‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 28 sur 120 · BRUME (S. M. A · texte numérisé non relu

BRUME (S. M. A

Né a Brircs, le i3in.tr» i-C>'i — Msrcclial de France — Mort nwusiné .1 Avignon, le 2 août i8i5

Bataille d'Alckmaer.

de 9000 Russes et de il\oo Anglais, sortit du Zyp, poussa aux retrauchemens de Vandamme, les enleva et mena battant la division française, depuis Groot jusque au-delà de Bergen , qu'elle évacua pour se concentrer dans les bois à gauche de la route. Ce succès , dû à la supériorité du nombre , enivra les généraux russes. Ils crurent seuls saisir la victoire, et prenant Bergen pour appui , ils se déployèrent à-la-fois par leur droite et par leur gauche pour culbuter Vandamme et pour le couper du général en chef.

Dans le même temps , Pultney avait commencé le feu contre Daendels , et le duc d'York, qui devait se lier à sa droite par Schoorldam, ayant trouvé sur ses pas une résistance inattendue, était encore contenu par Du monceau au-delà du canal d'Alkmaar.

Il existait donc une large ouverture entre le centre et l'aile droite de l'armée ennemie. Grâce à la présomption de Hcrmann, il y avait dans l'étendue d'un vaste champ de bataille un espace dont l'occupation devait décider du sort de la journée.

Brune y porta son effort avec cette promptitude de coup-d'œil et d'exécution qui enchaînent la fortune. Peu soucieux des progrès de Pultney, il emprunta à Daendels une partie de sa division pour la substituer dans le centre à un fort détachement que Dumonceau rabattit face en arrière en-deçà du canal sur les derrières de Hcrmann. Puis prenant lui-même les réserves , il les conduisit sur le flanc de la colonne russe.

Ces habiles mesures furent secondées par la vigoureuse résistance de Vandamme. Déjà deux fois il avait jeté le désordre parmi les assaillans, lorsque, reconnaissant que l'on marchait à son secours, il reprit hardiment l'offensive. De son coté, Hermann ouvrit enfin les yeux et s'aperçut qu'il allait être enveloppé ; il fit néanmoins bonne contenance. Se concentrer dans Bergen afin de s'y maintenir jusqu'à ce que York vienne le dégager; détacher sur sa droite dans les dunes, Esscn avec une brigade pour arrêter Dumonceau , telles furent ses dispositions qui pouvaient encore le sauver, mais que déjoua la valeur des troupes républicaines. Dumonceau, appuyant à droite, tourna Esscn et le heurta si rudement qu'il le dispersa et fit poursuivre ses débris jusqu'au Zyp. Après quoi il continua son mouvement sur Bergen qui fut alors entouré et attaqué sur tous les points : l'artillerie ennemie fut enlevée et après un combat opiniâtre, Hermann déposa les armes.

A ce moment, York avait enfin passé le canal à Schoorldam. Son avant-garde, à la recherche des Russes, entra dans Schoorl, lorsque les Français, lancés à la poursuite d'Essen en sortaient par la digue de Groet. Il entreprit à son tour de les couper et de rallier sa droite , mais il n'était plus temps. Sa colonne en s'etendant entre Schoorl et los dunes, fut

rompue, et lui-même, assailli dans Schoorldam par les troupes victorieuses , fiit refoulé au-delà de Krabendam.

De ce côté, la déroute de l'ennemi était complète. Sa gauche avait été plus heureuse, elle avait chassé de poste en poste Daendels jusqu'à Saint- Pancras , mais les désastres des autres colonnes le forcèrent à se replier non sans perte.

Quant h Àlbercrombie', qui n'eût été employé'qu'en cas du succès, il fut paralysé par la mauvaise issue de la journée. Ses 7000 hommes qui eussent été d'un si grand poids en réserve sur le champ de bataille, se trouvaient compromis ; il se hâta pendant la nuit de les ramener sur le gros dq l'armée.

