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Tableau des révolutions de l'Europe

Le système politique de l'Europe essuya un grand changement changement au commencement de cette période. Lad™, le système France, après avoir long-temps combattu pour sort J, *q ui,ibre « indépendance contre l'Autriche , emporta enfin la ba^ lance, et se rendit tellement formidable, qu'elle fit tourner contre elle tous les ressorts de la politique.

L'origine de cette nouvelle grandeur de la France Origine remonte aux rèenes de Charles VII et de Louis XL dc '* grandeur Les réunions importantes qu'elle fit à cette époque , jointes à la révolution arrivée dans son gouvernement, lui donnèrent une force et une vigueur qui lui auroient fait jouer dès-lors le premier rôle , si sa puissance n'avoit été fortement balancée par l'Autriche, qu'un concours d'heureux événemens , et plusieurs grands mariages , élevèrent subitement à un degré de puissance qui fit ombrage à toute l'Europe. U en résulta que ) pendant près de deux siècles , la France eut besoin de toutes les combinaisons de la politique pour

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faire face à sa rivale ; ce qui aj ou toit à sa détresse , c'est que , livrée à la manie des guerres d'Italie , elle fut encore agitée par des guerres civiles qui occupoient toutes ses forces.

Traité Ce ne fut que versle milieu environ du dix-septième

de Wcstphahe s iè c i e qu'elle sortit de cette longue lutte , et que , dé-

ci des Pyrénées. * . . - 6 • » 1 £ 1

gagée des entraves que lui donnoient les factions et les troubles de l'intérieur , sa puissance prit un nouvel essor. Des finances bien ordonnées, le commerce et les manufactures ranimées, la marine établie sur un

Ïied respectable , tout concourut alors à répandre en rance l'abondance et les richesses. L'abaissement de la maison d'Autriche , effectué , dans le même temps ,

Î>ar les traités de Westphalie et des Pyrénées , joint à 'affermissement du corps germanique et du système fédératif des Provinces-Unies des Pays-Bas , dus , en grande partie, aux efforts de cette puissance, achevèrent de relever sa gloire et d'assurer sa supériorité dans la balance, politique de l'Europe.

eu Ce changement dans le système politique fut prinrin. ci paiement l'ouvrage de deux grands ministres , des cardinaux Richelieu et Mazarin , qui , en tarissant la source des divisions intestines , et en concentrant l'autorité entre les mains du gouvernement, élevèrent cette monarchie au rang que sa position , sa population et ses ressources intérieures lui assignaient entre les puissances continentales.

Louis XtV fait Mazarin laissa le royaume dans un état florissant à tourner contre Louis XIV qui , aidé des 1 uni i ères f^u célèbre Colbert , ''!? } e5 y 8lemc protégea les lettres et les beaux-arts , et acheva l'ou-

d 'équilibre. ' " > • • • , t> • > r

1 vrage commence par son premier ministre. Jtiien n ega-

loit l'ardeur dont ce prince étoit animé pour la gloire. La France auroit été heureuse sous son règne et respectée de toute l'Europe , s'il n'eût eu en vue que le véritable intérêt et le bonheur de son peuple; mais il ambitionnoit cette espèce de gloire qui est le fléau de l'humanité, la gloire des conquérans. Il en résulta une longue suite de guerres , qui , en épuisant les forces de l'état, amenèrent un nouveau changement

Richelieu et Mazarin.

)Ui6fiancc& maritime*

dans le système politique. Les mêmes puissances qui a voient fait auparavant cause commune avec la France contre l'Autriche, se liguèrent contre elle pour assurer leur liberté et leur indépendance qu'elles croyoient menacées.

