‹ Tableau des corps organisés fossilesChapitre 12 sur 37 · LES PÉTRIFICATIONS · texte numérisé non relu

LES PÉTRIFICATIONS

L’étude des corps organisés fossiles nous a appris qu’après les cristallisations qu’on observe dans le granité , dans le porphyre et dans les autres substances primitives , qui ne contiennent jamais aucun vestige de corps qui auroient été doués de la vie, les eaux couvrirent ces cristallisations , si déjà elles n’avoient été formées dans leur sein , comme tout porte à le croire , car on passe , sans intermédiaire sensible, de ces dernières aux couches qui contiennent des corps organisés , qui, bien certainement, ont vécu dans les eaux \

1 Quelques savans ont annoncé qu’au-clessus de certaines

Nos observations ne peuvent nous faire savoir si les substances primitives que nous voyons n’ont pas été précédées par un ou plusieurs autres mondes plus anciens qu'elles pourroient recouvrir; mais, en admettant qu’elles n’ont été précédées que par d’autres substances semblables, nous voyons que la vie a commencé par des animaux aquatiques d’espèces et de genres très-différens , en général , de ceux qui existent aujourd’hui.

Dans les plus anciennes couches , on trouve des trilobites , des orthocératites , des ammonites, des béleranites, des encri-

couches renfermant des corps organisés , on a trouvé des cristallisations semblables k celles des granités ; mais ces circonstances, qui pourroient avoir les volcans pour cause, sont si rares , et les lieux où on les a remarqués si peu étendus , comparativement à la surface du globe , sur laquelle on n’a trouvé rien de semblable, que peut-être on peut s’abstenir d’établir encore un principe à cet égard.

nites , des térébratules , et beaucoup d’autres genres dont la plus grande partie n’existe plus à l’état vivant. Parmi ceux qui vivent encore , quelques uns , tels que les encrines , qui sont de la plus grande rareté à l’état vivant dans les mers, forent autrefois si communs , que leurs débris , liés par un ciment calcaire , constituent à eux seuls des couches très-considérables.

Si l’on peut élever quelques doutes relativement à la cristallisation des substances primitives dans les eaux, on ne peut presque en avoir aucun sur celle dans laquelle on trouve des corps organisés, et qui paroît évidemment y avoir eu lieu. Bans cette hypothèse, il est probable que les eaux qui contenoient les élémens de ces cristallisations, les ayant déposés , n’en contiennent plus ou presque plus aujourd’hui , puisque de nos jours nous ne voyons pas qu’il se forme de véritables pétrifications, comme autrefois. Cependant, il paroît , comme nous le verrons ci-après, que certaines eristallisa-

lions qui ont eu lieu depuis qu’une précédente avoit saisi les corps que nous trouvons fossiles , auroient pu s’opérer après le retirement des eaux.

On peut croire que certaines couches , telles que celles des phyllades et de la craie , auroient été déposées dans 'des liquides qui auroient eu la propriété de détruire ou de dissoudre certaines substances calcaires qui s’y trouvoient, et dans lesquelles on n’en verroit plus de traces aujourd’hui.

Si nous ne sommes conduits que par l’analogie pour prendre une telle croyance à l’égard des phyllades , il n’en est pas de meme de la craie , qui présente des faits capables de nous mener à la certitude.

Dans les couches de phyllades , on ne trouve en général que des trilobites et des corps contournés sur eux-mêmes comme

des ammonites , et dont le têt n’existe plus; mais ces couches ont pu contenir un bien plus grand nombre de corps marins qui auroient été détruits. Ce qui le feroit croire, c’est que , dans le temps où vivoient des trilobites , il existoit déjà une très-grande quantité d’animaux marins. On en a la preuve dans plusieurs localités.

Je possède un morceau de pierre de la grandeur et de l’épaisseur de la main , provenant de Dudley en Angleterre , et sur lequel se trouve un de ces crustacés, accompagné de près de cinq cents corps marins plus ou moins entiers , et liés entre eux par une sorte de vase grise durcie. J’ai pu y reconnoître vingt -cinq espèces ou genres différens , et bien conservés , de crustacés, de térébratules, de polypiers, d’encrinites et de coquilles bivalves du genre Strophomène.

Je possède un autre morceau de pierre à peu près pareil , provenant des environs de Chimay, où l’on trouve aussi des trilobites, et qui n’est composé que de débris d’encrinites et de petites coquilles bivalves : ces

deux morceaux ont la plus grande analogie entre eux , pour la forme et la couleur.

Puisque, dans le temps où des trilobites vivoient à Dudley et à Cliimay, il existoit dans ces endroits une grande quantité d’animaux marins, pourquoi ne pourroit-on pas croire qu’avec ceux que l’on trouve dans les formations de phyllades et de calcaire de transition , il en existoit également qui ont disparu , surtout quand on a la presque certitude qu’un très-grand nombre a été dissous dans la craie supérieure , sans y laisser aucune trace ? D’ailleurs , les trîlobites des phyllades et les autres corps contournés qu’on y rencontre , et dont quelques uns sont plus grands que la main , se nourrissoient d’animaux , et probablement d’animaux testacés, dont on devroit retrouver des traces, s’ils n’avoient été dissous ou détruits dans le temps où les schistes phyllades ont été formés.

C’est probablement l’absence ou la pré-

sence des corps organisés dans les couches de phyllades , qui a fait ranger les uns dans les substances primitives, et les autres dans les intermédiaires ; car la superposition des roches primitives ne peut plus guider en ce cas, depuis l’exemple du granité de Christiana, qui repose sur une couche à orthocératites ; mais les corps organisés étant déjà fort rares dans certaines couches de phyllades , ne seroit-il pas possible qu’ils fussent encore plus rares , ou qu’ils eussent disparu tout-à-fait dans celles qui ont été rangées avec les substances primitives?

Certaines familles de mollusques, comme les huîtres et les gryphites , en passant à l’état fossile , ont conservé leur tét dans toutes les localités et dans tous les terrains ; d’autres, comme celles des volutes , des porcelaines , des crassatelles et autres , ont disparu dans presque tous les lieux où il y a eu cristallisation ou pétrification : les térébratules se sont conservées presque partout ; mais dans certaines couches anciennes,

comme à Yalognes, à Coblentz, à Timor , dans les monts Alléghanys et dans la Virginie , elles ont disparu , et n’ont laissé que leurs moules intérieurs et extérieurs.

Les polypiers , les serpules , et généralement tous les têts qui adhèrent sur d’autres corps , se sont conservés mieux que les autres.

Les parties solides des stellérides , des échinides et des encrines , en passant à l’état fossile, se sont changées en spath calcaire qui se brise en lames rhomboïdales , et il est toujours aisé de vérifier si ces corps sont fossiles , en s’assurant s’ils sont dans un état spathique. Très-souvent le têt des animaux dépendans de ces familles est conservé , même dans la craie , où tant d’autres corps ont disparu ; mais dans quelques endroits , comme dans les monts Alléghanys , et dans quelques lieux de l’Angleterre , les tiges d’encrines ont disparu , et n’ont laissé que leur empreinte.

( 9 ) io.

11 faut admettre que le têt de quelques coquilles peut , dans certaines couches , se changer en une cristallisation irrégulière , sans cela il faudroit croire que les corps qui ont la forme la plus exacte de coquilles , tant univalves que bivalves , que l’on trouve dans les environs de Caen et de Bayeux , dans une couche à oolithes , inférieure à la craie , et qui sont souvent dégagés de leur pâte, ne seroient pas de véritables coquilles. Il semble que le têt de celles qu’ils représentent , après avoir disparu , auroit été remplacé par une cristallisation qui en auroit pris exactement toutes les formes. Ce qui est bien certain , c’est qu’en les brisant, au lieu d’un têt fibreux , on trouve que ces corps ne sont composés que de cristaux. Les différentes espèces de pleurotomaires ? les ammonites, les cypricardes modiolaires dont le têt est fort épais, et d’autres coquilles de cette couche sont dans ce cas.

A ma connoissance , les bélemnites ne disparoissent jamais, et on les rencontre même dans la craie et dans les localités ( Nehou , département de la Manche ) , où toutes les coquilles solubles ont disparu. En les brisant , on les trouve toujours composées d’une sorte de cristallisation en aiguilles , rayonnantes du centre à la circonférence ; mais comme on ne les a jamais rencontrées qu’à l’état fossile , on n’est pas assuré si déjà elles n’étoient pas ainsi organisées avant de passer à cet état, et on ne peutfaire pour elles la même supposition que pour les radiaires échinodermes et les encrines. Ce qui paroit bien certain , c’est qu’avant de passer à l’état fossile , elles étoient d’une matière solide et calcaire, puisque l’on en trouve quelques unes qui ont été percées et habitées par des pholadaires , et que sur d’autres il adhère des serpulées.

En disparoissant , le têt des mollusques a laissé le moule de ses formes , tant extérieures qu’intérieures. Ce moule est tellement exact, qu’il représente dans toutes ses parties les lignes, ou les stries, ou les plus petites aspérités qui en dépcndoient.

