‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 43 sur 120 · PII» DES OPÉRATIONS SUB LE DAHUM · texte numérisé non relu

PII» DES OPÉRATIONS SUB LE DAHUM

FotnLarilcntoiU de l*r«lwuirg (?fi juin). — Concentration de la Rraudivarmée ( juillt-r). — Pauwagp du I);iiiiiIk- (à). — liaiailU; ilcWagrum (<i).— Arniislitedc £navm(i a).— Tiaité di- Vienne (i 01 tol*r« ).

La guerre était tout entière sur le Danube. L'archiduc Jean, faisant à Prcsbourg des préparât ifs de passage, Davout bombarda lu ville

elle contraignit à suspendre ses travaux. Dès-lors le généralissime parut se résigner à la défensive. Il éleva entre Asparn et Enzersdorf de formidables retranchemens qui firent face aux immenses apprêts, dont l'île de Lobau était devenue le centre.

Les ressources mises en œuvre par les deux adversaires , leurs manœuvres, leurs moyens d attaque et de défense forment un ensemble de faits, dont l'histoire de la guerre n'offrait point d'exemple , et qui doit servir de modèle aux militaires de tous les temps et de tous les pays.

On peut se faire une idée de la difficulté de transporter i5o,ooo hommes au-delà d'un fleuve, large de 5oo toises, au cours profond et rapide, couvert par une armée de force égale. Napoléon avait, il est vrai, simplifié la question par son obstination à conserver l'île de Lobau , par son art à la rendre inaccessible. Mais il lui restait à franchir un bras de 61 toises sous le feu des 900 canons de l'archiduc; il lui restait à assurer lu communication avec la rive droite, séparée de l'île par le bras principal. On profita d'un îlot large de 5o toises, qui le divise en deux parties, ctl'on jeta sur les deux courans, l'un de 275 toises, l'autre plus profond et plus rapide, mais large seulement de 175 toises, un pont sur pilotis compost- de 70 travées éloignées entre elles d'environ 6 à 7 toises. Chaque travée, supportée par six pilots , avait vingt pieds de large ; les pilots , enfoncés de dix pieds en terre, sortaient de six pieds au-dessus de l'eau. Le pont du grand courant était protégé par une estacade et, à ao toises de distance, on établit un pont de bateaux. Enfin ces constructions gigantesques furent protégées par une grande estacade longue de 800 toises, assise sur deux îlots.

Tels furent les travaux entre 111e et la rive droite. On assura la communication sur une coupure qui traverse l'île elle-même, on jeta de plus un pont sur le petit bras et l'on prépara , près de l'île Alexandre au-dessous d'Enzersdorf, un pont de bateaux de 80 toises, d'une seule pièce, formé de a a pontons liés entre eux par des poutrelles.

Le moment arrivé où Ton n'avait plus de diversion à craindre sur la rive droite et où les travaux avaient acquis une solidité à l'épreuve, Napoléon fit venir de Lintz une partie du corps bavarois, de Gleisdorf; Marmont et Broussier,de Raab; Eugène et de Presbourg: Davout. Le corps saxon avait déjà rejoint.

La concentration de toutes ces colonnes fut achevée le 4 juillet, et dans la nuit du 4 au 5 l'armée entière passa dans l'île de Lobau. Pour masquer sa direction, la canonnade s'ouvrit sur tout le front de l'île. Les démonstrations des jours précédens tendant à faire croire à l'archiduc que l'on voulait forcer l'ancien passage entre Asparn et Essling, il s'était mis sous les armes dans ses retranchemens. Le feu de ses pièces répondit à

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celui de l'artillerie française. Un orage violent mêla ses éclats à ce fracas terrible. La foudre et l'incendie d'Enzersdorf éclairèrent cette grande scène. Ccpendanl, dès le soir, i5oo voltigeurs avaient amarre près de l'île Alexandre le pont de bateaux. Les colonnes d'infanterie le traversèrent au pas de charge, quatre autres ponts furent aussitôt établis, le défilé continua pendant la nuit entière. Enfin , lorsque aux premières lueurs du matin, l'archiduc chercha dans l'île cette armée qu'il croyait avoir criblée, décimée, il la vit, avec une surprise extrême, rangée en bataille sur sa gauche au-delà de ses retranchemens. Dans l'impossibilité d'engager immédiatement le combat il se retira obliquement sur Wagram, et parut reformer ses lignes derrière le Russbach. Napoléon le suivit en se déployant parallèlement au Danube. L'armée d'Italie, soutenue à droite par Oudinot, à gauche par Bernadotte eut ordre d'enlever de suite les hauteurs du Russbach, elle s'y porta ; vers 9 heures du soir, Macdonald pénétra' dans Wagram , le combat s'anima, mais y il eut quelques désordres dans cet engagement de nuit. Bernadotte au lieu de seconder Macdonald ne dépassa point Aderklaa. L'ennemi regagna le terrain perdu ; enfin à onze heures l'empereur suspendit ces attaques qui n'avaient eu d'autre résultat que de lui indiquer les positions du généralissime.