[ A ces allies se joignirent les puissances maritimes qui , ayant moins à craindre que les autres de tomber pr^Jn^^ sous le joug d'une monarchie universelle, entrèrent au sysiAmc dans la ligue pour conserver leur commerce , la source < 1, «- : 4'»'» , « b > c de leurs pouvoirs et de leurs' richesses. Elles prirent la défense du système d'équilibre, parce qu'elles sentoient qu'un état qui dominèrent sur une grande partie des côtes du continent , gêneroit de beaucoup de manières leur commerce, et pourroit même devenir dangereuse à leur navigation. Bientôt elles acquirent une grande influence sur la direction du système , par les subsides qu'elles fournirent aux états du continent. Depuis ce moment, l'intérêt commercial et les finances devinrent le principal ressort de la politique , à la place de la religion qui avoit été le mobile ou le prétexte des guerres antérieures. Avec le nouveau système commencèrent i abus dès privilèges et des monopoles , les prohibitions , les douanes , et beaucoup d'autres institutions qui gênèrent la liberté naturelle et devinrent le fléau des générations suivantes. C'est alors que prirent naissance les traités de commerce , par lesquels chaque nation commerçante tacha de se procurer des avantages aux dépens de ses concurrens. C'est alors que les puissances belligérantes imaginèrent de gêner, par des interdictions, le commerce des neutres.

Le système politique européen éprouva d'autres changemens dans cette période. Les armées devinrent absolument permanentes et furent augmentées à un point qui ruina à la fois l'agriculture des habitans et les finances des monarques, qui par là furent de plus en plus mis dans la dépendance des puissances dont le commerce éloit le principal objet. Les fréquentes communications entre les cours que la politique , dont

Richelieu fut l'auteur, avoit reudues nécessaires, don*nèrent lieu à l'envoi de ministres résidens , tandis qu'auparavant on n'avoit guère connu que des ambassades extraordinaires. ] Gu/rrc La première guerre qui donna l'éveil aux puissances tle de:v ^ ulion ' européennes , est celle que Louis XIV entreprit contre 1 7* l'Espagne , pour faire valoir les prétentions qu'il fbrmoit au nom de Marie-Thérèse , son épouse , sur plusieurs provinces des Pays-Bas espagnols , nommément sur les duchés de Brabant et de Limbourg , la seigneurie de Malines, le marquisat d'Anvers , la Haute- Gueldre , les comtés de Namur , de Hainault et d'Artois , Cambrai et le Cambrésis , comme lui étant dus, en vertu du droit de dévolution usité dans ces pays. Selon ce droit, la propriété des biens passoit aux enfans du premier lit, lorsque le père ou la mère contractoit un nouveau mariage. Marie-Thérèse , reine de France , étoit fille du premier lit de Philippe IV , roi d'Espagne , au lieu que le roi Charles II , son successeur dans la monarchie espagnole, étoit né du second Ht de ce prince. Louis XIV soutenoit que, dès l'instant du second mariage de Philippe IV , la propriété de tous les pays qui se régissoient par le droit de dévolution , avoit passé à la reine son épouse , et qu'à la i665. mort dé ce prince la jouissance devoit se réunir à la propriété, en fa veut de cette princesse. Les Espagnols alléguèrent , contre cette prétention des François, que le droit de dévolution , dérivant de la coutume et ne concernant que la succession des particuliers, ne pouvoit point être opposé aux lois fondamentales de l'Espagne, qui établissoient l'indivisibilité de la monar-^ chie, et qui déférôient toute la succession au roi Charles tl , sans le moindre partage 1 .

Triple-alliance ; Les François s'emparèrent , dans le cours de la I*Cl»a'i*H campagne de 1667 , de plusieurs villes des Pays-Bas*

1 La cour de France publia à ce sujet uu ouvrage intitulé: Traité des droits* de la reine très-chrétienne , etc. 11 fut réfuté par Stockma.kk et par le Bouclier d'état et de justice , attribué au b.itou de LtsoitA., geutilkouiaie fraucomtots.