Les moules extérieurs étant entiers , et souvent sans la moindre fracture , le têt sur lequel il a été formé ne peut en être sorti que parce qu’il a été dissous après que la matière molle , dans laquelle il étoit plongé , a subi une cristallisation ou pétrification , qui s’est emparée de toutes ses formes.

Quoique nous ne commissions aujourd'hui aucun agent qui eût la faculté de produire une pareille dissolution , sans attaquer le moule calcaire qui entoure ces corps , il

semble qu’on ne peut attribuer leur disparition qu’à l’action des eaux et des autres liquides qui traversent continuellement de la surface de la terre jusqu’à de grandes profondeurs.

Si les eaux ont pu dissoudre la matière calcaire qu’on ne retrouve plus dans le moule du têt des mollusques, elles ont dû la porter dans des lieux plus bas , où peut-être elles ont formé de nouvelles cristallisations.

On a annoncé que dans les environs d’Amberg on trouvoit une quantité considérable d’alvéoles de bélemnites , tandis que l’enveloppe extérieure de ce fossile y étoit d’une rareté extrême , et n’y existoit presque jamais en entier.

N’ayant point été à portée de voir ces alvéoles , je ne puis rien dire sur leur nature et leur origine ; mais voici ce qui se présente

à la réflexion : les alvéoles n’ont pu être conservées que parce qu’elles ont été saisies par une pétrification qui a rempli la cavité des bélemnites en même temps qu’elle a enveloppé ces dernières, et très-probablement formé la couche où on les trouve. Si elles existent seules aujourd’hui , c'est qu’après cette pétrification , les coquilles qui contenoient ces alvéoles ont été dissoutes ; mais , dans ce cas , on devoit trouver le moule de leurs formes extérieures.

Dans certaines localités, comme à Montmartre , on trouve des modèles ou moules intérieurs en marne de coquilles marines et de crustacés, sans qu’il paroisse qu’un moule extérieur d’une nature différente du modèle ait existé.

En brisant la marne , ces modèles se détachent du reste de la masse , et représentent exactement les formes extérieures des coquilles et des crustacés. Ils sont recouverts d’un enduit jaunâtre , sans épaisseur, et il

paroît que cet enduit est la cause qu’ils se détachent de la masse.

Si Ton ne peut admettre que les coquilles et autres corps se soient changés en marne , il est très-difficile d’expliquer la formation de ces modèles , ces derniers , ainsi que leurs moules , étant composés de la même substance.

S’il y avoit eu disparition du têt des coquilles comme dans les autres localités, il auroit fallu qu’une pétrification fût venue saisir les corps , qu’ensuite la marne se fût moulée , et que depuis le moule se fût luimême changé en marne. J’avoue que ces transmutations ne sont pas aisées à comprendre ; et, sans pouvoir l’expliquer mieux, l’on pourroit peut-être plus facilement croire que tous les corps calcaires contenus dans la couche auroient été convertis en marne.

Quand les hipponices se trouvent dans une couche où il y a eu disparition , ils pré-

sentent un fait singulier. Leur coquille supérieure , qui est composée d’une matière analogue à celle des porcelaines, des volutes et autres coquilles solubles , a disparu , en ne laissant que son moule , tandis que leur support , qui est d’une contexture feuilletée comme celle des huîtres , est resté intact , à l’exception de l’endroit de ce support où s’est trouvé le muscle adducteur : cet organe , qui se déplace , ou au moins qui s’étend à mesure que l’animal prend de l’accroissement, a fourni du côté du support la même matière soluble qu’il fournissoit à l’extrémité par laquelle il étoit attaché à la coquille ; en sorte que quand celle-ci et son épais support se sont trouvés dans une circonstance propre à les dissoudre , la coquille , ainsi que la place du support , où le muscle étoit attaché , ont seules disparu , et le reste de ce dernier s’est conservé intact.

Les jodamies ou birostrites (Lamck.), ainsi que les sphérulites , présentent également

des faits très-singuliers dans leur pétrification. Leur têt , ou au moins celui de la valve inférieure des premiers, que j’ai pu seulement me procurer et observer, et dont la contexture est analogue à celle des huîtres, s’est conservé. Un moule intérieur, pétrifié et libre , se trouve dans cette valve , mais ne la remplit pas tout entière. Un espace vide et assez grand se trouve d’un côté , et cet espace a dû nécessairement être occupé par un corps qui a disparu après la pétrification du moule.

Quant aux moules intérieurs des sphérulites , ou de coquilles analogues , ils sont encore plus singuliers , en ce qu’indépendamment de deux enfoncemens considérables qui s’avancent dans ce moule , il se trouve deux grands trous qui le traversent de part en part Enfin il est quelques uns de ces moules qui sont comme feuilletés. Il semble que l’intervalle entre chaque feuillet a dû être rempli par des corps solides et solubles qui ont disparu depuis la pétrification du moule. Rien de ce qu’on connoît à l’état vivant ne peut aider à concevoir quelle a dû être For-

ganisation des animaux qui ont laissé de pareils moules.

Nous ne savons si la pétrification qui a saisi les corps a été rapide : nous pourrions le supposer en voyant les moules ci-dessus, qui nous feroient penser que certaines parties molles des animaux auroient été détruites par elle , ou avant son effet , et que d’autres , comme des muscles plus solides qui avoient résisté, ont disparu depuis ; mais il est difficile de former des conjectures satisfaisantes à cet égard. Ce qui paroît certain, c’est que dans quelques cas relatifs à ces moules , la matière molle s’est glissée et pétrifiée dans des vides très-étroits , et que ce qui les environnoit ayant disparu, il est resté des lames très-minces.

Les baculites ne se sont présentées jusqu’à présent que dans des couches analogues à la craie , ou voisines de cette substance ,

et où leur têt extrêmement mince a disparu. Souvent les moules intérieurs de leurs nombreuses cloisons n’adhèrent pas les uns aux autres ; en sorte que des portions de cette singulière coquille, composées quelquefois de plus de trente de ces moules qui se tiennent par leurs parties à queue d’aronde , semblent être articulées. Elles ne sont jamais tapissées de cristaux comme les ammonites des couches plus anciennes que la craie.

D’après les morceaux que je possède , je pense que quelques unes de ces coquilles pouvoient avoir près de deux pieds de longueur , et étoient composées de plus de quatre-vingts cloisons, dont la dernière avoit plus de six pouces de longueur. Dans la pâte qui remplit celle-ci , il se trouve une quantité prodigieuse de petites coquilles ou de débris de polypiers et d’autres corps marins. Il en est de même des autres cloisons quand le moule n’est pas parfait, ce qui fait croire que dans ce cas le têt de la coquille a été détruit sur l’un de ses côtés; mais à l’égard de ceux de ces moules qui sont parfaits dans

leur circonférence , et que Ton peut supposer avoir été formés dans des coquilles entières , celui de chaque cloison n’est composé que d’une pâte très-fine sans mélange de corps organisés, le siphon marginal ayant été trop étroit pour les laisser passer.

Ces dernières remarques se. rapportent également aux ammonites qu’on rencontre souvent avec leur têt , mais plus souvent sans ce dernier. Dans le premier cas , il arrive fréquemment que la dernière loge se trouve remplie de la pâte qui forme la couche où elles ont été déposées , et que les autres loges sont remplies d’une pâte line , ou seulement tapissées de cristaux. L’on voit dans ce cas que le liquide dans lequel cette couche a été formée , contenoit deux substances distinctes , savoir : la matière opaque de la couche et celle qui , s’étant filtrée au travers du têt de la coquille , ou par le siphon , a formé les cristaux, et fourni la cristallisation qui a durci la couche. On pourroit

penser que les animaux qui habitaient cés coquilles , ou dans lesquels elles étaient contenues , pouvoient vivre dans les eaux qui t en oient en dissolution la substance des cristaux ; car, quand elles ont été abandonnées, elles ne sont tombées ou restées au fond de la mer qu’après avoir été remplies de l’eau qui les environ noit ; et il est difficile de croire que cette eau ait pu en être chassée par une autre qui auroit déposé les cristaux.

Certaines ammonites ayant été remplies par du sable quarzeux , leur moule intérieur s’est trouvé formé de grès , et ce qui est resté du têt a été changé en silex. Celui de certaines coquilles trouvées dans le sable vert de Blackdown en Angleterre , se trouve aussi changé en cette substance. On voit souvent des coquilles saisies par du silex ou des moules intérieurs qui en sont formés ; mais j’ai cru remarquer que le têt des coquilles a été rarement changé en cette substance.

On pourroit croire que la matière qui forme le siphon des ammonites ne seroit pas exactement la même que celle du reste de la coquille ; car il a quelquefois résisté , quand les autres parties ont été dissoutes.

On trouve à SainhPaul-Trois- Châteaux (Drôme), à Folkstone en Angleterre, à Re~ thel (Ardennes\ et dans la montagne Sainte- Catherine près de Rouen, dans des couches de la craie inférieure, des ammonites, dont le têt du dernier tour, après avoir été rempli de la matière qui compose la couche, paroît avoir disparu , tandis que celui des cloisons , le siphon , et tout ce qui étoit intérieur, n’a point été rempli , et s’est conservé ; en sorte que dans ces parties l’on voit ces coquilles avec leur têt mince r telles qu’elles étoient quand les mollusques qui les ont formées , les ont abandonnées. U y a lieu de croire que les eaux dans lesquelles ces coquilles,

ainsi que les baculites, se sont trouvées , et dont elles ont été remplies, ne contenoient pas de substances propres à former des cristaux , comme dans celles plus anciennes des environs de N.evers, de Caen et autres.

