‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 42 sur 120 · OPÉRATIONS EU BAVIÈRE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS EU BAVIÈRE

Pavage de Viser par le» Autrichiens (j 6 avril).— Arrivée de Napoléon (r 7).— Combat de Tlian. — De Pfaffenliosen (i9).Balaillc d'Abcnsberg (ïo).- Corobal de Landshut (ai).— Bataille d'Ecàmuhl (a a).— Prise de Ratisbonnc (a 3).

Le mouvement de la grande-armée au-delà des Pyrénées avait dégarni le nord de l'Europe. Il n'y restait que 80,000 Français. Davout ( 40,000) occupait les places de l'Oder, Magdebourg, Bayreulh et le Hanovre. Un corps de formation nouvelle (12,000) gardait les villes anséatiques. Oudinot était à Francfort avec trois divisions (a4,ooo). En outre la Saxe, y compris le grand-duché de Varsovie, la Bavière, Bade, le Wurtemberg et le nouveau royaume de Wcstphalie avaient mis sur pied 100,000 hommes. L'empereur pouvait ainsi disposer en Allemagne de près de a 00,000 hommes répartis entre la mer Baltique, l'Océan germanique, le Rhin, la Vistule et la vaste frontière de l'empire d'Autriche. Cette armée était flanquée : àJ'est, par l'alliance russe qui promettait un secours de i5o,ooo hommes; au midi, i° par l'armée de Dalmatie sous Marmont (i5,ooo); a° par l'armée d'Italie (60,000) ré-

partie dans toute la péninsule, commandée par le vice- roi et Maodonald.

L'Autriche était donc resserrée dans un cercle de puissances alliées de la France, présentant /|ûo,ooo baïonnettes. Mais les vieilles bandes de Ncy, Soult, Lanncs et Bernadotte, ces corps qu'on avait vus depuis i8o5 manœuvrer avec un ensemble jusque alors iuconnu, étaient engagés dans une lutte meurtrière. Mais le soulèvement iuopiné du peuple espagnol, les évènemens merveilleux dont il avait été suivi, avaient fait dans toute l'Europe une sensation profonde. Les Allemands, sur qui pesait tout le fardeau de la guerre, s'étaient vivement émus. Partout fernieutait l'esprit d'iusurrcclion , partout on était impatient d'imiter un noble exemple, de secouer le joug de l'étranger. Déjà dans quelques contrées on s'était mis à l'oeuvre; le baron d'Hormayr agitait le Tyrol; les sociétés secrètes travaillaient la Prusse et la confédération du Rhin. En France même on était las de vaincre , on se fatiguait de ces vastes combinaisons, qui importaient sans doute à la liberté du monde, mais dont le développement , hors de la portée des intelligences communes, exigeait de continuels sacrifices.

L'Autriche pouvait s'attendre à trouver dans les alliés du Rhin» une résistance plus apparente qu'effective, dans les soldats français, des hommes moins aguerris, moins passionnés que ceux qui l'avaient si long-temps vaincue. Elle pouvait, à son tour, leur opposer l'enthousiasme excité par l'esprit de nationalité. Enfm elle savait à quoi s'en tenir sur le reufort que devait fournir la Russie; la guerre fut résolue. Le cabinet de Vienne saisit le moment où Napoléon était en Espagne avec ses gardes, pour mettre sur pied 5oo,ooo hommes. Adoptant l'organisa lion si puissante des années françaises, il forma neuf corps d'armée d'environ ao à 3o,ooo hommes chacun , sous les généraux : Bellegarde i" corps, Kollowrath ae, Hohcnzollern 3*, Rosenberg 4% archiduc Louis 5% Miller 6% archiduc Ferdinand 7% Chasteler 8", Gyulai 9% et deux corps de réserve de même force, commandés par Kirnmayer et le prince de Liechtenstein. Ces troupes régulières épient soutenue,* par la luudwehr autrichienne et l'insurrection hongroise.

On destina le 7e corps à opérer sur la Vistule; les 8e et g*, commandés en chef par l'archiduc Jean, formèrent l'armée d'Italie; les six premiers corps et la réserve furent mis sous les ordres de l'archiduc Charles généralissime qui les échelonna d'abord du Danube à l'Egor, occupant à- la-fois Mautcrn et Saatz. Son projet paraissait être de déboucher de la Bohême pour envahir le pays deBayreuth, déborder Davout,qui, au bruit de sa marche, s'était concentré entre le Mayn et la Réduits, et porter la guerre sur le Bas-Rhin. Cepla:t , dont l'exécution eût dégagé la

Prusse et Peut dès ce moment en l rainée clans la coalition, avait en outre l'avantage d'éloigner les armées autrichiennes de ces champs de bataille où les défaites sont mortelles. Mais lorsque le prince apprit que Napoléon, de retour à Paris avec sa rapidité ordinaire, avait renforcé Oudinot et l'avait dirigé sur Donauwerth; que Massena conduisait de l'intérieur sur le Lech un corps de 3o,ooo hommes; enfin que la garde et la cavalerie de réserve étaient en marche pour la vallée du Danube, il comprit que Vienne allait être promptement menacé. Alors il passa le fleuve à Lintz et ne laissa sur la rive gauche, pour les opposer à Davout qui se rapprochait d'Ingolstadt, que les 60,000 hommes de Bellegarde, et Kollowrath. Il espérait encore, en saisissant franchement l'initiative, prévenir l'arrivée de l'empereur, pousser les troupes françaises jusqu'au Rhin, sortir enfin des combinaisons connues. Après avoir masqué la forteresse dePassau et jeté Jellachich (9000) à Salzhurg, pour communiquer avec l'armée d'Italie, le généralissime prit avec lui les 3e et /§• corps , plus les réserves (60,000); il mit à sa gauche les 5* et 6e corps (4o,ooo) , sous les ordres de Hiller, et dans les premiers jours d'avril, l'armée entière déboucha : la droite, des montagnes de la Bohême par Pilsen et Klattau sur Ratisbonne : le centre, par Shœrding sur Plaltling : la gauche par Braunau sur Landshut et Moosburg. Jellachich, côtoyant les Alpes du Tyrol , pointa droit sur Munich.

