‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 60 sur 120 · NOUVT.LLER OPÉRATIONS SUR. LA MAR5R RT LAISSE · texte numérisé non relu

NOUVT.LLER OPÉRATIONS SUR. LA MAR5R RT LAISSE

Passngf de l'Aube par Blucber (a 5 février). — Passage de la Marne (a8) Combat de Gué-4-Trème

(a»).— Combat sur 1'Ourrrj [ifr mari). — Napoléon a la Fertê-sous-Jouarre (a).— Prise de Soissoin par les Russes (3). — Attaque de Soi<«>ns par les Français (4). - Prise de Reims par le* Français (5) —Passade de l'Aisne (('.).— Combat de Craonelle* (Û). — Bataille de Craone (7).— De Laoti (9-10).— Combat de Reims (1 3).

Blucber, mécontent de la circonspection du généralissime, refusa de suivre son mouvement et prit le parti d'opérer séparément, de se porter Une seconde fois sur la Marne. Après avoir expédié à Winzingerode l'ordre de retourner h Reims et de s'assurer de la ligne de l'Oise qui, en cas de revers, devait lui servir de retraite, il jeta trois ponts sut* l'Aube qu'il passa à Auglurc, Baudemont et Granges. Jaî lendemain son avant-garde replia sur Sézannc les éclaireura de Marmont. Le maréchal se retira d'abord à la Fcrté-Gaucber puis à la Ferté«sous-Jouarrc oh Mortier le rejoignit arrivant de Château-Thierry.

A la Fcrté-Gaucber Blucber se divisa : Kleist et York tournant à droite s'attachèrent aux pas de Marmont pour le retenir à la Fcrtc-sous- Jouarre. Sacken et Langeron continuèrent à se porter en avaut jusqu'à Nanteuil où ils se séparèrent, le premier dans l'espérance de saisir le pont de Trilport , le second pour enlever celui de Meaux. Leur projet fut déjoué, les maréchaux avaient pris l'avance et Sacken trouva le pont de Trilport détruit et Mortier en position sur l'autre rive. Langeron commençait à défiler lorsque la première brigade de Marmont survenant culbuta sa tête de colonne et incendia le pont.

Blucber n'ayant pu surprendre les corps français renonça à les attaquer de front sans être assuré sur ses derrières contre un mouve-

ment de Napoléon. Il rappelâtes deux généraux russes, jeta un pont à Sameron, laissa sur la rive gauche York et transporta au-delà de la Marne le reste de son armée. C'était une manœuvre bien hasardée, il s'exposait à perdre sa ligne d'opération , mais il comptait, pour lui ouvrir la route du nord sur Winzingerode renforcé maintenant par Bulow qui, après s'être emparé de La Fèrc, avait pris position à Soissons. Il espérait d'ailleurs avoir bon marché des 18 à 20,000 Français qu'il allait attaquer a revers en tournant leur gauche. Ses trois corps coururent à l'Ourcq. Kleist passa sans obstacle le pont de Lizy, déjà ses avant-postes étaient au-delà de la Thérouanne quand Mortier, leur faisant face, les rejeta sur la rive gauche de ce ruisseau. Kleist se mit en bataille , mais les deux maréchaux étaient réunis. Ils débouchèrent par Guc-à- Trème, débordèrent le général prussien sur la route de Lizy et le menèrent battant jusqu'à Fulaincs.

Cet échec déconcerta Blucher: dominé par la crainte de Napoléon, il fît repasser la Marne à York, détruisit le pont et abandonna définitivement la route de Châlons sans être assuré de celle de Soissons; mais il donna l'ordre à Winzingerode et Bulow de marcher en toute hâte sur cette dernière ville, en même temps qu'il disposa une attaque générale contre les deux maréchaux.

