EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
ni'ÉHATIONS DE LAnMÉB DU MIDI.
Attaque de la Sierra-Morena (ao janvier 1810).— Prise de Grenade (a8).— De Séville (3i).— De Malaga (5 février). — Blocu» de Cadix (5). — De Badajoz (la). — Prise du fort de Matagorda (la avril).— De Murcie (a3). — Deuxième expédition de Murcie (août) —Combat sous Malaga (i 5 août).— Combat de Baza (a novembre).— Siège d'Olivenza (n janvier 1811).— Prise d'Olivcnta (aa). — Siège de Badajoz (a8).— Secours espagnol (6 février). — Sortie générale (7). — Combat de San-Cristol>al ou de la Gebora (19). — Prise de Padajoa (11 mars). — De Campo-Mayor (ai). — Marche de la Peûa (a8 février). — Bataille de Chiclana (5 mars). — Prise d'Olivenza par les alliés (i5avril). — Siège de Badajoz (4 mai).— Bataille de la Albuera (1 5).— l^vée du siège (17 juin).—
Mouvemens dans le royaume de Grenade (août) Expédition sur Tarifa (8). — Siège de Tarifa
(décembre) — Levée du siège (4 janvier 181a). — Prise de Badajoz par les alliés (6 avril). — Combat de Llerena (11 avril). — Mouvemens dans la Sierra deEooda (juin-juillet). — Retraite de l'armée (a5 août). — Sa jonction avec l'armée d'Aragon.
La paix ayant été conclue avec l'Autriche, l'empereur porta, au commencement de 1810, ses forces en Espagne à 3oo,ooo hommes, qui furent ainsi répartis : i° dans la Manche, les trois corps victorieux à Ocafia, commandés en chef sous le nom de Joseph, par
le maréchal Soult, formant avec la réserve 55,ooo hommes; 2° en observation aux frontières du Portugal : à cheval sur le Tagc, le 2' corps (22,000), général Reynier; en avant de Salamanque, le 6e corps (2 2,000), sous Nev; puis, la cavalerie de Montbrun (C>,ooo). Dans le royaume de Léon , le 8" corps (2 ?,ooo), sous Junot ; 3° dans les hautes vallées du Tage, de l'Ebrc, du Duero, des corps détachés, y compris une partie de la garde (70,000), qui reçurent plus tard le nom d'armées du centre et du nord ; ff d p la Didassoa , le 1)* corps (a3',ooo), général Drouct; 5° en Catalogne, le corps (/jo,ooo), commandé successivement par Augcreau et Macdonald; 6" en Aragon, le 3' corps (4o,ooo), sous Suchet.
On voit par cette seule indication, cinq théâtres d'opérations distincts. Les forces du centre et du nord et le 9' corps étaient chargés spécialement «l'assurer les communications avec la France : Âuocreau, de réduire une à une des forteresses dont l'exemple de Girone faisait pressentir la téiiacité: Suchet, de conserver l'Aragon et d'envahir Valence; missions qui, malgré leur importance, n'étaient qu'accessoires.
Les coups décisifs devaient être portés par l'armée de la Manche ou du midi , qui faisait face à la régence de Sévillc, et par les corps du Portugal opposés à Wellington. On ne doutait point que le général anglais ne se tînt sur ta défensive; lui qui, â la seule nouvelle de l'armistice de Znaym, s'était empresse de rentrer dans ses camps; on résolut de faire irruption en Andalousie sans craindre, de sa part, une diversion sur la ligne de retraite.
Du côté des Espagnols, il y avait en armes, outre des nuées de guérillas : i° dans la Gallicc et les ^sturics', iè,boo hommes; 2°dans I'Estramadure, soûs le canon de Badajoz, l'ancienne armée de "Lsl Romana (20,000), attirée au midi par le désastre d'Ocana; 3° sur les confins de l'Andalousie et aux défilés de la Sîerra-Morena', le corps d'Albùquerque (12,000) et débris d'Àreizagâ (2 £000); A° à Valence j 12 a' id.ooo hommes sous Caro ; 5 En Aragon , 11 a 10,000 hommes, débris de 1 armée battue a Belchite ; G" cl; enfin en Catalogne, 4o,ôoo hommes^ commandés par Itucstrosa, puis par tJ'Doniiell.