Hiller seul trouva de la résistance; les troupes bavaroises (3o,8oo) disputèrent les passages de Moosburg et de Landshut. Mais lorsqu'elles virent l'archiduc généralissime, déborder leur gauche par Dingolfing et Landau, et menacer de les prendre à revers, en poussant jusqu'à la chaussée de Ratisbonne, elles se replièrent sur l'Abens.

Tout semblait aller au gré des désirs del'archiduc, ses desseins eussent en effet réussi, s'il lui eût été possible d'animer les troupes autrichiennes de quelque activité. Mais elles ne se départirent point de leur lenteur habituelle, et, au moment où elles se déployaient au-delà de User, Napoléon, survenant au quartier-général de Donauwerth, prit le commandement qu'il avait provisoirement confié à Berthicr. L'empereur trouva son armée disséminée de Schongauà Daswang, sur un front de 60 lieues. Le premier mouvemeut de Davout avait été d'accourir à Ingolstadt; mais Berlhier lui avait donné l'ordre d'occuper Ratisbonne; il y était dans cet instant à attendre son arrière-garde, qu'il avait établie d'abord à Ncumarkt et Daswang. L'armée bavaroise,sous Lefcbvre, venait de prendre position à Neustadt et Abensberg. Vaudamme à la tête des Wurtemburgeois( 10,000), Bessières avec la cavalerie d« réserve (12,000), étaient échelonnés sur le Danube, à Vohburg, Ncuburg, Ingolstadt et Donauwerth; enfin, Ou-

dinot (24*000) et Massena couvraient les rives du Lcch , depuis son confluent jusqu'à Scbongau.

Le major-général, si habile à mettre en œuvre les grandes conceptions de Napoléon, n'avait pu supporter le faix du premier rang. 11 opposait une longue ligne, mince et sinueuse aux masses de l'archiduc, dont le centre et la gauche étaient groupés sur l'Abens, d'Àu à Rohr, tandis que sa droite, tournant Ratisbonne, accourait par Schwandorf et Amberg, pour se mettre en ligne dans la vallée de l'Altinubl. ]>c prince u'avait plus qu'un pas à faire en avant pour se joindre à sa droite par le pont de Kclheim , couper Davout des autres corps , et pousser vivement leurs colonnes éparses par les deux rives du Danube. Jellacbich était en* tré à Munich et à Dachau.

Il ne fallait rien moins que le coup-d'œil prompt et sûr de Napoléon, pour sortir victorieux de cette situation critique. Mais déjà son nom seul avait diminue le péril. A peine informé de son arrivée , l'archiduc sus* pendit sa marche offensive , et, au lieu de saisir le pont de Kclheim , il changea de direction à droite pour gagner Ratisbonue. Tant a de puissance une, grande renommée ! le général autrichien craignant de donner prise entre son centre et sa droite, ne crut point pouvoir assez promptement s'assurer une communication solide avec Bellegarde et Kollowrath. L'habileté de l'empereur à épier tous ses mouvemens, à découvrir des intervalles, à s'y glisser, à les agraudir, est au-dessus de toutes les formules d'admiration.

Déjà il avait fait passer à ses lieutenans ses ordres, si prompts, si précis. Il avait prescrit à Lcfcbvre de s'étendre par sa gauche; à Davout de sortir de Ratisbonne par la rive droite du Danube, et de faire sa jonclion avec Lefebvre, de manière à barrer le chemin de Kelheim; à Bessièrcs, à Vandarame de marcher sur Neustadt et de renforcer le centre; enfin à Massena et Oudinot de déboucher du Lech, la gauche en tête , par Aichau et Pfaffenhosen , pour séparer Jellachich de Hiller et déborder ce dernier. Ainsi dans le même temps que l'archiduc déployait les masses de son centre, l'armée française tout entière convergeait sur les rives de l'Abens.

Les impériaux manœuvrèrent , la droite en tête , en tuyaux d'orgue de manière à ne point laisser de vide entre la droite de Hiller et l'arrière-garde du centre. La première colonne suivit le cours de la Labcr; la seconde (réserve), la chaussée de Landshul; la troisième (Rôsenberg) des chemins vicinaux à peu de distance de la route; la quatrième (Hohenzollern) partit lentement de Rohr pour gagner Abach parThauet Tengen. Au même instant Davout qui, pendant la nuit, avait réuni ses quatre divisions et sa cavalerie à Abach. se mit en mar-

che le long du Danube, aussi la droite en avant par les chemins de Neustadt et d'Abcnsberg. D'Abach à Neustadt le Danube s'écarte de plus en plus de la route de Ratisbonnc à Landshut, d'où il résulta que les têtes de colonnes de l'archiduc et de Davout ne devaient point se rencontrer; mais la gauche du maréchal, et Hohenzollern , suivant en sens inverse le même chemin, ne pouvaient s'éviter. En effet la droite ennemie était déjà près de Kœffering lorsque celle des Français fît entre Kelheim et Abens, sa jonction avec les postes bavarois, et au sortir de Tengcn, Davout avec deux divisions et sa cavalerie, se heurta contre le quatrième corps autrichien. On était à-peu-près à nombre égal (16 à a 0,000) ; le feu s'alluma aussitôt.

Les Français se mirent en bataille parallèlement à la route qu'ils cherchèrent à couper en débordant la gauche de leurs adversaires; Lefebvrc les seconda en débouchant d'Abcnsberg et en rejetant hors du champ de bataille une forte arrière-garde qu'on avait laissée sur PAbens pour maintenir la| communication avec Hitler. Hohenzollern; soutiut vaillamment leur effort, mais enfin il perdit du terrain et laissa la route libre.

Daus la même journée les grenadiers d'Oudinot culbutèrent à Pfaffenhosen les avant-postes de Hiller et les menèrent battant jusque dans Au sur la rive droite de l'Abens. Après quoi il fournit une de ses divisions au centre qui se renforça aussi des deux premières de Davout dont Lanncs prit le commandement.

