‹ TABLEAU DES PROGRES DU DROIT PUBLICChapitre 27 sur 89 · CXXI · texte numérisé non relu

CXXI

^ politique. Il avoue qu'il a trouvé de rigoureux censeurs.

(( Les uns ont dit que je donnais une puissance » dëmesurëe au magistrat , mais ce sont des gens » d'église ; les autres ont pris en mauvaise part ^ que j'ôtasse la liberté des consciences , mais ce » sont des sectaires. Quelques*uns ont trouvé à )» redire de ce que j'exemptais les souverains des » lois civiles, mais ce sont des légistes et desi x> hommes de robe longue y à qui cela a semblé y> de (dure digestion. »

Toute la. philosophie de Hobbes est .employée à légitimer la force , à la diviniser même. La justice , n'est que la puissance j la loi y la volonté du plus fort ; le devoir ^ l'obéi$sauce du faible.

TiCs systèmes de Hobbes ont soulevé d'indignation , non-seulement les amis de la liberté , mais encore le clergé, les hommes religieux, les partisans des anciennes maximes, et tous les défeu* ^eurs éclairés des institutions monarchiques.

Machiauet avait servi le d^potisme en lui donnant des conseils avec une odieuse habileté. Hobbes est bien autrement coupable.

c< Je connais, a dit M. Royer-CoUard, quelque y> chose de plus odieux et de plus immoral qu'une D mauvaise action , c'est de vouloir légitimer ce p qui est contre le droit. D

Ttous allons examiner et analyser les prkcipes

( œaai )

de Hdbbet dans son livre du Ctojreii ; il a précédé méthodiquement, en cherchant à établir queU sûBt les devoirs de Phomme, i.*" en tant quliom* me i s/ en tant que citoyen ; 3/ en tant que chrétien* Cette trobiéme partie était inutile j car ks devoirs de l'homme et du citoyen comprennent tout: la religion n'est qu'un instrument , onesanc-* tioB f utile sans doute , mais insuffisante pour éta« Uir des principes, parce que les religions sont ar** hitraires , et qu'elles n^enchaîaent la conscience que de leurs adeptes.

Le droit vient de plus haut, en ce sens que tous les cultes sont d'institution humaine , et que le droit de la nature vient de Dieu, et qu'il est le même en tout et partout , parce qu'il dérive de la nature de l'homme.

Ecartons donc de la discussion toute la troisième partie du livre de Hobbes; il reste à examiner les deux premières ',L et à voir comment il établit les devoirs de l'homme et du citoyen , devoirs qui , comme il le dit lui-même , sont la source du droit de la nature et du droit des gens ^ V origine et la force de la justice.

Son premier principe de $ocia,blUté ^ c'est que les hommes , s'ils pe sont retenus par la crainte de la puissance publique , \ivroot en perpétuelle défonce ^ et; comme chacun, a^rft le droit d'em*

ployer $eg forces ^n la poursuite de ses iat^rMa , i( en aoia nécessairement là volonté*

ce Mais^y dit notre p^osophe , il s'ensuivm » doQc que tous les hommes sont mé^b^ns ^ peut'* 9 être faqt-il l'ayouer^ quoique ce soit un peu D dur ; mais l'Ecriture le dit ei^pressément. » Hobbes n'ose pourtant pas aller jusqp^à dire que cette méchanceté dérive d'une imperfection natur relie ; mais son système y conduit forcément.

U établit comme second pnncipe , qu'il pose avec bien moips de timidité que le premier > que la copditiQB des hommes , hors de la société ciidle , n'est autre que celle d'une {(uerre de toue çojQtre tous , et que duirant cette guerre il y i^ un (froU général de tous sur toutes cbe^es^

C'est-à-dire qu^l prend le fait pow le droit ;, c'est comme sll niait formeUement que l'homme^ soit un être ùioral, ayant la notion du juste et de l'injuste ^ et comme $'il le ravalait à l'éts^t de bêle féroce.

U ne se dissimule pas q^e cet état de nature n'est pas tolérable, et il en conclut que tous les hoounef ' désirent, par eue nécessité natu relie , se tirer d^ cet odieux et misérable état > dès qu'ils en rec<)nnaissent la misère.

Ainsi Ho.bbesrecpnnaiit le priaciipeqijie l'hoipiM est sociable^ mais CO^me il ^ «hé W pnncipe M^ terreur qui ^t qti'U est xxa 4tre i)a«f«l , «y Mt àm

( oxxiy ) /

droits ansn bien que des devoirs , il en conclut que le pacte social n'est pas une société , mais une véritable aliénation de son droit sur toutes choses.

En compensation de cette aliénation , il trouve la sécurité , bien qu'on n'aurait pas y dit-il , dans l'état de pure nature.

(Ch. i.*'^, n.^io.) Il prétend que dans l'état de nature^il est permis à chacun défaire tout ce que bon lui semble contre qui que ce soit , |et que chacun peut être possesseur, se servir et jouir de tout ce qui lui plaît) d'où il suit que l'utilité est la règle du droit.