Cette belle victoire ranima toutes les espérances. Elle était aussi féconde en résultats que brillante. L'armée d'invasion fut constituée en état de blocus. Pendant qu'elle cherchait h se remettre du désordre de la défaite et de la perte de 5 a 6000 hommes, Brune inonda les grands polders, le Hccr-Huigen- Waard et rendk inexpugnable l'espace entre AlkmaaretloZuyderzée. Le théâtre des opérations actives était donc restreint h la langue de terre que côtoie la mer et que remplit le labyrinthe des dunes. Dès-lors, plus de ces combinaisons imprévues d'où naissent les grands succès. Toutes les tentatives du général ennemi devaient se borner à faire reculer l'aile gauche de l'armée gallo-batave, mais en gagnant quelques pas, il ne lui était point donné d'élargir le champ de bataille. Brune était toujoursa mémo d'assurer ses flancs, et eût-il été plusd'une fois battu, le moment était inévitable ou l'arrivée des renforts qu'on lui envoyait de toutes parts devait lui rendre la supériorité du nombre et l'offensive.

L'armée d'invasion avait été vaincue et les tentatives orangistes re> primées. Cependant la dernière division russe (du'général Emmé 4 & 5ooo hommes) étant entrée en ligne, le duc d'York, après quelques hésitations, ordonna une nouvelle attaque.

La nature des choses et l'expérience de la précédente journée en indiquaient le plan- Alkmaar, situé à l'angle forme par les inondations qui s'étendont à l'est, et les cours d'eau qui descendent au midi, était le centre des opérations de l'armée républicaine. Ses approches étaient couvertes par le canal qui communique avec le Zyp, puis à droite du canal par de nombreuses coupures, et h gauche par les hauteurs boisées de Bcngen alors garnies d'une ligne de redoutes. Pour obliger Brune à évacuer Alkmaar, il fallait donc manœuvrer sur son front a travers des obstacles sans fin, ou tourner sa gauche dans le but d'enlever Bergen. Ce dernier moyen était seul praticable) il fut adopté. York lança sur la digne de Saint-Pancras Pultncy pour retenir Daendels; il fit déboucher de Krabendam deux colonnes formées des Russes d'Essen (83oo) et des An-

glais de Dundas (6000) pour cnlevor ensemble Schoorldam ot s'avancer ensuite , les Russes sur Bergen et les Anglais sur Koedyck. Enfin il 01** donna à AJbercrombie (9000) de longer leVivage de la mer et de marcher droit à Egmoud-op-Zée masqué par une brigade de Dundas qu'on détacha dePettcn pour la montrer sur la digue deKampà Groet.

Cette combinaison réussit quoique incomplètement. Pultncy occupa Dacndels assez sérieusement pour l'empêcher de renforcer à temps la colonne de Dumonceau. Cello-ci, pressée par les Anglais de Dundas, ne put quitter la digue de Koedyck. Cependant les troupes françaises menacées à-la-fois ù Schoorl et Kamp se rapprochèrent de Dumonceau et se liant avec lui par Schoorldam se concentrèrent entre le village et Schoorl. Là s'engagea une première action qui fut longue et vive. Enfin Schoorldam , attaqué à droite et a gauche du canal et par le feu d'une flottille , tomba au pouvoir de l'ennemi. Dès-lors les Français se retirèrent à Ber. gen, et Dumonceau au Koedyck, poursuivis pas à pas sur les deux rives du canal. De son cote , Albcrcrombie s'avança le long du rivage en repliant quelques faibles détachetnens. Vandamme, averti de sa marche, appnya à gauche dans les dunes pour le surveiller.

Cependant Easen arriva dans la position de Bergen qui devait être le prix de la journée. Comme il attendait, pour commander la charge, l'ap* pui des deux généraux anglais, les Français, remarquant son hésitation, prirent l'initiative. Leur mouvement détermina un déploiement général de la ligne ennemie dont l'effet fut de les replier dans leurs retranchemens.

Au même moment, l'attention de Yandamme fut attirée par Alber* crombie qui dépassait Bergen. Ces deux adversaires cherchaient encore à se déborder : le combat se soutenait au centre et la droite n'avait pas été engagée à fond, lorsque la nuit survint. Les feux de bivouacs furent allumés sur toute la ligne, mais à minuit Brune fit battre la retraite.