En résultat , les premières manœuvres avaient porté les deux ailes sur le centre; Hiller était débordé par sa gauche, et les positions dont Davout et Lefebvre s'étaient rendus maîtres indiquaient une séparation entre la gauche et le centre des Autrichiens. Cette dernière circonstance frappa surtout Napoléon, qui fit sur-le-champ ses dispositions pour tenir le centre en échec et envelopper la gauche. Davout eut ordre de se déployer sur les derrières de Hohenzollern, depuis Tengen jusqu'aux sources d«i la Laber, de mauière à imposer au généralissime. Masqué par un rideau de 16,000 hommes, le reste de l'armée prit les positions suivantes : au centre, les troupes de la confédération se rangèrent d'Abcnsberg à Siegcnburg (4o,ooo hommes) soutenues par Bessières (12,000) et une division de la droite (8,000); à gauche, Lannes (2^000) s'étendit par la trouée que Lefebvre avait commencée la veille; à droite, Oudinot (16,000) se mit en bataille la gauche à l'Abens, dans le but d'aborder Hiller par sa gauche Tet de le rejeter sur Pfaffeuhausen; enfin Masscna (3o,ooo) fut détaché pour passer l'Iser à Freysinget Moosburg, et se rendre par la rive droite à Landshut.

Siegenburg était le point de jonction entre les deux corps autrichiens.

Napoléon le prit pour pivot de ses manœuvres , et y posta la division bavaroise de Wrède. C'est par là que la bataille commença. Lorsque l'archiduc Louis fut engagé sur les rives de l'Abcus, La unes et Lefebvre s'en éloignèrent et se portèrent, le premier au-delà de Rohr, l'autre en seconde ligne au-delà d'Abensberg. Dans le même temps , Oudinot poussa vigoureusement Hiller d'Au à Mainburg , et de Mainburg à Pfaffenhausen. La conséquence de ces belles combinaisons fut de resserrer les deux corps ennemis dans un angle, dont le sommet était à Siegenburg et dont les côtés se rapprochaient de plus en plus. Entassés enfin l'un dans Rottcnburg, l'autre dans Pfaffenhausen , ils étaient perdus si Hiller n'eût point eu l'heureuse inspiration de renoncer à percer jusqu'à Hohenzollern et de se retirer précipitamment à Landshut.

Le lendemain', au jour, Napoléon chargea Lefebvre de renforcer Davout, puis avec Bessières, Lan nés, Vandamme, Oudinot, il s'élança sur les pas des vaincus. On atteignit leur arrière-garde en deçà de l'Iser; on pénétra pêle-mêle avec elle sur les ponts. Hiller, désespéré de n'avoir point le temps de les rompre, fit tirer à-la-fois sur les Français et sur les siens, et ordonna d'incendier le pont de bois qui traverse le plus petit bras de la rivière. On ne le laissa point détruire. Le général Mouton (depuis maréchal Lobau) à la tête d'une colonne de grenadiers, s'élança entre les flammes qui débordaient déjà le parapet. Au milieu du tumulte, on l'entendait s'écrier d'une voix tonnante : a avancez toujours et ne tirez pas. » Il parvint de la sorte en peu d'instans jusqu'à la porte qui défendait l'entrée de la ville, il la fit briser à coups de hache et commença dans les rues un combat sanglant. La mêlée durait encore lorsque Hiller aperçut à sa gauche la tête de colonne de Massena, qui survenait par la route de Moosburg. Il quitta aussitôt ses positions pour se retirer sur l'Inn. Bessières avec deux divisions le poussa jusqu'à la Vils.

Ces journées affaiblirent l'ennemi de 8000 morts ou blessés, et d'autant de prisonniers. Elles complétèrent la séparation entre son centre et sa gauche. A peine assure de la retraite de Hiller, Napoléon fit volte-face pour se rabattre sur Ratisbonne et acculer le généralissime aux remparts de cette ville, où Davout avait laissé garnison. Mais cette partie si décisive d'un plan dont le succès était jusque-là si brillant, fut altérée par la perte de Ratisbonne. Pendant le combat de Than , l'archiduc attaqua le seul régiment qui était chargé de le conserver. Ce n'éiait point assez pour défendre sa vaste enceinte. La résistance ne fut point de longue durée, la place fut enlevée et le prince se croyant poursuivi par l'armée entière, tira sur-le-champ de sa droite les 3o,ooo hommes de Kollowrath, dans le dessein de refouler les Français sur l'Abcns et de rétablir la communication avec sa gauche.

Ce n'étaient point 60,000 hommes battant en retraite, c'étaient 100,000 hommes revenant . hardiment à la charge que Ton allait combattre. Us avaient même l'initiative; leur droite se prolongeait jusqu'au Danube, et à leur gauehe le corps entier de Rosenberg s'avançait en masse, soutenu par la cavalerie pour dégager la chaussée de Landshut, déborder la droite des Français et pivoter jusqu'à l'Abens.

Arrivée sur la Laber, leur première ligne qui, depuis deux jours, bataillait avec Lefcbvre et Davout , s'arrêta. Le généralissime fit reconnaître les Français, et s'étant assuré qu'il n'y avait là que deux corps d'armée, sans attendre Kollowrath , qui était encore à deux lieues en arrière, il ordonna l'attaque, ne doutant point de les écraser. Rosenberg prit position dans le village et au château d'Eckmuhl. Hohcnzollern et les réserves se mirent en bataille sur la rivière : mais pendant que de part et d'autre on faisait ses apprêts, Napoléon survint avec Lan nés, Vaudammc et la cavalerie suivi de près par Oudinot et Masscna.

Des hauteurs qui dominent la Laber, il jeta son coup-d'œil sur les masses des ennemis, démêla leurs projets et transmit à ses lieulenans des ordres qui assurèrent la victoire.

Davout et Lefcbvre appuyèrent à gauche t pour aborder tête baissée la droite et le centre de l'archiduc. Lannes, Vaudammc et la cavalerie se déployèrent pour envelopper et rompre Rosenberg, auquel un rôle si important était réservé.

