TOI.IV
. * Ce prince s'étoit érigé en réformateur de ses états , dès la mort <le l'impératrice Marie-Thérèse , sa mère , arrivée le 29 novembre 1780. Les chaugeinens qu'il fit successivement dans toutes les pro- . vinces jle In monarchie autriebieune , surtout en ce qui tient à Tordre ecclésiastique, réveillèrent l'attention de la cour de Rome , et engagèrent le pape Pie VI à entreprendre, en 1782 , son fameux voyage de Vienne. Voyez Mémoires historiques et philosophiques sur Fie VI, tom. I.
212 PÊKIOI>E VIII.
l'empereur et refusé par les Etats du Brabant et du 1789. Hainaut, irrita ce prince, et le porta à révoquer Pamnislie qu'il avoit accordée, à casser même les Etats et le conseil souverain de Brabant , et à déclarer qu'il ne se croyoit plus lié par sa joyeuse entrée. Une foule de personnes et plusieurs membres des Etats furent arrêtés par ses ordres. L'archevêque de Malines et l'évêque d'Anvers, soupçonnés d'avoir fomenté les troubles , se sauvèrent parla fuite.
Factions Deux factions asitoient alors les provinces belgïques
de Vonk et Je . . •' ' . 1 r î 1 v r i • t >•
yan dei N«»ot. et y entretcnoient le leu de la discorde civile. JL une, guidée par l'avocat Vonk, et soutenue par les ducs d'Ursel et d'Arembcrg, penchoit pour l'Autriche; elle se bornoit à demander la réforme des abus et un meilleur système de représentation dans les Etats du pays : tandis que l'autre, que dirigeoient l'avocat van der JNoot et le pénitencier van Eupen, tout en maintenant les formes anciennes, prétendoit attribuer aux Etats l'indépendance et la souveraineté dont elle vouloit dépouiller la maison d'Autriche. Les partisans de Vonk comptoient effectuer , par leurs propres moyens , les réformes qu'ils a voient en vue ; au lieu que les adhérens de van der Noot fondoient leurs espérances sur l'assistance des puissances étrangères, et particulièrement sur celle de la Prusse , qu'ils croyoient intéressée à saisir cette occasion pour affaiblir la puissance de l'Autriche. Ce dernier parti entreprit de former des rassemblemens d'émigrés brabançons sur le territoire des Provinces- Unies, aux environs de la ville de Breda. Les deux partis agirent d'abord de concert. Van der Mersch, originaire de Menin en Flandre, et ancien colonel au service d'Autriche, fut proposé par Vonk, et agréé comme général par les deux partis*
Insurrection Un corpsd'jnsurgés, commandé par van der Mersch,
a? ôcf. C i78o. se P orta sur Turnhout dans le Brabant, et y repoussa les Autrichiens, qui étoient venus l'attaquer sous les ordres du général Schrœder. Ce premier succès donna le mouvement à l'insurrection, qui du Brabaut se communiqua aux autres provinces belgiques. Les Au-
1713 — 1789. 21Î trichiens abandonnèrent peu à peu toutes les principales villes et places, en se repliant sur la forteresse de Luxembourg. L'avocat van der Noot fit une entrée 18 de'c. 1789. triomphante à Bruxelles. Les Etats du Brabant, assemblés dans cetle ville , proclamèrent Tin dépendance, 26 déc. 1789. L'empereur Joseph II fut déclaré déchu de la souveraineté , pour avoir violé les engagemens qu'il avoit contractés à sa joyeuse entrée. L'exemple des Etats du Brabant fut suivi de ceux des autres provinces.
