‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 49 sur 120 · OPÉRATIONS SUR LK BUG · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS SUR LK BUG

Conbttde Kobrio (a6 juiH«i).-B*UiUc de Gerodezna (ta août).

Tormasof fut en mesure plus promptement qu'on ne l'avait conjecturé. Il démasqua sa marche offensive, en débordant entre le Bug et les marais de Pinsk. Des masses arrivèrent sur le Pripet et la Muchawess , au

CAMPAGNE DE 18iî. 42*

moment où Ton opérait un mouvement toujours dangereux en présence de l'ennemi. Les Autrichiens cédaient leurs postes à l'armée saxonne, dont les avant-gardes seules étaient en ligne. Tormasof établit sans peine sa droite et sa gauche à Pinsk et Brzesc-Litowski. Son centre trouva dans Kobrin une brigade saxonne qui résista glorieusement, mais qui fut enfin enlevée. Reynier était alors à Chomsk; il accourut, mais, parvenu à Antopol, il apprit qu'il était trop tard, et il battit en retraite jusqu'à Slonim où il rejoignit Schwarzcnberg.

Napoléon réunit les deux corps d'armée sous le commandement du prince autrichien à qui il prescrivit de tomber sur le général russe et de le poursuivre sans relâche jusqu'au Dniépcr.

Schwarzcnberg répondit d'abord à son attente. Il conduisit les Autrichiens à Chomsk , tandis que Reynier, à la tête des Saxons , tournaieut les sources de la Ja solda. L'effet de ce mouvement fut de replier Torma- . sof sur la ligne de la Muchawess. Pour l'eu déposter, l'armée entière se concentra dans Prushani, à l'effet de pénétrer en masse à Kobrin. L'ennemi, forcé d'accepter la bataille, choisit sa position, il s'établit à Gorodezna sur des hauteurs boisées qui ne laissaient point de développement à l'attaque. Les Autrichiens commencèrent le feu que les Russes soutinrent avec vigueur. Reynier tourna leur camp parla gauche, mais ils le continrent et le combat dura jusqu'à la nuit. Enfin Tormasof, voyant les Saxons menacer sa ligne de retraite, vida le terrain , le désordre se mit dans ses rangs, on l'atteignit à Kobrin de manière à ne point lui laisser le temps de rompre le pont, et il s'enfuit tout d'une traite jusqu'au Styr, sans pouvoir se reformer.

MARCHE SLR MOSCOU.

Départ dcSinoletuk (i ( aoill).— Arrivée à Gjat (16 août). — Bataille de la Moskowa (7 septembre).

—Occupation ( 1 4).— luceodie de Moscou (16). *

Les deux ailes étaient victorieuses. On ne pouvait guère douter que Schwarzenberg ne poussât Tormasof jusqu'à Kiew, et si Wittgenstcin recevait des renforts, Saint-Cyr pouvait être secondé par Victor, par les garnisons de Wilna, par les levées polonaises. Napoléon donna Tordre de marcher sur Moscou. Il mit à Fa vaut-garde Murât et Davout, depuis loog-temps rivaux de talens et de caractères opposés; il modérait ainsi l'ardeur chevaleresque du premier par la prudente valeur du second. Il mit à droite Poniatowski, à gauche Eugène, et il forma le centre deNey, Junot et la garde.

Pendant sou séjour à Smoleusk , cette ville avait reçu de riches magasins ; on l'avait réparée et mise en état respectable de défense. On y laissa une forte garnison et 160,000 combattaus en sortirent impatiens d'atteindre les généraux ennemis.

Platof était à Dukhowszina , Barclay et Bagration occupaient en avant de Dorogoboujc un camp couvert par un petit affluent du Borysthèue. A l'approche d'Eugène, Platof se retira sur Bieloi. Cependant l'armée principale resta d'abord immobile. Murât voulut brusquer l'attaque et tourner le camp avec sa cavalerie , mais Davout refusa d'engager son infanterie avant l'arrivée de l'empereur. Pendant qu'il accourait, Barclay, malgré Bagration et les officiers russes , ordonna la retraite.