comme Bergues , Fumes , Armentières , Charleroi , Binch , Ath , Tournai , Douai ♦ Courtrai , Oudenarde, Lille ; et , dès l'hiver suivant , ils firent la conquête de la Franche-Comté. La pape et plusieurs princes ayant interposé leurs bons offices pour le rétablissement de la paix , on choisit Aix-la-Chapelle pour le lieu du congrès; mais le siège principal de la négociation s'établit à La Haye , où Louis XIV envoya le comte d'Estrades pour y traiter séparément avec les Etats-Généraux. Cette négociation fut accélérée par la fameuse triple-alliance conclue à La Haye entre la Grande-Bre- janvier 1668. tagne, les Etats-Généraux et la Suède. Aux termes de ce traité , les puissances alliées offrirent à Louis XIV l'alternative > ou de lui laisser les places qu'il avoit conquises pendant la campagne de 1 667 , ou de lui faire céder , soit le duché de Luxembourg , soit la Franche- Comté avec les villes de Cambrai, Douai * Aire , Saint-Omer, Jurnes, et leurs dépendances. La première de ces alternatives ayant été acceptée par les Espagnols , un projet de traité de paix fut convenu et signé par les ministres de France , d'Angleterre et i5 avril 1668. des Etats-Généraux, et ce projet servit de base au traité de paix qui fut conclu, à Aix-la T Chapelle , entre la 2 mai 1668. France et l'Espagne. La France , au moyen des restitutions qu'elle fit à l'Espagne , conserva , par ce traité, les places de Charleroi, Binch, Ath, Douai, Tournai, Oudenarde , Lille » Armentières > Courtrai , Bergues et Furnes , avec leurs bailliages et dépendances 1 .

Cette paix fut suivie de près d'une nouvelle guerre Guerre que Louis XIV entreprit contre le république des lle Hol!î,wJe - Provinces-Unies. Voulant se venger des Hollandois qu'il sa voit être les principaux auteurs de la triplealliance , et ne consultant que son penchant pour la guerre , il prétexta des médailles injurieuses frappées

» Du mont , Corps dipl. t au t. VII , nart. I , pag. 89; L£okard , tom. IV. Sur les négociations qui précédèrent tette paix , on peut consulter Dumont , Mémoires sur la paix de Ryswtck , et les Mémoires manuscrits de M. DB Saint-Prêt, cliel du dépAt des affaires ctiangèrrs de France

lO PÉRIODE VII.

en Hollande , à l'occasion de la paix d'Aix-la-Chapelle et de la triple-alliance 1 .

En vain les Etats-Généraux ofFroient-ils toute satisfaction au roi ; il n'en persista pas moins dans le dessein de leur faire la guerre ; et , pour y mieux réussir , il s'attacha d'abord à dissoudre la triplealliance. Colbert de Croissy, qu'il envoya en Angleterre , trouva moyen de détacher Charles II de cette alliance , et de l'entraîner môme dans celle du roi contre la républ i qu e. Louis XIV réussit également da n s la négociation qu'il entama à la cour de Stockholm 2 . "Cette cour, guidée par l'exemple de l'Angleterre, rei«i avril 1C72. nonça à la triple-alliance pour s'allier avec la France.

Plusieurs princes d'Empire, tels que l'électeur de Cologne et l'évôque de Munster , suivirent le même parti. La guerre éclata en 1 672. Louis XIV eut des succès si rapides, qu'il soumit, dans une seule campagne , les provinces de Gueldre , d'Utrecht , d'Oberyssel et une partie de la Hollande. Il anroit même emporté la ville d'Amsterdam , si les Hollandois n'avoient pas pris le parti de rompre leurs digues et d'inonder le pays. Grande alliance Alarmés de ces succès, et craignant l'entier bouler contre la France, versement de la république , l'empereur Léopold 1 , le roi d'Espagne , l'électeur de Brandebourg 3 et les Etats d'Empire se liguèrent pour marcher à son secours.

