‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 27 sur 120 · SUITE DES OPÉRATION EN ITALIE · texte numérisé non relu

SUITE DES OPÉRATION EN ITALIE

Bataille de U TreLbia (17, 18, 19 juin).— Prise de Naple* (19).— Bataille de Novi (iû août).— Mouvement de Championne! (10 août).— Combat devant Rome (ai, aa septembre). — Capitulation (a9).— Bataille de FossanoU novembre). -Prise de Coni par les Autrichiens (4 décembre).

Suwarof avait besoin du renfort que lui amenait Bellegarde. Il s'était encore disséminé pour assiéger les places du Piémont; pour remonter les cols de Fenestrelles , du mont Cciys , du petit Saint-Bernard , faire briller

les lances des Cosaques sur la frontière française et retenir dans le Dauphiné les troupes qui eussent rejoint Moreau. Avec ce qui lui restait d'hommes disponibles, il bloquait la citadelle de Turin et faisait glisser des détachemens autour de Ceva et M ondovi , comme s'il eût eu dessein de tourner par la droite la position de Coni.

Il pensait ainsi attacher Moreau au col de Tende , et il comptait sur Bellegarde pour achever de couper la retraite de Macdonald, lorsque les nouvelles qu'il reçut de ce côté changèrent tous ses plans.

L'armée française ayant évacué Naples après les désastres de l'Adige, avait rapidement parcouru toute la longueur de l'Italie. L'ennemi, pour la rejeter sur le revers méridional de l'Apennin , avait échelonné sur la route : Klenau à Ferrare et Modène; Ott à Parme, Plaisance et Pontremolij Mêlas, puis Bellegarde dans la plaine de Marengo. On ne doutait point qu'elle ne se décidât à suivre la chaussée de la Spezzia, pour se rendre directement à Gênes, lorsque Suwarof apprit que loin d'éviter le combat elle débouchait en deux colonnes par Modène et Pontremoli; qu'elle avait replié Klenau sur Ferrare; que le Manlouan était en alarmes; que Kray avait suspendu les opérations du siège pour se rapprocher du Pô; que Ott était mené battant sur Plaisance; et qu'enfin Moreau ayant porté sa gauche sur son centre, paraissait prêt à descendre de l'Apennin par Bobbio et la Bochetta.

Ces nouvelles étaient foudroyantes. Suwarof en fut ému ; mais il prit sa résolution avec une célérité digne des plus grands éloges. Après avoir masqué la citadelle de Turin et poussé ses détachemens jusqu'à Ormea pour inquiéter Moreau sur sa retraite ( i5 juin), il saisit le gros de ses forces et courut à Alexandrie. Là, il trouva Bellegarde qu'il chargea de surveiller le débouché de Novi; puis, continuant sa marche rapide et emmenant avec lui Mêlas, il se porta avec environ 3o,ooo hommes sur la Trebbia , décidé à intercepter la route de Plaisance à Gênes et de corn* bler l'intervalle entre Macdonald et Moreau.

Il était temps ; Macdonald avait ramené du fond de la Péninsule les divisions Rusca, Watrin, Olivier, et la brave légion polonaise de Dombrowski; en Toscane, il s'était renforcé de Montrichard et de Victor. Cette masse de plus de 3o,ooo hommes au sortir de l'Apennin avait tout culbuté devant elle, et pour assurer sa jonction avec Moreau, elle n'avait plus qu'à s'affermir sur les torrens de la Trebbia et du Tidonc qui couvrent le chemin de Gênes à Plaisance.

Le premier était déjà forcé; Ott en voulant disputer le second, se faisait écraser par la tête de colonne, lorsque Tavant-garde de Suwarof intervenant rétablit le combat et replia les Français en désordre jusqu'à la Trebbia. Le feld-marochal crut profiter de la première surprise, pour

enlever le passage du ravin et rompre les troupëi qUi avaient recueilli les fuyards; mais il fut contenu par une vive canonnade, et h la nuit il retint près du Tidone.

Cependant Macdonald ayant deviné sa présence, comprit qu'il s'agissait de livrer bataille; et comme il s'attendait à Voir Moreau déboucher dé Bobbio, au lieu de reculer jusqu'à la Nura où se trouvaient encore trois de les divisions, il leur donna l'ordre d'accourir sur la Trebbia ôù il était résolu de tenter le sort des armes.

