OP£KATIONS DANS LES GRANDES-INDES
Au printemps de Tannée suivante (1812) le Draghy revint en Syrie où le$ esprits étaient singulièrement agités. Le bruit courait qu'une princesse anglaise arrivée à Damas, avait chaugé les dispositions des Turcs, qucMehanna l'avait conduite à Palmyre et qu'elle avait été prodamée reine des Bédouins. On annonçait une coalition entre Mehanna, l« s Wahabis et les gouverneurs turcs des villes de POronte. Emu de ces nouvelles, Lascaris eut recours au pacha de Damas. Soliman plus cQVavé îles Wahabis que du Draghy, accorda à ce dernier un bouyourdi, portant qu'il devait être obéi comme chef suprême du Désert de Damas r! que loute alliance contre lui élait opposée à la volonté de la Porte. Mehanna se soumit, on sut que la prcleudue reine des Bédouins n'était qu'une illustre voyageuse (lady Stanhope) et Ton n'eut plus à combattre que les forces d'Iîbn-Sihoud , qui assiégeaient Palmyre, au nombre de 10,000 hommes: on marcha contre elles , on les défit encore et Ton rentra dans les campemens d'hiver.
Vint l'année r 81 3. Chose merveilleuse! dans le même temps qu'un million d'hommes exaltés se disputaient l'Allemagne, a3o,ooo Arabes et Osmanlis se heurtèrent sur les bords de l'Oronte mis aussi en action par l'influence du génie de Napoléon.
i5o,ooo guerriers Wahabis traînant avec eux leurs familles, inondèrent le désert de Damas résolus d'exterminer le Draghy et de châtier les Turcs qui lui prêtaient leur appui.
Jjcs alliés ne comptaient pas plus de 80,000 combattans qui se retranchèrent non loin de la ville de Hama d'une manière remarquable. On réunit tous les chameaux , on les lia ensemble par les genoux et on les plaça sur deux rangs devant les tentes. Pour compléter ce remp ait un fossé fut creusé derrière eux.
Les ennemis en firent autant de leur côté et, pendant trente-sept jours, les deux armées, également tourmentées par la famine, se livrèrent des combats de plus en plus animés, dont le succès était alternatif. Ou a peine à se faire une idée de leur constance, les guerriers passaient jusqu'à deux jours sans prendre de nourriture et les chameaux, formant le rempart du camp, se dévoraient entre eux.
Le trente-huitième jour le camp des Turcs fut forcé. «Le lendemain n commença une lutte affreuse, les Bédouins étaient tellement mêlés « qu'on ne distinguait plus rien; ils s'attaquaient corps à corps avec le o sabre; la plaine entière ruisselait de sang; la couleur du terrain avait v totalement disparu ; jamais peut-être il n'y eut de pareille bataille. Elle « dura huit jours sans discontinuer. Enfin le Draghy , voyant le mal à a son comble, mit en sûreté pendant la nuit de l'autre côté de l'Oronte, » les tentes, les femmes et les enfans. Au lever du soleil il partagea les
« combattans en quatre corps et les jeta en désespères sur les quatre « côtés du camp ennemi. I^es assaillans tombèrent sur leur proie comme « des lions affamés. Ce choc impétueux et simultané eut tout le sucer ces qu'on pouvait en attendre. La confusion et le désordre se mirent « parmi les Wahabis, qui prirent la fuite, abandonnant femmes, en- « fans, tentes et bagages. Le Draghy, sans donner aux siens le temps « désemparer du butin, les força de poursuivre les fuyards jusqu'à « Palmyre et ne les laissa reposer qu'après la dispersion totale de l'en- « nemi (M. de Lamartine j. a
Après cette brillante victoire, le Draghy, repassa VEuphrate, traversa toute ia Perse, en faisant alliance avec les Bédouins de ces contrées et en cinquante-et-uu jours il poussa jusqu'aux frontières occidentales des Grandes-Indes. Kcvenant ensuite sur ses pas il signa un traité avec Ebn-Sihoud. Ainsi , au bout de quatre années, durant lesquelles s'accomplireut de la part des agens de l'empereur, des prodiges de devoûment , d'adresse et de constance, l'Arabie entière était préparée à servir à ses vastes desseius, lorsque l'Orient étonné apprit sa chute. M. Lascaris mourut au Caire, et le consul anglais saisit les documens précieux qu'il avait pu recueillir.