‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 24 sur 120 · OPÉRATIONS SUR LE RIW* ET LE DANUBE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS SUR LE RIW* ET LE DANUBE

Etal des form opposas.— l'Ian do campagne. -Invasion des Grisons (6 au 8 sisar»).— Combat défaut Fddiurdi. — Combat d'Ottrach (aa nars). — De Taofrn. — De Fejdkirk. —Bataille de Stokack.

Le traite de Campo-Fortnio n avait pas un an d'existence, que la forme démocratique avait envahi la Suisse et toute l'Italie. Les vieilles monarchies s'émurent , l'Autriche courut aux armes, la Russie promit 100,000 hommes, et son plus illustre capitaine, le feld-maréchal Suwarow. On fit de grands efforts pour entraîner le roi de Prusse, mais il resta sourd à toutes les instances de ses anciens alliés et sa neutralité annula encore une fois le théâtre de la guerre du nord. Toutefois l'Angleterre n'ayant pas moins d'intérêt a soustraire à l'influence républicaine les provinces bataves, que l'Autriche l'Italie, on résolut, puisque la Prusse refusait son territoire, de jeter en Hollande un corps anglo-russe et d'y provoquer une contre-révolution en faveur de la maison de Nassau. C'était , du reste f un mouvement secondaire trop éloigné des opérations principales

19| GUERRES DE LA WÉV(WL^TION.

pour en attendre ou pour leur prêter secours. La question devait se vider dans les vallées du Pô , du Danube et du Haut-Rhin.

Les troupes françaises se rangèrent sur la rive gauche de ce dernier fleuve et sur la rive droite de l'Adige. Les impériaux filèrent par le Tyrol et le Voralberg, et leur première démonstration hostile fut l'envahissement des Grisons.

Ils s'avançaient ainsi en flèche sur l'arête culminante des grandes Alpes, 6e manière à menacer à revers les républiques, ci$ajpinp^t helvétique et a s'ouvrir, par le Valais, la route du midi da la ¥ra»ce.; Deux armées 6e déployèrent pour soutenir cette attaque; l'une sur l'Adige, l'autre sur le Lech : enfin les Russes accoururent également répartis entre elles.

Toutes ces forces ne formaient que deux grands commandemens : l'armée d'Allemagne sous l'archiduc Charles (117,000); l'armée d'Italie (54,ooo) sous le feld-maréchal-lieutenant comte Kray qui avait ordre de céder le premier rang à Suwarow. Les renforts russes devaient en porter le total à plus a5o,ooo combattans. Elles étaient ainsi réparties : la droite de l'archiduc (24,000 hommes, général Starray) au Rauhe-Alp; les avantpostes au Mein ; la gauche (a5,ooo hommes, général KoUe) dans le Voralberg occupant les Grisons; le centre, en marche pour remplir l'intervalle entre le Danube et le Rhin (G6,ooo hommes conduits par le généralissime eu personne); la droite de Kray (18,000 hommes, général Bellegarde) dans le Tyrol , le centre et la gauche (36,ooo hommes sous luimême) de Vérone à Lcgnago et autour du lac de Garde.

Le système général des opérations était de part et d'autre offensif. Du toté des Français, il était basé sur une idée empruntée à la tactique. On se proposait pour but celte même crête culminante des Alpes par laquelle les impériaux avaient dessein de pénétrer. Comme les hauteurs sont d'ordinaire la clef d'un champ de bataille, on crut qu'on serait maître de la campagne si l'on prenait possession des monts qui do ni menti' Allemagne et ritalie. En conséquence les armées républicaines, appuyant celles du Rhin à droite, celle de l'Adige à gauche, eurent ordre de s'en emparer. C'était une étrange déviatiou des leçons de 1 796. On préparait un mouvement général de concentration dans des localités où à chaque pas il devait être coitrarîé par le terrain et l'ou attachait trop d'importance à des positions faciles à couvrir , que d'ailleurs on eût annulées en faisant irruption soit en Bavière soit au-delà de l'Adige.

A cette faute on en ajouta deux autres non moins désastreuses. D'abord celle de laisser l'armée de Macdonald au fond de l'Italie, où elle n'eut aucun rapport avec l'idée de l'attaque, puis celle de trop diviser le commandement.