De son côté, Suv/arof fit ses dispositions d'attaque : chaque instant était précieux, Moreau pouvait paraître sur le sommet de l'Apennin, par son apparition rendre le combat impossible et conquérir sans brûler une amorce la rive droite du Pô. Dès l'aube du jour, un rideau de tirailleurs se répandit sur toute la ligne; les Français ripostèrent et l'on continua jusqu'au soir un feu meurtrier. Pendant ce temps, les Russes qui avaient marché toute la nuit arrivèrent successivement, et après quelques motnens de repos , ils se formèrent en quatre colonnes. Macdonald aussi reçut ses renforts et fit passer sa gauche à Rivalta. Ce village, situé à l'intersection de ta route de Gênes et de la Trebbia , était la clef du Champ Ûè bataille ; sa possession livrait l'entrée du défilé de Bobbio> par ou les deux années françaises devaient se réunir. Aussi le général russe voyatit son àdversaire l'occuper, y porta son effort. Après un choc terrible et sanglant, il le replia au-delà du torrent, mais il n'essaya pas de le déborder, bh se borna départ et d'autre à se canonner de l'une à l'autre rivé, et l'on remit au lendemain les mouvemens décisifs.

Après une lutte de deux jours, Macdonald ne pouvait plus douter do la coopération de Moreau. Le projet de leur jonction avait été arrêté entre eut • mais par une négligence inexcusable, ils avaient laissé du vague dans les détails de l'exécution. Ils avaient eu surtout le tort de ne point confier à une Seule tête la direction d'une affaire où le sort de la campagne était en jeu. La perte de la bataille, celle de l'Italie, furent le résultat de ce déplorable défaut de concert.

Lorsque enfin dans la matinée du troisième jour le feu s'oUvrit sur totis les points, Moreau négligeant le vrai point d'attaqué, ne fit 6 sa droite qu'un faible détachement , et marchant sur Tortone il culbuta Bellcgardc et le refoula au-delà de la Bormida. Pendant qu'il obtenait ce succès insignifiant, Macdonald renouvela témérairement l'attaque. Les alliés étaient rangés depuis Rivalta jusqu'au Pô , les avant-postes sur la rive gauche de la Trebbia. La fatigue mutuelle avait retardé le signal du combat.

A midi, les colonnes républicaines ayant replié les avant-gardes ennemies, se jetèrent vaillamment dans le torrent, franchirent en bon ordre .ses bords escarpés malgré le feu d'une nombreuse artillerie, poussèrent

MACDONALD (, Elicnne-Jacqurs-Joseph- Alexandre),

Né * S» ne erre le 17 norembre 1765. — Duc Je Tarente. — Maréchal de F

Bataille de la Trcbbui.

CAMPAÔNfe DE17&9. 215

aux batteries, s'en emparèrent et firent plier toute f infanterie. Bientôt, la ligne entière frit engagée; Dombrowski s'était forme le premier dans fa position capitale de Rivalta. Sirwarof, décidé à ne point laisser aux Français de point d'appui sur les montagnes , envoya des renforts à* sa droite' él donna prise sur le centre.

Ses adversaires étaient trop habiles pour ne point profiter dit moment. Victor et Rusca, qùi défilaient il la1 rfuîte dé Dônibrowski , se rabattirent et pénétrèrent dans le terrain que les Russes vend icrit de dégarnir. Enfin, Montrichard et Watrin, séparés par la chaussée de Plaisance, s'avancèrent victorieux; Si , dans ce moment, le cah'bH fle Môreau sè fùl fait entendre sur la Haute-Trebbia , c'en était fait de Parmcë aIHée i mais le détache^ ment dont il avait disposé ne dépassa point Bobbio, et la chance ne tardd pns à tourner en faveur de Sutvarof. Ce général , en mè'mé temps qu'il courait h Dombrowski, fit envelopper Victor l\vft gagnait îë plus sur sort terrain , et Mêlas lança contre Montrichard ses réserves de cavalerie qui le mirent en désordre. Ces deux attaques firent ati milieu de la ligne de Macdonald tthe large troué*, dané laquelle l'infanterie russe sè forma en masse et s'avança avec une forcé irrésistible. De ce moment , i! fut impossible* de ramener la victoire, èt après ùnè suite d'engagemens oîr !c carnage fut horrible, les Français furent rejetès au-delà du fatal torrent.

