OPERATIONS SUR L'OCÉAN ATLANTIQUE
rentrer à Brest, rencontra une seconde flotte ennemie comme elle cherchait à rallier la première. Sa présence la fit fuir à toutes voiles et cette circonstance sauva le convoi qui, deux jours après, mouilla dans le port de Brest.
Les Français prenaient leur revanche dans les expéditions confiée aux escadres légères. Au mois de septembre 7 voiles se portèrent contre les établissemens anglais de la côte dé Guinée , les surprirent, les ruinèrent et coulèrent bas plus de aoo navires. Mais les flottes ennemies conservèrent toujours l'ascendant. L'armée navale de Villaret-Joyeuse, après avoir fait sur les côtes de la Bretagne, pendant le rude hiver de ( 794 f une croisière pénible où les tempêtes lui enlevèrent quatre vaisseaux, se heurta à la fin du printemps suivant contre les Hottes qui escortaient le débarquement de Quiberon. L'amiral manœuvra pour éviter le combat mais les vents le rejetèrent sur Belle-lsle, au moment où les vaisseaux anglais s'y trouvaient réunis. Ceux-ci commencèrent l'attaque ( a3 juin I7Q5), prirent trois voiles et poussèrent les Français dans le port de Lorient. Trois mois après, des divisions détachées sur les côtes d'Espagne et dans le golfe de Gascogne, capturèrent 92 bâtimens richement chargés, provenant des échelles du Levant et de la Jamaïque. Mais c'étaient de faibles compensations à de grands désastres.
L'année suivante, on dévasta les pêcheries anglaises de Terre-Neuve, et dans le mois de décembre, l'amiral Morard de Galles, sortit de Brest avec 4* voiles , transportant 1 6,000 hommes , commandés par Hocbe , destinés à soulever l'Irlande où les esprits étaient préparés à un? révolution (page 159). Dès le départ, par une suite de malheureux ir> cidens, la flotte fut dispersée. Elle se rallia à l'exception de quatre bâtvniens y compris la frégate que montaient l'amiral et le général en chef. Malgré leur absence, on fit voile pour la baie de Bantry où l'on devait débarquer. Les vents ne permirent point de prendre terre et rejetèrent au large l'armée dont Hoche apprit l'éloigiicment en arrivant au rendez-vous. Il se décida à rentrer à Brest et l'on perdit au retour deux vaisseaux ; quatre autres voiles échouèrent ou sombrèrent en pleine mer.
A cette époque, l'Espagne et la Hollande étaient alliées à la république et lui avaient prêté le secours de leurs flottes. Elles furent toutes deux défaites, celle des Espagnols au cap Saint-Vincent le 17 février 1797; relie du gouvernement Batavc, en vue de Camperdun, sur les côtes de la Hollande le 1 ! octobre suivant.
L'expédition d'Egypte attira dans la Méditerranée les forces républicaines, et l'Océan, jusqu'à l'établissement de la première flottille de Boulogne, ne fut le théâtre d'aucune grande manœuvre; mais il s'y
m GUERRES DE LA RÉVOLUTION
livra une multitude de combats où le courage individuel eut plus de chances que dans les rencontres générales et qui furent presque tous glorieux pour la marine française.
Dans l'intervalle entre les traité:; de Lunéville et d'Amiens une flottille et quelques bataillons furent réunis à Boulogne. Le cabinet de Londres prît l'alarme et donna Tordre à Nelson d'anéantir cet armement. \jc célèbre amiral échoua deux fois fi" et i5 août 1801) et ce mauvais succès ue fut pas sans influence sur la prompte conclusion de la paix.
A la reprise des hostilités, le premier consul Ht d'immenses efforts pour triompher des vieux ennemis de la France. Pendant que ses armées (page 366) se rassemblaient autour de Boulogne, tous les ports, tous les chantiers de l'Ouest se mirent à l'œuvre et préparèrent uoe innombrable flottille destinée à transporter les troupes sur les côtes de l'Angleterre. Au printemps de 1804» environ uooo bûtimeus de diverses grandeurs, sortirent de plusieurs points du littoral pour se concentrer dans les ports à portée des camps , sous le commandement de l'amiral Bruix. Les croisières anglaises ne surent point s'opposera leur réuuton qui ne se fit cependant pas sans coup férir. Deux divisions débouchant l'une de Lorient, l'autre de l'Escaut, furent abordées près de l'île d'Houat (5 mai) et en vue de Flessingue (16); toutes deux repoussèrent avec succès les assaillans et la première eut la gloire de les désemparer, de les forcer à amener leur pavillon. Peu de temps après et à quatre reprises (du i5 juillet au a août) les Anglais bombardèrent le port du Havre où s'étaient arrêtées les embarcations construites sur la Basse- Seine. La ville souffrit, mais la flottille ne fut point endommagée; son feu contraignit l'ennemi à la retraite et au milieu de l'été le ralliement était complètement opéré. Bruix se couvrit d'une bonne ligne d'embossage et, pendant six semaines, il déjoua toutes les tentatives dont la flottille fut l'objet. Cependant l'amiral anglais (Keith) préparait contre le port de Boulogne une attaque formidable. Le ier octobre on signala 5a batimens, dont moitié environ furent reconnus pour des brûlots. On se mit aussitôt en mesure, on brava l'explosion des machines infernales qui ne produisit qu'un médiocre effet, et le lendemain on se disposait à canonner vigoureusement l'escadre quand le vent la rejeta au large.
