OPÉRATIONS EN ITALIE
Combati de Paslringo (a6 man). — De Polo «- Bataille de Magnat» (5 avril). — Bataille de Cassano(a7 ami).— Combal de Bussigeano (m mai).— Retraite de Moreau dans la rivière de Gé~ Btt (mai).
Dès le début, on était arrêté en Allemagne et l'on n'avait plus en Italie le grand capitaine qui, dans la campagne précédente, avait su se passer de la coopération des autres armées. On avait mis en oubli ses enseiguemens , et c'est surtout de ce côté que les combinaisons arrêtées par le Directoire eurent des conséquences déplorables. Avec 80,000 hommes, on 11e parut nulle part supérieur en nombre; on laissa l'ascendant aux impériaux. Macdonald détaché à Naplcs, une division en Toscane , Dessollcs perdu daus les rochers de l'Engaddinc , ne furent d'aucun poids dans la balance qui pencha sans hésitation en faveur de l'ennemi.
Scherer réduit à 33,ooo hommes , avait ordre de forcer la ligne de f Adigc, qui était alors tournée contre lui. Kray la défendait avec 36,000
m GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
hommes occupant Vérone et Legnago; il couvrait par un camp retranché à Pastrigo les célèbres positions de Rivoli.
Comme Jourdan , Scherer avait subordonné son attaque au succès de Massena. Lorsqu'il sut l'action engagée sur les Haut es- Alpes , il fit ses apprêts. Son but était d'ouvrir les routes du Tyrol, déporter à Trente la division Serurier pour y rallier Dessollcs , de prendre eu flanc et à revers le cours de f Adige et de forcer les Autrichiens à l'abandonner. Il devait donc avant tout enlever les redoutes de Pastringo et les ponts de Polo , qui les liaient à la rive gauche du fleuve.
Son armée était composée de six divisions; il en prit trois et, au moyen de vives démonstrations contre Vérone et Legnago, il tint l'ennemi en échec. Pendant ce temps , Morcau avec le reste de la troupe , poussa un camp, et l'emporta après trois heures du combat le plus ardent. ^ooa morts, 5ooo prisonniers, des canons, des drapeaux, furent le fruit de cette glorieuse journée.
Mais l'armée d'Helvétie étant contenue à l'entrée du Voralberg , Desselles n'avait pu s'avancer dans le Haut-Tyrol et toutes les dispositions de Scherer portaient à feux. Ce général se résigna néanmoins ; il savait que les Russes, qu'un renfort d'impériaux, accouraient à marches forcées. U voulut les prévenir; il reprit son attaque en la combinant de manière à envelopper Vérone.
Avec ses trois divisions en colonne serrée, il se disposa à passer l'Adige entre Vérone et Legnano , et il ordonna à Morcau de déboucher par les ponts de Polo et de porter les premiers coups. Serurier ouvrit de ce côté la marche , depuis trois ans il n'avait point quitté l' Adige. Ses vieilles troupes étaient familiarisées avec ce champ de bataille. Elles abordèrent les Autrichiens avec leur valeur accoutumée, les culbutèrent et s'étendirent jusqu'aux montagnes qui bordent la route de Vicence. Mais Rray, averti par l'affaire du 26, s'était concentré à Vérone; il fit sortir de la ville trois fortes colonnes, qui tombèrent sur la division française. Avant que Scherer eût ouvert le feu et que Morcau fût en mesure de le soutenir, elle - fut repoussée jusqu'aux ponts. On se pressa trop de les détruire, et la queue de la colonne, forte de 1 5oo hommes, fut enlevée par l'ennemi.
Le lendemain de cet échec, le général en chef, ayant rappelé Moreau, rangea toute l'armée de Villafranca à l' Adige, dans le dessein de forcer le passage en se ruant en masse sur un seul point. Cependant, les Autrichiens, enhardis par leur succès, débordant par Polo et Vérone, se déployèrent jusqu'à Pcschcira avec l'intention de prendre l'offensive.
Leur but paraissant être de tourner la gauche de l'armée française et de l'envelopper entre le Bas-Adigc et le Pô, Scherer résolut aussi de lihataille.
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Elle s'engagea avec cette circoostance singulière, que les deux généraux firent front en même temps : Kray , pour rompre par le flanc la colonne qu'il supposait occupée à passer l'Adige : Seherer, pour détacher de Vérone les troupes qui en étaient sorties et les acculer au lac de Garde.