Pendant cinq jours, l'armée ennemie rétrograda : brûlant les habita-

El GÈNE (BEAUHARNAIS)

Né * l\iri» , le 3 «JéYcrabrc 1 7K i . duc de Ixuchtcml>crg , rice-roi d'Italie, mort le at féirirr 18a',.

Bataille de la Koskovra.

tions , poussant devant elle, comme un troupeau, la population entière. Enfin elle fit de nouveau volte-face à trois lieues en avant de Gjat.

Militairement, l'expédition était maintenant bien simplifiée. Il ne s'agissait plus que de pousser en avant. Mais les difficultés des services administratifs allèrent toujours croissant. Déjà, depuis le passage du Niémen, sur des routes non encore parcourues, il avait été impossible d'organiser des convois réguliers. À partir de Smolensk , dans une contrée incendiée, déserte, dévastée, les distributions cessèrent presque entièrement. On fut obligé, pour se procurer des vivres, de faire de grands détachemens à droite et à gauche de cette lande que l'ennemi créait, avec une incroyable sauvagerie, sur les pas de l'armée. Ce fut alors que Napoléon désira plus ardemment que jamais la rencontre décisive qui tant de fois lui avait échappé. Avec quelle joie n'apprit-il point que près de Gjat l'ennemi avait fait halte. Il y courut , mais son espoir fut encore déçu, il vit les Russes en retraite et Gjat incendié. Cependant, un Français, établi dans cette ville , sortit de ses ruines et donna des nouvelles qui calmèrent toutes les inquiétudes. On sut que le cri public avait demandé le rappel de Barclay; que le vieux Kutusof , populaire à cause de son origine et de sa dévotion , avait été désigné pour le remplacer, pour préserver Moscou la ville sainte; que des renforts portaient ses forces à 100,000 hommes, qu'il avait 600 bouches à feu et construisait des redoutes , des batteries, autour de Borodino, à 10 lieues au-delà de Gjat.

Encore deux journées de marche, et la question allait enfin se vider. L'empereur fit prendre à l'armée un moment de repos; il l'inspecta, il ordonna les apprêts de la grande bataille et le â septembre, au jour, il porta en avant 1 00,000 hommes.

A 27 lieues de Moscou, la grande route rencontre, au-dessus de Borodino, la Kolocza , petite rivière aux bords escarpés qui, après l'avoir côtoyée à droite, la coupe obliquement, parcourt encore mille toises et se jette dans laMoskowa. Au-delà du ruisseau, le terrain s'élève en amphithéâtre; il est sillonné de ravins, couvert de bois qui lui donnent un aspect sauvage et en rendent l'abord difficile. C'est là que les Russes se retranchaient.

Dès le 4 au soir, Murât se heurta contre leur arrière-garde qu'il replia sans peine. Mais le lendemain, vers le milieu du jour, comme elle disparaissait du côté de Borodino , il reconnut l'ennemi sous les armes à 1 a ou j 5oo toises à droite, entre la Kolocza et des bois que traverse l'ancienne route de Smolensk. Au-delà de cette ligne de baïonnettes, à peu de distance du village de Schwardino , il aperçut une grande redoute élevée sur un mamelon d'où descend un ravin. Il passa sur-le-champ la Kolocza

pour se mettre e» bataille devant l'ennemi avec sa cavalerie et une division du premier corps. Bieutôt le vice-roi le releva sur la grande route; Poniatowski s'avança par le vieux chemin de Smolensk, et l'empereur survint empressé d'embrasser de son œil d'aigle le champ de bataille que son adversaire avait choisi.

Napoléon ne fut pas long-temps à concevoir l'ensemble du plan de Kutusof. Au nombre des troupes groupées autour de la redoute, dont les assaillans menaçaient sa ligne de marche, aux mouvemens qu'on apercevait dans le lointain, il comprit que Murât était en présence de l'extrême gauche des Russes, que leur droite devait s'étendre jusqu'à la Moskowa,que le centre s'appuyait aux collines qui commandent Borodino et que Kutusof avait dessein de manœuvrer de manière à contraindre l'armée française à défiler devant un front hérisse de batteries.