Ces trois journées coûtèrent à Macdonald 8 à dodo hommes. La plupart de ses généraux étaient blessés ; il dut, non sâflS un cruel regret , renoncer à une quatrième bataille, et, au milieu de la tiuit il battit en retraite par lét routé de Parme \ puis, il se jeta par sa gauche dahs les gorges de KAperirtin. Suwarof rtteriu par la défaite dè Bellegardc, se vit contraint de laisser échapper ses glorieux débris.

La jonction des deux armées françaises ne pouvait plus s'opérer que f>ar le vcrsànt maritime des montagnes. Pendant que Ott ci Klenau poursuivirent Macdonald et l'acculèrent au littoral de la Toscane, d'où il fila sur Gênes, Suwarof força Moreau de repasser la Bochetta :' après quoi, les généraux coalisés continuèrent paisiblement les sièges des forteresses. Mantouc jusque-là avait été bloquée par 20,000 hommes; on porta le Corps de Krày jusqu'à ^o,ooo hommes , et il ouvrit la tranchée. La citadelle de Turin était à la veille de capituler; celles d'Alexandrie et TorionC tenaient bon, Coni était investi. Dans l'Italie méridionale, les châteaux de Fcrrare et de Bologne étaient intacts. Ancône commençait à soutenir un glorieux siège. A Rome, la république était encore debout; mais elle succombait à Naplcs.

Au début des hostilités, les Anglais jetèrent sur les côtes insoumises dé la Calabre un ramas de Turcs, de Russes, de Siciliens , qui se rangèrent avec les insurgés sons le commandement du cardinal Ruffo. En nrêmè

temps, les troupes régulières de la Sicile prirent terre à Castellamarc, dans le golfe de Naplcs. Un mois après , Macdonald, obligé de battre en retraite, laissa garnison dans les châteaux de la capitale, à Gaëte et à Pcscara. Les bandes de Ruflb ne lardèrent pas à investir Naples, où s'étaient réfugiés tous les partisans de la révolution. Cette petite troupe se défendit en désespérée jusqu'à l'arrivée des corps réguliers. Avec eus, on consentit à parlementer et l'on convint que la garnison et les Napolitains seraient transportés en France. Déjà rembarquement s'effectuait, lorsque Nelson refusa, au nom de l'Angleterre, de ratifier la capitulation et donna l'ordre de retenir prisonniers les sujets du roi Ferdinand. Ou vit alors des scènes sanglantes , auxquelles les plus funestes excès de la révolution ne peuvent être comparés. On vit le vainqueur d'Abouqir s'ériger en juge des principaux fondateurs de la république, les condamner et présider à leur exécution. Ou vit la foule de leurs adhérens périr sous la mitraille ou sous le poignard des soldats de Ruflb.

H semblait qu'on fût ramené aux crises de 1 793. La Suisse envahie , Masscna réduit à se défendre , l'Italie perdue, la Hollande menacée d'une descente, dont le succès pouvait entraîner la Prusse. C'étaient des coups accablans qui mettaient en question 1 existence de la république. Les conseils en furent ébranlés, et il y eut dans la direction des affaires une ré* volution dans le sens démocratique. On fit de nouvelles levées, on rassembla a5,ooo hommes sur les côtes de la Belgique, on réorganisa autour de Mayence l'armée de réserve, sous le nom d'armée d'Allemagne; on résolut de la porter à 60,000 hommes et de la confier à Moreau; Ton envoya Championnet en Daupbiné prendre le commandement de 20 à a 5,ooo hommes, avec ordre de descendre en Piémont; eufin, on plaça à la téte des débris de Cassano et de la Trebbia , forts de 45,ooo hommes, Joubert, ce brillant lieutenant de Bonaparte, qui s'était si rapidement élevé durant la grande campagne dltalie; on lui donna la mission de faire lever les sièges de Tortone, d'Alexandrie et de Mautouc.