■ Outre 10 ù îujooo hommes très utilement placés en Hollande, entre-

CAMPAGNE DE 17ï>fc 199

tenus aux frais de la république batave, le Directoire mît sur pfed cinq armées: l'armée du Danube (38,ooo) sous Jourdan, rassemblée en Alsace, l'armée d'Helvçtic (3q,ooo) sous Massena ; l'armée d'Italie (43,ooo) sous Schercr; l'armée de Naples (27,000) sous Macdonald, enfin 1'anqée d'observation réunie autour de Mayence (ao à a5,ooo) commandée par Bernadotte-

Ici Ton est arrêté par une réflexion douloureuse. Qu'étalent donc devenues les grandes illustrations des premières campagnes ? Une seule reparaissait sur la scène, tant les orages politiques sont prodigues d'hommes qu'ils enfantent et qu'ils dévorent !

floche était mort victime d'un mal aigu qu'on n'avait pu définir. Pichcgru s'était éteint dans de misérables intrigues. Moreau, soupçonné de les avoir favorisées, était relégué dans l'état-major de l'armée d'Italie. Championnet avait à se faire pardonner sa juste sévérité à. l'égard des créatures $lu Directoire. Enfin l'expédition d'Egypte avait enlevé à. la France Klebcr, Desaix et Bonaparte. Des quatre collègues de Jourdan Sherer seul avait commandé en chef ^ on se souvenait de ses victoires éo la Fluvia, de Loano; sa bravoure, son coup-d'œil étaient hors de doute . cependant il n'était propre qu'au second rang ; sévère jusqu'à la dureté, il ignorait l'art d'agir sur les masses, d'exciter leur devoûment, et il manquait de décision. lies trois autres étaient dignes du premier grade, mais ils ne l'avaient pas encore occupé.

Avant la jonction des Russes on voulut prendre l'initiative. Selon le plan arrêté, Jourdan passa le Rhin à Rehl et à Baie pour se déployer entre le Danube et le lac de Constance, et Scherer se mû à tàter le Bas-Adige, après avoir détaché de sa gauche la division DessoUes, nour pénétrer aux sources de ce fleuve. Pendant ce temps , Massena fusant front au Rhin , avant son entrée dans le lac , forma ses colonnes pour pivoter sur sa gauche, porter sa droite aux sources de l'Inn et s'aligner à pessollet en occupant la vallée de 1111.

On croyait, au moyen d'une double attaque de front, déblayer sans peine les Grisons, le Haut-Tyrol et le Voralberg. Mais on rencontra dans les obstacles naturels, dans ceux que l'ennemi sut préparer, 4es difficultés qui déjouèrent tous les projets. On obtint toutefois dans les détails q\j l'exécution de brillans succès.

Massena se trouva le premier en présence de l'ennemi; il somma {fotze de faire évacuer les Grisons qu'occupaient 7000 hommes, sous Auffenberg. Pour toute réponse , le général autrichien se mit en défense ; il s'était couvert à Fcldkirch d'une belle ligne de retranchemens et, près 4p Maycnfcld, le mamelon de Lucicnsteig, surmonté d'un fort qui ferme la vallée, semblait flanquer suffisamment Auffenberg.

Vil GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

Cependant, après quelques manœuvres propres à tromper son adversaire, Masscna, pendant la nuit du 5 au 6 mars, prit les armes et jeta trois colonnes au-delà du Rhin , l'une au-dessous de Fcldkirch , les deux autres à Balzcrs et au-dessus de Rcichenau , de manière à envelopper le corps des Grisons.

Dans la journée du 6, le centre se porta de Balzcrs à Mayenfeld, conduit par le général en chef qui s'inspira des souvenirs de Rovcredo. La position était la même, il s'agissait d'enlever un défilé barré par un petit fort. Mais, ce château est dominé par des rochers à pic; des tirailleurs s'y glissèrent au moyen d'un long détour, et par leurs feux plongcaus ils déblayèrent le rempart que l'on monta d'assaut.

De leur côte, l'aile gauche, commandée par le chef d ctat-major Oudinot, attaqua vivement les rctranchemens de Feldkirch, et la droite couronna les hauteurs au-delà de Coire. AufTenberg n'avait plus de retraite. Rassuré contre llotzc par la possession de Luciensteig et par la diversion qui le retenait sur 1*111 , Masscna entassa les impériaux dans Coire, où, après une vive résistance, ils furent obligés de capituler et de déposer les : armes.