Une assemblée de députés, de toutes les provinces Formation belgiques , se forma à Bruxelles. Elle signa un acte, par d'un congrès, lequel ces provinces se confédérèrent sous le titre 11 > anvier x 79°* XEtats BeU niques Unis, Les droits de souveraineté, » relatifs à la défense commune, y étoient attribués à un congrès, composé de députés de différentes provinces', sous la dénomination de congrès souverain des états belgiques. Chaque province conservoit son indépendance et l'exercice du pouvoir législatif. Leur union etoit déclarée permanente et irrévocable ; on ne touchoit ni à la religion ni à la constitution, et l'on n admettait d'autres représentai que ceux quiavoient été nommés auparavant. «
La dernière détermination déplut beaucoup au gé- Desunion entre néral van der Mersch et à tous ceux du parti de Vonk, ,es "™ u, 6 ei qui avoient autant en horreur l'oligarchie des Etats, qu'ils redoutoient le despotisme de la cour de Vienne. Le parti des Etats prévalut cependant par le crédit de van der JNoot et par les instigations des prêtres et des moines. Le général van der Mersch et tout ce qu'il y avoit de zélés partisans des projets de réforme , furent éloignés des afiaires. On arrêta même van der Mersch , et on lui substitua le général Schœnfeld. Le pillage, les délations , les emprisonnemens , furent les suites du triomphe de la iaction aristocratique.
Ces divisions, jointes à la mort de l'empereur Jo- Pacification seph II, arrivée sur ces entrefaites, produisirent un de» trouble* changement favorable aux intérêts delà cour de Vienne. e fcl< * UC5, Léopold II , en succédant à son frère dans la monarchie autrichienne , montra des dispositions propres a.
terminer tous les différends ; et le congrès belgique, voyant qu'il ne pouvoit pas compter sur l'assistance des puissances étrangères, désiroit aussi d'en venir à . un accommodement. La cour de Berlin avoit refusé sa protection aux Belges, et celle de Londres s'opposoit hautement à leur indépendance. Ces deux cours , conjointement avec les Provinces-Unies des Pays-Bas , interposèrent leur médiation pour pacifier les troubles. L'empereur Léopold prit l'engagement formel, sous la garantie des trois puissances médiatrices , de gouverner les Pays-Bas, conformément aux constitutions, Chartres et privilèges qui étoient en vigueur^sous l'impératrice Marie-Thérèse , de ne jamais y donner la moindre atteinte , et d'annuler tout ce qui s'y étoit fait de contraire sous le règne de Joseph II. Une déclaration no v. 1790. pnbliée par Léopold , enjoignoit à tous les sujets belges de lui prêter de nouveau le serment de fidélité. Ce prince accorda une amnistie générale et illimitée en laveur de tous ceux qui , dans un temps déterminé , mettroient bas les armes. Toutes les provinces firent alors successivement leur soumission. Bruxelles ouvrit ses portes aux troupes autrichiennes, le 2 décembre 1 7 go. Les patriotes van Eupenet van der Noot se réfugièrent en Hollande 1 .
Bromilmes ^ L'animosité qui sùbsistoit depuis long-temps entre la «Ua Porte!' 6 Bussie et la Porte , fit naître en 1787 , une nouvelle guerre entre ces deux puissances. Les Turcs ne supportoient qu'avec peine les conditions humiliantes que les derniers traités avec la Russie leur avoient imposées. L'énergie que la cour de Saint-Pétersbourg mettoit dans ses communications avec la Porte , blessoit la
« Voy«, sur ces troubles , Recueil des représentations , protestations et réclamations faites à S. M, I. par les représentant des états des provinces des Pays-Bas autrichiens ; Mémoire historique et pièces justificatives pour M. van der Mersch , par Ë. J. utsutb f Lille 1791 , en 5 vol. in-8°. La convention signée à La Haye le 10 décembre 1790 , entre Fempereur, la Grande-Bretagne, la Prusse et les Provinces-Unies , relativement à ces différends , ne fut point ratifiée. Voyez Herzberg, Recueil des déductions , t. Il J, p. 2a3. Hist. de* traités de paix , refondue , vol. IV.