On voulait, depuis le Ncckar jusqu'à la Méditerranée, ressaisir partout l'offensive et déjouer par des victoires les efforts de la diplomatie pour appeler la Prusse aux armes. Il était beau d'imprimer à toutes les armées un nouvel élan ; mais il eût fallu plus d'activité qu'on n'en dé* ploya. On laissa près de deux mois s'écouler avant la reprise des hostilités. Pendant ce temps, Mantouc et Alexandrie succombèrent, et lo drapeau tricolore ne flotta plus que sur Coni, le château de Tortone et le fort de Gavi. Joubert, à peine arrivé à son poste, apprit au débouché di-s inouïs ces funestes nouvelles; il sut que toutes les forces des coalisés devenues disponibles, marchaient contre lui. Son mouvement n'avait plus de but, M eût voulu le suspendre) remettre entre l'armée ennemie et la sienne la

barrière de l'Apennin ; mais il était trop tard, et il fut obligé de chercher un champ de bataille.

On sait que le débouché de la Bochelta est fermé par le fort de Gavi. Au sortir de cette petite place la route traverse, dans toute sa longueur, un amphithéâtre de mamelons qui se détache obliquement des montagnes, entre l'Orba et la Scrivia. La ville de Novi , entourée d'uue vieille enceinte , est bâtie sur l'arête extrême; là le terrain s'affaisse brusquement et l'on entre dans une vaste plaine où s'élèvent Tortone et Alexandrie. Joubcrt rangea son armée sur cette crête escarpée; la position était excellente: battu, Gavi couvrait sa retraite! vainqueur on se répandait jusqu'au Pô et l'on dégageait Tortone.

La droite sous Saint-Cyr s'étendit de Novi à la Scrivia , le centre s'établit à gauche de Novi, la gauche s'appuya sur des ravins dont Posturana est entouré. Le général en chef n'espérait pas braver seulement l'effort des coalisés; il songeait même à pousser un détachement jusqu'à Tortone pour retenir une partie de leurs forces , lorsque Suwarof donna l'ordre d'engager le combat.

Ce général, étourdi par la rapidité de ses victoires, avait eu la faiblesse de prendre en mépris ses adversaires ; confiant d'ailleurs dans sa supériorité numérique (il avait 60,000) Use borna à prescrire à ses lieutenans d'attaquer , sans arrêter un plan général d'opérations.

Kxay, à peine arrivé de Mantoue, avait pris la droite et se trouvait le plus à portée du mamelon du côté de Posturana ; venait ensuite Rosenberg à la tête des Russes marchant droit sur Novi ; puis, plus en arrière, Mêlas s avançant en colonne et côtoyant la Scrivia.

Kray fut le premier en ligne; Joubert courut à lui et voulant entraîner son infanterie pour le charger et le rompre, il se porta aux premiers rangs où une balle l'atteignit; il mourut sur le coup en s'écriant: en avant mes amis, en avant ! Moreau prit aussitôt sa place et fit exécuter le mouvement; après une longue et sanglante lutte les impériaux furent rejetés dans la plaine.

Après Kray ce fut le tour des Russes qui tentèrent de couronner les hauteurs à droite et à gauche de Novi, mais qui échouèrent en essuyant d'énormes pertes. Suwarof fit ensuite monter ensemble à l'assaut Rosenberg et Kray ; même résolution et même succès de la part des Français. Irrité jusqu'à la fureur, le feld-maréchal , sans songer à mauœuvrcr, revint à la charge jusqu'au soir et l'on se détruisit de part et d autre avec un acharnement inouï. La victoire semblait se déclarer pour les républicains, mais Mêlas n'avait pas encore donné. Vers cinq heures sa colonne se déploya contre les flancs d'une armée épuisée. Saint-Cyr n'avait à lui opposer que des forces inférieures) elles plièrent et l'ennemi

GUERRES Dlî LA RÉVOLUTION.

les débordant finit par jeter une division entière én arrière dé leur ligue. Ce fut un moment bien critique ; toute l'armée était engagée, Suwarof pour la première fois prenait pied sur les hauteurs, Kray était parvenu à se loger dans les ravins de Posturana , on était pressé sur tôus les points et Ton n'avait pas un bataillon en réserve pour rétablir l'équilibre. Moreau sentit la nécessité de battre én retraite sous peine d'être tourné et enveloppé. On se mit donc à reculer, mais ce ne fut point sans péril. Mêlas pénétrant à revers jusqu'à Novi faillit enlever les corps qui l'avaient si vaillamment défendu, et, au défilé de Posturana, la division4 d'arrièregarde fut mise en dérOufc. On fit, pour la rallier, de nôuvcshfcet terribles efforts, heureusement l'ennemi était lui-même trop maltraité pôirr tirer parti de ce désordre. Pendant la nuit l'armée* se mit en sûrèté endeçà de l'Apennin ou elle reprit sa position primitive. La journée avait été très meurtrièrè, les coalisés perdirent i5,ooo hommes et les" Français 10,000; ceux-ci se laissèrent en outre enlever dans leur pénible retraite 37 canons et a drâpeaux.