* La première de ces médailles représentait les Provincrs-Uuicf, sous la figure d'uue femme foulant la Discorde, avec une insciij)lion un peu fastueuse , mais nullement outrageante pour la Fraïui*. Voyez Van Loon, Histoire métallique des Pays-Bas , t«un. lit , patî. 2*2} et les Annales de l'abbé de Saint-Pierre , t. 1 , p. 201-. L'autre médaille éloit plus piquante • elle ollioit j\T. van Ikuiiinf;eu , ambassadeur de Hollande à la cour de i'raiiec, sous la figure de Jnsué qui coinmandnit au soleil de s'arrêter , avec l'in*»— criptiou : Stetit itaque sol. Cette dernière médaille fut traitée de pure fiction par M. van lieuningen lui-même, et déclarée n'avoir été frappée qu'après coup et eu Allemagne. On la trouve dans Van Loon , an t. HJ, p. 17.

- Léonard, Recueil des traités, t. V.

5 Ce prince a voit» déjà pris, en 1672, parti pour les llollandoi** mais les François ayant fait une irruption dans hes étals de \Vef>lplialie , il fit, en 1670, sa paix à Virsscm, p u»r reprendre les aimes, eu 167*1.

i5oo — 1715. 11 Le parlement d'Angleterre força Charles II , en lui refusant des subsides, à faire sa paix 1 particulière avec ^ f e ' V ncr 1674. la république. L'électeur de Cologne et l'évèque de Munster en firent de même. Louis* XIV jugea alors à propos d'abandonner ses conquêtes eu Hollande, pour tourner ses principales forces contre l'Espagne et les puissances germaniques. Il conquit la Franche-Comté au printemps de l'année 1674 ; et ce fut dans le cours de cette année que le prince de Condé gagna la bataille m ao ût 1674. de Sénef. Turenne attaqua , l'hiver suivant , les quartiers des impériaux en Alsace , et j^s chassa de cette province malgré leur grande supériorité. Cet habile général fut tué à Saspach, dans TOrtenau, lorsqu'il étoit27 juillet 1675. sur le point de livrer bataille à Montécuculi. L'année suivante , l'amiral dii Quesne remporta , près des îles de Lipari et de Messine, deux victoires navales sur l'amiral Ruyter , qui mourut des suites des blessures qu il reçut dans la seconde.

Les Suédois, en conformité des articles secrets de leur alliance avec la France , étoient entrés , au mois de décembre 1674, dans l'électorat de Brandebourg, pour faire diversion à l'électeur Frédéric-Guillaume qui commandoit l'armée impériale sur le Rhin. L'électeur les surprit , par des marches forcées , à Ratenan , et mit toute leur armée en déroute auprès de Fehrbel- 28 juin 1675. lin 2 . L^mpire déclara alors la guerre à la Suède, et l'électeur , de concert avec les princes de Brunswick , l'évôque de Munster et le roi de Danemarck , dépouilla les Suédois de la plupart de leurs possessions d'Empire.

Enfin, ce fut à IVimègue, dans les années 1678 p a ix et 1679 , que la paix se fit sous la médiation de l'An- rfeNimègue. gleterre. Louis XIV y trouva le moyen de diviser les alliés, en traitant séparément avec les Hollatidois à qui il rendit, par la paix qu'il conclut avec eux, la ville 11 août l6 7 8 de Maastricht dont il étojj; encore saisi 3. L'exemple des Hollandois fut suivi des Espagnols qui signèrent ,

1 Du mont , Corps dipl. , t. VU , pari. I, y. a55.

3 Puffendoiif , de rébus gestis Frid. fVilh. liv. XIII ^ §. 5i.

3 Du.mont, t. VII , pit. I, p. 5)0.

17 sept. 1G78. pareillement, un traité particulier avec la France 1 , en vertu duquel ils lui abandonnèrent , outre la Franche- Comté 2 , plusieurs villes de la Flandre et du Hainault , comme Valencienniîs , Bouchain, Condé, Cambrai f Aire , Saint-Omer , Ypres , Warwick , "Warnèton , Poperiogue , Bailleul , Cassel , Bavai , Maubeuge et

5 février 1679. leurs dépendances. Par la paix, conclue , à Nimègue , entre la France , l'empereur et l'Empire 5 9 celle de Munster fut renouvelle. La France , en renonçant au droit de garnison dans Philipsbourg , se fit céder la ville de Fribourg ^dans le Brisgau , et ne consentit à là restitution du duc de Lorraine qu'elle avoit dépouillé 4, que sous les conditions tellement onéreuses que ce prince refusa de les admettre , et qu'il préféra de ne point rentrer dans son duché 5 . Quant à ta paix de la France et de la Suède avec le Danemarck et ses alliés les princes d'Empire , elle fut rétablie par différens traités particuliers 6 conclus dans le cours de Tannée 1679.