fierté ottomane ; et le voyage extraordinaire de l'impératrice à Kerson et dans la Grimée, où elle s'étoit fait mai 1787. accompagner par l'empereur Joseph H , jeta l'alarme jusque dans la ville de Constantinople. Le peuple de cette capitale croyoit entrevoir , dans ce voyage, un dessein prémédité des cours de Pétersbourg et de Vienne , d'anéantir l'empire ottoman et de s'en partager les dépouilles *. La cour de Londres, appuyée de celle de Berlin, souiHoit adroitement le feu qui couvoit sous les cendres. Elle vouloit se veuger des difficultés que la cour de Saint-Pétersbourg avoit apportées au renouvellement de son traite de commerce, et des conditions avantageuses qu'elle venoit d'accorder à la France par le traité de commerce conclu avec cette puissance La grande activité que la Russie donnoit à son commerce de la mer Noire, depuis qu'une entière liberté lui avoit été assurée par ses traités avec la Porte 3 , excitoit aussi la jalousie de l'Angleterre qui craignoit que les rapports de commerce qu'elle entretenoit avec cette puissance par la mer Baltique n'en reçussent une atteinte. Les Turcs avoient d'ailleurs, à se plaindre du consul russe en Moldavie, qui, à ce qu'ils disoient, ne eherchoit qu'à troubler la paix et la bonne intelligence entre les deux empires ; ils en demandoient le rappel , et exigeoient en outre que l'impératrice renonçât à la protection du prince Héraclius, et qu'elle retirât ses
* Voyez, sur les motifs vrais et scçrels «le ce voyage, M. de Secvr, Histoire de Frédéric - Guillaume II, tom. J , pag. 9'j. Selon cet habile négociateur , il s'agissent moins entre les deux cours de détruire l'empire turc que de ressusciter les républiques grecques.
a Ce traité, qui fut signé le 11 janvier 1787 à Saint-Pétersbourg par M. de Ségur , accordoit à la France (es mêmes avantages dont jusqu'alors les Anglois avoient joui exclusivement. Martens , t. III, p< 1* Ce traité de commerce devoit être suivi d'un traité d'alliance entre la France et la Russie ; il fut empêché par la pusillanimité du cabinet de Versailles. Voyez M. de Ségur , t. II , p. 8.
s Le traité de commerce qui fut signé à Constantinople, le 21 juiu 1783, entre la Russie et la Porte, ouvrit expressément, au pavillon russe , tous les ports et toutes les mers de la Porte. Martens , Recueil , u II , p. 673.
21 6 PJÉRJOTJB VIII.
troupes de la Géorgie. Enfin ils vouloient que les vaisseaux russes qui passeroient le détroit , fussent assujélis à la visite , afin d'empêcher la contrebande. G«en e Ce s demandes étoient â peine formées , que le divan, en T n* ?~ n * ' s * ns attendre la réponse de la cour de Saint-Péters-
la Russie, I
et l'empereur, nourg , prit le parti de proclamer Ja guerre, en en- 18 août 1787. voyant, au château des Sept-Tours, M. de Boulgakow , ministre de Russie à la Porte. A la nouvelle de cette rupture , l'impératrice fit marcher des forces considérables contre les Turcs. Ses armées s'étendirent depuis Kaminiec , en Podolie, jusqu'à Balta , village tatar sur les frontières de la Pologne , entre le Dniester et le Bog. Le prince Potemkin , qui commandoit en chef ces troupes, avoit sous ses ordres les généraux Souwarow, Repnin , Kamenskoï et autres. L'empereur Joseph ÏI, après avoir soutenu pendant quelque temps le rôle de médiateur entre les Russes et les Turcs , en- 9fevriei 1788. tra dans la guerre comme allié de la Russie 1 ; il attaqua les Turcs dans la Moldavie et sur plusieurs points de la Hongrie. Le maréchal Laudon entreprit le siège 8oçi. 1789. de Belgrade, et s'en rendit maître. On eut cependant lieu de s'apercevoir que les progrès des Autrichiens ne répondoient ni à l'habileté de leurs généraux, ni à la supériorité de leurs armées.