Le lendemain éclaira la bataille de Wagram, où deux armées de aoo,ooo hommes se heurtèrent , et où le sort de l'Europe fut encore une fois décidé.

Au sortir dé l'île de Lobau on trouve une vaste plaine longue de 10 lieues, large de 4 à 5 , couverte de grands et riches villages, comme on en voit autour des capitales. Elle est limitée au sud par le Danube , au nord par le Russbach, ruisseau bourbeux qui se jette dans ce fleuve, encaissé sur 9a rive gauche par une chaîne de collines , à l'est par la March et à l'ouest par la hauteur de Bisamberg, dont les derniers mamelons finissent à l'embranchement des routes de Brunn et de Znaym.

Au bord du Danube s'élèvent les villages déjà célèbres d'Enzersdorf , Essling, Asparn; sur le Russbach , ceux de Neusiedel, de Baumersdorf et le bourg de Wagram. La route de Presbourg à Vienne passe au milieu de la plaine à travers Raschdorf , Breitenlèe et Leopoldau, où elle se réunit au chemin de Wagram. Entre Leopoldau et Wagram, on rencontre Sussenbrunn et Aderklaa ; enfin , au pied du Bisamberg, est bâti Stammersdorf.

L'archiduc Jean était sur la March, à la tête de 3o,ooo hommes, et dans la soirée du 5 , on avait reconnu que la droite du généralissime s'étendait jusqu'à Neusiedel à une lieue et demie de Wagram. On devait en conjecturer qu'il manœuvrait pour rallier son frère, et , selon toute apparence, Neusiedel était la clé du champ de bataille. Au point du jour, on se dis-

posait à l'enlever, lorsque les Autrichiens en sortirent, passèrent le Russbach et firent reculer l'aile droite du vicc-roi. Mais on était sous les armes, ou leur eut bientôt opposé Eugène, Davout, la garde , la cavalerie; )\s furent culbutés et rejetés en désordre au-delà du ruisseau.

Comme Napoléon allait suivre ce succès, aborder les collines, se jeter entre les deux archiducs, il apprit que Rosenberg seul était devant lui. Il aperçut dans le lointain 1rs masses du généralissime, que ce prince avait formées, de Stammcrsdorf au Danube, et qui s'avançaient perpendiculairement au fleuve. Les officiers d'ordonnance se succédaient d'instant en instant; on sut bientôt que le centre des Autrichiens occupait Aderklaa, évacué par Rcrnadottc, et que leur droite marchait aux ponts. Comme dans la journée du ai mai, ils prenaient à revers les lignes françaises et mettaient toute l'armée en péril. Un coup-d'œil suffît à Napoléon pour mesurer le mal et pour y porter remède. Il laissa à Davout Je (Spio de déborder Rosenberg, de le rejeter sur Wagram ; il courut à Massena, lui donna le commandement de toute la gauche , lui prescrivit de rentrer dans Aderklaa; enfin ilprit Eugène , Marmont , Ôudinot , les Bavarois et les réserves pour former le centre, et leur fit faire un changement de front, l'aile gauche en arrière, de manière à les ranger de Baumçrsdorf à Raschdorf.

Ce mouvement, qui s'exécuta, sous les ordres d'Eugène, avec une admirable précision, fut protégé par l'attaque d'Adcrklaa. Massena enleva d'emblée le village; puis, eu s'y maintenant pendant trois heures, il s'opposa au déploiement du centre de l'archiduc. Enfin assailli par le prince en personne, déborde par sa droite, il dut céder la position ; niais le yice-roi était en mesure, et l'on pouvait reculer sans rien compromettre. L'infanterie se forma par bataillons serrés en masse, et se replia en obliquant à gauche en arrière et en repoussant avec vigueur les charges de la cavalerie ennemie. Lorsqu'elle eut repris l'alignement du centre à la hauteur de Raschdorf, elle fit halte.