11 ordonna à Pavant-garde de foncer sur la redoute deSchwardino et de l'enlever. Le combat s'engagea avec une rare ardeur. On parvint promptement au pied du mamelon. Là, les cavaliers russes continrent d'abord le roi de Naples, mais ils n'eurent point de prise contre l'infanterie, qui, après de sanglaus efforts, entra dans les relranchemens , sabra , anéantit tout ce qui s'y était renfermé, prit les canons dont ils étaient armés et les tourna du côté opposé. Des renforts arrivèrent de part et d'autre, et le feu se prolongea jusqu'à 10 heures du soir, sans que les Russes pussent rien regagner du terrain perdu.

C'était un succès important : l'empereur pouvait pénétrer à fond dans le détail des dispositions dont il avait entrevu l'idée générale. 11 pouvait baser à coup sûr les combinaisons de l'attaque. Le jour suivant , dès l'aube, il reconnut le cours de la Kolocza et les hauteurs où s'étaient repliées les troupes battues la veille.

Placé sur les parapets de la redoute conquise, on voyait à droite, jusqu'à l'horizon, la forêt de Schwardino , percée par une clairière où passe le vieux chemin de Smolensk ) devant soi , à une distance de 5 à 6oo toises, deux redans surmontés d'une flèche, élevés derrière le ravin de l'Agnitza, pour lier les bois aux bords escarpés de la Semenowskoa ; sur la rive droite de ce dernier cours d'eau , d'abord dans l'alignement des redans , et 4 à 5oo toises plus loin au-dessous, des ruines fumantes du village de Semenowskoi qu'on avait rasé et brûlé pour démasquer les pièces, une batterie découverte; puis, à gauche, au sommet d'un mamelon qui^marque le confluent de la Semenowskoa et de IaKolocza, une grande batterie baslionnée. En se transportant sur la Voina , près de Borodiuo, on distinguait sur la chaussée en avant du hameau de Gorka, deux coupures armées de canons, et enfin, entre la route et la Moskowa, quelques redoutes informes.

Ba g rat ion était déployé de Semenowskoi à Ustiza (gauche). Barclay avait groupé le centre, de la grande redoute aux retranchemens de Gorks et étendu la droite jusqu'à la Moskowa. Les réserves étaient échelonnées à iooo toises en arrière de la Semeoowskoa. Les avant-postes étaient répandus dans les bois et sur 1rs ravins de l'Agnitza, de la Semenowskoa , de la Voina.

Napoléon trouva le* positions de l'ennemi très belles, occupées avec intelligence , mais il en saisit aussitôt le côté vulnérable. La gauche et le centre étaient compris entre les deux routes de Smolensk qui se croisent à deux lieues au-delà de Borodino. Si la grande-armée perçait tout entière dans cet intervalle, en pivotant sur l'aile gauche; si elle culbutait d'emblée Bngration. on pouvait espérer de préveuir Barclay au point de jonction des deux routes, de I acculer en désordre à la Moskowa et de terminer enfin la campagne. Tel fut le plan de Napoléon dont il remit l'eiécution au lendemain.

Le reste de la journée fut employé à jeter des ponts sur la Kolocza , à tracer des contre-batteries, à retrancher l'extrême gauche. Mais on attendit l'obscurité pour prendre l'ordre de bataille que l'on voulait dérober à Kutusof. Celui-ci cependant faisait passer dans ses rangs une procession solennelle terminée par une statuette de la Vierge, sorte de relique miraculeusement sauvée, disait-on, du désastre de Smolensk. Puis adressait à chaque corps des paroles mystiques où il invoquait la vengeance du ciel et des hommes contre Napoléon, archi-rebelle, profanateur du sanctuaire et des autels.