A l’égard des ammonites dont le têt a disparu, il n’est resté que le moule intérieur et le moule en creux de l'extérieur, et trèsordinairement tous les tours ont été soudés ensemble après la disparition du têt. C’est aussi après cette disparition que des vermiculaires qui s’y trouvoient attachés , et qui n’ont pas disparu avec lui , se trouvent aujourd’hui adhérer sur le moule intérieur. Pour prouver ce fait et empêcher qu’on ne puisse croire qu’ils auroient été attachés sur le moule déjà formé, je pourrois faire voir des moules intérieurs d’ammonites, dont les bords plissés de la dernière cloison sont soudés sans aucun intermédiaire , et forment un tout avec le moule du tour qui leur sert d’appui.

Les grandes et les petites huîtres fossiles qui constituent le banc dont les environs de Paris sont couverts , se sont conservées intactes , avec les balanes , les flustres et les serpules dont elles sont souvent chargées ; tandis que les coquilles d’autres genres avec lesquels elles se trouvent , n’ont laissé que leur moule , comme on peut le remarquer à Montmartre , à Fontenai -aux -Roses et dans d’autres endroits.

Nous avons vu (§. 11) que les bélemnites ne disparoissoient jamais ; mais il n’en est pas de même de leurs cloisons qui semblent être d’une autre substance que la coquille, Elles se sont conservées dans quelques couches plus anciennes que la craie ; mais je n’ai aucun exemple qu’on en ait trouvé dans cette dernière. Quand elles se sont conservées , elles se présentent , ou totalement remplies par des cristallisations , ou par une

pâte qui tend à se séparer entre chaque cloison , ou enfin quelques cloisons seulement sont cristallisées , et les autres remplies de pateline pétrifiée ; mais, dans aucun cas, la matière qu’elles contiennent n’a de rapport avec la contexture de la singulière coquille dont elles dépendent , et ce qui remplit l’alvéole ne ressemble entièrement à la pâte de la couche , que quand elle en a été remplie après que les cloisons envoient été détruites; soit à cause de leur fragilité ou de leur solubilité.

On peut se demander si les oolithes qu’on rencontre dans les couches à ammonites étoient déjà formés quand les coquilles existoient , ou s’ils se sont formés en même temps que la couche a été pétrifiée. L’état dans lequel on trouve ces coquilles, ainsi que les bélemnites , peut aider à résoudre cette question.

On trouve des ammonites dont les cloisons; et surtout les plus nouvelles, sont

remplies d’oolithes ; mais je n’ai pu m’assurer que le têt de ces coquilles étoit parfaitement entier pour celles où ils se trouvoient. On peut soupçonner que ce têt n’étoit pas entier , vu sa fragilité , puisque celui de quelques unes qui .en sont remplies , et qui ont six pouces de diamètre , n'est pas beaucoup plus épais qu’une feuille de papier; mais dans des espèces dont le têt est plus épais, et qui sont bien conservées , on ne voit des oolithes que dans la dernière loge qui est toujours ouverte , et les autres sont remplies de cristaux. On peut donc croire, d’après les observations qui précèdent , que les oolithes se trouvoient faire partie du dépôt où on les trouve avant que les coquilles fussent remplies ; et, si l’on pouvoit penser qu’ils se sont formés en même temps que la pétrification a eu lieu, l'on pourroit croire que le liquide qui a déposé les cristaux n’en contenoit pas les élémens, ou qu’il les auroit perdus en se filtrant au travers du têt, ou en passant par le siphon. Il en est de même de l’alvéole des bélemnites , qui se trouve rempli d’oolithes , lorsque les

cloisons ont été détruites, mais dans lequel on n’en trouve jamais quand elles sont entières.

Il y a des oolithes qui diffèrent beaucoup les uns des autres. Dans quelques localités, comme aux environs de Caen et de Bayeux, ils sont ronds ou ovoïdes , et ont souvent jusqu’à un millimètre de diamètre ; leur surface est luisante ; leur couleur est ferrugineuse ; leurs couches sont concentriques; un petit point d’une couleur plus claire paroît leur servir de centre , et dans quelques uns on croit en remarquer deux. Dans quelques localités des mêmes contrées, ils sont plus petits , aplatis , et quelques uns plus grands se présentent sous différentes formes aplaties. Ces oolithes , d’une forme régulière en général , se rencontrent dans des couches qui , par la conservation des fossiles qu’elles contiennent , paroissent avoir été tranquilles, et semblent différer essentiellement de ceux qu’on rencontre aux environs de Nevers et d’Auxerre. On trouve ces der-

niers dans des couches blanches dont ils constituent la majeure partie : ils y sont accompagnés de débris de coquilles , de polypiers et d’autres corps marins. Il paroît que ces dépôts ont été exposés à de grandes tourmentes , car il ne reste de certaines coquilles univalves extrêmement épaisses ( des nérinés ) , que des portions fort courtes et mutilées. On y reconnoît , à leur éclat brillant et spathique , et à leur forme , des restes de tiges d’encrinites , des morceaux aplatis , et dont quelques uns qui sont de la grandeur de l’ongle , paroissent être des débris de coquilles bivalves, mais ils n’en ont pas la contexture ; d’autres , qui sont arrondis , sont remplis de cristaux à leur centre , le surplus de la masse est composé d’oolithes de différentes grandeurs , depuis la grosseur d’une graine de pavot jusqu’à celle d’un petit pois. Quelques uns plus gros paroissent formés par une agglomération de plus petits. Le tout est lié par une cristallisation blanche et transparente.

Ces oolithes sont blancs, et paroissent avoir été formés par la matière broyée des

coquilles et autres corps marins , dont on trouve avec eux des débris mutilés. Vu l’état de désordre dans lequel on les trouve , on pourroit penser qu’ils n’auroient pas la même origine que ceux des couches des environs de Caen et de Bayeux.

Ce que l’on remarque dans certains marbres qui renferment des corps marins , doit faire penser qua plusieurs reprises différentes, ils auroient subi une pétrification. La première , qui probablement a eu lieu dans les eaux , auroit formé la couche ordinairement coloriée , qui les entoure dans toutes leurs parties. Par une raison que nous ne connoissons pas , cette couche se seroit fendillée dans tous les sens , brisant les coquilles et autres corps marins qui s’y trouvoient , et laissant un certain intervalle entre les parties brisées. Une seconde pétrification ou infiltration spathique et blanche seroit venue remplir exactement , non seulement toutes les fentes , mais encore le moule en creux des coquilles qui avoient disparu ,

comme on le remarque dans certains marbres noirs.

Une troisième pétrification pourroit avoir eu lieu pour les brèches; car on trouve, dans les débris dont elles sont composées, des morceaux qui paroissent avoir déjà été divisés et rejoints par une cristallisation spathique , qui n’a aucune analogie avec celle qui lie ensemble tous ces morceaux. Certains marbres paroissent avoir été brisés deux Fois dans les mêmes endroits , puisque la même fente se trouve remplie de deux infiltrations parallèles, dont l’une est blanche et l’autre jaune.

Je possède une sorte d’orthocératite à cloisons, qui s'est trouvée dans la couche du marbre brun de Valognes. Ce fossile est traversé en différens sens par des veines sinueuses de spath calcaire d’une demi-ligne à deux lignes de largeur; et , ce qui est très-

remarquable , c'est qu’une de ces veines traverse dans leur diamètre quelques cloisons dont les parties écartées ne répondent plus les unes devant les autres, comme avant l'écartement. Ce fait sembleroit prouver que le corps marin, rempli de pâte, auroit été fendu depuis sa pétrification ; et que le spath calcaire seroit venu depuis se cristalliser dans la fente ; mais , d’un autre côté r on ne peut concevoir, d’après ce que nous voyons de nos jours, comment deux fentes, comme on en voit sur le même morceau , auroient pu avoir lieu à une demi-ligne de distance l’une de l’autre. Comment pouvoir encore expliquer certaines veines spathiques à peu près parallèles , et quelquefois trèsrapprochées , qui traversent des morceaux coquillers que je possède, et qui, sans les détruire , coupent exactement toutes les coquilles et autres corps marins dont ces marbres sont composés? Un simple dessèchement ne pourroit avoir produit un effet tel qu'il auroit divisé en petites parties des coquilles ou des polypiers, comme on en voit qui le sont. Quelques uns de ces derniers sont même quelquefois fendillés et

remplis de spath , sans que la pâte qui les entoure le soit comme eux. Ces faits ont peut-être encore été trop peu étudiés, et ils méritent bien de l’être.

Il paroît qu’il est plus rare de trouver dans les couches antérieures à la craie des localités où les corps marins , qui ont disparu , ont laissé leur place vide , que dans les couches postérieures à cette substance.