Il y avait de part et d'autre 60,000 hommes engages, lorsqu'à deux heures, le feu s'ouvrit sur toute la ligne. L'effort des Français porta surtout à droite : Vandaminc marcha sur le front de Rosenberg, tandis que Lannes, secondé par la cavalerie, passant la Laber au-dessous d'Eckmuhl, manœuvra pour le tourner et déborder sa gauche. Le général autrichien fit d'abord face à tout : mais lorsque l'infanterie de Lannes eut déposté son extrême gauche d'une colline boisée qui lui servait d'appui, il appela l'aide de la cavalerie qui s'avança pour regagner le terrain perdu. De leur côté, les cuirassiers français accoururent, chargèrent d'une manière si brillante, que la ligne entière s'arrêta pour battre des mains, et sur ce point décidèrent le succès.

Dans le même instant, Vandaminc enleva à la baïonnette le village et le château, et Davout, triomphant enfin d'une opiniâtre résistance, enfonça le centre des Autrichiens. Dès-lors, ils plièrent partout en pivotant sur leur droite pour se rapprocher de Kollowrath.

On les suivit pas à pas, toujours en combattant, toujours en débordant leur gauche. La nature du terrain leur permettait de reculer en bon ordre; mais enfiu, à sept heures du soir, Rosenberg vivement pressé sur

ses flancs, commençait à tourbillonner lorsqu'une nouvelle charge de cavalerie mit le désordre dans ses rangs.

L archiduc essaya encore de disputer le champ de bataille; il jeta au devant des cavaliers victorieux douze escadrons de cuirassiers et vingt escadrons de hussards, soutenus par plusieurs batteries d'artillerie légère. Il y eut alors une mêlée du moyen âge. Après quelques mouvemens sans portée, les cuirassiers autrichiens chargèrent avec fureur. Les cuirassiers français, animés d'une égale impétuosité, se précipitèrent au devant du choc. 11 fut terrible : le combat fut partout suspendu, et les deux armées attendirent en silence le résultat de cette grande scène, d'où dépendait le sort de la journée. Pendant quelques instans , on n'entendit que le fracas des armes blanches qui se heurtaient en faisant jaillir des milliers d'étincelles. Enfin, on vit les escadrons ennemis tourner bride et prendre la fuite, en écrasant sous leurs pas les lignes d'infanterie. Leur défaite fut le signal d'une déroute complète : la nuit était venue, toute l'armée autrichienne se relira confusément sous les murs de Ratisbonne. Sa perte fut de5ooo tués ou blesses, i5,ooo prisonniers, 1 1 drapeaux, 1 6 canons. Les Français n'eurent pas plus de 8ooo hommes hors de combat.

Le lendemain, l'empereur courut aux ennemis; ils avaient profité de la nuit pour jeter un pont sur le Danube, au-dessous de la ville, et pour faire filer les convois et l'infanterie. La cavalerie, en bataille devant les remparts, était chargée de masquer la retraite; mais Lan nés l'attaquant à la tête de Pavant-garde, troubla le passage, entassa les vaincus dans Ratisbonne et détruisit le pont extérieur.

Napoléon donna aussitôt l'ordre d'escalader les murailles, on pénétra dans la place, Ton enleva encore n à 8ooo prisonniers, et l'on délivra le régiment français que l'archiduc avait précédemment forcé de se rendre. Dans cette journée, Napoléon recueillit une preuve de l'enthousiasme qu'il inspirait aux soldats. Une balle l'atteignit au pied droit, il fut obligé de descendre de cheval. En une seconde, le bruit se répand que l'empereur est blessé ; les troupes quittent leurs rangs, se pressent autour de lui, témoignant la plus vive anxiété. Bientôt on sait que la blessure est légère, on le voit remonter à cheval, on court de soi-même aux armes et l'air retentit long-temps du cri de vive l'empereur.

L'archiduc fit rétrograder Bellegarde, qui s'était avance jusqu'à Beilengries, lui-même rentra en Bohême par Waldmuuchen , Davout le poursuivit jusqu'à Cham.

Pendant la bataille, Hillcr ayant reçu des renforts, était revenu sur ses pas, dans l'intention d'étendre sa droite par Straubing et de se remettre en communication avec l'archiduc. Chemin faisant, il attaqua à Ne u mark t et replia la division d'avant-garde de Bessières; mais dans ce

moment même, Napoléon était maître de Ratisboaoc,et Massena arrivait à Pilsting. Hiller, reconnaissant que l'armée allait opérer sur la rive droite du Danube» se retira au-delà de l'Inn et de la Salza.

opÉavriORS eu autricuë.

Pavage de l'Inn (17 avril). — De la Salza (3o). — Combat d'Ebeisberg (î mai). — Hitler passe sur la rive gauehe du Danube (6). — Sommation (10). — Capitulation de Vienne (la), — Attaque du pont de Lintz (17).— Tentative de passage (17). — Première affaire d'EssIiog (a 1).— lîalaillc d'Essling (aa).

Napoléon venait d'oblcnir en six jours dessuccès qui , sans désorgauiser l'armée opposée aussi complètement qu'à Ulin, léua et Friedlatid , n'avaient pas inoins un caractère décisif.

Depuis l'Adige jusqu'à la Yistulc, les Autrichiens avaient d'al>ord saisi l'initiative. Leurs immenses forces s'avançaient communiquant entre elles , offrant plusieurs appuis aux peuples disposés à s'insurger, ou à quitter brusquement l'alliance de l'empereur. L'armée française et confédérée, au contraire, était partout en retraite, coupée en plusieurs parlies. Entre Marmont et l'armée d'Italie se trouvait le corps du prince Jean; entre Eugène et Berthier, Chastcler et Jcllachich ; entre Bcrthier et les Saxons , Bellegarde et Kollowralli ; enfin, entre les Saxons et les Polonais, le prince Ferdinand qui côtoyait la Vistulc, en faisant appel aus ressentimens de la Prusse.