A la nuit les lignes se formèrent; aux deux ailes : Poniatowski près du vieux chemin de Smolensk; Eugène, renforcé par deux divisions du premier corps et la cavalerie de Groucby , à cheval sur la Kolocza derrière la Voina , à 6oo toises de Borodino. Au centre : en première ligne Devout fa divisions) et Ney couverts chacun par une contre-batterie de a4 pièces opposée aux redans; en seconde ligne, Murât et Junot; en troisième ligne à gauche de la redoute, la jeune garde et la division Friaat du i" corps; enfin, en réserve, derrière la redoute, la vieille garde. Malgré la brume qui rendait l'obscurité profonde , les mouvemens s'exécutèrent avec la précision habituelle et l'empereur vit avec joie, aux feux de l'ennemi, que Kutusof ne changeait rien à ses dispositions.

Les premières lueurs du jour dissipèrent le brouillard, le soleil se leva resplendissant et Napoléon s'écria : Voilà le soleil d'Austerlitz! A ce moment les troupes ayant pris les armes on lut la proclamation suivante, noble pendant des homélies de Kutusof.

« Soldats, voilà la bataille que vous avez tant désirée! désormais la

victoire dépend de vous; elle nous est nécessaire, elle nous donnera l'abondance , de bons quartiers d'hiver et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, à Witepsk, à Smolensk, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l'on dise de vous : a 11 était à cette « grande bataille sous les murs de Moscou. »

Ausitôt le canon de la batterie de droite donna le signal et la première ligne s'ébranla aux cris mille fois répétés de vive l'empereur! Poniatowski était chargé d'ouvrir le défilé de la forêt; le centre, de déblayer d'abord l'intervalle entre les bois et Semenowskoi en emportant les deux redans et la flèche; la gauche, de se porter dans Borodino, puis de passer la Kolocza assez vivement pour donner le change à Kutusof, pour lui faire croire que l'armée portait son effort sur la graude route de Moscou.

On conçoit avec quel désavantage les Français engageaient l'action, exposés, sur un terrain entrecoupé, au feu de batteries bien épaulées. Davout fut le premier aux prises et, dès l'abord, la vivacité des coups fît pressentir une lutte cruelle. Ses colonnes longeaient la lisière des bois , précédés de 3o bouches à feu destinées à écraser le flanc du premier redan. Elles marchèrent lentement retardées par la difficulté de transporter l'artillerie, cependant elles débordèrent la tête de la position ennemie. Corn pans franchit vivement l'espace entre le bois et le retranchement dont il se rendit maître; mais il tomba grièvement blessé et ses troupes furent ramenées. Duplain, Dessaix, Rapp qui prirent tourà-tour ce commandement périlleux eurent le même sort. Le maréchal lui-même venait d'être renversé de cheval, lorsque les progrès de Ney changèrent la face de ce combat acharné. Soutenu par toute la seconde ligne, il força le passage de l'Agnitza, couronna les hauteurs, fit bravement reculer Bagration et isola la batterie qui vomissait un feu si meurtrier. Les troupes du premier et troisième corps y pénétrèrent en même temps des deux côtés. Les Russes prétendirent la reprendre; on les culbuta et l'on enleva le second redan. Ils s'avancèrent de nouveau pour disputer cette double conquête; mais Murât, débouchant entre les redoutes dont le feu le secondait, fournit de brillantes charges et déblaya leurs flancs jusqu'à la Semenowskoa. L'élan était donné, la cavalerie de Latour-Maubourg, franchit le ravin, sabra les canonniers de la batterie de Semenowskoa et resta maîtresse de la position.

Cependant quatre heures s'étaient écoulées et le champ de bataille n'était pas encore ouvert. L'ennemi cédait le terrain, mais sans désordre et l'on voyait son centre, ses réserves, se porter sur sa gauche relevés, dans leurs postes primitifs, par sa droite. Le plan de l'empereur était

NEY (Michel),

Ni a Sarrelouit , le 10 janvier 1769. — l'riuce de lu Mo»kowa, Maréchal de Krancc — CoadaoBBéi mort par ta Cliambri- de* Pairs, et fusillé le 7 décembre i8i5.