Championnet descendait , dans le même moment , les cols de Suze , de Fcnestrelles et du petit Saint-Bernard. II se mit aussitôt à manœuvrer sur sa droite dans le dessein de s'appuyer sur la placé de Coni et d'opérer sa jonction avec les débris de Joubcrt cftfil avait ordre de réunir à son commandement. Mais il fut corttenu par Mêlas que Suwarof chargea* d'investir Coni avec 8o,ooô impériaux et de s'opposer à ta concentration des troupes françaises.

La république romaine privée de tout secours fut envahie àii hàrà par la division autrlchiettnè de frœhlicb, qui prit position à CiVlta-Càstellana, pour s'étendre jusqu'à Civita-Vccchia , et au midi par les troupes napolitaines que leur général Burckard établit sur' le Monté Rotonde: elle ne résista point à cette double attaque.

Rome était défendue par les patriotes soutenus fle quelques détaéhemcns français etpolonais, commandés par le général Garnier. Céttcpetitc troupe, sans retraite, sans moyen de recrutement, n'hésita pas à tenter dé s'ouvrir un passage. Elleattaqua d'abord les Napolitains qui, sclôn leur usage lâchèrent pied. Le lendemain elle tomba sur Frœhlich, près de Civita-Vecchia et remporta une seconde victoire; ces deux avantages dégageaient la route d'Ancône où la troupe eût pu se renfermer; mais Garnier, plus ému du sort des Romains compromis par la révolution, que dé sa proprè gloire, aima mieux en tirer parti pour obtenir une honorable capitulation. Les Français et les patriotes furent embarqués à Civitâ-Vecchia pour être conduits en Provence.

Le drapeau tricolore ne flottait plus qrfà Ancônc où* commandait Mon> nier. Ce brave général épuisa pendant six mots (dé juin à novembre)

les efforts de l'ennemi ; lorsqu'il se fut rendu, sa gnrnisort en armes traversa , pour rentrer en Savoie, les cantonnemens des" armées impériales qui avaient conquië la Lombardie.

Championnet, durant le reste de la campagne, essaya vainement dé se metlrc en communication avec sa droite que Salrit-Gtr avait postée autour de Gênes; il ne réussit pas mieux à rompre le blocus de Coni. Mêlas le battit à SavigliânO et Fossano, le mit hors d'état de troubler ld siège et força la place à capituler. Les impériaux essayèrent ensuite quelque* tentatives dans l'enceinte de Gênes et contre Saiut-Cyr qui tenait encore? la campagne et faisait dés excursions dans la plaine d'Alexandrie, mais ils échouèrent et remirent l'attaque à l'année suivante.

LBS HUHÇA18 RSPRENUBirr t'OEFBHSIVÊ EW HELVÉTIE ET BVR LE AttI*.

Reprise delà Linlb (3i aoûl). — Du Saint-Gotbard (a6 octobre). —Blocus de PUlipsbourg (»7

aoAl).— Plan des coalisés.

Dans le même temps que Joubert et Championnet commencèrent leurs opérations, Massena déploya victorieusement sa droite. Pour favoriser ce mouvement, il fit sur tout le front de la Lirnath, de vigoureuses démonstrations pendant lesquelles la division Chabran passa la Sihl, se glissa entre Ensiedeln et le lac de Zurich et parvint , toujours en poussant les postes de l'ennemi , jusqu'aux bords de la Linth. En même temps Molitor, avec une poignée de braves, traversa dans toute sa longueur la vallée de la Muttcn , enleva l'épéc à la main le mont Brakel et le Kloên-

Thaï et prit position sur la haute Lin th. Enfin, Lecourbe , par une suite de combats glorieux, déblaya le lac de Luccrne, la haute Reuss, se rendit maître du Saint-Gothard et rouvrit la communication avec Turrcau que les détachemcns de Suwarof avaient refoulé dans le bas Valais. Ces succès aggrandirent la ligne française qui eut alors pour appui le Simplon , le Saint-Gothard , la Linth , le lac de Zurich, la Limath et le Rhin.