Les quatre corps marchèrent sur l'Ourcq : Sacken pour se borner à une démonstration à Lizy, Kleist, York et Langeron pour forcer le passage à Neufchelles, Crouy, Gesvres; déborder la gauche des Français et s'asseoir victorieux sur la chaussée de Soissons. Toutes ces colonnes , trouvèrent les ponts rompus , partout les deux maréchaux étaient en mesure et la journée se passa en tentatives infructueuses.

Le lendemain Kleist prit plus haut son point de départ, il passa tout entier par Fulaines pour attaquer Neufchelles, les autres corps allaient seconder son mouvement quand Napoléon parut sur la Marne avec Ney, Victor et deux corps de cavalerie (22,000).

A peine informé de la marche de Blucher, Napoléon s'était élancé par la traverse d'Hcrbissc à Sézanne puis à la Ferté-Gaucher et enfin à la Ferté-sous-Jouarrc. Les chemins détrempés par la pluie avaient ralenti ses pas, il ne trouva plus d'ennemis sur la rive gauche, et ne doutant point de la prompte retraite de son adversaire, il envoya Victor s'assurer de Château-Thierry où lui-même résolut de se rendre par la Fertésous-Jouarre dont il se hâta de rétablir le pont.

Ainsi Blucher, sans ligne de retraite, était embourbé dans des chemins vicinaux entre l'Ourcq et la Marne, au moment où c canon de Napoléon lui annonça que l'offensive ne lui appartenait plus. A tout événement il fallait se replier sur Soissons , il y courut en deux co-

lonnes qui gagnèrent Oulchy par Ancien ville et Neuilly-Saint-Front. Klcist se retira péniblement et ne repassa point sans perte le pont de Fulaines poursuivi par les deux maréchaux qui poussèrent jusqu'à Mareuil.

Cependant aussitôt que le passage de la Marne fut praticable, Napoléon se concentra à Château -Thierry. Son but était de côtoyer Blucher par la route de Fismes, de le déborder, de le prévenir aux bords de l'Aisne et de le faire suivre, l'épée dans les reins, par Marmont et Mortier qui traversèrent la Ferté-Milon , culbutèrent à Neuilly-Saint- Front l'arrière - garde ennemie, et reprirent à Oulchy la chaussée de Soissons.

Rien déplus critique que la situation de l'armée de Silésie; acculée à l'Aisne, débordée par sa droite, séparée des corps de l'armée du Nord, elle allait être obligée de soutenir la bataille avec tout le désavantage d'une mauvaise position et à forces à-peu-près égales. Mais la fortune n'était point lasse de favoriser la coalition. La gelée raffermit subitement les chemins défoncés où Blucher eût dû perdre son matériel , et dans la journée même où se préparaient les mouvemens décisifs qui devaient l'entasser sous les remparts de Soissons, Bulow et Wiuzingerode réunis, attaquèrent cette ville parla rive droite de l'Aisne. Le général qui la commandait, malgré le bruit croissant de la canonnade, malgré le désespoir de sa troupe, se rendit par capitulation.

Cette même forteresse qui devait arrêter l'armée en retraite lui servit de tête de pont pour $.e mettre en sûreté au-delà de la rivière et pour présenter une barrière inexpugnable aux assaillans. L'heureux fi ld-maréchal, désormais à la tête de joo,ooo hommes, maître du cours de l'Aisne pouvait à son gré contenir les Français ou reprendre l'offensive.

Un cri de découragement s'éleva dans l'armée. Napoléon seul ne désespéra point de la campagne; il fit paraître les décrets de Fismes qui appelaient la nation aux armes, et il prépara ses 4<>,ooo hommes à enlever une position qui permettait aux ennemis de s'attacher à ses pas s'il était forcé de se rabattre encore une fois sur la Seine.