L'armée du midi se rapprocha de ia Sîerra-Morena , que les ingénieurs espagnols avaient retranchée et dont les cols étaient minés. Soult forma trois colonnes. Mortier, au centre, fut chargé de franchir le dénié de J^espefia-Pcrros, où Arcizaga avait porté le fort de la défense. On l'aborda de front, on le tourna parla gauche, en pénétrant par le Puerto del-Rey, où passait autrefois la chaussée. On attaqua si vivement, que l'ennemi eut à peine le temps de faire jouer les mines, dotit l'effet fut médiocre; on prit les canons, on dispersa la troupe, et dèsle lendemain le quartier général s'établit à Baylcn , de douloureuse mémoire. Victor
tourna la droite d'Alhuquerque, puis, partant d'Almadcn, il traversa des cols inaccessibles à l'artillerie, et parvint à Montoro. Scbastiani suivit le chemin delà Puebla dcl Principe, et toujours combattant, toujours prenant des hommes, du canon, il poussa jusqu'à Uhcda, d'où il se mit en communication avec les autres corps.
Rien ne s'opposait à la marche en avant. On occupa Cordoue, Jaen ; Scbastiani pointa sur Grenade; Victor, Mortier se disposèrent à prendre possession de Séville, à écraser Albuquerquc qui, ayant côtoyé le premier corps , venait d'arriver sur le Guadalquivir. On se heurta contre ses avant- postes près d'Ecija, le jour même où le 4* corps entrait sans obstacle à Grenade ; puis, aussitôt que l'on eut franchi le Xenil, on se déploya par la grande route et par le chemin de Moron , qui mène directement à Cadix. Cette manœuvre tendait à couper Séville de la mer , elle n'échappa point au général espagnol. Il choisit habilement entre les deux villes à défendre, et en se portant rapidement à Cadix, il s'assura d'une position où la cause de l'indépendance nationale et l'àme de l'insurrection trouvèrent qn refuge inexpugnable.
Séville, abandonné à lui-même, capitula, livrant aux vainqueurs d'immenses ressources, A peiue trouvait-on quelque résistance : Scbastiani à la suite d'une escarmouche, s'empara de Malaga, et Victor poussa jusqu'à Cadix. Mais il avait eu le tort de trop s'arrêter devant Séville, il arriva trop tard, et ce moment fugitif qu'il faut toujours épier et saisir, ce moment si précieux dans les affaires de la guerre, lui échappa. Albuquerque avait sur lui douze heures d'avance , dont il profita pour rompre le pont qui donne l'entrée de Cadix et se mettre à l'abri d'un coup de main.
Cet incident sauva l'Espagne : on sait que Cadix et l'île de Léon que comprend l'ensemble de l'île Gaditane, sont séparés de la terre ferme, par le canal de Santi-Petri, bras de mer profond que traverse le pont de Suazo. La destruction de cette unique communication, arrêta les Français et donna aux Espagnols le temps de préparer des moyens de défense qu'on ne put surmonter. Dans le premier instant, on se borna à établir des lignes de blocus. D'un autre côté, Mortier s'étant détaché à droite, entoura Badajoz; mais, après l'avoir vainement sommé de se rendre, il fut obligé de s'éloigner faute d'équipage de siège. Il s'établit à Llerena et étendit ses cantonnemens au pied des montagnes qui séparent l'Andalousie de l'Estramadure. Là, il batailla jusqu'à la fin de l'été contre La Romana.
On fut long-temps station nairc en Andalousie. Cependant, Cadix était devenu le siège du gouvernement qui , malgré ses dissensions intérieures, ne perdit point de vue le salut commun. Les troupes furent portées jus*
qu'à ao,ooo nationaux, outre i5,ooo auxiliaires anglais. Blake fut appelé au commandement en chef en remplacement du duc d'Albuquerque, que des intrigues de parti destituèrent de la reconnaissance qui lui était due.