Sans vouloir contester les raisons que les géologues ont pu avoir pour donner aux terrains qui se trouvent postérieurs aux roches primitives , les noms d’intermédiaires ou de transition, de secondaires et de tertiaires , j’ai cru pouvoir faire avec quelque certitude trois coupes différentes de ceux dans lesquels on trouve des corps organisés fossiles ; savoir : les terrains antérieurs à la craie , ceux de la craie , et ceux qui sont postérieurs à la formation de cette

substance. C’est de cette manière que j’ai divisé , pour les époques , le tableau des genres des corps organisés que l’on trouve à l’état fossile, et dont il sera question ciaprès.

Ce tableau ayant été fait , en très-grande partie , d’après mes études particulières , contient très-probablement beaucoup d’erreurs; mais elles seront rectifiées par ceux qui auront pu recueillir des faits qui ne sont pas parvenus à ma connoissance.

On y verra avec détail que les couches antérieures à la craie renferment quarantesept genres de polypiers, sept genres d’échinides , cinq genres de crustacés , un genre d'annelides , trois genres de serpulées, un genre de céphalopodes monothalames, un genre de cirrhipèdes, quarantetrois genres de coquilles bivalves , un genre de phyllidiens, quatorze genres de coquilles univalves, dix genres de coquilles cloisonnées, trois genres de corps marins peu connus, trois genres de reptiles, onze genres de poissons et douze genres de végétaux.

Les détails indiquent quels sont ceux de ces genres qui se trouvent encore à Fétat vivant , ceux qui se rencontrent dans la craie, et ceux qu’on trouve dans les couches postérieures à cette substance.

Dans les terrains antérieurs à la craie, on trouve des coquilles uni valve s et des coquilles bivalves dans une proportion dont la différence n’est pas très-remarquable. Dans les couches inférieures de la craie , on trouve encore des coquilles univalves ; mais il n’en est plus de même dans la craie supérieure : là, on ne trouve presque jamais de coquilles univalves uniloculaires , telles que des cérites , des volutes et autres coquilles solubles, et les corps marins qu’on y rencontre appartiennent aux familles qui résistent à la dissolution dans les localités où les autres disparoissent.

Il est extrêmement probable que, dans

la craie supérieure , il existent des coquilles univalves comme dans les terrains qui Font précédée, et qu’elles ont disparu, n’ayant laissé aucune trace, attendu que cette substance n’a pas pris une consistance on une cristallisation capable d’avoir conservé les formes des coquilles ou autres corps marins qu’elle contenoit, et qui y ont été dissous. On ne peut se refuser à le croire , lorsqu’on y trouve des supports d’hipponices, sans y rencontrer les coquilles qu’ils ont soutenues, et lorsqu’on voit que les huîtres, les valves inférieures des cranies , celles des dianchora , les spirorbes et autres coquilles adhérentes que l’on trouve dans la craie , éloignées de tous autres corps, portent les traces des polypiers et des autres corps testacés marins sur lesquels elles ont adhéré , et qu’on ne retrouve pas ces corps.

Je possède un morceau de la substance crayeuse de la montagne de Saint-Pierre de Maastricht , qui a eu assez de solidité pour avoir conservé le moule extérieur et le moule intérieur d’une espèce de grosse cérite sur laquelle adhéroient des huîtres.

Le têt de la coquille univalve a disparu , mais celui des huîtres est reste intact.

J’ai encore de pareils exemples de certaines huîtres bien conservées qui proviennent de la couche de sable vert ( green sand ) que l’on trouve en Angleterre audessous de la craie. Cette couche est d’une telle consistance, que la forme des coquilles univalves sur lesquelles les huîtres ont adhéré par leur sommet, s’est conservée, quoique leur têt ait disparu.

Dans certaines localités, comme à Nehou (Manche), la craie a pris une telle consistance avant la dissolution des coquilles et autres corps marins quelle contenoit , que leur forme s’y trouve aujourd’hui , et l’on y voit avec le belemnites mucronalus et autres corps qui caractérisent essentiellement cette substance , une quantité prodigieuse de pétoncles, de bacuîites, de gervillies, d’ammonites et d’autres coquilles qu’on ne voit jamais dans la craie supérieure des environs

de Paris ; mais il est à remarquer que les coquilles bivalves y sont dans une bien plus grande proportion que les autres.

On trouve attachés sur des morceaux de

catillus et sur des spatangues, les restes d’un corps contourné sur lui-même, comme un nautile, et auquel j’ai donné, dans l Atlas du Dictionnaire des Sciences naturelles , le nom de planosphirite 1 ; mais on ne retrouve jamais que la partie adhérente et quelques petites portions de celle du têt qui en est voisine. Jusqu’à présent, le reste nous est inconnu, et on ne le connoîtra peut-être jamais si, comme il est probable, il étoit d’une nature soluble.

Les silex que l’on trouve dans la craie ont saisi des coquilles et d’autres corps marins,

' Par un singulier hasard, ce corps paroit avoir reçu le même nom par M. Parkinson , dans l’ouvrage sur les fossiles, qu’il a publié en 1822

et les échinides en sont souvent remplis ; mais il est très-remarquable qu'ils n’ont saisi que des corps de la clause de ceux qui se conservent ordinairement.

Quelques auteurs ont annoncé que le silex que l’on trouve dans les coquilles avoit été formé par la matière animale qu’elles contenoient ; mais il est aisé d’être convaincu qu’il ne peut avoir cette origine dans des échinides qui en sont remplis , et dont l’extérieur est couvert d’huîtres, de cranies et d’autres corps qui n’ont pu vivre à cette place qu’après la mort de l’animal sur le têt duquel on les trouve. Si ces exemples ne suffisoient pas, j’en ai d’autres qui établissent que des moules siliceux ont été formés dans des ananchites, après que l’intérieur du têt avoit été tapissé par des cristaux de spath calcaire.

Les moules siliceux de galérites et autres échinides que l’on trouve à la surface de la terre, dépourvus de têt, en ont été très-

probablement recouverts pendant leur séjour dans les couches de la craie d’où ils proviennent ; mais il a été détruit quand les couches ont été lavées et emportées par les pluies, et qu’ils se sont trouvés exposés à l’injure des saisons et aux chocs ; car dans les couches crayeuses on ne trouve pas de moules siliceux sans être accompagnés du têt dans lequel ils se sont formés.

En frottant avec une brosse un morceau de la craie de Meudon, après bavoir mouillé, il paroît sonore quand il est séché, et l’on voit qu’il est traversé dans tous les sens par des veines comme les marbres dont il a été déjà parlé ; mais, dans les morceaux que j’ai été à portée d’observer, je n’ai pas rencontré de coquilles qui aient pu donner la preuve , comme dans ces derniers , que les veines les eussent traversées ; l’état dans lequel on les trouve prouveroit au contraire que ces veines ne les brisent pas ou ne les traversent pas.

La craie présente dix-neuf genres de polypiers, deux genres de stellérides, ou plutôt des débris qui peuvent appartenir aux quatre genres établis dans cette famille , mais que je n’ai pu distinguer ; on y trouve huit genres d’échinides, deux genres de crustacés , un genre d’annelides , trois genres de serpulées, vingt- quatre genres de coquilles bivalves , le genre Planospirite peu connu, dix genres de coquilles cloisonnées, deux genres de poissons , deux genres de reptiles, un genre de végétaux, et, ce qui est bien remarquable pour le petit nombre ? quatre genres de coquilles univalves.

Il paroît que les couches de la craie ne se sont pas trouvées dans les circonstances propres à former des marbres; car, à ma eonnoissance , on n’y en a point rencontré.

Le silex se présente abondamment dans la craie et dans les couches les plus nouvelles ; mais il est plus rare dans les couches anciennes. Les bois que Ton rencontre dans ces dernières ne sont pas siliceux comme le sont presque tous ceux que l’on trouve dans les nouvelles. Il est assez rare d’en rencontrer à l’état calcaire, et je n’en ai jamais vu qui soient véritablement en cet état.

Je possède deux morceaux calcaires qui, au premier coup d’oeil , pourroient être regardés comme du bois fossile ; mais ils ne sont autre chose qu’une agglomération de corps marins ou de leurs moules, parmi lesquels on remarque l’empreinte d’un poisson. Ils portent à l’extérieur des stries longitudinales fines et irrégulières qui représentent assez bien les fibres d’une plante monocotylédone. On peut penser qu’un arbre creux, ou une écorce, ou une plante

du genre des bambous, pénétrée par l’eau, se seroit trouvée au fond de la mer et auroit été remplie par du sable coquiller dans lequel il y avoit un ou plusieurs poissons, et qu’une cristallisation ou pétrification auroit saisi tous ces corps ; mais depuis , le têt de celles des coquilles qui étoient solubles a disparu. Il en a été de même des chairs du poisson , dont on ne retrouve que l’empreinte du squelette.

On trouve des restes de poissons fossiles dans les couches les plus anciennes, dans la craie et dans celles qui sont plus nouvelles que cette substance.

Il est assez rare d’en trouver qui soient isolés , et surtout dans le calcaire grossier , où la présence fréquente des osselets calcaires de leur oreille atteste qu’il en existait quand les eaux de la mer baignoient les couches où on les trouve.