Trouble» La paix ne fut pas plus tôt conclue à Nimègue , a» s réunions. q U ' oa v ;t naître les troubles connus sous le nom de 1679. troubles de réunions. Louis XÏV établit une chambre ,

1 Du uont , Corps dipL , t. VII , nart. I. , p. 365.

3 Cette cession comprenoit aussi la ville impériale de Besancon que l'Empire avoit cédée à l'Espagne, en i65i , contre la ville de Frankentnal. Loxdorp, Acta publica , t. VI, p. 634.

5 Domont , t. Vil , part. I , p. 376.

4 En 1670. Celte occupation de la Lorraine par la France fut précédée de plusieurs traités eutre Louis - XIV et Charles IV, duc de Lorraine. Voyez le précis de ces traités dans V Histoire des traités de paix, refondue par Sciiœll, t. I, p. 344. Le duc Charles IV mourut en exil en 1675.

5 Ce fut le duc Charles V, neveu et successeur légitime du duc Charles IV, qui refusa sa restitution dans le duché de Lorraine aux conditions cpg'elle lui étoit offerte par le traité de Nimegne. Ce priu ce s'attacha à la cour de Léopold I, et se distingua depuis dans les guerres que cet empereur eut à soutenir contre les Turcs. 11 obtint eu mariage la soeur dm Léopold , l'archiduchesse» Eléonore-Marie, reine - douairière de Pologne, dont il eut un fils, qui fut rétabli dans le duché de Lorraine en vertu du traité de Rvsww-k. KoyeslaCXXXIVe Tah. généal.,tom. Illde cet ouvrage.

"6 Voyez ces traitrs dans Dumokt , ton». VII , et dans Léonard, lom. IU.

dife de réunions , dans le parlement de Metz , à l'effet d'examiner la nature et 1 étendue des cessions qui lui avoient été faites par les traités de Westphalie , des Pyrénées, d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue. Cette chambre , de même que le parlement de Besancon et le conseil souverain a Alsace , siégeant à Brisach , adjugèrent au roi , par arrêts 1 , plusieurs villes et seigneuries , comme étant fiefs ou dépendances de l'Alsace , des Trois-Evêchés , de la Franche-Comté et des cessions qui lui avoient été faites dans les Pays-Bas.

Les vues du roi étoient principalement dirigées vers Réuniom F Alsace. 11 avoit déjà fait valoir ses droits sur cette en A,MCC province , peu de temps après la paix des Pyrénées , où il s'en étoit rapporté à la décision d'arbitres qu'il avoit fait choisir dans l'Empire même. Le travail de ces arbitres n'étoit pas encore fort avancé , lorsqu'il fat interrompu par ta guerre d'Hollande dans laquelle l'empereur et l'Empire furent aussi impliqués. La paix de TSimègue ayant confirmé le traité de Munster , Louis XIV préféra la voie des réunions à celle de l'arbitrage , pour revendiquer ses prétendus «droits. En s'appuyant de la généralité de la cession de l'Alsace , telle qu'elle étoit énoncée aux articles 73 et 74dudit traité , il réclama la souveraineté absolue sur toute cette province , et obligea les états immédiats qui y étoient enclavés , de reconnottre sa souveraineté et de lui prêter foi et hommage , sans s'arrêter aux réserves que l'article 87 du même traité avoit stipulées en faveur de ces mêmes états *. M. de Louvois, à la tête d'une armée francoise , parut devant Strasbourg , et somma cette ville de se soumettre au roi. Elle se rendit, en vertu d'une capitulation 3. Ces réunions 00 «rpt. 1601. s'étendirent également dans les Pays-Bas, où les Fran-

1 Ou trouve ces arrêts rassemblé* dans Léonard , Recueil des traités de paix , t. VI.

a V oyez y sur cette diverse interpréta lion du traité de Westphalie , V Histoire des traités de paix , refondue , t. I , pg. 22D ; et le Recueil des traités , 1. 1 , p. i56 et suiv.