Le nouveau général songea d'abord à faire diversion sur les flancs de l'armée française. Sur ces entrefaites , le fort de Matagorda fut enlevé par les assiégeans; mais ses feux n'inquiétant point la place, les Espagnols supportèrent avec résignation cette perte et ne renoncèrent point à leurs projets. Ils encouragèreut le soulèvement des cantons limitrophes du Portugal et de ceux que le voisinage de Gibraltar auimait déjà. Celte petite guerre tenait constamment en haleine les envahisseurs. Des rassemblcmcns plus sérieux nécessitèrent un mouvement du 4 'corps. Les troupes qui s'étaient repliées devant lui dans la Sierra, à Jaen, à Grenade , s'étaient réorganisées dans le royaume de Murcie. Elles montaient à plus de 1 5,ooo hommes sous Freire, lorsque Sebastiani eut ordre de les disperser. II partit de Grenade avec 8ooo hommes; à son approche l'ennemi, après avoir couvert Carthagèue, replia le gros de ses forces sur Alicante. Les Français occupèrent Murcie sans obstacle; mais peu satisfaits de n'avoir point livré bataille et de s'être aventurés si loin de leur base, ils évacuèrent la place et revinrent sur leurs pas. On les suivit et leur retraite fut le signal d'un redoublement d'ardeur de la part des provinces insurgées. La régence, à plusieurs reprises, seconda celle de Ronda par des débarquemens qui , d'ailleurs , n'eurent point de conséquences importantes.
Le reste de l'armée fut employé autour de Cadix en travaux de circonvallation, en construction de forts, de bâtimens, pour tenter une descente. Sur les ailes, il n'y eut que des marches , des contremarches et un nombre infini d'escarmouches. A la fin d'août, Blake s étant mis en personne à la tête de l'armée de Murcie, le 4e corps fit dans ce royaume une seconde excursion, qui n'amena pas plus de résultat que la première. A quelque temps de là, une flottille anglaise essaya de transporter de Ceuta à Malaga a à 3ooo hommes; mais cette troupe fut surprise par Sebastiani et presque entièrement détruite. D'un autre côté, Blake cherchant à pénétrer dans le royaume de Grenade, se heurta près de Baza contre une division de cavalerie et a à 3ooo fantassins, qui le mirent dans la plus complète déroute.
L'année suivante, Soult avcca3,ooo hommes des premier et cinquième corps, secondés par 35oo hommes envoyés de Madrid, fit un mouvement sur sa droite pour appuyer l'invasion du Portugal, et mit le siège devant les places de Badajoz et d'Olivenza. Le blocus de Cadix, commandé par Victor, continua à être couvert par le 4* corps et les réserves. Soult replia l'armée espagnole alors commandée par Mendizabal. Il assiégea et
prit, après dix jours de tranchée ouverte, la petite ville d'Olivenza ; puis au bout de quatre jours, il investit Badajoz par la rive gauche de Ta Guadîana. La place était défendue par une forte garnison, et en outre, par Mendizabal , qui avait pris position sur la rive droite sous le canon du fort San-Crislobal. Lorsque les premières batteries de siège furent dressées, le général ennemi s introduisit dans l'enceinte avec 8000 hommes, après quoi il fonça sur les assïégeans. Mais cette sortie n'ayant produit que peu d'effet, le surlendemain il lit évacuer les embarras, les malades, ne laissa dans la place que qooo hommes bien complets pour soutenir le siège, cl reprit ses positions. Apres son départ, Soult poussa les travaux, et se mit en mesure de forcer son camp de manière a 1 éloigner sans retour. L attaque eut un plein succès: en quelques heures de combat, le corps espagnol fut entièrement dispersé; ses débris se jetèrent dans les places portugaises d'EI vas et de Campo-Mayor. Dès-lors, Badajoz fut investi sur les deux rives du fleuve, et en dix-huit jours il fut réduit. Bientôt après, Campo-Mayor eut le même sort.
Pendant ces sièges, on ne cessa point de guerroyer sur les confins du Portugal et du royaume de Murcie. De ce côté , les efforts redoublèrent pour rompre le blocus de Cadix. Ou jeta des troupes auglo-cspagnoles à Algèsiràs; on réunit sous Gibraltar 18,000 hommes commandés en chef
hommes, sortit de ses lignes par Chiclana et manœuvra de manière a jeter cette colonne dans la mer. Ce projet fut déjoué. Les auxiliaires anglais, faisant a propos face a ses deux ailes, soutinrent un combat ou ils perdirent 2000 hommes, et ou ils eussent peut-être obtenu une vietoire signalée si les Espagnols eussent seconde leur effort. La mésintelligence qui éclata entre les alliés permit à Victor de rentrer dans ses lignes qui ne furent point inquiétées; après quoi , ilcommença ïc bombardement de la place.