Leurs dispositions se ressentirent de cette analogie entre leurs projets. L'armée française était rangée de manière à peser fortement sur la gauche des impériaux. Les divisions Victor et Grenier s'avancèrent appuyées à l'Adige; celles de Hatry et Montrichard, formant le centre commandé par Moreau, se déployèrent hors du camp de Magnano, liées avec les précédentes par la division Del m as , placée en avant-garde. Serurier resta seul à gauche à la garde de Villafranca. Les impériaux étaient en ordre inverse. Il en résulta qu'au premier choc , les deux ailes droites furent victorieuses. Celle de Kray enleva Villafranca. Mais Victor et Grenier obtinrent un succès plus marqué; ils mirent l'ennemi en déroute, anéantirent un de ses régimens , et secondés par Moreau, qui de son côté portait de rudes coups , ils parvinrent jusqu'aux glacis de Vérone. Dès-lors le général autrichien fut forcé d'abandonner ses plans offensifs et de s'attacher à contenir Moreau, à tourner, à rejeter dans la plaine les deux divisions de la droite. Il y réussit après de longs et sanglans efforts. Pendant qu'une forte colonne masquait Victor, toutes les réserves heurtèrent Grenier et le firent reculer. Elles regagnèrent d'abord le terrain perdu , puis s'adossant à l'Adige elles forcèrent les deux divisions à se replier sur le centre. Kray fit alors reprendre vivement l'attaque sur toute la ligne ; mais Moreau fut victorieux au centre, et Serurier resta enfin maître de Villafranca. La nuit mît fin à ce combat indécis. Les pertes étaient à- peuprès égales. Chaque armée était affaiblie de a à 3ooo morts et de 3 à 4ooo prisonniers, et de part et d'autre on avait manqué son but. Mais la position de l'armée française était la plus désavantageuse, puisqu'à droite elle n'avait plus d'appui. Elle commença sur-le-champ à se retirer; le lendemain, elle prit position sur la Molinella et le surlendemain derrière le Mincio.
Cette défaite mit le comble à l'impopularité et au déco uragement de Seherer. Il n'y avait pas dans l'armée un soldat qui ne connût l'importance de l'Adige et l'on frémissait d'indignation en s'éloignant de ces rives signalées par tant de victoires. Cependant la flottille du lac de Garde fut renfermée dans Peschiera par les bâtimens ennemis ; les postes de l'Oglio et de la Chiese furent repoussés jusqu'à Brescia; enfin, Kray passa le Mincio à Valeggio pour investir Peschiera. Seherer, débordé par sa .gauche, avait doux partis à prendre: livrer bataille, la droite appuyée au Mincio, au risque de commettre le sort de la Lombardic aux chances de la journée et de faire retraite au-delà du Pôpar le pont de Crémone; ou
*Ofc GUERÀËS DÉ IA RÉVOLUTION.
Lien se replier au centré du Milanais, rallier Dessolîes, appeler des renforts et disputer le passage de l'Adda. 11 adopta cette dernière combinaison ; après avoir jeté Montrichard sur la rive droite du Pd, pour couvrir la retraite de Macdonald qu'on rappelait enfin de Naples, il porta son quartier-général à Milan et rangea les cinq divisions qui lui restaient sur l'Adda la gauche à Lecco, le centré à Cassàno, la droite à Lodi d Pizzighitone.
Malgré la difficulté de défendre l'Adda , Krây eût péut-Ctrc hésité a marcher sur Milan eii laissant sur ses derrières la nombreuse gàrnisdà de Mantoue , Montrichard et l'armée dé ftaplcs, mais le corps autrichien de Mêlas et les Russes entrèrent èn ligné. Suwarow prit aussitôt le commandement en chef. Ce générdl arrivait précédé d'une grande renommée due à des coups de main audacieux. ï)oué d'une rare ténacité et d'une extrême bravoure , il àflectait une Sauvagerie moscovite et des singularités qui en avaient fait l'idole du soldat. Maître d'exalter ses troupes, il était sur d'en obtenir de grandes choses; mais il ignorait l'art de faire mouvoir des armées nombreuses et lé commandement de cént mille hommés était au-dessus de sa portée. Il sut toutefois, la plupart du temps, réparer à Force de hardiesse le vice dé ses combinaisons.