D'un autre côté , Multcr, en attendant l'arrivée de Moreau, poussa audelà du Rhin l'armée d'Allemagne, s'empara de Heidelberg, de Ueilbronn et bloqua Philipsbourg.

Massena tenaille nœud de toutes les combinaisons, la saillie de la Suisse servait d'appui aux invasions de la Souabe et de l'Italie. On sentait que l'expédition de Hollande ne produirait aucun fruit , si on laissait les armées françaises reprendre l'offensive en Allemagne et en Piémont. On arrêta le plan d'une vaste manœuvre , dont le but était de contenir les ailes, de rompre et de faire reculer le centre.

Au midi , Mêlas reçut la mission de tenir tête à Championnet. Au nord, l'archiduc quitta la Suisse, afin de porter son centre sur sa droite, de dégager Philipsbourg et de rejeter Mullcr au-delà du Rhin. Mais, ce fut contre Massena que l'on dirigea l'attaque principale. Korsakof sur les bords de la Limath , Hotze à l'autre pointe du lac de Zurich , Jellachich et Linken à Claris et Engi, devaient le tenir en échec, et Suwarof passer d'Italie en Suisse, pour déboucher sur ses derrières par le Saint-Gothard et la vallée de la Reuss.

A l'entrée en ligne du feld-maréchal, les autres corps avaient ordre d'attaquer simultanément, de se porter concentriquement à sa rencontre en tendant à Schwitz et Lucerne. Ainsi l'armée d'Helvétie, assaillie sur tout son front, eut été poussée pas à pas sur les baïonnettes russes qui se croisaient sur ses lignes de retraite. Ce plan la menaçait d'une entière destruction ; mais il renfermait des vices que Massena saisit avec autant de promptitude que de sagacité. D'abord, on avait substitué à l'archiduc, Korsakof dans un camp devenu défensif, mutation périlleuse; car on invitait l'adversaire à attaquer avant que les nouvelles troupes fussent familiarisées avec leur position. Ensuite , on avait subordonné le succès général à la jonction dans un moment donné des divisions de l'Helvétie avec Suwarof, qui avait à parcourir un terrain hérissé d'obstacles naturels et défendu par des soldats aguerris. C'était la même faute que le directoire avait commise au début de la campagne et qui avait eu des conséquences si désastreuses. Elle ne fut pas moins funeste aux coalisés.

, CAMPAGNE! DE; 1799. în

OPÉRATIOHS DES RUSSES ET DES AKQLAIS 15 BOLLAJfDI.

Débarquement en Hollande (a6 août).— Défection de la flotte hollandais (3o).— Attaque du Zyp (9 septembre).— Bataille de Bergen (19).— D'Alkmaar (a octobre).— De Gaitricum (6).— Capitulation d'Alkmaar (18).

L'éloignement de l'archiduc était, au reste, indispensable; il eut été impossible de décider entre lui etSuwarof la priorité jdu commandement, et l'on avait un puissant intérêt à le rapprocher des provinces Belges , où le débarquement en Hollande causait une vive agitation.

L'expédition si longuement préparée avait enfin mis à la voile. a5 à 3o,ooo hommes des meilleures troupes anglaises, sous les généraux Ralph-Albercrombie, Dundas et Pultney; i5 à 20,000 Russes, conduits par Hermann, Essen et Emmé, composaient l'armée du duc d'York, qui n'avait pas craint de prendre le commandement en chef. Les ressources d'un immense matériel avaient été déployées avec profusion , et la politique avait préparé aux opérations militaires l'appui d'une réaction en faveur des princes d'Orange.

L'époque de la descente était d'ailleurs favorable. Si, aux revers que la république essuyait sans relâche depuis la reprise des hostilités, s'étaient réunis la perle de la Suisse et le soulèvement de la Hollande, suivis d'une attaque à revers contre l'extrême gauche des armées qui défendaient le Rhin , la coalition eût peut-être triomphé.

Après le traité de 1 795 , la nouvelle république Batave avait mis sur pied deux divisions, d'un effectif d'environ 20,000 hommes j il était en outre stipulé que le directoire lui fournirait 24,000 hommes , qu'elle se chargerait d'entretenir. Mais ce corps auxiliaire était loin d'être au complet; il y avait à peine en Hollande 10 à 13,000 Français, nombre insuf-

fisant pour paralyser l'élan que les ennemis attendaient du peuple et de l'armée nationale.