Soult prit ces évèneriiens pour prétexte; peu soucieux de contribuer au succès de Masscua qui était alors en vue de Lisbonne , il suspcndit ses opérations offensives pour revenir à Séville. Ainsi les rivalités eutre les licutenans de l'empereur, leur ambition démesurée qui leur faisait entrevoir comme prix d'une expédition heureuse un titre de roi, ajoutaient aux difficultés sans cesse renaissantes de cette funeste guerre.
L'armée du midi, faute d'avoir franchement envahi le Portugal, fut elle-même assaillie lorsque Wellington vainqueur eut fait reculer Massena. Les alliés reprirent Olivenza; Badajoz fut assiégé, Soult en se portant à
son secours avec ao,ooo hommes, se heurta à Albuera contre l'aile droite de "l'armée anglo - portugaise, les Espagnols dé La Romana et ceux que Blake venait d'amener de Cadix, en tout 3o,ooo hommes commandes par fcercsford. Les Français, après une sanglante mêlée où il y eut de chaque côté 7 à 8ooo hommes hors de combat, se replièrent au pied des montagnes. Le maréchal fut témoin du siège qui fut poussé avec vigueur; puis, lorsque avec des renforts il s'avança de nouveau, il trouva Wellington en position sur le champ dé bataille d'Albuera. iviais le gc^néral anglais fut attiré de l'autre côté du Tage par l'attitude menaçante du successeur de Massena et la place fut enfin dégagée. Soult lui-même revint à Séville, rappelé par les mouvemens de Blake sur sa gauche et de Balfesteros sur sa droite. Dé ce côté, les insurgés de la Sierra de Ronda , encouragés par la présence d'un corps régulier, devinrent si inquietans qu d fallut envoyer contre eux 10,000 liommes. Selon l'habitude, l'ennemi refusa la bataille et se relira sous le canon de Gibraltar. Les Français , après avoir sans succès tenté de surprendre Tarifa, firent retraite faute de vivres. Les Espagnols aussitôt recommencèrent leurs excursions; on les replia encore, on assiégea Tarifa, mais on fut obligé d'en lever le siège.
A cette époque, Drouct, ayant réuni au 5e corps les débris du 9*, avait remplacé Mortier. Levai commandait le 4e» à la place de Sebastiani ; Victor continuait à bloquer étroitement Cadix. Pendant les premiers mois de 181a, Soult, paisible possesseur de l'Andalousie, n'eut qu'à surveiller ces dernières opérations qui, malgré d'immenses travaux, ne produisirent rien de décisif. Mais les désastres de l'armée de Portugal mirent en question d'abord et lui firent enfin abandonner sa riche conquête qu'il gouvernait en souverain.
Le premier événement sérieux qui éveilla toute son attention fut le siège de Badajoz où se porta Wellington, à, la tête de la droite et du centre de son armée. La place fut rapidement investie et la tranchée ouverte.
On vît alors un nouvel exemple du défaut de concert entre les maréchaux français et de l'avantage d'une position centrale contre des lignes divergentes. Badajoz, que devaient protégér deux armées , ne le fut efficacement par aucune. Soult n'eut réuni1 en Estramadurc de$ forces suffisantes pour imposer au général anglais, qu'au moment où la ville assiégée, après* une belle résistance, venait de succomber à un terrible et sanglant assaut. Il offrit la bataille, mais Wellington avait d'autres projets, il sut l'éluder, et le maréchal rentra en Andalousie où, comme de coutume , son absence avait ranimé l'audace des corps qui ne cessaient d'escarmoùchcr contre ses flancs. L arrière-garde , attaquée Vers'tJeren'ai
par la cavalerie anglaise, eut un lëgcr engagement où l'avantage lui resta. Le 5* corps reprit ses anciennes positions sur la frontière de l'EsIramadure , et le retour à Séville du surplus de l'armée , éloigna les partisans. Toutefois à deux reprises différentes , Ballesteros sortit des lignes de Saint-Roch et s'avança sur la route de Ronda. Deux fois il fut contenu et repoussé dans son camp que la proximité de Gibraltar rendait inabordable; mais à peu de temps de là, une nouvelle foudroyante changea la face des affaires. On sut que les Anglais occupaient Madrid , que le roi Joseph avec l'armée du centre se repliait sur Suchet. Il n'y avait point à hésiter ; il fallait courir au Tagc , il fallait abandonner le siège de Cadix et l'Andalousie.