5 LÉONARD , t. VI , p. 268.

l4 PÉRIODE VII.

cois s'emparèrent entre autres des villes de Court rai ,

de Dixmude et de Luxembourg.

Cames. En s'attribuant ainsi à lui seul l'interprétation des

«lui empêchèrent traités de paix , Louis XIV ne put que choquer les puisla guerre. . r . V *1 T F

sances intéressées au maintien des traites. Une ligue

générale fut projetée de nouveau contre la France , et on délibéra , à la diète de Ratisbonne , sur les moyens de mettre une armée d'Empire sur pied ; mais le défaut d'union entre les . principaux membres du corps germanique, les troubles de la Hongrie qui furent suivis de près d'une guerre avec la Porte et de la marche tG83. d'une armée turque sur Vienne , consternèrent tous les esprits , et empêchèrent la diète de l'Empire de prendre une résolution vigoureuse. L'Espagne, épuisée par de longues guerres , et abandonnée de l'Angleterre et de la Hollande , fut aussi hors d'état de reprendre les armes.

Trêve II ne resta donc d'arutre parti à prendre aux puis-

dc Ratishonne. sances , intéressées que de recourir à la voie de la négociation. On ouvrit à Francfort des couférences qui , après avoir langui pendant quinze mois dans cette ville , furent transférées à Ratisbonne , où une trêve de i!) août 1684. vingt ans fut signée entre la France et l'Espagne, de même qu'entre la France , l'empereur et l'Empire. Par le premier de ces traités , Louis XIV conserva Luxembourg , Bovines et Chimai avec leurs dépendances , en rendant toutes les places qu'il avoit occupées dans les Pays-Bas , postérieurement au 20 août 1 683. Quarit au traité entre la France, l'empereur et l'Empire^ on y laissa à la France, durant la trêve, outre la ville de Strasbourg et le fort de Kehl , tous les lieux et seigneuries dont elle s'étoit emparée depuis le commencement des troubles jusqu'au premier août 1681. Dans tous les endroits qui lui furent abandonnés , elle conserva l'exercice des droits de souveraineté, en laissant aux seigneurs propriétaires l'entière perception des fruits et revenus qui dépendoient de leur propriété *.

' Dumont, tom. VII , pari. U,pag.8i ; cl Léonard 1 1. III et V.

Ce fut à peu près dans le même temps que Louis XIV Révocation nV entreprit d'extirper le calvinisme eu France. Animé 1 et,lt ^ e Nantes, contre les réformés par le vieux chancelier Letellier, et par le ministre Louvois , Gis du chancelier , il restreignit peu à peu , par des déclarations , les droits dont les adhérens de ce culte jouissoient eu vertu des édits antérieurs. La tenue des synodes généraux leur fut interdite, les chambres mi-parties furent supprimées ; et on leur enleva indistinctement l'exercice de toutes les fonctions publiques. Enfin ce prince alla jusqu'à envoyer immédiatement après la trêve de Ratisbonne , des dragons par toute la France , pour travailler, à ce qu'on disoit, par de douces violences, a la conversion de tous les réformés l . Cette démarche fut suivie de près du fameux édit publié en i685 , le-

r] révoquoit ceux de Nantes de j 5^6* , et de Sis mes 1629. Tout exercice de religion , toute assemblée pour le cuite , même dans les maison* , furent défendus aux réformés , sous peine de confiscation de corps et de biens; la démolition de leurs temples fut ordonnée ; on enjoignit aux pères de faire baptiser leurs enfans par des curés catholiques, et de les (àire élever dans l;t religion du prince ; les ministres furent bannis , et la faculté de sortir du pays fut interdite aux autres cal- - v vinistes , sous peine de galères pour les hommes , et <le confiscation de corps et de biens pour les femmes 2 . La rigueur de cette défense n'empêcha cependant pas une ibule de François , de ce culte , de passer dans les pays étrangers, et de transporter en Allemagne, en Angleterre et en Hollande , le siège de leur industrie 3 .