L'arrivée de Napoléon , les manœuvres sur l'Abens, la journée d'Eck-

BEKN A.DOTTE ( Charles-Jean ) ,

Oanéral républicain. — Roi de Suéde. — Né à Pau, le 26 janvier 1764. Combat de IunU (1809).

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mnhl, changèrent subitement la face des affaires. Le généralissime, rejeté en Bohême, laissa Vienne à découvert ; les Français s'y portèrent, et tous les corps ennemis, en s'en rapprochant, dégagèrent les armées qu'ils débordaient. Bientôt de Dresde à Zara, les troupes de l'empereur ne formèreut plus qu'une seule ligne, d'où elles s'élancèrent victorieuses pour se concentrer sous les murs de la capitale. Ce vaste mouvement s'opéra entre le Danube et la mer Adriatique. Le généralissime, ayant prononce sa marche dans la direction de Lintz, Davout quitta Chain pour passer le pont de Straubing; il fut suivi par l'armée saxonne, commandée par Bernadotte qui tourna autour des frontières de la Bohême, tint en échec les arrière-gardes ennemies, et rentra enfin dans le système général de la grande-armée.

Le but de Napoléon était d'atteindre Vienne avant le généralissime, tout en lui interdisant, soit en avant, soit en arrière, le retour sur la rive droite du Danube, il fallait donc le prévenir à Lintz, à Mauthausen et à Mauteru où aboutissent les débouchés de la Bohême , et où Ton trouve des ponts.

De Waldmunchen à Vienne, une chaîne de montagnes sépare la Bohême de la vallée du Danube. La roule voilurable est tracée sur le revers septentrional ; elle a par Budweiss un embranchement sur Lintz et elle est côtoyée sur la crête des hauteurs par un chemin de traverse inaccessible à l'artillerie. Il résulte de là que le prince était obligé de faire un long détour et qu'il y avait toutes chances pour le devancer. Aussi s'attacha-t-il, en poursuivant sa marche, à montrer sur le chemin de Winterberg un détachement dont l'objet était de faire craindre aux Français un retour sur Straubing ou Ratisbonnc, et de ralentir leur marche. Mais Napoléon, sans tenir compte de ces démonstrations, mit à profit la disposition des lieux, et poussa sur Lintz, par la chaussée de Straubing qui s'y rend en ligne droite, le corps de Massena, 5e (3o,ooo), soutenu successivement par Davout, 3* (35,ooo) et Bernadotte, 9e (i 5,8oo). Dans le même temps, l'empereur lui-même avec sa garde récemment entrée eu ligne (12,000), Lanucs (corps d'Oudiuot), ae (a3,ooo); Vandamme, 8' (10,000) et Bessières (12,000) fornta une seconde colonne qui se dirigea par Landshut etBraunau.

Ces deux masses devaient déborder les ailes de Hiller et précipiter sa retraite pendant que Lcfebvre, 7' (5o,ooo), se détachant à droite avec l'armée bavaroise, se chargeait de déblayer le Tyrol.

Hiller, réduit à 3o,ooo hommes , ne pouvait que gagner du temps. On ne le laissa point respirer. Massena débloqua Passai] , rejeta les assiégeans dans les chemins de traverse qui suivent les sinuosités du Dauubc, et marcha sur Scha?rding parles deux rives de l'inn. De son côté, Napo-

léon déboucha de Muhldorf et dirigea rapidement sur Burghauscn Lanncs et Bessièrcs. Hillcr, tourné par sa droite , n'attendit point le choc, il Ht sauter les ponts de i'Inn et de la Salza, puis, se retirant par Ried et Lambach, derrière la Traun, il s'établit fortement à Ebcrsberg. Par cette retraite précipitée, il abandonnait le pont de Linlz,mais il couvrait celui dcMauthauscn.On apercevait déjà, au-delà du fleuve, do nombreux partis et Hillcr pouvait espérerd'un moment à l'autre l'arrivée de puissans renforts, ou de l'archiduc lui-même. Masscnalui ôta cette chance. Pendant que l'on rétablissait les ponts de l'inn et de la Salza , le 4* corps, maître du passage, ne trouva point d'obstacles à se porter en avant, et arriva en présence de l'ennemi, que la tête de colonne de Napoléon touchait à peine à Wcls. Le général français comprit de quelle importance était la possession d'Ébersberg , et il résolut de brusquer l'attaque sans attendre ni l'empereur, ni même le déploiement de toutes ses divisions.

La première brigade, conduite par Coëhorn , s'élança tête baissée sur le pont, l'emporta et poussa vigoureusement l'ennemi. Ebersberg est une petite ville commandée par un château , adossée à des hauteurs boisées au travers desquelles tourne un chemin creux. Masseua déboucha intrépidement au milieu de tous ces obstacles. Le combat s'anima, le carnage devint affreux. Le canon annonce au loiu cette mêlée cruelle; Napoléon envoie des renforts par la rive droite de la Traun, ils se présentent sur le champ de bataille, au moment où Hiller, chassé de position en position, confondant amis et ennemis , couvre d'obus la ville qu'il n'a pu défendre. Les flammes dévorent blessés et prisonniers, et la troupe qui survient ne peut qu'achever ce que le courage a glorieusement commencé.

Les Autrichiens, affaiblis de 9000 hommes , se replièrent sur l'Ensoù ils n'essayèrent pas de se maintenir, ce qui leur eût été d'ailleurs inutile, puisque de la rive gauche de cette rivière, l'artillerie française pouvait détruire le pont de Mauthauseu. Hiller ruina celui d'Eus et battit en retraite jusqu'à Saint-Pœlten où il fit halte, espérant encore opérer, par Stein, sa jonction avec l'archiduc dont un détour du fleuve l'avait rapproché. Mais il avait à dos le cours de la Trasen , et voyant l'avaut-garde de Napoléon approcher sans que rien parût à l'autre rive, il franchit le pont de Maulern et l'inceudia, ne laissant sur la route de Vienne qu'un faible détachement.