La retraite s'opéra sans obstacle sur le royaume de Valence. Ni Ballesteros, ni les Anglo-Espagnols de Cadix ne surent se jeter sur les pas de l'armée, qui traversa Grenade, la province de Murcie et fit sa jonction avec le 3e corps. Aussitôt qu'elle eut saisi la chaussée d'Alicante, elle rallia l'année du centre, et se disposa à rentrer dans la Manche.
OPÉRATIONS DR l/ARMRR D ARA G OH.
Marche de Sachet (*5 février 1810). — Son arrivée à Murviedro (3 mari). — A Valence (5). — Sa re- | traite (11).— Sa rentrée à Saragosae (17).— Capture de Mina jetine (Si).— Occupai ioo de Balaguer (4 avril). — Prix- de Lerkla (14 mai)*— De Mequinenxa (8 juin).— De Morella (i3).«— De Tartose (i** janvier 181 1).— De Tarragooe (*8 juio).— Du Mont-Serrat (14 juillet). — Invasion du royaume de Valence (septembre).— Bataille de Sagonte a5 octobre). — Reddition de Sagon>e(a6). — Inveatistement de Valence (fin de dércmbre).— Prise de la ville (10 janvier 18 n) — De Pen«cota (4 févriers-Combat de Castrila (10 juillet).
Les mouvemens de Suchet furent d'abord très lents. Son rôle dans l'ensemble des opérations était d'envahir Valence pour dégager la gauche
de Soult. Mais, avant de marcher offensivement, il fut obligé d assurer ses derrières , puis ses flancs. 11 ne fallut pas moins que son effort pour reprimer les audacieuses entreprises du jeune Mina , pour refouler et paralyser les débris de l'ancienue armée d'Aragon , commandée par Villacampa. EnGn, après une suite de marches et de contre-marches , dans les derniers jours de février, il entra en campagne avec environ 14,000 hommes. Cette troupe forma deux colonnes qui prirent les routes de Saragosse et de Barcelone et qui, sans avoir* rencontre l'ennemi, se réunirent à Murviedro. On n'était plus qu'à cinq lieues de Valence. Cette grande ville était défendue par une garnison de ia à i5,ooo hommes outre les habitans. Mais le capitaine-général Caro , homme d'une odieuse violence, avait excité, par ses actes tyranniques , des haines dont on espérait tirer parti. Suchet fut trompé dans son attente. Après une inutile sommation , après avoir manœuvré pendant six jours autour des remparts, pour provoquer un soulèvement intérieur qui ne s'effectua point, il rétrograda, rappelé par les mouvemens de Villacampa et de Mina. A Terruel , il mit l'épée à la main pour se frayer le passage. Rentré à Saragosse, il fit poursuivre à outrance Mina qu'il eut la joie de faire prisonnier.
C'était un grand pas de fait vers la' pacification de l'Aragon. Pour l'assurer, il n'y avait plus qu'à s'emparer de la ceinture de places qui séparent cette province de la Catalogne. Suchet eut ordre de les assiéger et de prendre d'abord Lerida , nœud des principales communications entre Barcelone et Saragosse. L'armée s'ébranla par Alcubière, occupa sans coup-férir Balaguer, investit, neuf jours après, Lerida, défit un secours de 6 à 7000 hommes conduit de Taragone par O'Donnell , et au bout de i4 jours de tranchée ouverte, donna l'assaut qui réussit. La garnison, originairement forte de 8000 hommes, se renferma dans la citadelle et capitula. Mequinenza fut aussitôt entouré et se rendit sans faire de résistance. Suchet profita du moment pour enlever le château de Morella qui, avec les deux autres places, complétait une base suffisante pour opérer soit contre Valence, soit contre Tortose et Taragone.
