de L. L. iv, 12 : Puticulœ quôd putencebant ibi cadavera projecla; qui locus publicus extra Exquilias. Voy. Lupi, Dissertazioni , etc. I, § cxxix, p. 59-60.
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côtés, qu’elles la ceignent de toutes paris, dans un immenserayonet jusqu’à une grande profondeur. J’ajoute que, précisément su ’ le site qui doit répondre aux puticuli de l’Exquilin , il n’existe point d’anciens cimetières chrétiens ; et quelle apparence , en effet, que les chrétiens de cet âge aient déposé , je ne dis pas les restes de leurs martyrs, mais les corps de leurs parents et de leurs frères, dans le voisinage de ces cadavres détestés?
Jusqu’ici, le raisonnement que les antiquaires romains opposent aux allégations de leurs adversaires hétérodoxes me paraît donc sans réplique. Mais je les trouve moins heureux dans une seconde observation qu'ils ajoutent à l’appui de la première ; c’est que les cadavres des plébéiens et des esclaves qu’on portait aux puticuli , étaient brûlés avant d’y être jetés; d’où il suivrait, de l’avis de ces antiquaires, que, même dans ces Catacombes de l’Exquilin, il n’aurait jamais dû exister que des cendres ou des résidus de la combustion, et , conséquemment, que
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tous les ossements qui s’y sont retrouvés ou qui s’y découvrent encore , appartiennent exclusivement à la population chrétienne de Rome. Mais je ne crains pas de dire que , sur ce point , le savant interprète des monuments de la Rome souterraine s’est trompé à son tour 1 . Bien qu’à l’époque où l’usage de brûler les corps était général à Rome , sauf l’exception qui eut lieu pour la famille Cornélia , cet nsage pût s’appliquer quelquefois et s’appliquât en effet aux esclaves et aux gens de la dernière condition ; bien qu’il soit fait mention des bûchers communs , où l’on portait les pauvres gens 2 , il est certain , par les expressions cl’Horace et par le témoignage de son scholiaste 3, que les cadavres de cette partie de la population romaine étaient jetés dans les puticuli; les paroles de Varron laissent encore moins de doute à cet
1 Bottari, Piltur. e Scult t. I, p. 8.
2 Martial., Epigr. vm, 75, 9-10.
3 Àeron ad Horat. Serin. 1, 8, 8 : Hùc aliquando cadavera portabantur plebeïorura sive servorum : nam sepuîcra publica erant anteà.
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egard. Indépendamment des esclaves , des malfaiteurs , et généralement des pauvres plébéiens, ensevelis de cette manière dans les Catacombes Exquilines, il y avait, à l’usage de brûler les corps, d’autres exceptions qui avaient pu donner lieu de convertir en sépultures des souterrains situés dans des localités différentes. Ainsi, l’on sait que les enfants qui mouraient avant l’apparition des premières dents *, les adultes qui se donnaient la mort de leur propre main % ou ceux qui périssaient frappés de la foudre 1 * 3, étaient inhumés et non brûlés ; et il y a tout sujet de croire que , dans les cas qui viennent d’être indiqués, et peut-être dans quelques autres encore que nous ignorons, c’était dans des cryptes des environs de Rome ,
1 Juvenal. , Satijr. xv, 139; cf, Fulgenf, Placid.,
de prise, serin. post. init. On sait que ces tombeaux d’enfants , inhumés et non brûlés , s’appelaient d’un nom propre, snbgrundarium.
3 Philoslrat. Heroïc. 125.
3 Tertullian., Apologet., c. xlvim. Voym encore ici Lupi, Disserta zioni , I, § clxii, p. 65.
coup d’oeil général
plutôt que dans des tombeaux érigés sur la voie publique , que se faisait l’inhumation de ces sortes de personnes. Quoi qu’il en soit, l’assertion des critiques protestants, réduite à une certaine portion des souterrains de l’Exquilin , et à quelques sépultures isolées dans d’autres souterrains pareils, laisse presque entièrement intacte la question de l’usage général des Catacombes, en faveur de l’opinion qui y voit le lieu commun des sépultures chrétiennes; et c’est là une vérité qu’il importait d’établir et de mettre à l’abri de toute controverse, dans l’intérêt des monuments qui font de ces Catacombes une si riche mine d’antiquités sacrées.