une diversion en faveur de la Porte. Ce prince , renou- 12 juillet 1788. vêlant son alliance avec la Porte 1 , entreprit la guerre contre la Russie, dans l'instant même où. toutes les forces de cette puissance étoient tournées contre les Turcs. Une armée de terre se forma , par ses ordres , dans la Finlande, tandis qu'une flotte suédoise , forte de vingt vaisseaux de ligne et de dix frégates, s'avançoit sur Cronstadt et jetoit l'épouvante dans la ville de 5o mai 1789. Pétersbourg, II se donna un combat naval entre les
1 Ce traité n'a pas e'té* publié. Voyez Hist. des traités de paix , refondue, t. XIV , p. 8i.
ï'jid — 1 7 G ^* 217 deux flottes auprès de l'île de Hogland : on y combattit, avec un avantage égal , de part et d'autre ; mais un événement imprévu déconcerta les mesures du monarque suédois. Ce prince ayant fait ses dispositions pour attaquer la ville de Frîedrichsham , dans la Finlande russe, plusieurs officiers de son armée refusèrent de marcher, alléguant pour motif que la constitution du royaume ne leur permettoit pas de se prêter a une guerre offensive que la nation suédoise n'a voit point consentie. L'exemple de ces officiers entraîna la défection d'une grande partie des troupes. L'expédition de Finlande échoua , et les Russes gagnèrent du temps pour se mettre eu état de défense.
Attaquée ainsi par le roi de Suède, l'impératrice de Russie réclama les secours que le Danemarck lui de-> voit en vertu de l'alliance qui subsistoit entre les deux états 1. Les Danois armèrent une escadre, et firent marcher un corps de troupes auxiliaires dans le gou- j 7 88. vernement de Bahns dont ils firent la conauète. De Bahus, ils se portèrent dans la Westrogotnre pour former le siège de Gothembourg. Le roi de Suède accourut en personne à la défense de cette place , une des plus importantes de son royaume. Elle auroit néanmoins succombé sans la puissante intervention des cabinets de Londres et de Berlin , qui obligèrent la cour de Copenhague de conclure différens traités d'armistice avec la Suède , et d'embrasser une neutralité 1789. parfaite , de l'aveu même de la cour de Saint-Pétersbourg 2.
La guerre entre les Suédois et les Russes se borna Paix depuis à des opérations navales dont le succès fut deWerel», balancé , de part et d'autre , dans les campagnes de 1 789 et î^qo. L'échec que la flotte suédoise essuya 5 juillet 1790. dans le golfe de Wibourg, fut réparé par la victoire 9 et 10 juil.1790. que le roi de Suède remporta en personne, à Swenka-
1 Cette alliance, qui n'a pas été publiée, est du premier août ' x Martiks, t. III, p. i5i ctsuiv. } t. IV, p. 5-29.
sund, sur la flotte russe commandée par le prince de Nassau-Siegen. Cette action , qui coûta beaucoup de monde aux Russes et un grand nombre de leurs vaisseaux , servit à accélérer la paix entre les deux puissances. Lie roi de Suède, abandonné des cours de Londres et de Berlin, qui l'avoient entraîné dans la guerre , craignoit que les Russes ne proGtassent du mécontentement de la noblesse suédoise pour pénétrer dans l'intérieur de ses états. Il accepta donc les conditions équitables que l'impératrice de Russie lui i4 août 1790. proposa. La paix fut conclue daus la plaine de Wcrelsc, près de la rivière de Kymméné , entre les avant-postes des deux camps , et les limites des deux états y lurent rétablies sur le pied des traités précédens A . Succès Quant aux événemens de la guerre entre la Porte et des Rum« la Russie , ils furent entièrement à l'avantage de cette conue es un». j ern ^ re p U i ssance# \] n cor p S d e troupes russes , réuni
sept. 1788, à l'armée autrichienne, se rendit maître de Ghoczim.