L'état des affaires de ce côté laissait quelques jours pour manœuvrer contre les Russo-Prussiens. Ceux-ci étaient rangés , en première ligne , de Soissons à Vailly. Sacken (i5,ooo), de Vailly à Béry-au-Bac; Winzingerode (33,ooo) avec des avant-postes à Braisne; en seconde ligne le reste de l'armée à Crouy, Vuliery , Nanteuil et Chavignon. Napoléon ne pouvait songer à les forcer de front; mais dans quelle position son génie manque-t-il de trouver des ressources ? En transportant sa ligne d'opération sur la route de Reims à Laon quelques marches en arrière

tlû GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

suffiront à le ramener sur le ûanc droit de l'armée dd Bohême, si Schwarzenberg devient trop pressant, et il n'a qu'un pas à faire en avant pour tourner la gauche de Blucher pour la forcer d évacuer Soissons en menaçant de le prévenir à Laon.

L'exécution de cette belle et simple combinaison était délicate, il fallait éviter de se démasquer par un mouvement général, il fallait se débarrasser des eclaireurs que Winzingerodc avait placés à Braisne, il fallait dégager Reims qui était encore occupé par l'ennemi.

Napoléon pourvut à tout. 11 prescrivit à Mortier et Marmont une forte démonstration contre Soissons; en même lemps deux détachemens furent chargés d'enlever au pas de course Braisne et Reims.

Les deux maréchaux échouèrent devant Soissons, mais Grouchy déblaya l'espace entre l'Aisne et la Veslo et Corbineau, passant cette dernière rivière à Saint-Brice, coupa à la Neuvilletle la route de Laon, se rabattit sur Reims, enveloppa la garnison russe et lui fit déposer les armes.

Blucher prit complètement le change, il crut recevoir une attaque directe, il crut reconnaître qu'on voulait forcer l'Aisne à Vailly. Ses co-» lonues se rapprochèrent de ce bourg et s'échelonnèrent à gauche par Ostel, Braye, Cerny; à droite par Main, Pargny et l'Ange-Gardien. Pendant qu'elles opéraient leur mouvement , Napoléon lança son avantgarde sur Béry-au-Bac. Elle s'empara du pont, mais ce n'était pas assez , il était indispensable de saisir le nœud des routes de Laon et du chemin de traverse qui les réunit à celle de Soissons. Toute l'armée presse le pas : Ney , Victor, la cavalerie passent l'Aisne; Marmont, Mortier se hâtent d'arriver à Béry-au-Bac ne laissant devant Soissons qu'un faible détachement.

Blucher appuya promptement à gauche, mais comme il s'était laissé surprendre, il se laissa devancer. Sa tête de colonne parut sur les hauteurs de Craone au moment où Ney, débouchant do Corbeny par le flauc gauche, se porta à Bouconville et Oaonelle, Les avant-postes ennemis ne tinrent pas devant la garde, ils furent culbutés , rejetés au-delà du ravin qui longe les villages d'Aillés et de Vassogne. Tout était en émoi dans l'armée coalisée, Rleist , Langeron coururent par Clievrigny au défilé de Féticux; York, Bulow se dirigèrent sur Laon et, pour couvrir leur marche (a3,ooo), Winzingerode se rangea s ;r le ravin d'Aillés, la gauche appuyé aux collines qui commandent la vallée de la Lette, soutenue en seconde ligue par Sarken qui prit position à Bray.

On se mit en mesure de les déposter, d'ouvrir le chemin de l'Ange- Gardien de mauière à tourner Soissons et à envelopper Laon, Ney et Victor reçurent ordre d'engager le combat.