La grande-année cunemie, moins Jellachich, que ces mouvemens rapides eu avaient séparée, était rejelée tout entière au-delà du Danube. Cependant la lenteur du généralissime semblait calculée. Napoléon crut reconnaître le dessein de laisser les Frauçais s'enfourner dans l'étroite vallée queterraiue Vienne, de se jeter sur leur ligne de retraite et de les envelopper eutre les Alpes et le Danube. Ses dispositions pour le déjouer, at-

lestent à-la-fois son active prévoyance et l'avantage du théâtre où il avait su porter la guerre. 11 fit occuper Mautern assez fortement pour troubler le rétablissement du pont, couvrit de bons retranchera en s ceux de Lintz et d'Ens, et défendit de même les approches de Mauthausen et de la forteresse de Passau. A la garde de ces points les seuls accessibles, il plaça Vandammc dont les éclaireurs se portèrent sur les routes de la Bohême, et que Bernadotte et Davout soutinrent en s'échelonna nt le long du fleuve. Leurs forces réunies suffisaient pour soutenir une attaque générale et donner à toute l'armée le temps d'accourir. Les communications ainsi assurées, Napoléon conduisit à Vienne les autres corps et la garde. Cette grande ville était dans une extrême exaspération. Elle ferma ses portes ; les habitans Grent feu sur une députation que les autorités avaient envoyée au quartier- général ; enfin les parlementaires français eurent peine à se soustraire à la fureur de la populace. Il fallut recourir aux mesures militaires. La promenade du Prater fut occupée , des batleries s'élevèrent qui lancèrent jusqu'au centre de la ville une grêle de bombes et de boulets. EnGn, au bout de deux jours, on parvint à s'entendre et une capitulation fut signée; mais cette courte résistance avait donné aux Autrichiens le temps de préparer la destruction des ponts et de prendre position de l'autre côté du Danube.

Napoléon et le généralissime, séparés par ce large fleuve, cherchèrent l'un et l'autre à en défendre et à en forcer le passage. Le premier prépara son mouvement offensif auprès de Vienne qu'il avait pris pour centre de sesapprovisionnemens; l'autre, au contraire, préoccupé, comme son adversaire l'avait prévu, d'opérer sur les derrières de l'armée, tenta d'enlever le pont de Lintz. Les deux attaques, en sens inverse, eurent lieu le même jour, elles échouèrent toutes deux.

Kollowrath, soutenu par un détachement qui, se portant à Krems , tint en échec Davout, ouvrit le feu à la tête du pont de Lintz. Il fut d'abord vaillamment contenu par Vandamme; puis, Bernadotte, survenant au fort du combat , lui Gt lâcher prise et le poursuivit l'épée dans les reins jusqu'aux montagnes.

Du côté des Français, Lannes jeta sur la rive gauche, dont les ennemis s'étaient écartés, une avant-garde destinée à protéger la reconstruction d'un des ponts de Vienne. Cette troupe se mit mal-à-propos à tirailler dans la plaine , elle attira une brigade de Hiller qui , après l'avoir détruite, se posta de manière à empêcher les travaux.

Il fallut renoncer à déGIcr sur-le-champ ; mais pendant que Lannes échouait, Massena ayaut reconnu les bras du Danube que forme l'île de Lobau, commença à établir, sans être inquiété, des ponts dont l'empereur résolut de profiter pour l'armée entière. Il lui donna les positions sui-

vantes : Bernadot te à Budweiss; Vandammc à En» occupant Lintz et Steyer; Montbrun (cavalerie) sur la route de Presburg; Lauriston détaché du 4# forps , au déhouché de Graïtz et de Lcoben ; les autres corps à Vienne pour se tenir prêts à passer le fleuve.

En trois jours on fit de l'île de Lobau uoe vaste place d'armes qui corn» muniquait avec la rive droite au moyen d'un grand pont de bateaux d'une longueur de 5oo toises sur les trois bras du Danube, Bessières, La nues et Masscna s'établirent alors dans l'île , et en même temps on jeta deux ponts sur un dernier bras large de 61 toises.

L'archiduc, soit indécision , soit désir de surprendre, de couper l'armée, lui laissa le champ libre. Déjà 35,ooo hommes étaient en bataille d'Asparn à Esslin«,s'appuyant aux deux villages, lorsque vers cinq heures du soir, il parut à la tête de 100,000 hommes rangés perpendiculairement au Danube, la droite au fleuve, la gaucho à Wagram.

Trois corps d'armée formaient la droite , marchant sur Asparn. La prince espérait que cette forte cotonne enlèverait le village, prendrait à revers les troupes qui avaient passé, les balaierait dans la plaine et les obligerait de combattre détachées de leur ligne de retraite. Deux divisions de Massena déconcertèrent ce plan. Elles épuisèrent dans Asparn tous les efforts de l'ennemi : pris et repris six fois, ce village finit par rester au pouvoir de l'intrépide maréchal. Pendant ce temps, l'archiduc rabattit parallèlement au fleuve, le reste de son armée. La gauche attaqua dans Essling Lan tics qui ne montra pas moins de ténacité que Masscna. Le centre , cherchant à pénétrer eutre les deux villages, fut contenu par de brillantes charges de cavalerie et forcé de vider le champ de bataille. *

La nuit suspendit le combat. Cependant le passage continua. Deux fois interrompu dans la journée par la rupture des ponts, il le fut encore avant le jour, et à l'aube, Napoléon n'avait pu mettre en ligne que 60,000 hommes et 1 00 canons.

Néanmoins il n'hésita pas à commencer lefeu;lesévènpmensdela veille lui avaient indiqué le côté faible de l'ennemi. Il chargea Lannes: de percer le centre; la jeune garde de déboucher d'EssIing, de prendre en flanc la gauche et de l'acculer au Danube; Massena de pousser la droite. La vieille garde resta en réserve.