Le prince Potemkin entreprit le siège de l'importante i7<léc. 1788. forteresse d'Oczakow ; il emporta cette place d'assaut malgré la défense courageuse que firent les Turcs. Toute la garnison fut passée au fil de l'épéè, et' une grande partie des habita ns eut le même sort. Souwarow, ai juillet 1789. réuni au prince de Gobourg , battit les Turcs auprès de Fokchany en Moldavie. Le même général, aidé du 22 sept. 1789. prince de Cobourg, remporta auprès de Martinestie, sur les bords du Rimnik , une victoire brillante sur les Turcs, qui lui valut lepitbète de Rymuisky 2. La prise de la forteresse de Bender fut une suite immédiate de cette victoire. Outre la province d'Oczakow , toute la Moldavie et la Bessarabie , avec les places de Tulcia -, d'Isaccia , de Kilia , d'Ismaïlow 3 , de même que lafor^
1 Voyez TVIartehs, t. III, p. 175. Hist. des traités de paix, refondue , t. XIV , p. 100.
» Hist. des campagnes du comte Alexandre Souwarow Rymnisly, t. II , ch. 4. Laverne , Histoire du feld-maréchal Souwarow, p. 46x et 167.
5 Itmaïlow, principale forteresse des Turcs, sur le Danube, fut pri* d'assaut, le 22 décembre 1790 , par Souwaiow , sans avoir été a*-
1713—1789. mg teresse dé Sudjoukkalé, dans le Kouban turc, tombèrent successivement au pouvoir des Russes. La prise d'Isinaïlowpar Souwarow fut surtout meurtrière : elle coûta la vie à trente-trois mille Ottomans , sans compter les prisonniers qui furent au nombre de dix mille.
Ces succès excitèrent la jalousie du ministère bri- Le» cours
Unnique qui , pour faire une nouvelle diversion en ^^JJ*^ laveur de la Porte, commanda un armement mari- menacent time, et engagea aussi son allié, le roi de Prusse, à l'Autriche et la faire marcher des troupes sur les frontières de la Silésie R"**» e * et de la Pologne. Ce prince ne se borna pas à cette seule démarche ; il conclut avec la Porte une alliance 3l i anvier 1 79°* formelle par laquelle il s'engagea à déclarer, dès le printemps suivant , la guerre aux Autrichiens ainsi qu'aux Russes ».
Cédant à ces menaces et désirant rendre la paix a j c R7ichenbach. ses peuples, 1 empereur Léopold II , qui venoit de succéder a son frère Joseph II, arrêta avec la cour de »7 1^11790. Berlin , k convention de Reichenbach, par laquelle il accorda un armistice , et consentit à faire une paix
rrticulière avec la Porte sur la base du statu quo avant guerre 2 .
Cette paix fut signée à Szistowa en Bulgarie, sou s Pa 1 x e d ^ e g Z ^,^ a la médiation de la Hollande et de la Prusse. L'empe- c hi eD s et la reur rendit Belgrade et généralement tout ce qu'il avoit Porte, enlevé aux Turcs pendant la guerre. Il consentit à no 4 août l79U garder Choczim que jusqu'à la conclusion de la pix entre les Russes et les Turcs. On lui assura seulement mie frontière plus avantageuse sur la gauche de PUnna, ainsi que du côté de la Walachie , où il obtint le Vieux- Orsow a ; et la rivière de Czerna fut adoptée pour limite entre les deux empires 5 .
tiegée en règle. Histoire des campagnes de Soutvarow ,t, Il , c. 6. Laveuse , p. 179 et suiv.
1 Martens, t. IV , p. 560.
» Idem, t. III, p. 170 et suiv. Hist. des traités de paix, refondue, vol. XIV.