Au premier choc les Russes firent bonne contenance, et par trop d'impatience Ney leur donna prise sur lui. Sans attendre son collègue il sortit en deux colonnes du bois de Saint-Martin où il s'était établi la veille, et se mit à gravir le coteau d'Aillés dans l'espérance d'enlever d'emblée ce village, de déborder rennerni par sa gauche et de décider, d'un seul coup, de la journée. Accueilli par une terrible fusillade, il fut repoussé. Alors la cavalerie chercha à déboucher du ravin pour le charger à fond: mais la droite de Victor se portant à Vaucler, mais l'artillerie de la garde se mettant en batterie au centre et s'opposaut au déploiement de la cavalerie ennemie, rétablirent le combat. Cependant le centre, la gauche de Victor, la cavalerie et une division de Mortier entrèrent successivement en ligne et firent tourner la chance. L'extrême gauche péuétra dans Ouche, Mortier força le débouché du grand chemin au moment où , par un nouvel effort , Ney se logeait dans Ailles. Woronzof fut trop rudement rompu pour pouvoir se reformer, il entraîna Sackcn dans sa déroute. Ney l'atteignit vers Bray, le coupa en deux et rejeta sa gauche au-delà de la Lette. Le reste s'appuyant sur Sacken , s'arrêta à l'Ange-Gardien où il rallia la garnison de Soissons. L'armée victorieuse prit position d'Ostel à Filain.

Telle fut la bataille de Graonc, bataille sanglante qui coûta aux ennemis 5ooo hommes, et aux Français 4ooo soldats d'élite, Victor, blessé grièvement, quitta l'année et fut remplace par Charpentier. La reprise de Soissons fut le prix de la victoire. Maintenant le cours de l'Aisne pouvait contenir l'armée de Silésie , mais Schwarzenberg n'avait encore passé ni la Seine, ni l'Yonne. Sa lenteur fit naître de nouvelles combinaisons. Si, avant de retourner à lui, l'on s'empare de la montagne de Laon , si une victoire signalée livre celte position qui barre les routes du nord, Blucher hors de combat, rejeté du champ d'opérations doit être ensuite tenu en échec assez long-temps pour donner le loisir de tenter une manoeuvre décisive contre l'armée de Bohême.

L'attaque de Laon fut résolue. Napoléon conduisit par la route de Soissons les corps de Ney, Mortier et Charpentier; Marmont s'avança par la route de Reims.

Blucher était ainsi rangé : Bulow, au centre, occupait la ville et les villages de Séroilly et d'Ardon; Langeron, Sacken, Wiuzingcrode s'étendaient à droite au-delà delà Neuville; Klcist, York, formaient deux lignes entre Vaux et Athies. De forts détachemens occupaient Etouvelle et Fétieuxoù les chaussées resserrées, l'une par un bois impraticable, l'autre par un vaste marais, forment deux longs défilés.

Contre une armée triple de la sienne et si birn postée, Napoléon essaya d'abord une surprise. Il fit tourner, pendant la nuit, au travers

de Chayellois !e marais d'Étouvellc, par son officier d'ordonnance Courgaud, à qui il prescrivit de s'emparer brusquement de ce dernier village. Lorsque le temps présume de sa marche fut écoulé , Ney fonça inopinément par la chaussée : les postes ennemis culbutés lui abandonnèrent Étouvelle; mais Gourgaud, qui eût dû leur fermer l'issue du défilé, s'était égaré dans l'obscurité. Us s'échappèrent; ils allèrent porter l'alarme parmi le gros de l'armée qui se mit en bataille. Aussi lorsque la cavalerie, débouchant à toute bride par'kla trouée que Ney venait de faire, dans l'espoir d'enlever d'élan la montagne sur laquelle s'appuyait Blucher, celui-ci était sous les armes.