Puisque , dans les couches où il n'y a point eu de cristallisation ou de pétrification , comme à Grignon , on ne rencontre point de squelettes de poissons , et qu’on y rencontre des osselets calcaires qui prouvent qu’il y en avoit, on est fondé à croire que la pétrification a été nécessaire pour la conservation des squelettes que renferment les couches pétrifiées.

Les poissons qui périssent d’une mort non forcée, doivent nécessairement devenir la pâture d’autres poissons ou des crustacés; en sorte qu’il ne doit pas paroître étonnant de n’en pas trouver à l’état fossile dans des lieux où l’on est assuré qu’il en existoit beaucoup.

Il est plus ordinaire d’en trouver un grand nombre dans le même endroit . comme à Monte-Bolca et autres localités , où une

éruption volcanique ou quelque autre révolution subite les a fait mourir tous ensemble. Dans quelques lieux , leurs restes se présentent couchés à plat, allongés, et avec les nageoires et la queue étendues. Ces restes consistent dans les os , les aiguillons et les écailles ? qui sont restés à leur place ; dans d’autres, on les trouve dans une posture forcée , qui feroit croire qu’ils auroient péri dans des eaux bouillantes , comme on en a vu des exemples de nos jours. Enfin , dans quelques endroits , comme dans le canton de Glaris , on les trouve aplatis , mais couverts de leurs écailles , sans qu’on puisse apercevoir leur squelette.

On ne peut mettre en doute que la révolution qui a rassemblé ceux que l’on trouve à Monte-Bolca, ait été subite , et qu’ils aient été recouverts quelques instans après leur mort par le dépôt dans lequel on les observe ; car un de ces poissons fossiles qu’on voit dans les galeries du Muséum, et qu’on a cru reconnoître pour un blochius , n’a pas

eu le temps , ayant de mourir, d’abandon » ner un autre poisson qu’il avoit commencé à avaler.

Dans nos climats , quand un poisson ( et surtout celui qui est muni d’une vésicule aérienne ) meurt en été, il reste au fond de l’eau pendant deux ou trois jours , ensuite il monte à la surface avant même qu’il sente mauvais , et il ne retombe au fond pour ne plus remonter, que lorsque la putréfaction désunit les parties qui le constituoient. Bien certainement s’il s’étoit passé quelques jours entre la mort du blochius ci-dessus et son empâtement dans la cristallisation où on l’a trouvé, ilseroit monté à la surface de l’eau, et il auroit été séparé du poisson qu’il avaloit quand il a été surpris par la catastrophe qui l’a détruit.

Si l’on n’avoit pas cet exemple qui prouve évidemment la rapidité de cette catastrophe, on pourroit citer d’autres poissons trouvés dans le même endroit, dans le corps

desquels on voit le squelette de ceux qu’ils avoient avalés. Ils prouveroient qu’ils seroient morts subitement après avoir satisfait leur appétit.

Il ne doit donc pas paroître étonnant de rencontrer si peu de poissons fossiles dans les couches coquillères qui ont été formées dans le fond de la mer et sans catastrophe, et ceux qu’on y trouve ont dû être recouverts peu de temps après leur mort par une couche de sable qui les aura cachés , et qui les aura empêchés de remonter à la surface.

Certaines meulières compactes renferment des coquilles , et dans d’autres on n’en trouve pas ; mais il y a lieu de croire que toutes celles qu’on trouve dans des circonstances analogues à celles qui en contiennent , en renfermoient qui ont disparu.

Quelques unes des couches coquillères ,

postérieures à la craie, comme celle de Grignon , se présentent sans être pétrifiées , et avec une foible compacité. Dans d’autres , comme à Doué , département de Maine et Loire , et à Saillencourt , département de Seine et Oise , les coquilles , les polypiers et les débris d’autres corps marins sont déposés légèrement les uns sur les autres , et liés par leurs points de contact avec une cristallisation presque imperceptible , en sorte que la masse est poreuse et incapable de retenir les eaux.

A Sainteny, département de la Manche, une couche semblable présente tous les corps marins fossiles et leurs débris enduits d’une légère croûte brune.

Dans les îles Bahama , il se forme de nos jours une couche pareille à celle de Doué. Je possède un morceau de cette couche , dans lequel on reconnoît les débris des coquilles bivalves des mêmes parages avec des couleur^. Il y a aggrégation des corps qui

la composent , mais il n’y a point de pétrification.

Certains morceaux qui proviennent probablement de la Méditerranée, sont composés d’un calcaire très-dur et caverneux, qui empâte des valves de petites moules ou modioles violettes , des vermiculaires ou des serpules dont l’intérieur est resté vide , et des débris de ces mêmes testacés. Ces morceaux sont chargés à l’extérieur de polypiers de différens genres , de serpules , de quelques portions de corail et de valves inférieures de cranies. Comme les débris des corps marins qui sont contenus dans ces morceaux ne diffèrent en rien de ceux qui ne sont pas fossiles , on pourroit croire que ces pétrifications ne seroient pas aussi anciennes que celles qui se trouvent dans les couches de la terre. Au surplus , il est trèsremarquable que ces masses ne sont pas percées par des coquilles ou des animaux perforans, comme le sont les calcaires anciens qui se trouvent dans la Méditerranée.

Quelques localités présentent des couches de calcaire grossier, qui ne sont composées que de miliolites et autres très-petits corps marins , soit entiers , soit en débris , sans aucun autre mélange , et presque sans adhérence. On trouve une couche semblable à Beynes près de Grignon ; les couches antérieures à la craie ne présentent rien de pareil , tant pour la petitesse des corps marins , que pour le défaut d’adhérence des corps entre eux. Dans le temps qu’elles ont été formées, les espèces n’étoient pas aussi nombreuses , et en général il n’y en avoit pas d’aussi petites.

On remarque , en général , que dans les couches antérieures à la craie , on trouve les coquilles bivalves avec leurs deux valves trèssouvent réunies , ou le moule intérieur de ces deux valves, qui prouve qu’elles l’étoient au moment de la pétrification , et il n’en

est pas ainsi dans les autres couches , et surtout dans celle du calcaire grossier, où il est assez rare de trouver les coquilles bivalves entières , et je ne connois que celui du Plaisantin qui fasse une exception à cet égard.

On a remarqué que les corps organisés que l’on trouvoit à l’état fossile différoient d’autant plus de ceux qui vivent aujourd’hui, qu’ils se trouvoient dans des couches plus anciennes. Cette remarque se trouve pleinement confirmée par la récapitulation de l’état dont il est parlé. En effet nous voyons dans cette récapitulation, que sur quatre cent sept genres que nous présentent les polypiers , les stellérides , les échinides , les annelides, les serpulées, les cirrhipèdes et les coquilles , quatre-vingt-quatorze genres ne se présentent pas à l’état fossile ; cent quatre-vingt-dix-sept se présentent à l’état vivant et en même temps à l’état fossile , et cent quinze fossiles seulement. En réunissant ces deux derniers nombres, et en observant dans quelles couches on les ren-

contre , on trouve cent trente-un genres dans les couches les plus anciennes, soixantedouze dans la craie , et deux cent un dans les couches postérieures à cette substance. Si Ton examine dans quelles couches se rencontrent les genres qui se trouvent à l’état vivant, et en meme temps à l’état fossile, on voit que les plus anciennes en contiennent soixante-cinq , celles de la craie , quarante , et les plus nouvelles , cent trenteneuf. Le contraire se remarque relativement aux corps qui ne se rencontrent qu’à l’état fossile , puisque les plus anciennes couches contiennent soixante-deux genres , quand la craie n’en contient que trente-un, et que les plus nouvelles couches n’en présentent que trente.

On a annoncé qu’on avoit trouvé des ammonites dans l’argile de Londres, qui paroit remplacer notre calcaire grossier; mais nous croyons avec un savant géologue anglois ( M. Stokes), que c’est une erreur.

M. de Humboldt a dit dans son ouvrage sur l’indépendance des formations (pag. 4^), que parmi les coquilles fossiles , les univalves dominoient, comme elles dominent encore aujourd’hui à l’état vivant sous les tropiques. Sans avoir pu vérifier ce qui a lieu quant aux espèces et aux individus, voici le résultat que présente le tableau relativement aux genres. Le nombre des genres des univalves excède celui des bivalves, savoir: de douze pour ceux à l’état vivant seulement ; de vingt et un pour ceux qui se trouvent à l’état vivant, et en même temps à l’état fossile , et de cinq pour ceux qu’on ne trouve qu’à l’état fossile. Il est inférieur de dix-sept pour ceux qui se trouvent dans les couches antérieures à la craie, et de neuf sur vingt-quatre pour ceux qui se trouvent dans cette substance ; mais il redevient supérieur dans ceux qu’on trouve dans les couches les plus nouvelles, puisque le nombre des genres des bivalves ne s’élève qu’à cinquante -deux, tandis que celui des univalves monte à quatre-vingt-onze.