5 Martews , t. V , p. 18 et 29.
d Fermeté L'impératrice de Russie , décidera ne point rece- 6 de^ussie' 1 voir la loi que prétendoient lui faire les deux cours alliées , continua alors seule la guerre contre la Porte , et ses généraux se signalèrent par de nouveaux exploits. Enfin , le ministère britannique, convaincu que cette princesse ne fléchiroit ps , crut devoir abandonner le statu quo strict, que, de concert avec la cour de Berlin , il avoit exigé pour base de la paix à conclure entre la Russie et la Porte. Ce ministère désiroit d'ailleurs se rapprocher de la Russie dans le temps où cette puissance se déta choit de la France , en renonçant aux engagemens qu'elle avoit contractés avec elle par le traité de commerce dp 1787. D'accord avec la cour de Berlin, le ministère britannique consentit à ne plus aider les Turcs, au cas qu'ils persistassent à refuser les conditions de paix équitables que l'impératrice leur avoit offertes.
entrela Russie ^ ne n ^S 0C * a ^ an s'ouvrit à Galatsch sur le Danube. *ct7a Poric? C -^es préliminaires de la paix entre la Russie et la Porte 11 août 1791. y furent signés, et la paix définitive se conclu! à Yassy 9 janvier 1792. e n Moldavie. Ce traité renouvela les stipulations des traités antérieurs depuis celui de Kaynardgi. Le Dniester fut établi pour frontière perpétuelle entre les deux empires. Les Turcs cédèrent à la Russie la forteresse d'Oczakow , avec tout le pays situé entre le Bog et le Dniester. La cession de la Crimée , de Ptlede Taman et de la partie du Kouban qui est située sur la rive droite du fleuve de ce nom , fut confirmée à la Russie. La Porte s'engagea aussi à faire cesser les pirateries des corsaires barbaresques , et h indemniser même les sujets russes des pertes dont ils n'auroient pas obtenu la réparation dans un temps limité. La Russie d'ailleurs restitua toutes ses autres conquêtes > en stipulant de certains avantages en faveur des habitans delà Moldavie et de la Walachie *.
Il avoit été convenu , entre les plénipotentiaires des
1 Voyez ce irahé dan« Màrtens , t. V , p. 53 cl 67. Histoire des traités de paix, rcloodue , vol. XIV.
deux empires , que , pour indemniser la Russie des frais de la guerre , la Porte lui paieroit une somme de douze millions de piastres ; mais, immédiatement après la signature du traité , l'impératrice fit déclarer, par ses plénipotentiaires , qu'elle renonçoit â ce paiement en laveur de la Porte. Celte générosité de l'impératrice excita l'admiration des plénipotentiaires ottomans.
Ce fut à la suite de la paix de Yassy que le commerce des Russes dans la mer Noire prit un nouvel essor , et que l'impératrice fonda la ville et le port d'Odessa 1 , situés sur une baie de la mer Noire , entre le Bog et le Dniester, à environ neuf lieues de distance de la ville et du port d'Oczakow.
1 On rapporte la fondation de cette nonvelle ville à l'année même de la paix de Ya»sy. Le nom d'Odessa lui fut donné, en 1706 , par l'impératrice , en place de celui de Kojabey , Kodgibey ou Âdgibey qu'elle port oit auparavant. Voyez tissai historique sur le commère* et la navigation de la mer Noire , publié a Paris en i8o5 , 216. Odessa fit des progrès très-rapides. En i8o3 , le nombre des timens entrés dans son port B*élevoit déjà à cinq ceuts; et, en i8o4, on évaluoità huit ou neuf mille le nombre de ses habitans. Reuilly, Voyage en Crimée et sur les bords de la mer Noire , p. 261 et suiv. Le Mercure russe de l'année i8o5 , quatrième cahier, p. 162, donne un plan de ce port et de sa forteresse. [C'est à l'administration de M. le duc de Richelieu qu'Odes» doit en grande partie l'état florissant dont elle jouit.]
Depuis le commencement de la Révolution Françoise, jusqu'au renversement de V empire de Buonaparte.