Toutefois cette tentative d'un coup de main n'était point la seule combinaison de l'empereur. Elle servait même à masquer sou véritable dessein. La montagne de Laon se termine, au nord , par un coteau à pic, au pied duquel la route de Flandre et celle de Reims se croisent dans Vaux. L'occupation de ce gros village par la colonne que Marmont amenait deCorbeny, n'eût donc laissé à Blucher de retraite que par La Fère, et il eût été obligé ou de s'y replier, en évacuant le champ de bataille, ou de porter son effort contre Marmont et de s'exposer aux coups de la colonne commandée par l'empereur qui, dans l'un ou l'autre cas, se fût mis en possession de Laon. C'était donc par la droite que l'action devait s'engager; mais Marmont ne parut point et ce retard funeste força Napoléon à prendre l'initiative, de peur d'être lui-même rejeté au-delà d'Étouvelle. Il fit occuper Sémilly et Ardon par Mortier et Ney qui s'y établirent vivement. Il était temps ; Blucher se préparait à déborder sur tous les points, et l'on n'échappa à une attaque générale qu'en lui disputant, avec une rare opiniâtreté, ces deux villages qui masquaient le débouché de son centre. Lorsqu'il s'en rendit maître, en même temps qu'il cherchait à tourner la gauche par Clacy , Charpentier entrant en ligne donna une nouvelle vigueur à la défense , il s'empara de Clacy ; Mortier reprit Ardon et les masses de l'ennemi furent admirablement contenues. Enfin Marmont ayant forcé le défdé de Félicux se déploya dans la plaine , en s'appuyant aux tertres boisés qui s'élèvent à droite de la route. Son intervention pouvait tout changer, il aborda York avec ardeur, le culbuta cl s'empara d'Athtes. On touchait à ce village de Vaux dont la possession eût encore été décisive. Mais la nuit qui approchait suspendit !c combat , mais le projet de Napoléon était dévoilé, et Blucher ayant pu sonder la profondeur des colonnes françaises, loin de dégarnir son centre qui était trop engagé, fit passer de sa droite, où Charpentier était sur la défensive, à sa gauche où la querelle devait se vider, les corps de Langeron et de Sacken. Ainsi appuyé, York, au moment où le feu avait partout cessé, crut pouvoir

Digihr — -y

CAMPAGNE DE lSiû. 513

hasarder une attaque de nuit : il tomba sur les bivouacs de Marmont, les surprit, les mit dans un désordre complet, les poussa comme un troupeau jusqu'à Fétieux où quelques chasseurs de la garde commencèrent à lui tenir têle et arrêtèrent sa poursuite; le maréchal ne put se rallier qu'à Corbeny.

A la pointe du jour Napoléon fut informé de ce désastre comme il se disposait à recommencer l'attaque. Jamais peut-être sa situation n'avait été plus périlleuse; la droite de sa colonne était débordée; il n'avait plus de retraite que par le défilé d'Etouvellc, où il courait le risque d'être acculé daus toutes les directions. 11 échappa à cet extrême danger par de vigoureuses démonstrations d'offensive. Mortier et Ney s'élancèrent sur Laon en même temps que Charpentier continua à défendre victorieusement Clacy. Le feld-maréchal craignant de perdre la clef de ses positions, arrêta ses deux ailes pour reporter son effort au centre où il fut long-temps tenu en échec. Enfin Napoléon , après s'être assuré qu'aucun mouvement ne menaçait de l'envelopper, donna le signal de la retraite. A la nuit l'armée , affaiblie de 45oo hommes, franchit le fatal défilé et se replia à Soissons. Marmont se rendit à Fismes.

Dans l'attente de nouveaux évènemeus, de tous points on fit halte. Blucher étendit ses cantonnemens sur la rive droite de l'Aisne jusqu'à La Fère et Noyon; ses postes poussèrent jusqu'aux portes de Compiègne. D'un autre côté Schwarzenberg ne passa point la Seine et Napoléon s'arrêta sur l'Aisne et la Vesle. Ce fut un étonnant spectacle que celui de l'armée française, réduite à moins dcGo,ooo hommes, disséminés de Soissons aux bords de l'Yonne, imposant à deux armées victorieuses, fortes chacune d'environ i ao,ooo hommes, et les tenant en suspens à ses extrémités. Sur ces entrefaites un corps récemment entré en ligne fit cesser toutes les hésitations. Saint-Priest, après avoir long-temps séjourné dans le Luxembourg, se porta enfin, en défilant devant les passages de l'Argonnc, gardés par la population en armes, à Vitry-le-Français. Là, il se renforça d'une brigade prussienne, puis il se mit en marche pour Reims, à la tête de i5,ooo hommes. Il menaçait cette ville depuis plusieurs jours et se laissait intimider par sa brave garde nationale, que soutenaient une poignée d'infanterie et un détachement de cavalerie, manœuvrant hors de ses murs, lorsqu'il prit la malencontreuse résolution de \'cnlevcr de vive force au moment même où Napoléon était à portée de lui faire payer cher sa témérité.