Le front de son armée n'avait plus de continuité. Albcrcrombie et Dundas y pénétraient en saillie. Il préféra reprendre la bataille sur un terrain et dans une position choisis. La droite fila derrière les polders pour s'établir à Purmerend, Édam , Monnikcndam, et couvrir les avenues d'Amsterdam que les coalisés eussent pu atteindre en tournant le Heer- Huigen-Waard. Désormais Daendels se trouvait en dehors du mouvement général, mais cet inconvénient était compensé par la nécessité ou était l'ennemi d'occuper les débouchés de Hoorn et de Schermer-Horn. Les autres divisions firent halle de Wyk-op-Zce à Akersloot, le quartier-général à Bevcrwyk , les avant-postes à Bakkum et Ltmmen.

Le duc d'York plaça Pultney en observation devant Daefldcls} luimême prit possession d'Alkmaar. Albercrombie , Essen et Dundas, gardaut leurs positions respectives, se portèrent sur le front île l'armée

française. Tout faisait pressentir un nouveau choc, mais Brune, ayant reçu des renforts , était en mesure de le recevoir.

Dundas s'avança en deux colonnes, Tune par Limmen , l'autre par Akersloot; mais cette dernière , ne trouvant point d'espace pour se déployer, ne fut d'aucun poids dans les destinées de la journée. L'autre eut une plus grande importance; elle devait faire sa jonction à Kastricnm avec Essen qui suivait la digue de Bergen. Si cette masse de forces eût pu s'affermir et pousser en avant, le terrain s'élargissant, l'armée gallo* batave n'eût plus rencontré d'appui qu'à Beverwyk. Kastricum était donc la clef du champ de bataille; aussi le général français ne négligea rien pour en rester maître. Pour ne point le laisser entourer, il divisa sa gauche en deux colonnes, destinées à opérer offensivement le long du rivage et sur le sommet des dunes. Quant à sa droite, une brigade placée à Uitgeest suffisait à paralyser la gauche de Dundas; une autre brigade occupa Limmen, s'appuyant aux étangs, et le reste de l'armée s'échelonna défensivement sur la digue de Bergen depuis Bakkum jusqu'à Beverwyk.

Lorsque le feu commença , Dundas enleva Akersloot et Limmen ; sa gauche ne put dépasser Uitgeest, mais sa droite ne tarda pas à communiquer avec Essen qui de son côté avait emporté Bakkum. Ils se disposèrent ensemble à l'attaque de Kastricum. Toutefois le concours d'Albercrombie, qui avait été replié et contenu dans Egmond, leur manquant, rengagement du centre n'eut point, avec les autres scènes de la bataille, la liaison qui l'eût rendu décisif. Essen , après une longue résistance , enleva la position et poursuivit les Français jusqu'à Nord-Dr>orp; là, eux- ci trouvèrent des renforts et recommencèrent vigoureusement le combat. Enfin , Brune, laissant seulement deux bataillons pour maintenir la communication avec la brigade de l'extrême droite, concentra le reste de ses troupes, aborda les Busses à la baïonnette, les rompit, les entassa dans Kastricum et leur reprit ce village maison par maison. L'ennemi se relirait en désordre par les deux digues, lorsque Albercrombie, ayant dégagé une partie de sa gauche , intervint , rallia les fuyards, culbuta les avantgardes françaises et livra un nouvel assaut au village déjà tant disputé. Brune ne se laissa point surprendre; il vit la cavalerie ennemie se former en colonnes et manœuvrer pour tourner la position et tomber à revers sur sa ligne. C'était l'instant décisif : par une charge brillante, qu'il conduisit en personne , il arrêta le mouvement qui remettait en question le succès de la journée. La cavalerie se dispersa et l'infanterie recula jusqu'à Bakkum et Limmen.

Cette bataille acharnée affaiblit les coalisés de 4<>oo hommes et leur ôta l'espoir de forcer l'armée gallo-batave. Le duc d'York, convaincu de l'inutilité d'un nouvel effort, se retira dans le Zyp, et ouvrit des négo*

dations qui se terminèrent, le 18 octobre, par une convention aux termes de laquelle les coalisés s'obligèrent à se rembarquer et de rendre aux républicains 8000 prisonniers faits dans les campagues précédentes, libres sans échange ni conditions.

vu.

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