A partir des derniers temps de la République ou des premiers temps de l’Empire, l’usage d’inhumer les corps , qui avait été le plus ancien à Rome , de même qu’en Egypte , en Grèce et en Étrurie, reprit de nouveau faveur et remplaça celui de les brûler. C’est cequ’atteslent, entre autres exemples célèbres, le Columbarium , ou tombeau commun des affranchis de Livie, dans lequel des sarco-
SOR LES CATACOMBES
phages, destinés à renfermer des corps entiers , se sont trouvés parmi des urnes cinéraires 1 ; le tombeau de la famille Aruntia, qui a offert la même particularité 2, sans parler de la pyramide de Cestius et du mausolée de Cœcilia Metella , dont les sarcophages, retrouvés à leurplace antique, se voient encore aujourd’hui, le premier, dans la chapelle domestique du palais Altemps ; le second, sous le portique intérieur du palais Farnèse; il suffirait de ces deux superbes monuments du dernier âge de la République et du commencement de l’Empire, pour montrer que déjà à cette époque de transition sociale, la coutume d’ensevelir les corps commençait à prévaloir, au sein des familles les plus illustres et les plus opulentes , comme parmi les personnes de la dernière
1 Voy. le curieux ouvrage de Gori , intitulé : Mon urnent uni sive Colombarium libertorum et servorumLiviœ Augustœ et Cæsarum 7 Florentiæ , 1727, in-fol.
2 Ce tombeau a été dessiné et publié , dans tous ses détails, par J. -B. Piranesi.
coup d’oeil général
condition , sur celle de les brûler. Le Christianisme ne fut sans doute pas étranger à cette révolution dans les habitudes de la sépulture romaine, puisque ce fut, comme on sait, une règle constante des chrétiens, à la fois comme une tradition dérivée du judaïsme et comme une pratique liée à leur croyance de la résurrection des corps, de confier à la terre les restes de l’humanité % au lieu de les détruire par le feu. Quoi qu’il en soit, nous voyons, par le nombre toujours croissant des sarcophages et par leur dimension même qui s’augmente à mesure qu’ils se multiplient , à partir du siècle des Antonins, qu’il s’opérait alors, à Rome, dans les usages de la sépulture, la révolution que j’ai signalée , et qui dut faire, des Catacombes creusées pour d’autres motifs et en d’autres temps, des lieux très-propres à cette nouvelle destination. Mais , d’un autre côté, faversion profonde que les premiers chré-
1 Terlullian., (/eCoro/?., c. xi ; Minut. Fel., Octav.7 c. xi et xxxiv.
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liens éprouvaient pour les adversaires de leur croyance, ne permetpas de croire qu’ils aient fait indistinctement usage de ces Catacombes pour y mêler, avec des corps étrangers et profanes, les restes de leurs frères et de leurs martyrs. Ils durent chercher des souterrains qui n’eussent pas encore servi à cet usage, et surtout les disposer et les agrandir, à raison de l’accroissement de cette population chrétienne qui se pressait incessamment au-dedans et au-dessous de Rome.
