RÉSUMÉ GÉNÉRAL
Les animaux qu’on trouve dans les plus anciennes couches , ont vécu dans les eaux , et ils étoient en général bien différens pour les genres et les espèces de ceux qui vivent aujourd’hui.
Si l’on peut douter que les substances primitives aient été cristallisées dans les eaux , il n’en est pas de même de celles qui contiennent des corps organisés.
Il paroît qu’il ne se forme pas aujourd’hui des pétrifications comme autrefois.
Dans le dépôt des phyllades , il auroit pu exister d’autres animaux que ceux dont on y trouve aujourd’hui les débris, attendu qu’à Fépoque où les trilobites existoient, il vivoit à Dudley et dan s d’autres endroits une grande quantité de genres et d’espèces d’animaux marins.
L’absence de ces derniers , dans certaines
couches de phyllades , est peut-être la seule cause que quelques unes ont été rangées dans celles qui sont primitives.
Le têt de certaines familles de mollusques, comme les huîtres, ne disparoît jamais , et celui de certaines autres , comme les volutes, disparoît presque partout où il y a eu pétrification.
Le têt des animaux qui adhèrent se conserve en général mieux que les autres.
Celui des stellérides et des échinides , en passant à fétat fossile , se change en spath calcaire , et ne disparoît pas dans les localités où il y a eu disparition.
Dans certaines localités antérieures à la craie, le têt de certaines coquilles est changé en cristaux.
Les bélemnites ne disparoissent pas , et elles sont cristallisées en une substance calcaire qui rayonne du centre à la circonférence.
Elles étoient d’une matière solide avant de passer à l’état fossile.
Le tèt des mollusques n’a disparu qu’après que le liquide dans lequel il a été plongé a subi une cristallisation.
Les hipponices disparoissent quelquefois, mais leur support ne disparoît jamais.
Les jodamies ou birostrites , et d’autres coquilles , ont été remplies par une pétrification ou cristallisation ; mais depuis , des parties de l’intérieur, qui s’ étoient conservées , ont disparu et laissé des vides , ce qui pourroit faire croire que la pétrification avoit saisi les corps rapidement.
Les baculites ne se sont jamais présentées avec leur têt : elles pouvoient avoir près de deux pieds de longueur ; le nombre de leurs cloisons pouvoit s’élever jusqu’à quatrevingts , et elles ne sont jamais tapissées de cristaux comme les ammonites.
Les ammonites se rencontrent souvent
avec leur têt , mais plus souvent sans ce dernier.
Leurs cloisons sont remplies de pâte , ou quelquefois tapissées de cristaux , ce qui prouveroit que le liquide dans lequel la couche où on les trouve contenoit deux substances distinctes : savoir la matière opaque de la couche, et celle qui a formé les cristaux.
Le moule intérieur de quelques ammonites est composé de grès , et le têt a été changé en silex.
Certaines coquilles trouvées en Angleterre ont été changées en cette substance ; mais ce fait est assez rare.
On trouve à Rethel et dans quelques autres endroits, dans la craie inférieure, des ammonites dont le tour extérieur seulement est pétrifié, et lés autres tours sont vides, laissant voir le têt des cloisons et le siphon.
Des vermiculaires , qui adhéroient sur le
têt de certaines ammonites , et qui a disparu , se trouvent adhérer sur le moule.
Les huîtres du banc qui couvre les environs de Paris, se sont conservées avec les balanes , les flustres et les serpules qui les couvrent ; et d’autres coquilles avec lesquelles elles ont vécu , n’ont laissé que leur moule.
Les cloisons des bélemnites sont d’une substance différente de celle de la coquille.
Il paroît que les oolithes qu’on trouve dans les couches à cornes d’ammon, étoient formés avant la pétrification de la couche.
Certains oolithes paroissent être formés par la substance broyée du têt des coquilles, ou autres corps testacés.
Ce que l’on remarque dans certains marbres prouveroit qu’ils auroient subi jusqu’à trois pétrifications successives.
