OPERATIONS SUR LA MÉDITERRANÉE
inutile sommation, on commença (27) un bombardement que le gros temps interrompit. L'amiral fit rentrer la Hotte à Toulon où elle se ravi» tailla , puis il reparut sous les murs de la ville dont la soumission eût entraîné celle de l'île entière. On jeta sur le rivage (14 février) des troupes, de l'artillerie; mais comme on se portait à une attaque de nuit, que devait soutenir le feu des vaisseaux, deux, des colonnes par une funeste méprise, tirèrent l'une sur l'autre. Une terreur panique les saisit en même temps: tout fut entraîné, tout s'enfuit vers la plage où l'on arriva entièrement désorganise (i). Lorsque le jour (1 7) vint à poindre, une nouvelle tempête assaillit la flotte; trois bâtimens échouèrent, d'autres furent rudement avariés. 11 fallut (ao) rembarquer la troupe et s'éloigner sans retour (a a).
Sur ces entrefaites , le cabinet britannique s'étant déclaré , l'on fut réduit à la défensive. Peu après, les luttes entre la Gironde et la Montagne agitèrent tout le midi. Le célèbre Paoli voulut profiter des circonstances pour assurer l'indépendance de la Corse ; il souleva les campagnes (avril 1 7q3) et commença contre les partisans de la France de vives hostilités. Les Anglais aussitôt survinrent , mais à la suite d'une infructueuse attaque contre Saint- Florent, leur flotte s'éloigna appelée par les insurgés de Toulon qui livrèrent follement , à ces prétendus alliés, la ville et le port où 3i vaisseaux de ligne et a 5 frégates étaient renfermés. Forcés, par les habiles conceptions de Bonaparte, d'abandonner précipitamment leur facile conquête, ils s'emparèrent de 17 voiles, pillèrent ou détruisirent les magasins de la marine, mirent le feu à l'arsenal et incendièrent dans la rade 11 bâtimens parmi ceux qu'ils n'avaient point eu le temps d'enlever (19 décembre).
Après avoir tiré de leur défaite une si terrible vengeance, les troupes de débarquement prirent terre en Corse; soutenues par ao vaisseaux, elles portèrent à l'insurrection un secours non moins efficace que perfide. Les républicains renfermés dans les places, perdirent dans le mois d'août 1794 leurs dernières positions. Mais les espérances de Paoli furent cruellement déçues; les vainqueurs s'emparèrent de l'île dont Georges III fut proclamé roi, et le citoyen qui avait rêvé l'affranchissement de sa patrie, ne tarda pas à se condamner à un éternel exil.
La possession de la Corse était d'une grande importance pour les flottes anglaises. Les rades de Saint-Florent et d'Ajaccio leur offraient des relâches assurées et leur permettaient de tenir en état de blocus les côtes de la Provence et du comté de Nice. Cependant l'escadre française , formée à grand'peine des débris échappés au désastre de Toulon , essaya
<i) Voir la nolo à la page précédente.
de tenir la mer. Elle sortit forte de a4 voiles, commandée par le contre-amiral Martin (3 mars 1 795) à la recherche des ennemis qui étaient alors à Livournc. Au début de cette croisière (7), elle captura, en vue de Saint-Florent, un vaisseau de 74, puis elle se rabattit vers la rivière de Gènes. Six jours après, au moment où un coup de vent venait de jeter au loin deux vaisseaux de haut-bord , elle se heurta ( 1 3), non loin d'Alessia , contre 23 bâtimens sous l'amiral Hotham. Martin ne songea qu'à éluder un engagement général : il y réussit, mais il eut la douleur de perdre deux vaisseaux de sou arrière-garde que le vent avait endommagés et qui, n'ayant pu suivre le mouvement de la flotte, se rendirent après une glorieuse résistance.
On rentra dans Toulon où Ton recul un renfort de six vaisseaux venant de Brest et Ton appareilla une dernière fois. Mais à la suite d'un combat douteux livré (1 3 juillet) près des îles d'Hyères , où l'on perdit encore un vaisseau, on renonça au dessein de tenir tête à des forces dont la supériorité n'était pas contestable, et l'on se borna à favoriser par des escadres légères d'intrépides corsaires qui soutinrent avec plus de succès la lutte.
Cependant les Corses supportaient impatiemment le joug des Anglais, lorsque Bonaparte maître de la Lombardie, poussa des détachemens de sa droite jusqu'en Toscane; les exilés du parti français se réunirent à Livourne et'se jetèrent sur les côtes de leur patrie (octobre 1 796) où leur apparition fut le signal d'une insurrection unanime. I^es Anglais évacuèrent l'île qui reprit sans hésitation le drapeau de la république.
L'année suivante (mai 1 797) l'armée d'Italie prit possession de Venise , elle y trouva 1 1 vaisseaux de 64 et 1 a frégates qui furent envoyés à Toulon ; elle en composa une escadre qui jeta dans les îles Ioniennés, sans contestation, une garnison française. Ces évenemens préparèrent l'expédition d'Egvple. On a vu (page 173) la fatale catastrophe d'Abouqir. Bonaparte de retour en France (7 janvier 180 1) fît sortir de Brest une escadre sous le contre-amiral Gantheaume, destinée à recruter et à ravitailler l'armée d'Orient. L'amiral réussit à passer le détroit de Gibraltar et à faire quelques captures; mais il reconnut l'impossibilité de percer à travers des forces supérieures, jusqu'au mouillage d'Alexandrie et il relâcha dans Toulon. Les Anglais le suivirent et le bloquèrent, mais les évènemens de Naples les attirant au midi delà Péninsule, ils lâchèrent prise et Gantheaume se hâta de gagner une seconde fois l'Egypte. Il y futencore prévenu, et il revint enfin en France (3o juin) après quelques glorieux incidens qui lui livrèreut plusieurs vaisseaux ennemis.
L'incflicacité de ces cflorls engagea le premier consul à invoquer le secours du gouvernement espagnol. Il en obtint une escadre de six vais-