Bataille de la Moskowa

démasqué, les deux armées allaient se faire face et la chance des grandes manœuvres élant perdue, la victoire appartenait aux plus intrépides. A l'aile droite Poniatowski avait pris et sciait laissé reprendre le mamelon d'Ustiza. A gauche le vice-roi, après avoir enlevé Borodino, que les Russes incendièrent eu l'évacuant; après avoir passé la Kolocza où il n'avait pu d'abord se maintenir, était entré, à la suite d'un rude assaut, dans la grande redoute. Mais l'effort désespéré de deux divisions adverses l'en avait repoussé. Ainsi, sur toute la ligne, le succès était indécis et Kutusof se disposait à ressaisir partout l'attaque.

Son but était de rentrer dans les retranchemens et positions enlevés par Ney, Murât et Davout; il s'appuyait à gauche sur Ustiza, sur la flèche qui dominait les deux redans, sur les ruines de Semenowskoi, au centre sur la grande redoute, sur les batteries de Gorka. Le but de l'empereur était de forcer ces derniers retranchemens et de brusquer l'assaut avant l'entier déploiement de la droite ennemie.

Junot eut ordre de renforcer Poniatowski , Davout et Ney de se glisser entre-la flèche et les bois pour déborder la gauche de Bagration, Friant d'emporter la flèche, Murât de lier Ney et Friant au moyen du corps de Nansouty et de faire passer à la gauche de Latour-Mauhourg , Montbrun pour escalader la grande batterie que le vice-roi devait aborder de front.

Le pas de charge retentit depuis Ustiza jusqu'à Borodino. L'aile droite prit l'ascendant; Davout, JNey, Nansouty, firent plier Bagration, Friant enleva bravement la flèche, puis, sans s'arrêter, il passa le ravin et se rendit maître de Semenowskoi. Mais ou échoua encore devant la fatale batterie du centre. Comme Montbrun s'élançait au galop un boulet l'atteignit mortellement , sa troupe s'arrêta et le vice-roi se borna à soutenir contre les Russes un feu violent.

Dans cet instant critique, Napoléon songeait à faire avancer la garde lorsqu'on apprit qu'une nombreuse cavalerie débouchait de la Kolocza sur le flanc gauche de l'armée d'Italie, les premiers rangs pliaient devant elle, et toute l'aile gauche était en alarme. A cette nouvelle Napoléon suspendit le mouvement général et fit passer au vice^roi une division de renfort. Mais on comprit bientôt que ce n'était qu'une alerte dont Kutusof avait profité pour mettre en première ligne des troupes fraîches et préparer un dernier effort.

On le prévint en se portant contre la grande redoute. Les cuirassiers de Montbrun, commandés par Caulaincourt , s'y précipitent; soutenus par le feu d'une batterie de 80 pièces, qui les lient avec Friant, ils percent les lignes du centre , renversent tout sous leurs pas, entrent dans les retranchemens par la gorge, sabrent les canonniers et s'emparent des

pièces. Les batteries de Gorki se tournent contre eux, ils sont criblés de boulets, leur général succombe, ils vont abandonner leur fatale couquête, lorsque Eugène , après s'être établi sur le mamelon, escalade les parapets du côté opposé et pénètre enGn dans la redoute pour ne plus en sortir.

II était temps , les masses ennemies se ruaient sur Semeuowskoi. Friant forme un de ses régimens en carré, les autres restent en réserve parmi les débris du village, la batterie de 80 pièces commence un feu roulant. Latour-Maubourg est derrière elle. Nansouty à droite, la division Roguet de la jeune garde en arrière, s'avancent pour le soutenir au besoin. Le eboe est effroyable, on se mêle, l'infanterie russe reçoit la mitraille à bout portant , la cavalerie fond sur le carré de Friand qui reste inébranlable. Cependant les colonnes de Davoul et Ney continuent leurs progrès sous le feu redoublé des canons de Bagration. Depuis le bois jusqu'à la grande redoute on croise la baïonnette et sept cents pièces ouvrent, dans ces rangs confondus, d'horribles sillons. Enfin lesFrauçais triomphent. Ney qui doit être salué du titre de prince de la Moscowa, Ney frappe au cœur la gauche, y fait une large trouée et les Russes sanglans, mutilés s'éloignent pour se reformer derrière le ravin qui se jette près de Gorki daus la Stronizza.