Sa première résolution fut de marcher contre l'armée frauçaise ; laissant Kray (20,006) pour assiéger Mantoue et Peschiera, ctKlenau (7000) sur la rive droite du Pô pour prendre Ferrarc, éloigner Montrichard et resserrer Macdouald sur le revers maritimé de l'Apennin il prit 3o,ooo Russes et 3o,ooo impériaux ét se mit eh mouvement avec Mêlas par les routes de Rcrgame et de Cossano , flanqué le long du Pô par deux détachemens qui se portèrent dé'vant Lodi et Pizzighitone. îl tenait ainsi cà échec les divisions françaises et ^apprêtait à tâter toute leur ligné ét a saisir, pour y jeter des pôfits , quélqués points vulnérables.
A son approché, Scheréf, comprenant quHl fallait relever le moral dè ses troupes, résigna le commandement entre lés mains de Morcâù, 'qui, dans cette conjoncture critique , l'accepta avec une rare noblesse.
Le aÔ avril, ïàvant-gardé russe fec présenta deVaht Lécco, gros bourg sitûé eh tÔte d*un pont qui traverse le laé deCôme, là oh resserré pâr ' deux chaînes de collines il n*a pbtfr Un moment qufe là largeur d'un fleuve-, un faiblé détàchémënt de là division Serurier Vocta^àit. A la ' vue de ces barbares du nord II s'élâhça transporté de fureur et lés fit dV "nord reculer, pub. cédant au nombre, il se replia sur là rive droite. Mais 'le mouvement de l'ennemi n'était qu'une démonstration dont lé but tétait de retenir Serurier, ét lé resté de la journée se passa sans àutre -engage* ment. L'émotion était grande; les Français voyaient leur nouveaux ennemis se déployer sïïr Vàtopuithéatre de Lccco, on exami&àit aYeô tuViositë
CAMPAGNfe DË 17»». fiOl
leurs armés, leurs uniformes; 6b s'indignait de leur intervention; on brûlait de leà combattre , de les vaincre. Cependant les patrouilles impé* riales cherchaient des passages moins bien gardes. A la nuit Wukasso* Wich réussit à rëtablir le pont de Brivio 5 Chasteler jeta un pont à Trezzo ; les postes français furent surpris, et avant qu'on pût les soutenir, deux divisions autrichiennes étaient déjà rangées sur la rive droite, faisant fade l'une à Serrurier , l'autre au centre de l'année.
Moreau chargea Grenier de courir à cds troupes, de les culbuter, dé rétablir la communication avec la gauche. L'action fut des plus vive*) les renforts survenant de part et d'antre la rendirent longue èt acharnée* Enfin lés Français désespérant de rompre une ligne qui devenait de plus en plus épaisse se replièrent sur Milan. Pendant ce temps Serurier , ayant abandonné le lac de Corne pour prendre pàrt au combat, lés Russes passèrent le pont de Lecco , l'assaillirent en queue et WnkassoVnch lui tint fête de front; pris entre deux feux il se défendit vaillamment^ mais la retraite de Grenier lui ôtànt tout espoir d'être dégagé, il fut obligé de rendre les armes.
Dé son Côté Mêlas força le passage du pont de Cassano qu'on avait cru devoir conserver. Ainsi dès le soir de cette journée funeste, l'ennemi était maître du cours de l'Adda jet les Français $ après avoir perdu 5 a 6000 hommes , n'avaient plus qu'à évacuer le Milanais.
Moreau, investi par les circonstances d'uto commandement périlleux, livré à ses propres inspirations, se montra grand capitaine. On doit regretter que, dans sa courte carrière, il ait été enchaîné par des plans qu'il s'attachait trop scrupuleusement à suivre. Ù'abord il fit assefc bonne contenance pour imposer à l'armée victorieuse , pour gagner le temps de sortir de Milan et dé diriger sur la France, par lé MdntiGettiSj lés familles compromises et les embarras 5 puis il rassembla les débris dé l'armée et tes porta sur le ïésin, il franchit ensuite cette rivière à Pavfe ét Buffalôra pour se concentrer sous le canon d'Alexandrie au confluent du Pô et du Tanaro.