Sans perdre un instant, il se retourna contre Fcldkirch et donna sur plusieurs poiuts l'assaut; mais il échoua devant la ligne formidable oîi Hotze s'était renfermé.

Toutefois, on était maître du cours du Rhin et des Grisons, et l'on pouvait s'étendre jusqu'à l'Inn. Lecourbe, avec la division de droite, s'y rendit par la vallée de l'Albula. On pensait, que dans le même instant Dessolles arrivait sur le Haut- Adige, et l'on espérait que les deux divisions réunies, en débordant les sources de l'ill, menaceraient Hotze à revers et l'obligeraient à la retraite. Mais, Dessolles avait à faire un si long détour, qu'il y avait de la témérité à compter sur la précision de son entrée en ligne. 11 n'y était pas encore lorsque Lecourbe , traversant les Alpes Rhétiennes, déboucha dans l'Engaddinc. Bellegardc put alors lui tenir tête de front et en même temps menacer son flanc, en faisant fder sa brigade de Laudon sur les hauteurs entre Taufers et Zcrnctz.

Lecourbe, obligé de contenir Laudon pendant qu'il abordait les positions capitales de Naudcrs et Finstermuntz , fut repoussé et Masscna retourna vainement pendant trois jours à l'assaut des redoutes de Feldkirch.

Cependant, l'armée du Danube attendait, pour entrer en opérations , que Masscna eût dépassé la pointe du lac de Constance, lorsque l'archiduc, rassuré de ce côté par la glorieuse résistance de Hotze, se résolut à frapper les premiers coups.

Jourdan, couvert par l'Aach et TOslrach , ruisseaux qui se jettent l'un dans le lac, l'autre dans le Danube, appuyait à droite de manière à in-

quiéter Dregentz et à tendre la main à l'armée d'Helvétie. Le prince appela, pour le contenir de coté, Hotze avec 10,000 hommes qu'il établit à Lindau. Après quoi il mit toutes ses forces en avant pour pénétrer entre les sources des deux cours d'eau qui le séparaient de l'armée française.

Un sol montueux et boisé lui permettant de masquer ses manœuvres , il poussa inopinément contre le centre une colonne de 90 à a 5,ooo hommes, et animé par l'espoir de couper en deux la ligne de cantonnemens, il ouvrit le feu devant Ostrach. Lefebvre s'y trouvait avec 10,000 hommes d'avant-garde ; sans tenir compte de la supériorité des ennemis, il leur tint bravement tête; puis, lorsqu'une blessure grave l'eut éloigné du champ de bataille, Soult, à sa place, continua de désorganiser les assaillans. Toutefois, les moyens d'attaque étaient hors de proportion avec ceux de la défense, et la droite de l'archiduc menaçait de déborder par Mengeo. L'honneur des armes était sauvé; les troupes avaient conservé leur clan; Jourdan les replia dans une position plus resserrée et s'établit d'Emingen à Stcislingcn, le centre autour d'Àach.

Rien n'était compromis et l'on était en mesure de livrer bataille. Vaincue, l'armée pouvait aisément se retirer par SchafThoase ou à travers les montagnes Noires; victorieuse, elle fixait la fortune pour toute la campagne. On savait d'ailleurs que Massena allait encore attaquer Feldkirch. Jourdan fit ses dispositions pour le soutenir et pour s'emparer de Stokach. Il s'avança sur cette ville au moment même où l'archiduc en sortait pour venir à lui.

On était en effet aux prises dans le Voralberg et l'Engaddine. Dessollcs, soutenu par une flottille lancée sur le lac de Garde et par des détachemens engagés près des sources de l'Oglio, après avoir longé le lac de Corne, traversé Sondrio et Tirano, était enfin parvenu au pied des monts qui séparent les sources de l'Adige de celles de l'Adda. Laudon croyait l'arrêter tout court au moyen des retranchemens dont il avait fermé l'entrée du défilé de Taufers. Mais , on était habitué à se jouer des difficultés; les soldats de Dessolles, appuyant à droite , gravirent des montagnes couvertes de neige et de glace et se laissèrent glisser au fond de l'un des vallons où commence l'Adige. Ils gagnèrent ainsi Glurentz où ils entrèrent par surprise, et se trouvèrent sur les derrières de Laudon. Dans le même instant, Lecourbe aborda Taufers et enleva tout à-la-fois les postes de Naudcrs et Finstcrmuntz. La brigade autrichienne forte de 5ooo hommes» entourée de tous cotés, fut obligée de mettre bas les armes; son général seul s'échappa avec quelques cavaliers.