Il prit ou dispersa la garnison , il s'établit dans la ville et mit à che • val, sur la route de Soissons, la brigade prussienne dont les postes occupèrent Gueux et Ronay. A peine informé d'un incident qui ouvrait la

communication entre les deux armées ennemies et le séparait dé la Haute- Marne, Napoléon fit battre le rappel et courut écraser Saint-Priest. Il l'aborda dans Tinqueux , il l'accula, déjà meurtri, aux murs de Reims et le poussa bors de la ville sur la route de Laon. A la Neuvillette la tête de colonne des alliés, se croyant bors de péril, fut encore brusquement ebargée par la cavalerie qui, pendant le combat , avait rétabli le pont de Saiut-Brice pour se porter à toute bride sur leur ligne de retraite. Ce dernier eboe mit le comble à leur déroute , le général avait déjà succombé, le corps d'armée fut entièrement dispersé.

Le quartier général s'établit à Reims. Mortier à Soissons , Marmontà Béry-au-Bac , furent opposés à Blucber; Ney occupa Cbâlons; Vincent, avec un détacbement d'infanterie et do cavalerie , prit position à Epernay. Les postes ennemis échelonnés sur la Marne, se renfermèrent dans Vilry, et l'armée française reçut le renfort, bien précieux, d'une division de 6000 hommes tirée des places des Ardennes.

Vf.

fis ma oïbjutioss sua la. seine et l'aube.

Corolwl de IUr-Mir-Aubc {■*•; février)— Cwulial de Laubreaul (3 mar»),— Passage de USeinopar In foaliws — Combat de Léchelle { 16).— Marche de Napoléon (17 à 19).— Bataille d'Are U- .Mir-AidM- (ao-jii).

Au sortir de Troves, les corps français commandés en chef par Mardonald, poussèrent jusqu'à l'Aube. Schwarzenbcrg disposa d'une partie de ses forces pour contenir Augereau, puis il fit volte-face. Oudinot était alors en position à Aillcville, Arsonval et Doleucourt, sa cavalerie et son artillerie n'avaient pas encore passé la rivière; Gérard occupait Bar, et Macdonald s'étendait deClairvaux à la Fcrté-sur-Aube. W urtetnberg et Gyulai (4a,ooo) se déployèrent devant ce dernier marc-

chai; dcfW rède (09,000) marcha contre'Gérard, Wittgenstein (a 1 ,000) contre Oudinot. Celui-ci était chargé de tourner l'extrême gauche des Français, de leur enlever le pont de Dolencourt sa seule retraite, de rejeter l'aile gauche sur le centre et de les acculer l'un et l'autre aux murs de Bar. Il fallait toute la fermeté de troupes éprouvées pour résister à une attaque imprévue, soutenue de moyens si formidables. Maigre le désavantage de la position, malgré l'absence de leur artillerie, elles repoussèrent toutes les charges de l'ennemi et réussirent à passer l'Aube en bon ordre. La retraite générale s'opéra sur Troyes; cependant Macdonald n'évacua Bar-sur-Seine qu'à la suite d'un vif engagement. Oudinot, arrivé le premier sous les murs de Troyes, se rangea autour de la ville et laissa en arrière-garde, à Bourenton et Laubressel, Gérard qui fut attaqué à-la-fois par Wittgenstein et de Wrède, Gérard cédant à des forces si supérieures, se retira à Saint-Parre-aux-Tcrtres et Macdonald survenant parla rive gauche de la Seine, ordonna d'évacuer la ville. On recula pied à pied jusqu'à Nogent et Bray; Allix ne quitta pas Auxerre, et les coalisés, se déployant dans le même ordre que précédemment, prirent leurs quartiers entre la Seine et l'Yonne sans chercher à forcer le passage de ces deux rivières.