Dans les terrains antérieurs à la craie , la
proportion entre les coquilles uni valves , et les coquilles bivalves , n’est pas très-remarquable ; mais la craie supérieure ne présente presque point de coquilles univalves uniloculaires , et les corps marins qu’on y rencontre , appartiennent aux familles qui ne disparoissent pas dans les localités où les autres ont été dissoutes.
Il est probable que dans la craie supérieure , il y a eu des coquilles univalves qui ont disparu.
Les corps marins que les silex ont saisis dans cette substance , sont de la classe de ceux qui ne disparoissent pas.
Ce n’est qu’après la mort de l’animal, et quand la coquille étoit vide , que le silex s’y est introduit.
Les moules siliceux des échinides que Ton trouve à la surface de la terre dépourvus de leur têt , en ont été probablement couverts , quand ils se trouvoient dans les couches de craie.
La craie ne s’est pas trouvée propre à la formation du marbre.
Les bois passent presque toujours à l’état siliceux, et il est rare d’en trouver qui soient calcaires.
On trouve des poissons fossiles dans les couches antérieures à la craie, dans cette substance et dans celles qui sont postérieures.
Quoiqu’on ait la preuve qu’il en existoit dans le calcaire grossier, il est rare qu’on y en trouve.
Une révolution subite et locale a dû laisser ceux qu’on trouve rassemblés en grand nombre , comme à Monte-Bolca.
Il y a lieu de croire que toutes les meulières compactes que l’on trouve dans des circonstances analogues à celles qui contiennent des coquilles , en ont contenu qui ont disparu.
Certaines couches se présentent sans être
pétrifiées , comme à Grignon , à Doué et clans d’autres endroits.
Les couches antérieures à la craie ne présentent pas en général des espèces aussi petites et aussi nombreuses que celles postérieures à cette substance.
Les coquilles bivalves des anciennes couches ont plus souvent leurs deux valves réunies que celles des couches postérieures à la craie.
Le nombre des genres des univalves excède celui des bivalves, excepté pour ceux qui se trouvent dans les couches antérieures à la craie et dans cette dernière substance.
Si une couche de calcaire grossier a pu se trouver placée sous un terrain crayeux, cela n’a pu arriver que par une catastrophe , ou bien le falun se seroit introduit dans des espaces vides sous ce terrain.
Les nautiles et d’autres genres qu’on
trouve dans le calcaire grossier, prouveroient qu’il a été formé dans des climats analogues à ceux des tropiques , où les corps marins peuvent être aussi nombreux en genres et en espèces qu’à Grignon.
Les fossiles d’Europe ne sont pas différens , en général, de ceux de l’Amérique, et il paroît que dans la Virginie il existe une couche de calcaire grossier.
On trouve dans ce dernier des genres qu’on ne rencontre plus à l’état vivant que dans les eaux douces.
On distingue assez aisément les bois fossiles de la famille des arbres monocotylédons , de ceux des dicotylédons ; mais il n’en est pas de même des genres.
Les insectes se reconnoissent aisément dans le succin ; mais ils sont méconnoissables dans la pierre.
On trouve à l’état fossile des restes de cétacés, de reptiles, d’oiseaux et de marri-
mifères dont plusieurs genres n’existent plus à l’état vivant ; mais on n’a jamais rien trouvé qui puisse se rapporter à l’homme , ni même aux quadrumanes , et les restes des mammifères ne se sont trouvés que dans les couches plus nouvelles que celles du calcaire grossier.
On reconnoît le genre des poissons à l’état fossile ; mais il est bien difficile de reconnoître l’espèce dans cet état.
Les genres et les espèces des testacés fossiles se reeonnoissent très-aisément , et peuvent être comparés avec ce qui existe à Fêtai vivant.
Par la modification qu’éprouvent les mêmes espèces ( soit vivantes ou fossiles ) qui ont vécu dans des localités différentes , il est difficile de distinguer au juste l’espèce de la variété , et de juger avec certitude sur l’analogie que les fossiles peuvent avoir avec ce qui vit aujourd’hui.
Il n’y a presque aucune identité ou ana-
iogie entre ce que l’on trouve dans les cou» ches antérieures à la craie , et dans cette substance , avec ce qui se trouve à l’état vivant.
Le plus grand nombre d’espèces fossiles identiques ou analogues avec ce qui existe à l’état vivant , se trouve dans le Plaisantin et en Italie.