La confiance que les orangistes avaient inspirée au gouvernement Britannique relativement aux dispositions du pays et les intrigues qui travaillaient la flotte , influèrent sur le choix du lieu de débarquement. Les vaisseaux bataves étaient mouillés au Texel,dont l'accès est défendu par le poste du Helder. L'expédition Ait dirigée sur la pointe sablonneuse que termine cette petite place. En même temps, quelques détachemens se montrèrent sur la frontière de lest pour déployer au milieu de la population le drapeau de la maison déchue.

Ces mesiwes, à les considérer militairement, avaient leurs avantages et leurs inconvéniens. S'il est de règle d'opérer une descente sur une presqu'île , parce que les premières troupes débarquées sont flanquées naturellement, et en se retranchant, donnent au corps de bataille le temps de s'organiser ; si, en menaçant plusieurs points de la frontière, on tenait divisées les forces bataves, d'un autre côté, on se divisait soimême en naviguant dans des courans de directions divergentes qui ne permettaient point de se rallier à une époque déterminée, et là où l'on prenait terre on ne trouvait point d'espace pour se déployer.

La partie septentrionale de la Nord-Hollande est un bape de sable entièrement dégagé de la mer. A mesure qu'on descend au midi ? on entre dans une chaîne d'inondations, de lacs et de vastes polders, séparés de l'Océan par une ceinture de dunes, large au plus de deux lieues.

Les polders, conquête du temps et de l'industrie sur les eaux, sont de* terrains d'alluvion bas et marécageux, qu'on pst parvenu à épuiser et à garantir d'inondations nouvelles au moyen de digues, de larges fossés d'enceinte çt de rigoles intérieures qui les divisent en une multitude dllots.

^a presqu'île est fermée parleZyp , l'une de ces merveilleuses cultures. A peu de distance, l'inondation duHeer-Huigen-Waard, les grands polders du Schermer, du Beeroster et du Purincr, forment une barrière qui s'étend à droite jusqu'au Zuydcrzée et qui se lie par les étangs d'Alkmaar aux golfes de l'Y et à la mer d'Haarlem. Le terrain que quelques escadrons avaient parcouru sur la glace lors de la conquête, est donc d'ordinaire un dédale inextricable susceptible d'être inondé, et présentant à chaque pas des positions presque aussi favorables à une opiniâtre défense que les rochers et les torrens de la Suisse.

Indivision batave de Daendels (7 à8opo) y était cantonnée, l'autre division f sous les ordres de Dumonccau (6 à 7000) , gardait la frontière de l'Est | et les Français, à qui l'on avait donné pour général en chef Prune,

pinces oh l'on devait supposer que s effectuerait la descente , surveillaient les bouches de la Meuse.

C'était en effet par la Zeelandeque le prince anglais eut dû commencer ses opérations. En a?assurant du cours de la Meuse, il eAt séparé l'armée batave des renforts que le gouvernement français ne pouvait manquer de lui envoyer, en même temps qu'il eât préparé une base assez forte pour donner à la campagne une longue durée.

Quoi qu'il en soit, le premier convoi anglais, sous les ordres d'Alberrrombie (17 à 20,000), escorté par l'amiral Mitchell, parut en vue du Helder. L'ennemi fit sommer le commandant de ce poste et l'amiral batave,, qui refusèrent de se rendre. Comme on se disposait a ouvrir le feu, les vents devenant contraires, rejetèrent les bâtimens au largef Le gros temps les retint éloignés du rivage pendant cinq jours, et durant ce court intervalle, l'expédition prit déjà couleur. Le gouvernement batave témoigna d'une grande énergie. Il ordonna des levées d'hommes. Il mit en mouvement les gardes nationales de l'Est , pour repousser les détachent ens qui s'avançaient sur les bords de l'Ysspl. Enfin, il fit concentrer sur la presqu'île toute la division Daendels.