Caro ne vit pas sans anxiété les progrès de l'armée française : à deux reprises il essaya de rentrer dans Morella; lui-même au milieu du mois d'août , se mit en campagne à la tête de 10,000 hommes, dans le dessein de s'opposer au siège de Tortose. Aucune de ces tentatives n'eut de succès. A la première apparition de Suchet, Caro se hâta de fuir. Sa mollesse ayant soulevé contre lui l'indignation publique, il fut remplacé par Bassccourt qui se tint long-temps renfermé dans Valence. Cependant les difficultés du pays, l'état des affaires en Catalogne arrêtèrent Suchet jusqu'au mois de décembre , époque à laquelle le 7* corps fut en mesure
de lui prêter un secours efficace. 11 mit alors le siège devant Tortose; les travaux marchèrent avec une rapidité rare; le dernier jour de décembre la brèche était faite, et le jour suivant la garnisou se rendit. À peine maître de la place , Suchet fit prendre par un de ses licutenans le fort San-Felippe qui ferme le col de Balagucr. Toutes les roules de Barcelone à Saragosse et Valence étaient interceptées et Ton était maître de pousser les opérations soit au nord, soit au midi. Avant tout, Sucbet manœuvra jusqu'au mois de mars pour purger l'Aragon des bandes de l'Einpecinado , de Villacampa, d'Espoz y Mina. Ces trois chefs furent rejetés : le dernier en Navarre, les deux autres dans les montagnes de Cuenca.
On avait le champ libre et Ton pouvait dès-lors marcher sur Valence; mais l'empereur, mécontent de Macdonald, réunit au commandement de Suchet la Catalogne méridionale, et lui prescrivit de réduire Taragonc. 4o,ooo hommes tirés des deux armées investirent cette grande place qui renfermait 7 à 8000 hommes de garnison. C'était le dernier boulevard de l'ennemi qui ne négligea rien pour prévenir sa chute ; mai6 ni sa constance, ni sa facilité de ravitailler la place du côté de la mer* ne l'emportèrent sur l'ascendant d'un général déjà tant de fois victorieux. Après deux mois d'investissement , Taragonc fut eulevé d'assaut. L'armée, ensuite, occupa Mont-Serrat , position fortifiée qui commande les approches de Barcelone.
Cette continuité de succès, dans une contrée où les généraux les plus renommés échouaient, avait élevé Suchet à la dignité de maréchal. H lui restait, pour la couronner, à s'emparer de Valence. Lorsque l'armée du nord de la Catalogne n'eut plus à craindre de diversion près de la frontière, il déploya «22,000 hommes: la droite à Terrent * la gauche à la mer* et il les poussa en avant en trois colonnes.
Bassecourt n'avait rien fait pour arrêter ses pas. A peine avait-il concouru aux excursions qui avaient ralenti les sièges de Tortose et de Taragonc Palacio,qui l'avait remplacé, avait cru rendre la ville imprenable en promenant à l'entour l'image de Notre-Dame de Los Desetnparados. Mais, à la nouvelle des apprêts de Suchet , la régence fit passer à Valence Blake avec 9 à 1 0,000 hommes. Ces forces jointes à celle du royaume, à celles de Villacampa présentaient un effectif bien supérieur à celui du maréchal. Blake commença par mettre en état de défense les châteaux d'Oropeza et de Sagonte, puis il donna à ses troupes une attitude militaire à laquelle ses prédécesseurs n'avaient point songé ; toutefois, le temps lui manqua.
L'armée française parut sous Sagonte (Murviedro) que les forces espagnoles étaient loin d'être concentrées; mais ce vieux fort renfermait
SUCHET (Louis-Gabriel ) ,
Maréchal de France, duc tl'Albufera Né à Lyon le a mira 177a, — Commandant du 5* corpt rn
Eapagnt, en 1808 tt 1809. — Mort eu 1826.
Siège de Sagonte.