La flottille était victorieuse, mais les mouvemens combinés des flottes pour lui prêter secours échouèrent, et la marche des Autrichiens en Bavière fit abandonner les projets contre la Craude- Bretagne.
Près de cent batimens de guerre devaient faire voile à-la-fois et coordonner leur marche de manière à produire de grandes diversions loiu-
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taines et à revenir les premiers dans les parages «le France. Partagés en trois escadres, ils devaient partir de Toulon (Villeneuve), de Rochefort (Missiessy), de Brest (Magon). Ils devaient rallier la division de Cadix (Dumanoir) , débloquer celle du Ferroi , intercepter la route des Grandes-Indes, menacer les Antilles, puis se rabattre rapidement en Europe et balayer le canal de la Manche.
Missiessy entra le premier en opération. Il mouilla à la Martinique (ao février 1 8o5) après quarante jours de traversée , et en attendant Villeneuve qui devait le rejoindre, il envahit les îles anglaises du Vent; puis, sur l'avis que l'escadre de Toulon n'avait pu tenir la mer, il revint à Rochefort (mars). Villeneuve, en effet, arrête par de violentes tempêtes relâcha pendant six semaines à Toulon. A son arrivée au rendezvous (i3 mai), il n'y trouva plus son collègue et il se disposait à continuer l'attaque des Antilles anglaises , lorsqu'il apprit l'apparition de Nelson. C'était le signal de son retour. Il fit voile pour l'Europe (8 juin), mais son habile adversaire le poursuivit , le prévint dans les positions qu'il eût dû prendre, cl se plaça de manière à lui barrer la route de Boulogne. Villeneuve cependant parvint sur les côtes d'Espagne, il attaqua, en vue du cap Fini>tère, la flotte qui bloquait les ports de la Gallice; mais à la suite d'un combat indécis (aa juillet) il fut obligé, par le veut , de relâcher daus les ports du Ferroi et de la Corogne où se trouvaient l 5 bâtimens espagnols et français.
Daus le même temps, lord Cornwallis tenait en respect l'escadre de Brest. Missiessy était observé à Rochefort et Dumanoir bloqué à Cadix. Les voiles françaises avaient donc à peine fait un pas vers leur réunion. Pour remonter au nord, Villeneuve devait écraser Nelson auquel avait pu se joindre la flotte du Ferroi. Avant d'attaquer le vainqueur d'Abouqir, l'amiral crut n'avoir point de meilleur parti à prendre que de rallier Dumanoir. H rentra donc à Cadix (22 août) à la tète de 33 vaisseaux de ligne; mais au lieu de surprendre et d'envelopper l'escadre ennemie, qui bloquait ce port, il lui permit de s'échapper. A celte faute, il ajouta celle de rester durant deux mois dans une inconcevable inaction. Cependant le gouvernement anglais se hâta de diriger sur Cadix tout ce qu'il avait de bâtimens disponibles cl pour les commander en chef l'iuviucible Nelson.
Lorsque enfin Villeneuve sortit du port pour offrir la fatale bataille de Trafalgar, les forces étaient à-peu- près égales de chaque côté. La flotte combinée déployait 4o voiles et les Anglais 33. On se heurta le ai octobre i8o5, quatre jours après la capitulation d'Ulm.
La victoire de Nelsou fut complète; il y trouva la rao;t, mais les alliés perdu eut 18 vaisseaux , leurs débris furent dispersés et l' Angleterre
dégagée déjà des arméniens de Boulogne , étendit désormais sur les mers un empire qui ne lui fut plus disputé.
Il suffît de rappeler l'époque de son triomphe pour en apprécier l'immense portée. Ce fut au moment où les merveilles de la campagne d'Austerlitz arrachaient encore les armes aux puissances continentales, qu'elle puisa dans un succès non moins merveilleux, l'énergie dout elle avait besoin pour se déterminer à prolonger la lutte.
AXTÏLLES.
La guerre déclarée par l'égalité au privilège, si vive en France, oîi il ne s'agissait cependant que de faire passer dans la loi un fait accompli par les mœurs, éclata bien autrement passionnée aux colonies ou elle s'en prit à des préjugés, à des intérêts que l'on croyait inattaquables. Si les blancs enivrés de l'espoir de se dégager des liens administratifs de la métropole, accueillirent avec transport les idées de droit naturel, ils ressentirent une inexprimable fureur lorsque, armés du même principe, les hommes libres de couleur, voués jusque alors à leur haine, à leur mépris, osèrent réclamer le titre de citoyens.
Au soulèvement excité par leurs prétentions, les mulâtres de Saint- Domingue comprirent qu'il fallait en appeler à la force. Leurs premières tentatives furent réprimées et les vainqueurs les puuirent cruellement. Les chefs de l'insurrection furent roués vifs, d'autres périrent ou furent jetés aux galères. Mais au fort de l'exaspération produite par ces affreux supplices, on apprit que l'Assemblée nationale avait décrété (i5 mai 1791) l'admission dans les assemblées coloniales des sangs mêlés, nés de parens libres. On protesta vivement contre cette décision suprême, qui plus tard fut rapportée (septembre) et il y eut hostilité entre les autorités de la colonie et les blancs; hostilité entre les blancs et les hommes libres de couleur.
Cependant les esclaves noirs que l'on croyait en dehors de ces ques-