11 était dix heures : à ce moment, l'archiduc, ayant déblayé le débouché de son centre, s'avançait dans la plaine. Napoléon, qui né voulait ni se porter au-devant de lui, ni engager la mêlée, l'attendait de pied ferme, couvert sur une demi-lieue de front par soixante pièces d'artillerie de la garde. A l'approche des Autrichiens , toute la batterie vomit un feu terrible et les força de suspendre leur marche. La cannonade s'ouvrit de part , et d'autre portant dans les rangs opposés le ravage et la mort; elle se termina à l'avantage des Français; l'ennemi fut réduit au silence.

r Cependant , la gauche du généralisime pénétrait dans l'intervalle que Massena avait laissé vide entre le Danube et lui. Le maréchal expc-

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(liait ses aides-de-camp pour annoncer les progrès de l'ennemi, pour demander des ordres. Le canon tonnait déjà sur ses derrières; la division Boudet, qu'on avait laissée à la garde des ponts, était refoulée dans l'île : la retraite était menacée.

Napoléon semblait indifférent à ces nouvelles , il les écoutait en silence et portait ses regards, non du côté du Danube, mais vers sa droite. Enfin à midi , il aperçut Davout qui depuis le matin eberchait à tourner Rosenbcrg, dépasser Neusicilel; il vit le corps autrichien plier, il vit qu'il n'avait plus de diversion à craindre de la part de l'armée de Hongrie, et il s'écria vivement : « Courez dire à Massena qu'il reprenne l'attaque , la bataille est gagnée. »

Massena tomba impétueusement sur les colonnes qui avaient osé le déborder, il leur enleva Essling où elles cherchaient un appui , il rallia Boudet et culbutant tout sur son passage, il seconda puissamment, en se portant jusqu'à Leopoldau, le mouvement que faisait le centre.

Napoléon s'était assuré que Davout avait pris l'ascendant et devait percer jusqu'à Wagram , il le fit côtoyer par Oudinot ; puis , flanqué de l'autre coté par Massena , il n'hésita plus à former le reste de son centre en colonne et à le pousser en avant.

Macdonaîd se mit en première ligue avec huit bataillons déployés et treize bataillons en masse sur les ailes. En seconde ligne , le vice-roi suivit, avec deux divisions, les cuirassiers et la cavalerie légère de la garde aux ailes; enfin, en troisième ligne, Napoléon, la vieille et la jeune garde et les grenadiers à cheval.

Rien ne put arrêter l'élan de cette masse formidable. Les lignes de l'ennemi se rompirent devant elle. En la chargeant en flanc, elle lui firent éprouver de cruelles pertes, mais elle traversa, sans s'arrêter toute la plaine, et lorsque, en saisissant enfin Sussenbrunn, Macdonaîd eut trouvé un point d'appui, qui jusque alors lui avait manqué, l'archiduc, dont les ailes avaient déjà perdu Wagram et Leopoldau, renonça au champ de bataille , et ne combattit plus que pour assurer sa retraite.

Les combinaisons de cette journée roulent sur de telles masses ; il y a , dans les calculs d'heure et de distance, une telle précision que l'imagination en est effrayée. Elle coûta aux impériaux près de 3o,ooo hommes mais peu de prisonniers; les Français eurent i5,ooo blessés et 65oo tués parmi lesquels on eut à regretter les braves généraux Lassale et Lacour. Macdonaîd , Oudinot et Marmont reçurent sur le champ de bataille le bâton de maréchal; Massena, le titre de prince d'Essling.

Les colonnes battues s'éloignèrent par les routes de Bohême, couvrant celle de Moravie par un détachement destiné à ouvrir la communication avec l'archiduc Jean qui, après être resté pendant la bataille dans

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une inconcevable immobilité , remontait la rive gauche de la Mardi pour passer le pont d'Holitscb. Napoléon prévint la jonction des deux princes en portant rapidement sur Nikolsburg Davout et Marmont, pendant que Massena poussait au généralissime et que le reste de l'année se tenait en réserve entre les deux positions.

Le prince fit volte-face à Znaym comme pour recevoir le combat; mais lorsqu'il vil Massena prêt à l'aborder de front et Marmont le tourner du côté de Nikolsburg, par où il attendait l'armée de Hongrie, il demanda un armistice qui fut consenti.

L'empereur d'Autriche refusa d'abord sa ratification. Il y adhéra néanmoins et les négociations s'ouvrirent ; on exigea de lui d'énormes sacrifices. Il balança long-temps : les Anglais venaient de descendre dans l'île de Walchercn; de nouveaux mouvemens insurrectionnels agitaient le nord de l'Allemagne; il semblait que toute espérance n'était pas perdue. Mais l'expédition anglaise échoua , mais les partisans du Bas-Elbe furent anéantis, mais les cantonnemens de la grande-armée, groupés autour de Vienne, interrompaient les communications entre les diverses parties de l'empire ; il fallut céder. Le traité de Vienne fut signé ; François II eut ia douleur de se laisser enlever les provinces Illyricnncs et de reconnaître les changement faits et à faire au midi de l'Europe.

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