3ooo hommes de garnison ; on ne put l'enlever d'emblée, on ne put songer à le négliger , il fallut s'arrêter et procéder aux opérations du siège. On commença les travaux , on s'empara du château d'Oropeza, on pratiqua une large brèche et Ton donna l'assaut; mais Ton fut repoussé, et Blake, croyant le moment opportun, déploya contre les assiégea ns, presque à leur insu, 25,ooo hommes. Suchet, placé dans l'alternative de sacrifier le siège, ses travaux, son matériel, ou de livrer bataille, Suchet n'hésita point. Une victoire signalée fut le prix de sa résolution. Blake eut la douleur de voir sa gauche, son centre, sa réserve enfoncés tour-àtour; la droite seule fît bonne contenance et sauva l'armée d'une déroute complète. Affaibli d'une perte de plus de 5ooo hommes , il se retira en désordre au-delà du Guadalaviar. Le lendemain la place se rendit, a8 jours après l'investissement, 8 jours après le premier assaut.
Cependant Mina et l'Empecinado , s'étant mis à harceler les troupes restées en Aragon, Suchet fit halte, se couvrit de retranchemens et demanda des renforts. Blake, au reste, n'était pas en état de revenir à la charge. Tous ses soins s'attachèrent à augmenter la défense de Valence. Au bout de six semaines, les Français reçurent une colonne de i4,ooo hommes. Forts de 34,ooo, soutenus par la cavalerie de Montbrun déta* chée de l'armée de Portugal sur Alicante, ils ne balancèrent plus à pousser en avant. On passa sans coup-férir le Guadalaviar, puis, tour* nant la gauche de l'ennemi, on tira vers le Xucar toujours en combattant. Le but du maréchal était d'enfermer dans Valence toutes les troupes espagnoles, mais.il n'y réussit point : 10,000 hommes s'échappèrent et gagnèrent Murcie. Blake fit d'inutiles efforts pour se frayer un passage, il fut contraint de subir les conséquences du siège.
Toutes les chances étaient tournées en faveur de Suchet, il avait un parti dans la ville , et lorsque les bombes eurent incendié quelques édifices, on demanda à grands cris à capituler. Blake avec 18,000 hommes fut fait prisonnier.
La chute de Valence eût entraîné la soumission de tout le royaume. Par malheur, Montbrun , dont le secours n'arriva qu'après la capitulation , au lieu de rebrousser chemin voulut saisir Alicante. Il échoua et un moment de succès ranima l'ardeur des généraux espagnols qui étaient tout disposés à traiter avec Suchet. Montbrun fut rappelé au centre et le maréchal fut dans la nécessité de faire de nouveaux efforts pour dégager les approches d'Alicante dont le cours des cvèuemens l'empêcha en définitive de s'emparer. Il occupa d'abord les lieux fort i lies du littoral ; tous cédèrent à ses armes, excepté le fort de Peniscola, qu'il fallut assiéger. Mais le temps des dévoûmens était passé- Après quatre jours de tran-
chéc ouverte, la place capitula , et, chose jusque alors inouïe, le gouverneur reconnut la royauté de Joseph.
Selon sa prudente coutume, avant de porter devant AHcante des forces suffisantes pour en faire le siège, Suchet affermit la ligne allongée que formait son armée. Cependant les débris échappés de Valence, réunis aux troupes de Murcie , rentrèrent en campagne. Les Anglais , stationnés en Sicile, mirent à la voile et , en se montrant sur plusieurs points de la côte, ils tinrent le maréchal en échec. La moitié de Tannée s'écoula de la sorte sans que de part et d'autre on pût faire de mouvemens sérieux. Enfin, dans les derniers jours de juillet, 9000 Espagnols débouchèrent sur l'avant-gardc française (1 5oo); tandis qu'une autre colonne manœuvra pour la tourner par la gauche. Delort, qui la commandait , prévint cette double attaque. Il chargea brusquement près de Castalla, le corps qui l'abordait de front, il lui enleva a8oo hommes , ses canons , ses convois , il lui tua 1 000 hommes, t mit le reste dans la plus complète déroute.
Ce beau fait d'armes paralysa les Anglais qui dans le même temps venaient de prendre terre à Alicante.On poursuivait les corps battus lorsqu'on apprit ces mômes évènemens de Portugal qui forcèrent à l'évacuation de l'Andalousie. Suchet, lâchant prise, courut à Alinanza au devant de Joseph.