Les mouvemens prescrits s'exécutèrent victorieusement. Lannes fît fléchira chaque pas les lignes du centre, et la jeune garde allait frapper le coup décisif, lorsque à 7 heures du matin , un incident désastreux changea la face de la journée. Les ponts du grand bras furent emportés et le passage intercepté sans retour. Des brûlots, des débris de maisons en* flammés, charriés par un courant rapide dont une crue d'eau extraonli-

LANNES (Jean),

y* a l.r«!<nirr le il a»ril t~*'*y. — Dm" >\v MootfÎH'llo. — M^rcclu! «le Frjucr — Blc»»: d'uo liuu'ci a

K->h(i|( 1t- 'il in;»'t ■ HtiÇ) et inorl à Yirnnc le 11.

Bataille d'Esiling.

nairc augmentait l'impétuosité , frappèrent, rompirent, dispersèrent les bateaux. Il n'y avait pas de remède et le seul parti à prendre était de se retirer dans l'île de Lobau. L'empereur donna ordre aux maréchaux de s'arrêter, puis de reprendre insensiblement leurs positions. Massena appuya sa gauche au milieu d'Asparn; Lan nés sa droite à Essling. L'archiduc plein de joie revint à la charge, portant son effort sur Essling dont la possession lui eût livré les ponts. Depuis dix heures du matin jusqu'à quatre heures du soir les attaques se succédèreut vivement sur toute la ligne. L'archiduc entra cinq fois dans Essling avec des troupes fraîches; cinq fois il en fut repoussé. Enfin, comme il disposait ses réserves pour un sixième assaut , la jeune garde courut au-devant d'elles et les culbuta. La vieille garde n'avait pas encore donné. Elle demanda à grauds cris à charger, à rendre la victoire complète. « Non, répondit l'empereur, il est bon que cela finisse ainsi; sans pont, sans secours, certes nous avons fait assez. »

A minuit l'armée commença à repasser dans l'île. Massena couvrit le mouvement et ne se replia qu'à sept heures du matin. Il était impossible de conquérir plus glorieusement une retraite qu'un affreux contretemps avait rendu nécessaire. Mais quelle vaillance déployèrent les généraux et l'armée j quelles pertes douloureuses se firent sentir! aooo hommes restèrent sur le champ de bataille*, Saint-Hilaire et Lannes y trouvèrent le terme de leur brillante carrière!

On avait reculé et, dans la situation fatale où était Napoléon, chaque pas en arrière était un échec. Le contre-coup s'en fit ressentir dans l'Europe entière et la fermentation qu'Eckmuhl avait assoupie se ranima dans toutes les parties de l'Allemagne. Le Tyrol, le Wurtemberg, la Westphalie furent troublés par des partisans. Les réserves échelonnées sur le Leeh , la Rednitz et le Weter, réduisirent aisément les insurgés de la confédération du Rhin ; mais ceux du Tyrol tinrent jusqu'à la paix. Cependant Napoléon prit la résolution de ne point rétrograder au delà de l'île de Lobau et d'aller chercher une éclatante revanche sur le terrain même que la fortune le forçait d'abandonner. Lefebvre, Eugène, Marmont furent appelés à cette grande lutte.

OPÉBATIORS EH ITALIE ET DAKi LE TTBOL.

Invasion de l'Italie et du Tjrol par les Autrichiens (11 a vril). — Retraite du vice-roi (du n au ifl avril).— Retraite des Autrichiens (i'r mai).— Combats de SaUburg (17 mai).— De Woergl (n mai).— De la Piave (8 mai). — Combat de Saint-Michel (a5 mai). — Jonction avec ta grandeur» m ce (»6). — Combat de Gospicz'(ai). — Marche de Chasteler (5 juin). — Bataille de Raab(i4).— Marche de Mannont (3 à 34 juin). — Combat de GrreU (ai). — Prise de Raab(a4),

L'année autrichienne d'Italie entra en campagne en deux colonnes. Chasteler envahit le Tyrol, l'archiduc Jean, les provinces vénitiennes. Le premier s'avança sans obstacle, soutenu par l'insurrection de la population entière; entra dans Inspruck et se mit en marche pour Trente et Roveredo. L'archiduc ayant pris Eugène au dépourvu, le replia jusqu'à l'Adige. Toutefois cette retraite ne se fît point sans honneur. Au passage du Tagliamento, à Pordenone, à Sacile, Eugène résista glorieusement et, ne cédant qu'au nombre, il prit enfin position autour de Vérone. Là, il rallia l'armée éparse dans toute l'Italie. Cependant l'archiduc le menaçait de front, et Chasteler, dont les coureurs se montraient autour du lac de Garda, semblait vouloir déborder son flanc gauche, lorsque à sa grande surprise les ennemis se mirent à battre en retraite. Il comprit que l'empereur venait de porter Un de ses coups décisifs et il n'hésita pas à se lancer à la poursuite de l'armée autrichienne.

Dans le même temps Lefebvre déboucha sur Salzburg, atteignit Jel-

lachich, qui cherchait à rejoindre Hiller, le coupa de Lambach, le rejeta dansleSimmcringet se porla surlnspnuk : deWrède marcha parSalzburg; Deroi, par Uoseuhcim et Kufstein. Cliaslelcr courut à la rcueoutre de ces deux colonnes et prit position à Vœrgl, nœud des roules qu'elles suivaient. Couvert à droite par les défiles de Lofer et de Saint-Jean que gardait la population en armes, il se disposa à recevoir rudement la division Deroi. Mais le maréchal enleva les deux passages eu un diu-d'œil et parut inopinément sur le champ de bataille comme l'action était engagée. Chasteler fut mis en déroute, on le poussa jusqu'à Inspruck où il ne jugea point à propos de se défendre, on l'entassa dans la route étroite de Lienz. Lefebvre fit son entrée dans la capitale du Tyrol qui déposa momentanément les armes; puis, obéissant aux ordres de l'empereur, il partit pour Lintz, s'en remettant pour anéantir Chasteler à l'armée d'Italie.