Un zèle religieux si peu éclairé n'empêcha pas Contestations

é avec les papes.

1 Histoire de P édit de Nantes , par Benoît, t; V, p. 8W-887. liuuuÉKEs , Eclaircissemens historiques sur les causes de la révocation de Vèdit de Nantes , t. I . p. 280-296.

9 Forez l'eMit de révocation dans Dtjmont , t. VII, p. 1 17 j et tiras V Histoire de Védit de Nantes , t. V , p. 284 v

5 Voyez yfecord parfait, part. III, 38-i54, et l'abbé de Saint-Pierr.B , Annales , lom. I, pag. 328. Les uns portent le nombre <lc ces émigrés à huit cent mille , les autres jusqu'à «leux millions.

l6 PÉRIODE VII.

Louis XIV de soutenir avec force les droits de sa couronne contre les entreprises de la cour de Rome. Parmi les diverses contestations qui s'élevèrent entre lui et les papes , celle qui se rapporte à la régale mérite surtout d'être remarquée. Le roi ayant , par des. déclarations données en 1673 et 167Ô 9 étendu ce droit à tous les archevêchés et évêchés du royaume, les évêques d'Alet et de Pamiers qui prétendoient en être exempts, recoururent au pape pour en réclamer la protection. Innocent XI intervint par des brefs , assez véhémens , qu'il adressa au roi en laveur des évêques. 1682. C'est ce qui engagea ce prince à convoquer mie assemblée du clergé de France , dans laquelle il fit arrêter , outre l'extension de la régale , les quatre fameuses propositions qu'on regarde comme la base des libertés de l'église gallicane. Ces propositions sont : 1 .° Que le pouvoir du pape ne porte que sur les choses spirituelles, et nullement sur les temporelles ; 2. 0 que l'autorité du pape en matières spirituelles, est subordonnée au concile universel ; 3.° qu'elle est limitée de même par les canons, les mœurs et les constitutions du royaume et de l'église gallicane : 4.° qu'en matière de foi, le jugement du pape n'est point irréformable 1 .

Guerre La trêve qui avoit été arrêtée pour vingt ans à Rad'AUemasne. ti$bonne, n'en dura que quatre, au bout desquels Louis XIV reprit les armes. Ce prince prétendoit être averti que l'empereur Léopold n'attendoit que la conclusion de sa paix avec les Turcs pour lui faire la guerre ; il en inféroit que la prudence exigeoit de sa part de prévenir son ennemi plutôt que de s'en laisser prévenir. Pour prouver cette assertion , il cita la ligue conclue ^en 1686, à Augsbourg, entre l'empereur, le roi d'Espagne , les états généraux , la Suède , le duc de Savoie et les principaux états d'Empire , pour le maintien des traités conclus avec la France. Ce priuce désiroit d'ailleurs de faire valoir les droits que la duchesse

1 V oyez Bossuet , Défense de la déclaration du clergé de France sur la puissance ecclésiastique.

d'Orléans, sa belle-sœur, prétendoit à la succession palatine. Celte princesse étoit la sœur de Charles, dernier électeur palatin, de la branche de Simmern , mort en i685. Elle ne contestoit pas au successeur

réclamoit

mais elle réclamoit les alleux , et y comprenoit une partie considérable du Palatinat, pendant que le nouvel électeur , Philippe-Guillaume , de la branche de Neubourg, soutenoit que, d'après les lois et les usages germaniques , toute la succession lui étoit due sans aucun partage.

Outre ces motifs que Louis XIV développa dans un Faute long manifeste 1 , il y en avoit un qu'il tenoit caché , et ^ou^xiv.

