‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 69 sur 120 · OCÉAN ATLANTIQUE · texte numérisé non relu

OCÉAN ATLANTIQUE

I^îs escadres des cotes de l'ouest furent employées d'abord à intercepter les communications entre la marine anglaise et les Vendéens. Leurs stations dans les parages de la Loire inférieure ne donna lieu à aucun fait militaire. Dans les derniers jours de 1793, la flotte de Brest révoltée rentra dans le port. Là les commissaires conventionnels lui donnèrent une nouvelle organisation ; ils changèrent tout l'état-major et ils élevèrent au grade d'amiral, Villaret- Joyeuse, capitaine de vaisseau , plus remarquable cependant par ses talens que par son exaltation politique.

Sa première mission fut de se porter , avec jtG voiles, au-devant d'un convoi que le contre-amiral Vau-Stabel ramenait des Etats-Unis. On lui prescrivit de se borner à faciliter la rentrée de cet approvisionnement que les circonstances rendaient bien précieux, on lui recommanda d'éviter tout engagement et le représentant Jean-Bon Saint-André monta à bord du vaisseau amiral, pour surveiller ses opérations. Huit jours après son départ od signala la flotte anglaise. Les équipa-

ges se composaient en grande partie de soldats de l'armée du Nord. A la vue de l'ennemi, ils couvrirent les ponts, les hunes, les cordages et firent entendre un long cri de joie. L'amiral n'ignorait pas que dans une bataille navale l'enthousiasme ne suffit point : il annonça le dessein de suivre ses instructions; mais Saint-André, électrisé lui-même par l'ardeur qui éclatait si hautement, prit sur lui d'ordonner le combat. Pendant deux jours ou n'eut que des chocs partiels. Villaret espérait satisfaire à tout en faisant résonner son canon sans engager la mêlée, et l'amiral anglais, lord Howc, cherchait de son côté à gagner du temps pour reprendre le vent et rallier quelques vaisseaux. Cependant une brume épaisse enveloppa les deux flottes et retarda jusqu'au Ier juin t7()/| (i3 prairial j la lutte décisive.

lorsque enfin le ciel se fut éclairci , on reconnut que les Anglais avaient saisi l'avantage du veut et qu'ils déployaient a6 vaisseaux de haut-bord et 11 frégates. Us manœuvrèrent en outre avec une supériorité qui ne leur était que trop habituelle. Néanmoins l'exaltation des républicains eut enchaîne la victoire saus le funeste conflit de l'amiral et du représentant.

L'ennemi attaqua obliquement en portant son effort contre la gauche delà ligne française qui ne tarda pas à être accablée. La mêlée devint horrible et des scènes d'un courage, jusque alors inconnu, signalèrent cette mémorable journée. Le vaisseau amiral , la Montagne, aux prises avec cinq bâtimens anglais, les contraignit enfin de s'éloigner; et le Vengeur, désemparé, criblé de boulets, prenant l'eau de toutes parts, ' donna l'exemple du plus sublime héroïsme. « Les généreux marins qui « le montaient au lieu de chercher à sauver leur vie en se rendant au « moment où le vaisseau coulait bas , déchargent leur dernière bordée « quand les derniers canons sont à fleur d'eau. Us reviennent ensuite « sur le pont, attachent le pavillon de peur qu'il ne surnage et les bras « lovés vers le ciel, agitant en l'air leurs chapeaux, ils descendent « comme en triomphe , aux cris mille fois répétés de vive la république! a vive la liberté! vive la France! dans l'abîme qui devient pour eux la « plus glorieuse des sépultures ». {Victoires et Conquêtes)

Lue résistance si opiniâtre avait cruellement maltraité les bâtimens anglais et la droite de Villaret n'avait point donné; en virant de bord, elle les eût surpris dans leur désordre et eût changé la fortune. L'amiral (a) voulut faire le mouvement décisif; le représentant , dont le courage paraissait ébranlé, ne le permit point; il laissa lord Howe capturer six voiles de la gauche, seul trophée qui l'autorisât à s'attribuer la victoire.

Les Anglais cinglèrent vers Portsmouth. Villaret manœuvrant pour

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