On croit avoir remarqué qu’à Orglandes et à Hauteville, département de la Manche, une couche de calcaire grossier, analogue à celle de Grignon , se trouvoit placée sous un terrain de formation crayeuse ; mais cela ne peut s’ètre opéré sans une catastrophe qui auroit déplacé les couches, ou bien , les couches du terrain crayeux ayant laissé des espaces vides entre elles , le falun s’y seroit introduit; autrement, il faudroit abandonner la belle remarque que M. Cuvier a faite sur l’analogie toujours croissante qui existe entre les êtres qui vivent aujourd’hui , et ceux qu’on rencontre dans les couches à mesure qu’elles sont plus nouvelles.

Les falunières d’ Orglandes et de Hauteville renferment une grande quantité de genres qui se trouvent aujourd’hui à l’état vivant , et qui n’ont aucune analogie avec les fossiles de la craie , ni avec ceux qui sont plus anciens. Si cette dernière , qui renferme des ammonites et des bélemnites, étoit plus

nouvelle que les falunières, comment pourroit-il se faire que des coquilles de ces genres ne se fussent jamais rencontrées dans les falunières , puisqu’elles n’ont disparu que dans la craie ? Il paroît au contraire qu’on a toutes sortes de raisons de croire que les débris des êtres que renferment les falunières, sont d’une époque plus récente que cette dernière.

Nous ne savons ce qui arriveroit si quelques genres des animaux existans aujourd’hui venoient à s’éteindre ; mais cependant nous pouvons soupçonner qu’il surviendroit un événement très -remarquable pour les insectes elles poissons s’ils n’étoient plus dévorés par les hirondelles et par les squales. Comme nous sommes certains qu’un trèsgrand nombre de genres que l’on trouve à l’état fossile , ne se présente plus à l’état vivant , nous pouvons conjecturer qu’après leur disparition, il s’est opéré quelques changemens dans les êtres qui vivoient alors, mais nous ne pourrons jamais les apprécier 5

nous voyons seulement que le nombre des genres a augmenté dans la couche du calcaire grossier.

On a annoncé que dans cette couche ( à Grignon) , on trouve plus de genres et d’espèces qu'on ne pourroit en trouver sur une de nos côtes ; cela peut être vrai à cause du climat tempéré dans lequel nous nous trouvons ; mais je ne doute pas qu’entre les tropiques, où les mers contiennent une bien plus grande quantité de mollusques , il ne se trouve des côtes ou des fonds de mer aussi riches en débris de corps marins testacés que la couche de Grignon , et l’on ne peut douter que cette dernière n’ait été formée dans un climat analogue h ces contrées. Les nautiles et beaucoup d’autres genres fossiles de cette localité , qu’on ne trouve vivans que dans les pays chauds , en établissent la presque certitude.

Je n’ai pu reconnoître de différence remarquable entre les fossiles de l’Europe et ceux de l’Amérique que j’ai pu voir. On trouve à l’embouchure de la rivière des Alléghanys, et sur les bords de celle des Mohawk près Utica, Etat de New-Yorck, des trilobites, des encrinites, des térébratulcs et d’autres coquilles qui doivent provenir de couches très-anciennes , dans lesquelles il y a eu disparition du têt. Un morceau de grès provenant du sommet des monts Alléghanys , et rapporté par M. Michaux , est rempli de moules intérieurs , de débris de tiges d’encrinites. Au-delà de la rivière du Genessée , en allant au saut du. Niagara , on trouve des moules intérieurs siliceux de coquilles , tant univalves que bivalves, que l’on peut soupçonner appartenir au calcaire grossier; mais je possède un morceau rapporté de la Virginie, qui paroît provenir d’une couche de calcaire grossier ; il renferme des pétoncles, des arches, des mactres, des solens liés avec un sable grossier et quarzeux. Ces co

quilles ne diffèrent presque en rien des mêmes espèces provenantes de la même couche de nos pays.

On trouve , dans la Caroline du Nord , des natices , de grandes pernes ( perna maxïllata ) , des vénéricardes , des huîtres , des peignes , et d’autres coquilles qui ont beaucoup de rapports avec des espèces pareilles que l’on rencontre dans le Plaisantin. Ces coquilles sont libres , remplies d’un sable jaune quarzeux, et paroissent dépendre du calcaire grossier ou d’autres couches moins anciennes que la craie ; mais je n’ai vu aucun fossile provenant du nouveau continent, qui puisse se rapporter aux couches de cette dernière substance.

Dans le calcaire grossier, qui est bien certainement un dépôt marin , on rencontre des coquilles dont les genres ne se trouvent plus à l’état vivant que dans les eaux douces, tels sont ceux des ampullaires ou ampullines , des mêla nies et des cyclostomes; et ces genres,

à l’exception du dernier, ne se trouvent aujourd’hui que dans des climats plus chauds que celui que nous habitons. A l’égard du climat, tout étonne et rien ne s’explique dans les fossiles. Il en est à peu près de même relativement aux genres qui vivoient autrefois dans la mer, et qu’on ne trouve plus que dans les eaux douces, à moins qu'on ne puisse admettre le degré différent de salure de la mer, qui paroît devoir évidemment être plus considérable aujourd’hui qu’avant le très-grand nombre de siècles qui se sont écoulés depuis qu’elle occupoit nos continens , et pendant lesquels les fleuves et les rivières y ont porté et y portent sans cesse des sels qui n’en sortent plus. Si l’on peut admettre que la mer ayant été moins salée, auroit permis à certains genres de vivre dans ses eaux, il faut admettre aussi que ceux des genres qui y vivent aujourd’hui, et qui y existoient déjà à l’époque de la formation du calcaire grossier, ont pu supporter depuis un plus haut degré de salure , et l’un n’est pas plus aisé à concevoir que f autre.

Au surplus il n’est point de caractères précis qui puissent servir à distinguer les coquilles marines et les coquilles d’eau douce ; ce qui fixe ordinairement le jugement pour ces dernières, c’est l’identité reconnue de certains genres ou espèces qu’on n’a jamais rencontrés à l’état vivant que dans les eaux douces , et qui n’ont jamais été trouvés fossiles dans des dépôts marins.

Les dépouilles fossiles ont plus ou moins d’analogie avec ce qui existe vivant aujourd’hui, et cette analogie est plus ou moins facile à constater.

On distingue aisément la contexture des bois fossiles de la famille des arbres monocotylédons, de celle des dicotylédons ; mais il n’en est pas de même des genres. Cette difficulté de les distinguer provient peutêtre de ce que jusqu’à présent Ton n’a point

assez étudié la contexture des bois à l’état vivant.

L’étude des tiges , des feuilles et des fruits fossiles a conduit à reconnoître beaucoup de genres qui viennent d’être signalés par un jeune savant (M. Ad. Brongniart), qui doit porter un jour de grandes lumières dans cette partie ; mais il est beaucoup de débris de végétaux qu’on n’a pu jusqu'à présent rapporter à ce qu’on connoît à l’état vivant.

Si quelques classes d’animaux présentent plus de facilité dans leur étude sous l’état fossile , il en est d’autres qui offrent beaucoup de difficultés. Les insectes qui sont faciles à reconnoître dans le succin , sont presque méconnoissables dans la pierre.

Les longs travaux d’un illustre anatomiste nous ont fait connoître une grande quan-

tité d’espèces de cétacés, de reptiles, d’oiseaux et de mammifères dont plusieurs genres ont disparu de la surface du globe , et n’ont peut-être jamais été connus à l’état vivant par les hommes ; mais on n’a jamais rien trouvé qui puisse se rapporter à ces derniers , ni même aux quadrumanes , et jusqu’à présent ce n’est que dans les couches plus nouvelles que celle du calcaire grossier, qu’on a trouvé des restes fossiles de mammifères.

Les poissons étant en grande partie composés d’organes mous , qui ont été détruits avant que la pétrification ait pu les saisir, il n’est resté souvent que leur squelette, leurs écailles ou leur empreinte. Ces restes peuvent conduire quelquefois à recounoître le genre , mais rarement l’espèce.

Il n’en est pas ainsi du têt des animaux aquatiques ou terrestres , qui s’est souvent

conservé intact dans les sables ou dans les roches , ou qui n’a disparu de ces dernières qu’après avoir laissé la trace de ses formes intérieures et extérieures.

Cette conservation permet de reconnoître les genres et les espèces , et d’apprécier le degré d’analogie qu’ils peuvent avoir avec ce qui existe aujourd’hui à l’état vivant ; mais il est difficile, en général, de porter des jugemens certains à cet égard; pour y parvenir, il faudroit être fixé sur ce qui constitue l’espèce , et connoître la ligne de démarcation entre cette dernière et la variété , s’il en existe une.

Les observations nous ont démonlré, relativement au têt des animaux qui en sont pourvus, qu’il existe souvent des différences très-sensibles , 1 .° entre des individus de la même espèce , pris dans la même localité ; 2.0 et entre les mêmes espèces prises dans des localités différentes , soit à l’état vivant ou à l’état fossile.

Ces différences consistent dans la grandeur, dans l’absence ou la présence , ou le nombre des côtes, des tubercules, ou des stries, ou plutôt dans quelques localités , ces caractères sont à peine visibles , tandis que dans d’autres ils sont quelquefois très-marqués.

Il y a des différences sensibles entre le cardium rusticum , pris sur différentes côtes, telles que celles de la Rochelle , celles de Cherbourg, celles de Normandie et celles de Dunkerque.