Le a6aoét, la flotte anglaise mouilla depuis K al la nts-Og jusqu'au Helder. Soixante bâtimens de guerre s'embossèrent pour soutenir , du feu de leur artillerie, le débarquement des troupes. La têlq de colonne prit terre près d'Huisduinen. Daendels lui opposa quelques bataillons; mais, la canonnade les éloignant, l'cnpemi se forma dans les dunes, dont les inégalités favorisaient les manœuvres. Le général hollandais le chargea par le flâne droit et réussit d'abord; mais les difficultés du terrain l'arrêtèrent et le forcèrent enfin de céder. Après quinze heures de combat, les Anglais restèrent maîtres du champ de bataille, ; la division batave se retira daqa lè Zyp, et la garnison du Helder longeant les sables du Zuyderzéq , se mit dans ses rangs. Elle occupa à gauebe Petten , à droite le grand Keet jusqu'au rivage, au centre Zand et la digue du Zyp.

Cepeudant le débarquement continuait. Aibererombie prit possession des routes du Helder, après quoi l'entrée de la rade du Texel étant dégagée, l'amiral Mitchell y pénétra et refoqla la flotte hollandaise dans le chenal au nord de l'île. Elle se composait de huit vaisseaux et trois frégates. L'amiral Story qui la commandait se préparait à une vive résistance; mais les équipages s'insurgèrent, arborèrent le pavillon de Nassau et laissèrent emmener les bâtimens en Angleterre.

Le Zuydenée étant ouvert, Daendels pouvait être tourné dans le Zyp ; il l'évacua , échelonna sa gauche derrière le canal d'Alkmaar, établit son centre dans le Scherroer et sa droite à Avcnhorn, à l'entrée des défilés qui traversent les grands polders.

Cette position lui permettait d'attendre l'arrivée de Brune et de Dumonceau , qui accouraient à marches forcées. Mais le général anglais, au lieu d'attaquer, se fortifia derrière les digues et dans les villages du Zyp, et voulut essayer la |voie des négociations. Il demanda des passeports pour un envoyé , chargé de faire au gouvernement Batave des propositions. Daendels en référa au ministère, et pendant qu'on attendait une réponse négative, les deux autres divisions entrant en ligne donnèrent aux républicains la supériorité du nombre.

Brune n'hésita pas à en profiter avant l'arrivée des derniers convois que contrariaient encore les vente. 11 porta son quartier-général à Alkmaar, ville d'où l'on surveille a-la-fois les polders et les dunes, et après avoir organisé l'armée il rapprocha la droite du centre, puis il rangea ses trois divisions en demi-cercle sur trois chaussées qui aboutissent au Zyp. Lorsque chacun fut à son rang , le général en chef donna l'ordre de

sur Pelten et enlevèrent d'élan la digue; puis, foudroyés par le feu de quatre bâtimens embossés près du rivage, ils furent contraints de lâcher prise et de rentrer dans leurs positions. Le centre, sous Dumonceau, pénétra dans le village de Rrabendam ; mais en se déployant, une partie de la division se fit écraser, et laissant la colonne principale aux mains avec tout le centre anglais, elle entraîna sa déroute. Tout plia et Daendels , ébranlé, vida le champ de bataille dans le plus grand désordre.

Après cet échec , Brune ne songea plus qu'à attendre le choc des vainqueurs, il couvrit son front de coupures, de retranchemens; il jeta des ponts sur les canaux pour assurer la libre communication entre les ailes et le centre; enfin, il pressa la marche des renforts que les gouvernemens français et batave avaient promis.

De son côté, le général anglais se contenta d'étendre sa gauche jusqu'à Medenblick, dont la flotte s'était emparé. Il attendait pour sortir du Zyp, le débarquement du reste de l'armée. Bientôt Hermann et Essen amenèrent au Helder i3,ooo Russes et le duc d'York 4ooo Anglais. Albercrombie s'efforça dès-lors d'élargir le débouché de son centre; mais Brune l'attaqua et le resserra dans sa position (i4).

Cependant le prince anglais, fort de 35 à 4o,ooo, ne pouvait se résigner plus long-temps à l'inaction. Il se mit en mouvement pour envahir la Nord-Hollande. Après avoir jeté Albercrombie avec 7000 hommes dans lloni , petit port du Zuiderzée au-delà des polders, il lança trois colonnes sur les trois digues que couvrait l'armée franco-batave. Son but était de la déborder le Ioiijt de la mer, de l'acculer aux polders, de la pousser sur le détachement d'Albcrcrombie et de la prendre entre deux feux.

La droite des coalisés, commandée par Hermann et Kssen , composée

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