Le prince Jean se replia pied à pied en se mctlant chaque jour en bataille. Mais, atteint et rompu au passage de la Piavc, il rentra précipitamment dans les provinces impériales. Puis, comptant , pour arrêter les vainqueurs et couvrir la retraite de Jcllachich, sur les fortifications qui défendaient la frontière et sur le camp retranche de Laybach , il prolongea sa marche jusqu'à Graetz, dans le dessein de rallier les levées hongroises que l'archiduc Raynier réunissait à Kœrmend.

Pour pénétrer dans les états autrichiens, Eugène forma son armée en deux colonnes : Tune qu'il conduisit en personne (3o,ooo) prit la route de Clagenfurth; l'autre, commandée par Macdonald (j 6,000) marcha sur Laybach. Celle-ci s'empara de Palma-Nova, de Tricste; à son approche, Gyulai, qui commandait les troupes du camp de Laybach, se replia sur Carlstadt et le laissa, sans coup férir, occuper le camp et la ville. Le vice-roi força avec le même succès les cols des Alpes de Ponteba à Tarvis. 11 fit tomber tous les points fortifiés par l'ennemi et l'armée entière se déploya dans les provinces méridionales. La droite pointa sur Mahrburg; la gauche sur Leoben et Vienne; le centre, formé ^d'un détachement d'Eugène, prit la route de Klagenfurth à Mahrburg.

Chemin faisant', le vice -roi écrasa Jellachich qui, depuis long-temps isolé dans le Simmering, cherchait enfin à se jeter dans les rangs de l'archiduc Jean. Les deux corps d'armée partant, l'un de Mautern, l'autre de Judenburg , arrivèrent presque au même instant au pont de Saint-Michel. L'ennemi eut à peine le temps de faire volte-face et de se former, la rivière à dos. Cette disposition eut ses conséquences ordinaires. Jellachich culbuté perdit toute sa troupe et s'échappa difficilement avec quelques centaines de cavaliers. II porta l'alarme au quartier géné-

ral de l'archiduc qui, ne se trouvant pas en sûreté à Grœtz, se retira en toute hâte à Kœrmend.

Le lendemain Macdonald ayant pris possession de la ville de Graetz, chargea la division Broussicr d'assiéger le château. Eugène entra àliruck, et ses coureurs rencontrèrent les postes de Lauriston. La jonction était faite entre les armées d'Allemagne et d'Italie.

Marmont seul était encore en arrière (i5,ooo hommes), l'archiduc avait détaché de sa gauche la division Stoïevich qui s'était postée à Gospioz pour le couper de Fiume.

Il partit de Zara, passa bravement sur le corps de Stoïevich , le poussa l'épéc dans les reins et le força de se jeter vers Carlsbad pour rallier Gyulai. La route de Graetz était ouverte, mais l'intervalle était grand entre l'arrière-garde du vice- roi et la tête de Marmont. I^es généraux autrichiens en profitèrent : Chasteler pour s'échapper; Gyulai pour essayer de barrer de nouveau le passage. Le premier, qui épiait le moment , descendit de Lienz sur Clagenfurth où le vice-roi avait laissé garnison. Il feignit d'investir la place, puis, faisant un détour, il passa \sl Drave à Wa?lkermarkt, et gagna à marches forcées Mahrburg puis Kœrmend. Le second, fort de a5,ooo, se porta en masse à Pcttau après avoir envoyé d'Agram à Laybach un faible détachement pour éclairer la marche de Marmont.

Cependant Eugène et Macdonald rangés de Neusladt à Gleisdorf tenaient en échec les princes Jean et Raynier, lorsqu'ils reçurent l'ordre de les chasser de Kœrmend et de les refouler sur la rive gauche du Danube.

Soutenu par un détachement de la grande-armée qui descendit le fleuve jusqu'au confluent de la Raab, Eugène se porta par Guns sur Papœz, tandis que Macdonald pointa directement par Furstenfcld sur Kœrmend. L'armée ennemie, débordée par sa droite recula jusqu'à Raab où elle fit halle pour recevoir la bataille, forte de 5o,ooo hommes, dont moitié environ fournis par l'insurrection hongroise. Raab est une place forte que fortifiait encore un camp retranché situé sur un plateau qui encaisse la rivière. L'ennemi s'appuya , par sa droite aux remparts ; par sa gauche à une ferme crénelée. En deux heures les positions furent enlevées: les Autrichiens culbutés, enfoncés sur tous les points, profitèrent du reste de la journée et de la nuit pour se retirer à Komorn. Us avaient essuyé une perte de 6000 hommes. Il ne restait sur la rive droite du Danube que Gyulai, dont les manœuvres tendaient à repousser Marmont sur l'Italie. Au sortir de Laybach , le général français poussa jusqu'à Gonowitz, les éclaireurs ennemis qui avaient fait mine de lui résister. Arrivé là, il sut que des forces supérieures occu-

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CAMPAGNE DE 1809: 37i

paient "Vindichfeistritz, nœud des routes de Carlstadt et de Mahtimrg. Son parti fut aussitôt pris, il recula jusqu'à CHU, puis il se jeta par sa gauche à travers pays, et réparant, par sa rapidité, la faute qu'il avait faite de marcher jusque alors trop lentement, il gagna Vœlkermarkt, passa la Drave et parvint à la Karnach à peu de distance de Grnctz.

11 était temps. Gyulai, de son côté, furieux de voir ses projets déjoués, accourait par la route directe, et déjà il était aux prises avec un régiment (le 84*) que Broussier avait déployé pour tendre la main à Mar mont. Les Autrichiens firent des efforts inouïs pour rompre cette brave troupe, de manière à s'interposer vainqueurs entre les généraux français. Ils échouèrent, et dans ce combat glorieux ils perdirent plus d'hommes que n'en comptait la troupe assaillie. Lorsque enfin Broussier et Marmont eurent opéré leur jonction, GyUlai, n'ayant plus aucune chance de succès, rentra dans ses quartiers; après quoi, né voûtant point se heurter contre la grande-armée , il se rapprocha de la mer Adriatique pour communiquer avec la marine anglaise et recevoir les subsides que !é cabinet de Londres fournissait au conseil aulique.

Dans le même temps Raab , assiégé depuis dix jours , ouvrit ses portes.

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