Il en est de même des fossiles. Je possède une espèce (le pleurotama dentata') , prise dans dix: localités différentes, et qui varie dans ses formes suivant les localités. Il est , en général, beaucoup plus long et moins gros dans le Plaisantin que dans les environs de Paris.

Parmi les coquilles à l’état vivant , beaucoup d’espèces n’étant distinguées qu’à cause

de leurs couleurs, et ce caractère manquant dans les fossiles, ces derniers doivent présenter et présentent en effet beaucoup moins d’espèces dans certains genres, comme dans les cônes, les olives, les porcelaines, etc.

On est forcé de reconnoître l’identité de certaines espèces fossiles avec les vivantes. Dans d’autres cas on ne trouve que de l’analogie ; enfin il en est où ces rapports sont encore plus éloignés. Pour exprimer ces trois circonstances, je me suis servi des mots identique , analogue et subanalogue dans les observations consignées dans le tableau qui termine ce travail.

A l’exception d’un trochus et de deux ou trois espèces de térébratules qui proviennent des couches antérieures à la craie, et qui ont de l’analogie avec des espèces qui vivent aujourd’hui , et encore d’une espèce de ce dernier genre qu’on trouve dans cette sub-

stance , et qui paroît être identique avec la terebratula vitrea. Ce n’est que dans les couches plus nouvelles que la craie , que l’on observe l’identité ou l’analogie.

Il y a sans doute un beaucoup plus grand nombre d’analogues et d’espèces identiques que je n’en ai signalé dans l’état ; car je n’ai dressé cet état en très-grande partie, que sur les pièces de mes collections ; et la comparaison de plusieurs milliers d’espèces , est un travail si considérable que je ne doute pas qu’il ne me soit échappé beaucoup de ces analogues.

Ce qui est bien remarquable , c’est que le plus grand nombre d’espèces identiques ou analogues se trouve dans les couches du Plaisantin et de l’Italie , puisque sur deux cent quarante que porte l’état, on y en trouve cent soixante, et dans ce nombre cent trenteneuf ont été signalées comme telles par

M. Brocchi. N’ayant pas été à portée devoir tous les analogues qu’il a cités, je ne doute pas que parmi eux il ne se trouve beaucoup d’espèces identiques ; mais je crois que cet estimable savant a placé les limites de l’identité et de l’analogie plus loin que je ne l’ai fait.

La couche de grès marin supérieur des environs de Paris , paroît renfermer un moins grand nombre d’espèces de corps marins fossiles , que celle du calcaire grossier, quoique dans la première on trouve quelques espèces qu’on ne rencontre pas dans l’autre. Quelques unes, provenant des deux couches, paroissent identiques ; mais la presque totalité ne présente que de l’analogie , puisque, sur cinquante espèces prises dans le grès supérieur, je n’en ai trouvé que trois qui ressemblassent parfaitement à celles du calcaire grossier. Dans ce dernier, certaines espèces sont plus grandes , et d’autres sont plus petites que dans le premier ; et , dans celui-ci , ces différentes dimensions ap~

parviennent à d’autres espèces. Enfin quelques espèces, qui sont fort communes dans le calcaire grossier, se trouvent très -rarement dans le grès marin supérieur.

Le fuseau bulhiforme que l’on trouve à Grignon , paroît se trouver aussi dans la couche de grès supérieur des environs de la Chapelle et de Louvres -, département de Seine et Oise ; mais il est tellement modifié dans cette dernière , qu’il a été rangé dans le genre Pyrule , avant de savoir que cette modification pou voit provenir de l’influence d’une couche qui netoit point identique avec celle de Grignon. Dans ce dernier endroit on ne trouve pas cette pyrule, et dans les autres on ne trouve pas ce fuseau. Les travaux de MM. Brongniart et Cuvier n’avoient pas encore appris à distinguer ces couches, quand le savant auteur du système des animaux sans vertèbres , classa ces coquilles qui ont toujours embarrassé ceux qui possèdent des collections de fossiles des environs de Paris. Cette espèce se trouve aussi en Angleterre dans le Hampshire , mais avec des formes encore différentes.

En prenant les environs de Paris pour centre , je crois avoir remarqué que les genres et les espèces qu’on trouve dans le calcaire grossier, ont une tendance à Fanalogie avec ceux d’Italie , en les suivant par l’Anjou , la Touraine 1 et les environs de Bordeaux , et que de même on étoit conduit pour certains fossiles d’Angleterre, par ceux que l’on trouve dans le département de F Oise, où un naturaliste distingué ( M. Graves ) en a découvert plus de cent soixante localités»

Beaucoup de genres que l’on trouve fossiles dans nos pays , non seulement ne se rencontrent pas à Fétat vivant dans les mers ou les eaux dé nos climats , mais encore ne se trouvent en grande partie que dans les

1 On trouve dans ces deux derniers endroits plusieurs espèces qu’on ne rencontre pas aux environs de Paris , et qui ne diffèrent de celles de Bordeaux et de i’Italie que parce qu’elles sont plus petites.

régions équatoriales : tels sont les genres Disticopore, Tubipore , Sarcinule, Fongie, Méandrine , Monticulaire , Astrée, Pocillopore, Madrépore, Oculine, Isis , Encrine, Clypéastre , Cassidule , Siliquaire , Fistulane, Crassatelle , Erycine, Corbeille, Cyrène , Cypricarde , Cucullée , Trigonie , Perne , Pintadine , Lime , Plicatule , Parmophore , Crépidule , Mélanie , Mélanopside , Ampullaire, Nérite , Pyramideile f Yermet, Dauphinule, Pleurotome, Cancellaire, Fasciolaire ? Pyrule , Struthiolaire ? S trombe , Licorne, Harpe, Vis? Colombelle, Mitre, Volute , Marginelle , Volvaire , Tarière , Ancillaire , Olive , Cône , Spirule , Sidérolite, Nautile, et le genre Porcelaine, quoique dans nos mers on trouve une très-petite espèce qui en dépende.

Le nombre des genres qui se trouvent à l’état fossile est supérieur à ceux à l’état vivant dans les polypiers , les échinides , les annelides , les tubicolées , les coquilles bivalves et les coquilles cloisonnées, et il se

trouve inférieur dans les serpulées , les eirrhipèdes , les ptéropodes , les phyllidiens , les coquilles univalves et les hétéropodes.

Le nombre des genres des crustacés qu’on a trouvés fossiles , n’étant à peu près que le tiers de ceux qui vivent aujourd’hui , on peut croire que ce dernier se seroit augmenté depuis les révolutions qui ont enfoui les restes de ceux que l’on trouve fossiles.

Malgré le nombre plus considérable de quelques familles de corps organisés marins que l’on trouve fossiles , on peut croire que celui de ces corps qui existent aujourd’hui , est plus grand qu’il n’ait été à aucune autre époque , attendu que celle où nous vivons est unique , tandis que les fossiles proviennent de plusieurs époques successives.

Les ammonites se rencontrant en Europe, dans l’Amérique, dans l’Inde et ( suivant M. Lamarck) dans tous les pays, présentent un genre qui a pu vivre sous tous les climats , si les climats étoient distribués autrefois sur la terre comme ils le sont aujourd’hui , ou, dans le cas contraire , quipourroit faire croire que par toute la terre , la température étoit la même , ou encore que successivement elle auroit pu changer.

Les nautiles et les spirules étant, parmi les genres qui vivent aujourd’hui , ceux qui ont le plus d’analogie avec les ammonites , et ne vivant que dans des climats dont la température est très-élevée , on peut penser que celle dans laquelle ont vécu les ammonites, étoit semblable. Si la présence des ammonites dans les régions polaires , pouvoit faire croire que dans ces lieux la température étoit élevée au point où elle l’est

aujourd’hui dans les régions équinoxiales , comme on ne voit rien qui puisse empêcher de croire que celle de ces dernières régions étoit augmentée de la quantité relative de chaleur qu’elles éprouvent aujourd’hui, on peut penser qu’elles n’étoient pas habitables.

S’il en étoit ainsi au premier âge du monde, et que , depuis , le globe se soit refroidi , la vie a dû commencer par les pôles ; et s’il se refroidissoit toujours davantage , ces régions deviendroient désertes les premières.

La présence dans le nord des restes d’animaux et de végétaux qui ne pourroient , à cause du climat , y vivre aujourd'hui, pourroi t nous conduire à soupçonner qu’il auroit pu en être arrivé ainsi ; mais une telle conjecture auroit besoin d’être appuyée par un plus grand nombre de faits.

Il est certains genres ( les huîtres , les moules et autres ) qu’on rencontre à l’état f ossile dans tous les pays , comme les ara-

monites ; mais ia conséquence qu’on en peut déduire ne pourroit être la même que pour les nautiles et les spirales , auxquels nous assimilons les ammonites, attendu que les huîtres et les moules se rencontrent à àl’état vivant dans tous les climats.