L'empereur fut alors vivement sollicité de faire donner la garde qui, jusque-là, n'avait pas brûlé une amorce. Il s'y refusa, ne sachant si le lendemain il ne faudrait pas livrer une secoude bataille. 11 renonça , non sans regret, à attaquer Gorki, et satisfait d'avoir condamné les ennemis ;i s'entasser, sous le feu de son artillerie, dans une position où il leur était impossible de se déployer, il borna là sa victoire et il les fît canonner jusqu'à la nuit.

Ce fut alors que Kutusof ; informé de l'énormité de ses pertes, fit battre la retraite. Il avait 5o,ooo hommes hors de combat, les Français 20,000.

Les vaincus abattus, consternés, ne purent se raffermir en avant de Moscou. On les suivait de près. Junot était resté à la garde des blessés. Le vice-roi en longeant la rive gauche de la Moskowa , Poniatowski par Vercia et la route du sud , les autres corps par celle de Smolensk arrivèrent sous les murs de l'ancienne capitale de la Moscovie, sa us autre engagement qu'une courte affaire d'avant-garde à MojaUk.

Kutusof ne l'avait pas entièrement évacuée lorsque Murât et Eugène se présentèrent aux portes de l'ouest et du nord. Pour éviter de grands désastres, ils suspendirent un moment les hostilités: puis, lorsque (es dernières colonnes ennemies eurent disparu à l'est, dans la direction de Kolomna, ils prirent possession de cette immense ville. A la vue de ses

CAMPAGNE DE 1812. Ml

tours, de ses palais, de ses dômes dorés, privations, fatigues, combals, tout fut oublié. On se livra à la joie du triomphe , à l'espoir d'une prompte et glorieuse paix, et l'on détila en chantant la Marseillaise, inspirée, il y avait vingt ans, par les dangers de la frontière.

Pendant deux jours on fut maître de toutes les richesses que renfermait Moscou. Peu d'habitans en étaient sortis. Dans les palais de la noblesse on trouvait des lettres de recommandation pour les officiers qui les occuperaient. Les nombreux domestiques, le mobilier n'avaient point été évacués. Mais ces apparences pacifiques cachaient les apprêts d'un de ces sacrifices énergiques qu'on ne peut trop admirer lorsqu'ils sont volontaires de la part de ceux qui en souffrent, mais que le succès même ne justifie pas, lorsqu'ils puisent leur source dans le mépris d'un pouvoir impitoyable, pour la fortune ou la vie des masses.

Dès le lendemain de l'entrée des Français le feu éclata dans plusieurs quartiers; on crut à quelques accidens suite du désordre de la conquête. Le jour suivant l'incendie devint général; animé par une tempête il s'étendit rapidement dans une ville construite en bois, renfermant une quantité de matières combustibles. Ou courut aux pompes, elles étaient enlevées. Les habitans au désespoir s'enfuirent dans les bois, plus de 100,000 âmes, ne trouvant point d'asile, périrent de misère. Il ne resta que la dernière populace pour se livrer au pillage. Pendant cinq jours Moscou ne fut qu'un océan de feu, qu'un séjour de désolation et de crimes. Enfin une pluie abondante ralentit les flammes dont, six jours après on se rendit tout-à-fait maître.

A la faveur du trouble que cette catastrophe avait jeté parmi l'armée française, Rutusof exécuta une habile manœuvre. Il tourna autour de la ville embrasée, et se porta de Bronnitzi à Taroutino où il établit son camp à cheval sur la route du sud, menaçant celle de l'ouest.

Ainsi Moscou cessa tout à-la-fois d'être une position militaire et politique. Cependant les églises, le Kremlin et le dixième environ deà maisons étaient intacts. On avait sauvé d'immenses ressources. L'armée si long-temps privée de vivres et d'abris avait besoin de repos. Il fallait faire halte. Un simulacre de négociations cacha les vrais motifs de son inaction; et au lieu de marcher à Rutusof elle se mit sur la défensive autour des ruines de Moscou. Eugène observa les routes du nord où se montrait un nouveau corps commandé par Winzingerode. Ney prit position sur la route de l'est, Murât sur celle du sud en présence du camp de Taroutino.

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