Ainsi Hobbes ne reconnatt point la maxime r Neminem lœdere.jus suum cuique tnhuere. Sm doctrine est celle des voleurs de grand chemin» Quand il dit que la guerre est l'état naturel de l'homme, il parle d'une société de brigands; ceux* t\ ne restent unis qu'autant que leur intérêt les y porte.

Il en conclut encore que le p)us fort a le droit de contraindre le plus faible à le servir et à lut donner des gages de son obéissance ; en sorte que la toute-puissance possède essentiellement et im*^ médiatement tout ce qui lui semble bon.

' Comme Hohbes n'admet pas de pacte purement volontaire , il tient que rengagement con-* tracté par la violence envers un voleur ou un conquérant, est valide par lui*-méme, à moins que quelque loi civile^ ne le déclare nuL (Gh. 4, n.* x&}

t exxv )

Toutefois y il convient que la convention de né, pas résister à celui qui va nous donner^ la mort est invalide , et que l'on n'est point obligé de s'ac^ cuser soi-même. D'où il conclut que le père n'est pas tenu de porter témoignage contre son fils , ni le fils contre son père , ni le mari contre sa femm^ et cependant il avance que l'on peut être contrainfc par la torture à répondre devant le magistrat.

Au ch» 5 , il établit comme seconde loi de na«* ture , qu'il &ut garder sa foi envers tous*

11 fait de la reconnaissance une troisième loi. de nature ; il iâut être souple et soumis , c'est sa quatrième loi ; la cinquième, est qu'il faut par^^ donner les injures; la sixième est qu'il ne fiiut punir qu'en vue de l'avenir et pour l'exemple ^ et non par le vain désir de se venger; la sep^ tiéme est qu'il ne &ut outrager personne par paroles , ou par gestes ; la huitième , qu'il faut être en garde contre^ l'oi^eil ^ et ne pas se croire supérieur aux autres. A cette occasion ^ Hobbes combat l'opinion d'Aristote , qui établit 4}u'il y a des hommes qui, par la nature, sont dif gnes de commander 5 et d'autres qui ne sont pro« près qu'à obâr j opinion contraire à la raison , car il n'est personne , excepté les mineurs et les imbécilles , qui ne soit capable et qui ne soit en droit de se diriger elle-*méme.

rt.* i4 du même chapitre ^ Hobbes, cet en--

( CJCXVI )

nemi des droits dô l'homme , recônnait pôtir-^ tant qu'il en a d'inaliénables , par exemple celui de la défense {lersonnelle, la liberté > la jouÎB« aaûce de l'air , de l'eau et de toutes les autres cotti*koodités de la vie. Il ne faut que cette concessipli pour eti déduire, par yoie de conséquence forcée , la liberté politique.

Il pose comme une neuvième règle du droit na« turel ) l'égalité dea droits.

La diiième loi de nature est la dutribution im^ partiale de la justice.

La onzième loi est de jouir en commun de ce qui ne peut être divisé. La douzième loi ^ qui ce qui ne peut être divisé soit donné au sort.

Il trouve une treizième loi dans le droit d'aî<* nesse ou droit de primogéniture | qu'il ià\\àé\\* ver du sort et de la fortune.

La quatorzième loi est que les médiateurs de la paix doivent être inviolables. La quinzième , qu'il faut établir des arbitres , comme juges des diffé^' rends. La seizième ^ que personne ne peut être juge en sa propre cause ( et cependant plus haut il a soutenu que ^ dans l'état de nature , l'homme est iiéoessairetnent aeul juge de ses intét>éts , et par sui-^ te|de son droit). La dix^^septième loi, que les arlii-< très soient hors de Pinfluence des parties ; la dithuitième ; qu'il fiftut fiiire constater les faits par des témoins \ la diK-neuviène ^ qu'oa ne peut faire

( cxxvn )

aucun pacte ay€o un arbitre ; la ?ingtiéfBe) qu^oti ne doit pas s^anÂvrer,

Hobbea ûe ie&l pas dissimulé à lui«*diâme Far^ bitraire de ces- principes ^ dont quelques-uns êont^ il est vrai y dn droit naturel ; mais dont la plnpài^t ne sont quAidea oonséquenees fort éloignées de principes bien plus élevés , qu'il n'a ni aperçus ^ ni établis* V .

^ M»*" 27 ) il convient du reste de ce principe gé* néral, que les lois de la nature obligent par elles^ mêmes , indépendamment de toute sanction pé* nalè. Les lois de la nature , dit-il ( n."* ^9 ) f ^nt immuables et éternelles ; ce qu'elles ont une fois défendu ne peut jamais derenir licite, et ce qu'elles ont commandé ne peut jamais être défendu. La loi de nature est la même chose que la morale (n.-3i).

Dans sa deuxième partie , Mobbes traite de l'empire et de l'état cîviL

Il commence par établir (ce qui est vrai) ^ que les lois naturelles ne sont pas suffisantes pour l'entretien de la paix. 11 définit Vempife j le droit de commàûder , en vertu de la cession que chaque particulier a fait dé ses forces et de tôufè sa puissance an gouvernement , ce qui emporte la renonciation au droit de résister.

N.^ 6 , 7, 8 et suiv. du ch. 2 , il cherche à établir la nécessité de réunir dans les mêmes mains ,

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