Ce brillant succès arrivait trop tard. D'ailleurs Massena, sans en attendre les conséquences, avait cru pouvoir profiter du départ de Hotze avec 10,000 hommes pour brusquer l'attaque de Feldkirch. Cette ville»

si long-temps disputée , s'élève entre deux forets, ^ deux mille toises du Rhin, dans une étroite vallée que traverse l'IU et que renferment des mamelons assis sur une base de rochers à pic. Elle n'est abordable que par les routes de Brcgcntz et de Mayenfeld, qui forment un long défilé dont les issues étaient fermées, d'un côte par un fortin et quinze redoutes, de l'autre par une double ligne de retrancheroens. L'ensemble de ces Jtrsvaux présentait un froul de près d'une lieue. Ils épuisèrent encore une fois l'ardeur de Massena, Après une journée meurtrière, il rentra dans ses, quartiers affaibli de aooo hommes*

Jourdan marchait donc au combat pour seconder une opération mapquée. Ses forces étaient inférieures; il avait inutilement insisté pour jque Bernadette l'appuyât en remontant la vallée du Neçkor. Mais, en reprenant subitement l'attaque, 4 avait l'avantage de surprendre les Autrichiens. Ceux-ci se déployaient en. couvrant tout le cours 4e la Stokacb depuis Ljcbtiogea jusqu'au )ac, et lorsque les Français les abordèrent ils se trouvaient les uns en-deçà, les autres au-delà de ce ruisseau sinueux^ Ju armée du Danube , formée en trois colonnes , suivit les chemins, de Stoltacli» Walhvies et ^ieptingen , et le premier choc fut .tout en *a feveur « les. impériaux qui avaient passé la rivière furent çulbutét et rejeté* sur l'autre rive. l# droite s'empara, çV pont de Walh- . vies et le centre prit position auprès de Nelleubourg , sur des hauteurs qui ferment le débouché de StofcacU.., liftais à gauche > le succès fut encore plus marqué. Saint-Cyr perça jusqu'à Liebtingen et entassa ladroiteenuç- .mie dans un bois situé au-delà du cours d'eau; puis changeant de direction à gauche, il se mit à la presser, à la chasser du hois, à la pousser on désordre sur la, ville.

Ces mouvemens avaient employé cinq k heures. : la gauche et le centre des impériaux étaient paralysés, leur droite en pleine déroute, et . Jourdan pouvait croire la bataille gagnée. Il voulut la rendre décisive et il éteudit sa gauche de manière à couper la ligne de retraite de l'archiduc. Avec la disproportion des forces, c'était trop tenter la fortune. Le prince, .placé dans l'alternative de vaincre ou d'essuyer un immense désastre, aima mieux courir encore la chance des armes. Il saisit ses réserves, les porte à sa droite, aborde Saint-Cyr et le replie dans le bois qu'il avait dépassé; puis, pour l'en déjpostcr, il charge lui-même à la tête de ses grenadiers. L'engagement fut terrible. Jourdan chercha à rompre la colonne d'attaque en faisant donner sa cavalerie; mais cette manœuvre ne fut pas exécutée, et Saint-Cyr, abandonné à lui-même, finit par céder. Les impériaux regagnèreut le terrain qu'ils avaient perdu et menacèrent à leur tour de prendre l'armée à revers par sa gauche. Il fallut vider le champ de bataille où l'on avait perdu 10,000 hommes tués , blessés ou prisonniers.

Un. si cruel échec, ulcéra Jourdan : c'était pour la seconde fois que par la stricte exécution de plans qu'on lui avait imposés, il compromettait sa gloire si justement acquise à Flcurus,à Wattignics, à Aldcnlioven. Après avoir ramené s,ur le Rhin les débris de son armée , il se démit du commandement et partit pour Paris. A la même époque, BcrnadoHe mécontent de l'organisation de l'armée de réserve, quitta son poste. Toutes les troupes passèrent sous les ordres de Massena.

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