3ui teudoit à empêcher l'expédition que le prince 'Orange , stadhouder des Provinces-Unies , méditoit eo*Angieterre contre le roi Jacques II, son beau-père, qui s 'c toit rendu odieux à la nation angloise. 11 i m porto il à la France de maintenir sur le trône de. la Grande- Bretagne un prince qu'elle protégeoit , et qui ne pouvoit que lui être favorable, taudis qu'il étoit aisé de prévoir. que si le prince d'Orange, l'auteur de la ligue d'Augsbourg , et l'ennemi déclaré de Louis XIV, venok à réunir au stathoudérat la royauté d'Angleterre , il ne manquerait pas de se servir de sa nouvelle influence pour tourner les forces de ces deux états contre la France. Le seul moyen de prévenir un événement si préjudiciable aux vrais intérêts de cette puissance , aurait été, sans doute , de faire un armement maritime, et d'établir un camp sur la frontière de la Hollande. On le savoit bien à la cour de France, et néanmoins >n s'y borna à envoyer sur le Rhin une armée, qui 'empara de Philipsbourg , de Mayence et de tout le wpt.eioctob ?aktinat , ainsi que d'une partie de l'électorat de brèves. Le ministre Louvois . qui dirigeoit ces opéraions, s'étoit flatté aue les Hollandois, en -voyant la guerre éclater dans leur voisinage, n'oseroient pas se mêler .dejffetroul)les de l'Angleterre. Il fut trompé dans son attente ; le prince d'Orange , soutenu de la flotte

1 Ditmoht , Corps dipl., t. VIT, part. II, p. 170,

iG nov. ï088. ( j e rrs républicains, effectua sa descente e» Angleterre.

Lu révolution y eut lieu par le d&rônement du roi Jacques; et Louis XIV, en finissant par où il auroit dû

26 nov 1688. commencer, déclara la guerre aux Etats-Généraux.

Cette fausse démarche du ministère franeois devint la vraie source des revers qui traversèrent depuis le règne de ce prince.

Grande alliance Une puissante ligue se forma coutre la France.

contre^Francr. l 'empereur , l'Empire , l'Angleterre , la Hollande, l'Espagne et la Savoie y entrèrent successivement. Louis XIV, pour faire face à ces nombreux ennemis , retira ses troupes des places cju'il occupoit dans le Pabiliii.it et sur les bords du Rhm ; mais en les retirant, il lit incendier un grand nombre de ces places et désola tout le pays. Par cette rigueur qui n'étoit pas commaudtV impérieusement par les circonstances, il ne fit qu'augmenter l'ardeur et Fanimosité des ennemis de la France 1 .

Evéueinens La guerre se ût par terre et par mer, en Italie, en de la guerre |.\,j )n ^ m > j cn Irlande , dans les Pays-Bas et sur le Rhin.

Louis \ !V la soutint glorieusement contre une grande partie de l'Europe conjurée contre lui. Ses armées lurent victorieuses partout. Le maréchal de Luxembourg se signala , dans les campagnes de Flandre, par les victoires qu'il remporta sur les alliés à Fleuras, k juillet 1690, Steinkerque , à Nerwinde ou La mien . Le maréchal de 39 juillet 169& Patinât g 8 ^ 13 » eïl Italie, sur le duc de Savoie, les ba- 18 août 1690, tailles de Staffarde et de Marsaiile. La gloire delà ma- 4octob. 1G93. uine francoisc fui. soutenue par le comte de Tourville, 10 jui iet ^ogo, combats maritimes de Beveziers et de la Hoeue.

29 mai 1092. "* ... . °

Paix (Quelque brillans que tussent ces sucecs , la guerre

deRjswick. n'en exigeoit pas moins de très grands efforts qui ne pouvoient qu'épuiser la France et lui faire désirer le retour de la paix. Louis XIV prévoyoit d'ailleurs la mort prochaine de Charles II , roi d'Espagne , et il lui importait de rompre au plus tôt la grande alliance dont

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