Couvert pat* dèux rivières , adossé aux Aperinins $ flanqué jiar les forteresses de Casai et d'Alexandrie, H espérait tenir MU adversaire en échec et rallier l'armée de Naples. Ses divisions, y compris DessolleB* montaient à a8,ooo combattans ; Macdonald ët Montrichard en ramenaient plus de 3o,ooo. La jonction une fois Obérée on pouvait défendre la rive droité du Pô et profiter des places de la rive gauclie pottr y reporter la guerre.
Pendant que Morcatt s affermissait de la position qu'il avait si habilement choisie, SuwaroW perdait à Milan des journées précieuses. Comme tous tes généraux de la coalition , il avait reçu de la part des nobles , du
clergé, de* partisans de l'Autriche, les honneurs du triomphe et Ton s'empressait à l'envi de lui offrir des fêtes brillantes. D'ailleurs , son plan d'opérations le retenait au centre de la Lombardic. Cette province était occupée, mais, pour la réduire, on voulait prendre toutes les forteresses de la république cisalpine. On voulait de plus soulever les bailliages italiens de la Suisse et les Grisons , afin d'appuyer de ce côté la gauche de l'archiduc. Kray et Klenau étaient déjà autour de Mantoue, Ferrare et Bologne : on les fit soutenir par Ott qui occupa Plaisance et Panne. On envoya des détachemens à Bcllinzona , sur le Haut-Adda et dans la vallée de l'Oglio. Enfin on assiégea le château de Milan et Pizzighitone. Ces mesures prises , il restait à peine à Suwarow 4o,ooo hommes qu'il lança , en deux colonnes , à la poursuite de Moreau. La gauche passa le Pô et marcha sur Tortone, où elle s'établit en investissant la citadelle. L'autre gagna directement Valence.
Après quelques alertes données soit sur le Pô, soit sur le Tanaro, pour forcer le général français à sortir de son camp, mais dont il ne fut nullement ému, Suwarow prit le parti de brusquer l'attaque. Il jeta à Busignano une division de 7000 hommes qui se mit aussitôt eu devoir de couper la ligne de défense en se rabattant sur Valence. L'occasion était belle de prendre une éclatante revanche du désastre de Lecco. Grenier et Victor se ruèrent sur les flancs de la colonne russe, la brisèrent, tuèrent son général et, avant qu'elle eût été suivie ou secondée, la précipitèrent dans le fleuve à demi détruite.
L'ennemi, renonçant à pénétrer de front dans le camp français , manœuvra pour le tourner par la gauche. Le quartier-général fut transporté sous les murs de Turin et l'armée combinée s'échelonna sur la rive droite du Pô. Moreau, forcé de prendre un parti, tenta d'abord de s'ouvrir la route de Gênes ; mais, après une forte reconnaissance poussée dans la plaine de Marcngo, jugeant le succès incertain, il évacua sa position qui n'était plus tenable pour se replier sur la crête des montagnes. La gauche traversa Asti, escorta des convois jusqu'au col de Fenestrella et s'établit près de Coni 5 le centre gagna Ceva qui s'insurgea et lui ferma ses portes; il tourna cette, ville et l'investit. La droite remonta par Acqui sur Carcare.
Cette belle retraite déjoua les projets de Suwarow; elle fut suivie de dispositions non moins habiles. Macdonald arrivait en Toscane et Pérignon avait été envoyé de l'intérieur à Gênes. Moreau prit cette dernière ville pour pivôt de ses mouvemens, il y concentra le gros de ses forces; les avant-postes occupèrent la Bochetta et Gavi. Victor, après avoir chassé de Pontremoli l'avant-garde de Ott , s'y arrêta pour tendre la main à l'armée de Naples. Enfin Moreau revint de sa personno à Coni, où il
transporta le quartier-général, feignant de renoncer à l'offensive et de ne plus s'occuper que de défendre les cols des Alpes et de l'Apennin.
Suwarof, le croyant hors d'état de rien entreprendre, {mit le siège deyant Turin et Alexandrie. Le projet de Moreau était d'entretenir son illusion et de profiter de son éloignement pour déboucher de Novi, dans le môme temps que Macdonald, Victor et Mont richard réunis forceraient les torrens de la Nura, de la Trebbia et du Tidone de manière à le rejoindre par la route de Plaisance en balayant tout ce qui tenterait de leur faire obstacle.