Ils restèrent immobiles pendant dix jours, au bout desquels Schwarzenherg , présumant que Saint-Priest, en s'établissant solidement à Reims, interdirait à Napoléon le retour sur Epernay et Châlons, ordonna un mouvement contre la gauche de Macdonald clans le but de dégager la route de Sézanne et d'éclairer celle de Château-Thierry.

Witlgenstein passa l'Aube et la Seine à Anglure et Pont; après quoi, il replia de Villenoxe- la-Grande les avant-postes français, et déboucha par Châlantre sur Saint-Martin de Chenestron , tournant ainsi la forêt de Sordun dont il faisait cependant observer l'entrée directe. Il engagea à Lcchellc un combat avec le corps d'Oudinot qui resta maître de la position. Néanmoins Macdonald , de peur d'être débordé, fit un changement de front en arrière sur sa droite en passant par Montercau, Donnemarie et la Maison-Rouge. La cavalerie, pour flanquer l'aile gauche, occupa en masse Rouilly et Cucharmois.

Mais Schwarzenberg apprit en ce moment la déroute de Saint-Priest et l'arrivée de Ncy et de Vincent à Châlons et Epernay. Il ne douta point que Napoléon n'eût dessein de manœuvrer sur son flanc droit, et il rappela toutes ses forces pour les échelonner sur l'Aube et les opposer, groupées d'une manière compacte, aux têtes des colonnes dont il pressentait le retour. Quelques postes restèrent sur la Seine et l'Yonne et de fotts partis furent jetés sur toutes les avenues de la vallée de la Marne.

Sa circonspection , celle de Blucher qui, au bruit du combat de Reims, croyant voir l'empereur tomber au milieu de ses cantonncmens, se concentra de nouveau autour de Laon , précipitèrent le dénoûment de la campagne.

Napoléon crut saisir le moment où l'armée de Silcsie perdait son temps en dispositions défensives, pour surprendre Schwarzenberg en se rabattant sur la Seine. Il évacua Reims par la route d'Epcrnay , confiant à Marmont et Mortier le soin d'observer l'armée de Silésic. Lorsqu'il eut réuni sur la Marne cette troupe d'élite qu'il portait de l'une à l'autre armée ennemie et qui se trouvait alors réduite à 16,000 hommes, il la fit avancer sur Arcis et sur Plancy ; lui-môme prit cette dernière direction pour être plus à portée de Macdonald. Pendant qu'il cherchait le côté vulnérable de son adversaire, celui-ci ralliait ses avantpostes et continuait à se replier par sa droite. Aussi lorsque l'avant-garde fut parvenue au pont de Plancy, elle le trouva à peine gardé par quelr ques cosaques qui s'enfuirent à Pouan; elle passa, sans coup-féiir, celui de Méry; enfin elle pénétra jusqu'à la route de Nogent à Troyes où elle vit disparaître, vers cette dernière ville, l'extrême arrière- garde de l'ennemi. On s'élança sur ses traces saus pouvoir l'atteindre, on ne lui prit qu'un équipage de pont.

C'était un cruel mécompte. Schwarzenberg éludait une attaque de flanc , et il était douteux que désormais il donnât prise en laissant des intervalles entre ses colonnes. Napoléon cependant résolut de teuter encore la fortune, il laissa des détachemens à Méry, à Plancy, il appela à lui Macdonald et il se mit à remonter la rive droite de l'Aube pour côtoyer la marche du généralissime, et épier et châtier un faux mouvement.