S’il est permis de juger , par la grandeur et par la disposition des Catacombes chrétiennes, ou par la nature et par le mérite des ornements qui les décorent , de l'ordre chronologique dans lequel elles ont été successivement occupées par les chrétiens, on peut conjecturer, avec toute espèce de raison , que les souterrains situés sous la voie Appienne , dont les Catacombes proprement dites de Saint-Sébastien ne forment que la moindre partie, mais qui renferment des peintures d’une exécution plus soignée, avec
COUP d’oeil général
des sujets empruntés pour la plupart aux types du paganisme , furent affectés des premiers à l’usage de sépultures chrétiennes. A une autre extrémité de Rome , les Catacombes dites des SS. Saturnin et Thrason, situées près de la porte Salaria, fournissent, dans la disposition et dans la largeur des allées principales qui y sont pratiquées , la preuve manifeste qu’elles avaient servi longtemps pour l’extraction de la pouzzolane; que , plus tard , elles offrirent des retraites aux chrétiens dans les temps de persécution, et ensuite des emplacements propres à recevoir les corps des fidèles et les monuments des martyrs1. Parmi les Catacombes qu’on peut attribuer à la plus ancienne époque, du moins dans leur occupation primitive, il n’en est point qui présente des détours
1 C’est l’opinion de M. d’Agincourt , qui a donné le plan de ces Catacombes, Architecture } pl. îx, n« 16, et qui n’a fait, en cela, que constater le résultat des recherches du P. Marangoui, dans l’Appendix de sa Dissertation intitulée: Acta S. Vietort' ni . Romaé, 1740.
SUR LES CATACOMBES
plus compliqués , des routes plus spacieuses, que celle de Saint-Marcellin , qui s’ouvre à trois milles de Rome, hors de la porte Majeure, et qui doit correspondre en partie aux anciennes carrières extra Exquilias , particulièrement au Sestertium. Ce cimetière est un vaste labyrinthe à deux étages, percé de voies sans nombre et sans fin. Dans les plus larges de ces chemins, se trouvent des chapelles et des oratoires, qui y ont été manifestement creusés après coup et à diverses reprises. Les autres, qui suivent assez habituellement, ici comme ailleurs , les veines de la pouzzolane , n’ont généralement, dans l’état actuel des lieux, que quatre à cinq pieds de large, sur sept ou huit de haut, lorsque les terres n’ont point éprouvé d’éboulements ; et sur celte hauteur sont pratiqués, dans le tuf volcanique, quatre, cinq, et jusqu’à six rangs de ces niches destinées à recevoir des corps. On trouve enfin des Catacombes où se distinguent des excavations successives, exécutées en différents temps et à diverses profondeurs, formant
coup d’oeil général
jusqu’à quatre étages , tous remplis de tombeaux 1 et désignés, dans le langage des inscriptions chrétiennes qu’on y a recueillies, par les mots de crypta nova2. Les cimetières compris dans cette classe appartiennent à la dernière époque, comme on
1 Voyez celle dont M. d’Agincourt ( Histoire de V Art f Architecture) a donné, pl. ix,'nos 17 et 19, un plan et une coupe.
2 Je rapporterai ici une de ces inscriptions , pour donner une idée de la barbarie du langage romain des chrétiens de cet âge ; elle est publiée dans Boldetti, Osservaz. sopra i Cimiterj, p. 53 :
IN CRVPTA NOVA RETRO SAN CTVS EMERUM SE VIVAS BALER RAE T SABINA MERUM LOC V B1SONI A BA PRONE ET A BIATORE
11 faut la lire ainsi :
In crypta nova rétro sanctos , emerunt se vivis Valeria et Sabina merum locumbisomum [pour deux corps) ab Aprone et a Via tore.
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peut l’inférer avec certitude de la barbarie des ornements et de celle des inscriptions qu’ils renferment 1 ; la superposition des étages , d’accord avec la succession des époques, y rend plus sensible que partout ailleurs le fait de l’occupation progressive de ces souterrains, d’abord creusés par la main des anciens Romains, puis convertis par les fidèles à l’usage de leurs sépultures.
De là, l’emploi si fréquent dans les textes des Actes de martyrs et des autres légendes de cet âge, des mots arenariœ , cryptœ, ad arenas 2, qui sont les termes mêmes par lesquels on désignait, à Rome, dès les temps de la république , les carrières de sable et de pouzzolane, et qui n’ont pu se conserver
1 A la note précédente, l’auteur cite une inscription pour prouver la barbarie du langage romain des chrétiens de cet âge : il aurait pu citer le même exemple pour montrer la barbarie du langage des païens , car l’histoire ne nous apprend pas qu’il y eût deux langages à Rome vers cette époque. Les chrétiens se servaient alors du langage commun.
( Editeurs belges. )
9 Rœstell’s Roms Cntakomben } etc., p. *559.