Les espèces identiques sur différens points éloignés les uns des autres , sont rares parmi les coquilles fossiles , surtout si , pour être identiques , elles doivent être parfaitement semblables, et je ne connois à cet égard qu’un véritable exemple présenté par le hulinius terehellatus que l’on trouve à Grignon toutà-fait pareil à celui qui a été recueilli dans le Plaisantin. Il est d’autres espèces , comme Yauricula ringens qu’on trouve dans les couches postérieures à la craie en Angleterre , aux environs de Paris , dans la Touraine , aux environs de Bordeaux et en Italie ; mais cette espèce est plutôt analogue qu’identique pour chacune de ces localités. Cependant, ayant égard à la modification qu’éprouvent en général toutes les espèces prises

dans des localités différentes , on est fondé à les regarder comme identiques ; et nous n’avons jamais vu qu’aucune des espèces trouvées dans les couches postérieures à la craie , pénétrât au-dessous du calcaire grossier.

Au-dessus de toutes les couches , soit marines ou d’eau douce , qui paroissent avoir été déposées dans des eaux plus ou moins tranquilles , on en trouve une autre qui se présente aux environs de Paris dans les bassins de la Seine , de la Marne , de l’Oise, de la Loire, et sans doute de beaucoup d’autres fleuves et rivières , et dans laquelle on rencontre des débris de toutes les autres couches mêlés avec des ossemens de mammifères terrestres et de cétacés.

Cette couche , qui se montre immédia™ tementsous la terre végétale , et même quelquefois à la surface du terrain, n’est pas pé-

trifiée : elle offre cependant ( dans la plaine de Grenelle ) des agglomérats siliceux , que Ton trouve assez profondément. Son épaisseur varie , et probablement suivant la situation plus ou moins élevée du terrain sur lequel elle repose. On la voit commencer sur la route d’Orléans près du Grand-Montrouge , par quelques pouces d’épaisseur, et aller en augmentant jusqu’à plus de dix-huit pieds dans la plaine de Grenelle près de Vaugirard. Ensuite elle s’étend en remontant vers le nord de l’autre côté du bassin ? jusqu’à la forêt de Saint-Germain.

Ce qui se présente depuis cette forêt jusqu’à Montrouge, prouve que des eaux ont rempli cet espace; et elles ne pouvoient le remplir sans qu’il en fût de même à de grandes distances à l’est et à l’ouest dans le bassin dont la Seine occupe les lieux les plus bas ; et on ne peut douter qu’il n’en fût ainsi pour les bassins de la Marne et de l’Oise , puisqu’une pareille couche les couvre.

Il est extrêmement probable que ces bassins étoient déjà formés quand ils ont été remplis d’eau par l’événement qui y a déposé la couche , comme il l’est également qu’ils étoient plus grands et plus profonds , puisqu’il y a déposé une couche dont l’épaisseur , dans quelques endroits , est de plus de dix-huit pieds ; à moins qu’on ne pût supposer que dans le commencement de l’irruption , les eaux n’eussent eu la faculté d’enlever quelques parties des couches sur lesquelles elles auroient coulé , et qu’elles auroient remplacées par les corps que le torrent eharrioit quand il a diminué d’intensité. Cette supposition pourroit prendre quelque degré de probabilité , quand on voit que tous ces corps sont étrangers au lieu où ils ont été déposés , et que près du pont de Sèvres on voit des blocs de poudingues ayant jusqu’à trente-six pieds cubes , et qui ont été arrachés à des couches sans doute très-éloignées , puisqu’on n’en connoît pas de pareilles aux environs de Paris,

La presque totalité des corps déposés est ou quarzeuse , ou siliceuse ; les morceaux calcaires ont sans doute été broyés. On y trouve quelques coquilles fossiles et calcaires dépendant de la couche du calcaire coquiller grossier, et étrangères aux couches des environs de Paris ; mais elles sont usées et mutilées. On y rencontre des morceaux de bois siliceux , et beaucoup de corps enlevés aux couches de la craie.

Les eaux qui charrioient des masses énormes de rochers dans cette vallée , et qui déposoient des cailloux roulés jusqu’à la hauteur de Montrouge et à celle de la forêt de Saint- Germain , dévoient être bien élevées au-dessus de ces lieux , pour avoir eu la faculté d’y faire ce dépôt.

On ne peut douter qu’un courant, qui ne peut être ni apprécié ni comparé , n’ait déposé cette couche. On pourroit plutôt élever des doutes sur sa direction ; mais il y a tout lieu de croire qu’il étoit dirigé dans le sens du cours actuel de la Seine.

Le volume d’eau étoit si considérable que la pente du terrain qui fait couler la Seine dans le sens où elle coule aujourd’hui , ne pourroit peut-être pas suffire pour établir cette conjecture ; mais les morceaux de granité rouge que j’ai trouvés dans cette couche à Issy et dans le bois de Boulogne, et qu’on trouve aussi dans les bassins de l’Oise et de la Marne (Monnet), et qu’on croit reconnoître pour avoir été détachés de celles de la Bourgogne ( Avalon ) , font penser que le torrent venoit de ce côté plutôt que de celui de la Normandie , où l’on ne trouve point de granité semblable.

Les cailloux arrondis que Ton trouve sur les bords de la mer, ont été forcés de prendre cette forme par le retour périodique du flux et du reflux qui peut les rouler pendant long-temps à la même place ; mais il n’en est pas de même de ceux de cette couche qui ont été usés et arrondis en roulant ensemble dans le sens du torrent , et en s’éloignant toujours davantage du lieu où il les avoit saisis.

Le sable qui tapisse le fond de la Seine aujourd’hui est composé , comme celui de la plaine de Grenelle , de petits morceaux de granité ou de quarz , qui sont restés anguleux à cause de leur dureté, et de débris arrondis de substances calcaires, qui font croire qu’il dépend encore de la couche apportée dans le bassin par le torrent. Il est extrêmement probable que ce sable descend toujours davantage , puisqu’on en peut re-

tirer de nouveau dans les endroits où il paroissoit avoir été épuisé.

Quand l’eau se trouvoit au-dessus de la hauteur de Montrouge , il est hors de doute qu’elle couvroit une étendue bien considérable de terrain à droite et à gauche du cours de la Seine , et surtout dans les vallons dans lesquels coulent les rivières ou les ruisseaux qu’elle reçoit; mais l’absence de tout dépôt roulé hors de la limite de Montrouge , m’a convaincu que le torrent ne la dépassoit pas , et que les eaux répandues dans les vallons étoient à peu près tranquilles. C'est sans doute à ces eaux tranquilles qui déposoientles parties les plus ténues des terres et des autres corps charriés par le torrent qu’elles tenoient suspendues, qu’on doit les couches considérables de terre franche , qui couvrent les environs de Sceaux , de Bagne ox , d’Arcueil , de Chatenay , et probablement de tous les endroits où leur tranquillité permettoit de faire ce dépôt.

Si les eaux du torrent eussent été si élevées qu’elles eussent recouvert toutes les hauteurs des environs de Paris , il se seroit établi au-dessus d’elles un courant qui auroit dû transporter des cailloux roulés audelà de Montrouge , et jusques dans le vallon de la rivière de Bièvre de ce côté. Il auroit emporté la totalité des dépôts marins de sable quarzeux et fin , qui couvrent le sommet des collines des environs , et dont elles sont quelquefois même composées , comme celles du Plessis -Piquet ; enfin il n’auroit pas permis le dépôt des matières fines qui composent la terre franche. On pourroit pourtant croire qu’elles étoient assez hautes pour avoir formé , en se retirant , les ravins que l’on voit dans ces dépôts de sable.

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Ce que l’on remarque au midi de Fonienai-aux-Roses, pourroit faire croire qu’une

grande partie de certaines collines escarpées auroit été emportée par des eaux qui n’auroient pas eu un courant au-dessus d’elles. Le fond du vallon est couvert d’une couche épaisse de terre franche ; en montant à la fontaine des moulins, on voit de chaque côté du chemin le banc d’huîtres qui suit le mouvement du terrain , et qui étoit déjà en pente quand elles vivoient dans cet endroit ; en montant au haut de la colline, on trouve sous la terre végétale le sable quarzeux disposé en couches horizontales qui n’auroient pu avoir cette disposition , si la vallée n’en avoit été remplie , au moins en partie, quand le dépôt a eu lieu .

Quant à la disparition de ces sables , que j’ai cru pouvoir être attribuée aux eaux qui ont couvert ces endroits, lorsque la vallée dans laquelle coule la Seine étoit remplie , on pourroit également la rapporter aux eaux qui les ont déposés , et qui les auroient emportés en partie , quand elles se sont retirées.

Le dépôt des matières ténues qui composent la terre franche , paroît être un des derniers aux environs de Paris ; et il semble que depuis cette époque cette substance ne se seroit pas rencontrée dans une circonstance propre à être cristallisée , car, à ma connoissance , on n’en a pas trouvé à l’état de cristallisation dans ces environs.

Je suis porté à croire que toutes les couches de terre franche seroient dues à quelque torrent qui auroit fourni des eaux troubles , mais détournées , et à peu près tranquilles, qui auroient fait ces dépôts. Il seroit à désirer que , par des observations ultérieures sur la position des couches de cailloux roulés que l’on trouve dans un si grand nombre de lieux , on pût savoir si tous les dépôts de terre franche auroient été# fournis par les torrens qui ont déposé les cailloux roulés.

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