Macdonald commença à déboucher, la gauche en tête, de Villenoxela-Grande sur Plancy. Au môme moment Schwarzenberg, croyant que l'armée entière se déployait par ce dernier bourg à la suite de l'avantgarde, opérait une contre-marche générale dans le but de la rejeter au-delà de l'Aube. Ses quatre corps étaient rangés de Troyes à Lesmont; ils convergèrent sur Plancy , la droite en longeant l'Aube (de Wrède) , la gauche par le chemin de Premierfait ( Wurtemberg et Gyulai ) , Je centre par des chemins intermédiaires (Rajewski remplaçant Wittgenstein soutenu par les gardes et réserves).

Le mouvement était à peine commencé lorsque Napoléon parut à Arcissur-Aube. Ses éclaireurs lui signalèrent l'ennemi. Au-dessus de la ville, sur la rive gauche de l'Aube, ou apercevait une masse d'infanterie vers Saint-Nabor et Ortillon, et la route de Troyes était couverte de cavalerie légère. Etait-ce l'arricrc-garde de Schwarzenberg qui faisait volte-

face pour masquer et assurer sa retraite ? C'est ce que Ton s'empressa de reconnaître. Ney, la cavalerie, passèrent l'Aube, pour prendre position aux grand et petit Torcy et sur la chaussée de Troyes ; mais les troupes ennemies marchaient en sens inverse de celui qu'on avait pu supposer. Celaient de Wrède et la cavalerie de Wittgenstcin qui revenaient sur leurs pas. Schwarzenbcrg ne balança pas à ordonner de culbuter les corps qui se jetaient inopinément au centre de ses opérations. La cavalerie française fut d'abord ramenée jusqu'aux maisons d'Arcis ; mais l'infanterie de la garde continuant à défiler rétablit le combat et lui rendit ses premières positions. Cependant de Wrède épuisa ses efforts devant le grand et le petit Torcy; écrase par le feu de Ney il ne revint à la charge que soutenu par les gardes et réserves; malgré ce puissant renfort, le maréchal ne put être entamé, l'action se prolongea très avant dans la nuit; enfin les assaillans renoncèrent à s'emparer du champ de bataille.

Pendant que l'aile droite et partie du centre de Schwarzeuberg , étaient si vigoureusement repoussée, l'aile gauche ne rencontra sur le chemin de Plancy qu'une brigade de cavalerie de la garde qui venait d'évacuer Méry pour se rendre à travers pays à Arcis. A la vue de l'ennemi cette brave troupe se mit en bataille à Règes résolue à se faire jour. Mais on manœuvra pour l'envelopper en débordant sa gauche et elle fu obligée de rebrousser chemin.

Ces évènemens indiquaient assez que l'armée française, qu'on allait chercher à Plancy, était réellement échelonnée le long de l'Aube, que la tête de colonne venait de déboucher d'Arcis et que l'arrière-garde en était encore loin. Le généralissime était donc eu mesure d'opposer toutes ses forces à une partie de celles de Napoléon. Il saisit l'occasion , il rappela sa gauche, rangea plus de 100,000 hommes en demi-cercle par Orlillon, Chaudrey, Mcsgnil-la-Comtcsse , Nosay et prit enfin la détermination de frapper un coup décisif.

L'armée française, en effet, formait encore une ligne allongée: l'arrière-garde n'avait point dépassé Conllans, Oudinot seul approchait d'Arcis et au point du jour Napoléon , n'avait que 3o,ooo hommes à déployer autour d'Arcis.

Lorsque aux premiers coups de feu il eut reconnu qu'il avait en présence une armée entière, il ne combattit plus que pour éviter d'engager la mêlée et pour assurer la retraite. Il y réussit en dépit de longs et puissans efforts. L'aile droiteen définitive contint l'ennemi, et l'on passa, santfdésordre mais non sans perte, les ponts de l'Aube qui furent incendiés.

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