La couche de grès marin supérieur des environs de Paris , renferme un moins grand nombre d’espèces et de genres que celle du calcaire grossier, quoique dans la première on trouve des espèces qui ne sont pas dans ce dernier.
Quelques espèces provenant des deux couches paroissent identiques ; mais la presque totalité ne présente que de l’analogie.
La modification dans les formes est quelquefois si grande, qu’on a placé dans deux genres des coquilles qui paroissent dépendre du même , et de la même espèce.
Dans le calcaire grossier, les genres et les espèces ont une tendance à l'analogie avec ceux d’Italie, en les suivant par l’Anjou , la Touraine et les environs de Bordeaux , et avec ceux d’Angleterre , en les suivant par le département de l’Oise.
Beaucoup de genres qui se trouvent fossiles dans nos pays , ne se rencontrent à l’état vivant que dans les régions équatoriales.
Il y a lieu de croire que le nombre des genres et des espèces qui existent aujourd’hui à l’état vivant, est plus considérable qu’il n’ait été à aucune autre époque.
On rencontre des ammonites dans tous les pays ; et , en les assimilant aux nautiles et aux spirilles qui ne vivent que dans les climats chauds , on pourroit penser que toute la terre auroit pu s’être trouvée dans des climats analogues à ceux dans lesquels vivent aujourd’hui les nautiles et les spirilles.
Certains genres se rencontrent fossiles
dans tous les pays ; niais on ne peut tirer d’induction à leur égard , parce qu’on les trouve aussi à l’état vivant dans tous les climats.
Parmi les fossiles , les espèces identiques sur différens points éloignés les uns des autres , sont très-rares.
Les espèces qu’on trouve dans les couches postérieures à la craie , ne pénètrent pas dans cette dernière.
Dans les bassins de la Seine , de la Marne, de l’Oise et de beaucoup d’autres rivières et fleuves , il existe une couche composée de débris de toutes les autres , et d’ossemens de mammifères ? qui paroît avoir été déposée la dernière.
Aux environs de Paris , elle couvre tout le terrain depuis Montrouge jusqu’à la foret de Saint- Germain.
Elle n’est presque composée que de morceaux siliceux ou quarzeux , les corps moins durs ayant été broyés.
Il est extrêmement probable que le torrent auquel elle est due , et qui a charrié des masses énormes , couloit dans le sens de la Seine aujourd’hui.
Le sable qui tapisse le fond de la Seine est composé des mêmes élémens que celui de la plaine Grenelle, et provient de la même origine que ce dernier.
Pendant l’irruption qui déposoit des cailloux jusqu’à la hauteur de Montrouge , des eaux à peu près tranquilles remplissoient tous les vallons à droite et à gauche du cours de la Seine , et déposoient les couches de terre franche qui s’y trouvent aujourd’hui.
Les huîtres dont les environs de Paris sont couverts , avoient vécu sur un terrain inégal ; mais des couches horizontales de sable quarzeux , qui se trouvent dans les parties les plus élevées de ce terrain , prouveroient que les vallons ont été remplis par ce sable.
La terre franche ne s’est point trouvée
aux environs de Paris dans des circonstances propres à être cristallisée ou pétrifiée.
C’est peut-être à des torrens analogues à celui qui a coulé dans le bassin de la Seine , que sont dues toutes les couches de terre franche.
Les couches antérieures à la craie présentent cent soixante-deux genres en polypiers , échinides , crustacés , annelides , serpulées , céphalopodes monothalames , cirrhipèdes , coquilles bivalves , phyllidiens , coquilles univalves , coquilles cloisonnées , corps marins peu connus, reptiles, poissons et végétaux.
Dans les couches de la craie on trouve soixante-dix-neuf genres en polypiers, stellérides , échinides , crustacés , annelides , serpulées , coquilles bivalves , planospirite , coquilles cloisonnées, poissons , reptiles, végétaux, et presque jamais de coquilles univalves.
Enfin , à l’exception des céphalopodes
monothalames , et des hétéropodes , les autres familles présentent trois cent trente» sept genres dans les couches postérieures à la craie.