‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 73 sur 120 · OPÉRATIONS DANS LES GRANDES-INDES · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DANS LES GRANDES-INDES

de l'île de France une nouvelle prise d'armes. Ce prince fut prévenu, le gouvernement britannique eut connaissance de ses démarches et en prit occasion (1798) de lui déclarer une dernière guerre qui se termina par sa chute et sa mort.

Une clause du traité d'Amiens devait rendre à la France Pondichéry. Elle ne fut point exécutée. L'amiral Linois, qu'on avait envoyé de Brest pour en prendre possession, trouva les Anglais dans une attitude hostile. 11 revint à l'île de France au moment où de nouvelles hostilités étaient flagrantes. Il commença alors une suite de croisières qui tirent éprouver à la compagnie d'immenses portes, mais dont la dernière eut pour issue un combat malheureux ou deux de ses vaisseaux [le Marengo et la Belle-poule) furent capturés (i3 et 14 mars 1806). A dater de cette époque les corsaires seuls continuèrent les hostilités auxquelles mirent fin la prise de l'île Bourbon (8 août 1810) et celle de l'île de France (4 décembre).

Durant celle année les Français perdirent l'accès des mers , et commença contre l'Inde anglaise une entreprise ignorée jusqu'à ces derniers temps, dont le récit rapporté par M. de Lamartine , frappe l'esprit d'un profond sentiment de surprise et d'admiration.

J*s déserts qui bordent l'Euphrate, le Tigre, l'Oronte, ceux de l'Arabie centrale sont parcourus par une population errante d'environ 4 millions d'âmes. Oo n'ignore pas quel rôle ont joué dans l'histoire du monde les races nomades à ces époques où leurs masses identifiées, pour de courts instans avec de grandes inspirations, se sont précipitées sur des nations décrépites dont elles ont changé la face. Le général en chef de l'armée d'Orient n'avait pu se rapprocher de l'un de ces puissans leviers, propres à remuer toute l'Asie, sans aspirer à le saisir. L'échec d'Acre, les désastres de 17991 en le rejetant en Europe, en le plaçant à la tête des évènemens les plus compliqués ne lui avaient point fait perdre de vue ces tribus divisées qu'une même passion pouvait réunir et faire mouvoir dans l'intérêt de la France. Pendant l'expédition d'Egypte, il s'était attaché, comme il savait s'attacher, un chevalier de Malte M. Lascaris de Vintimille, et il lui avait reconnu l'aptitude, l'énergie que nécessitait une mission détaillée dans les instructions suivantes :

i° Partir de Paris pour Alep; i° y chercher un Arabe dévoué, se l'attacher comme drogman; 3° se perfectionner dans sa langue; 4° a"cr * Palmyre; 5° pénétrer parmi les Bédouins; 6° en connaître les chefs et gagner leur amitié; 70 les réunir tous dans une même cause; 8° leur faire rompre tout pacte avec les Osmanlis; 90 reconnaître tout le Désert, les haltes, les endroits où l'on trouve de l'eau et des pâturages jus-

qu'aux frontières de l'Inde; io° revenir sain et sauf en Europe après avoir rempli cette mission.

Après plusieurs années d'études et de préparatifs, Lascaris, au commencement de 1810, partit d'Alep avec un jeune chrétien de celte ville nommé Fatalla Saycghir et s'enfonça dans le Désert. Les premiers pas furent difficiles , enfin il parvint à Palmyrc. Là il reconnut s non sans un vif chagriu, que la plus active des tribus du désert de Damas, influencée par Nasser, l'un des (ils du scheick Mehanna , était toute dévouée aux Osmanlis. Mais il apprit en même temps qu'au-delà de PEuphralc entre Bagdad et Bassora une tribu plus puissante obéissait à un chef ambitieux et brave, que d'anciens exploits contre le pacha de Bagdad avaient fait surnommer le Draghy (destructeur des Turcsv. Il revint sur l'Oronte et Saycghir se chargea seul de pénétrer sous les tentes du Draghy. Celui-ci indigné de l'alliance eutre les Turcs et Nasser, remontait le cours de l'Euphrale dans le dessein d'attaquer Mehanna. Sayeghir réussit à le rejoindre, à s'insinuer dans sa confiance, à lui inspirer la résolution de passer à la rive droite de PliupUrate et de se rapprocher de l'Oronto.

La guerre s'alluma vivement, toutes les tribus du territoire de Damas embrassèrent l'un ou l'autre parti. Mehanna Ait défait et rejeté en-deçà de l'Oronte. Il implora le secours des Osmanlis et le Draghy, à l'instigation de Sayeghir, se hâta d'appeler auprès de sa personue Lafscaris qui devint bientôt Pâme de toutes ses opérations.

Lorsque l'habile émissaire de l'empereur se fut assuré des talcus du scheick victorieux , il résolut de l'élever au commandement général des Bédouins, depuis Alep jusqu'aux frontières de l'Inde. Après l'avoir fasciné à l'aide de quelques expériences chimiques, il lui persuada que la brillante comète de 181 1 n'était rien moins que son étoile, présage certain de sa suprême puissance.

Le Draghy était très disposé à se livrer aux projets les plus ambitieux; il crut sans peine à sa grandeur future, il recommença la guerre avec une nouvelle ardeur, intimida ou séduisit Soliman, pacha de Damas, écrasa Mehanna, cl soit force, soit conviction, entraîna dans sou alliance tous les chefs de la Syrie. Les Wahabis , tribu de la partie occidentale du Désert, intervinrent alors conduits par Abou-Noeta , clif f noir d'une réputation formidable. Le Draghy courut à ce nouvel ennemi, l'atteignit à trois journées de Palmyrc, le mit en déroute et le rejeta en Arabie. Après cet exploit il retourna dans ses cantoutiemens habituels où il avait à se ménager l'amitié de ses voisins. Ceux-ci, excités par Ebn-Silioud, roi des Wahabis, s étaient mis sous les armes. Il fallut combattre et négocier encore, mais tous finirent par promettre de faire ^ause commune avec lui.

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