Triomphe Le prétendu siècle des lumières èt de la philosophie dealdécs révolu- jg n it par une époque de troubles , de bouleversemena,
tioaoaires. j J 1. 1 J ^ m 1 1 . »• Â
de guerres et de despotisme. Ici dut être nécessairement le fruit de ces doctrines qui , préchant l'irréligion et détruisant toutes les idées de la subordination , laissoient un libre frein aux passions et mettoient à la place des lois la volonté de la majorité, c'est-à-dire de la partie la moins instruite de la société.
La période dans laquelle ndus entrons , n'embrasse qu'une trentaine d'années, et nous en bornons l'histoire à vingt-cinq ; mais ce court espace de temps est plus instructif que les deux siècles qui l'ont précédé. On y a vu l'Europe entière changer de face ; le système qui, depuis trois cents .ans, dirigeoit la politique des états, renversé jusque dans ses fondemens , couvrir de ses ruines des royaumes et des nations entières; on y a vu un peuple , le plus éclairé , le plus spirituel de tous , un peuple qui donnoit anciennement à tous les autres l'exemple d'un attachement sans bornes à ses souverains , livré maintenaut à un fanatisme aveugle, détruire tout ce que la prévoyance de ses ancêtres avoit édifié , fouler aux pieds la religion et la morale , abattre le trône d'une dynastie chérie , souiller ses mains du
sangle plus pur et le plus innocent; honorer le vice à k place de la vertu, confondre l'anarchie ou le despotisme avec le gouvernement et une sage liberté. ]Vous avons vu cette nation , opprimée dans son intérieur , porter chez les peuples voisins les chaînes sous lesquelles elle gémissoit , et répandre au loin la guerre et la désolation , comme pour se laver de l'opprobre dont elle étoit couverte. Bientôt ne trouvant plus de remède aux maux qui l'accablent, elle échappe à la liberté au nom de laquelle elle est opprimée , pour se jeter dans les bras du despotisme. La volonté absolue du maître qu'elle s'est donnée , son ambition , et la foiblesse des cabinets qui la combattent, concourent à fonder une domination telle qu'il n'en a pas existé en Europe depuis les temps de Charlemagne.
Cette époque a été riche en exemples de vertus et de vices. Elle a montré dans leurs extrêmes la foiblesse et le courage , le bassesse et la magnanimité, la résignation et la violence , les actions les plus méprisables et les plus sublimes. Des états naquirent et disparurent alternativement; de nouveaux principes de morale et de politique furent annoncés et promptement remplacés par d'autres ; l'Europe fut subjuguée d'abord au nom de l'égalité , ensuite à la voix de la tyrannie. Une génération corrompue supporta patiemment la domination imposée aux peuples du continent, jusqu'à ce qu'une nation long temps méconnue donna le signal de la délivrance. A l'exemple du midi, le nord de l'Europe s'ébranle; ajournant tout projet d'ambition, étouffant toutes les jalousies, les souverains se réunissent, les peuples se lèvent, et l'empire de l injustice est renversé. L'ordre semble vouloir renaître ; les maximes conservatrices reprennent vigueur et on commence à se livrer à l'espérance qu'instruits par l'expérience , les peuples renonceront aux chimères d'une fausse liberté qui les avoit égarés, et que vingt-cinq années de troubles et de guerres seront suivies par un siècle de tranquillité et de bonheur. C'est à ce point que nous nous arrêterons.
fcenversement Le système de l'équilibre politique , imaginé au quin* de U l*iquiinîre z ^ me siècle, assis sur l'existence du. corps germanique politique, et consolidé par les traités de Westphalie et, d'Utrecbt fut renversé dans cette période par la France. Deux causes précipitèrent sa chute. La violation des principes qui en formoient la base , par les trois puissances qui, en partageant la Pologne , avoient établi la convenance à la place du droit et de la justice , et donné un exemple dangereux pour leur propre sûreté, fut une de ces causes. La sécurité dans laquelle la durée de ce système môme avoit plongé les cabinets, en leur persuadant que le projet de fonder une monarchie universelle, étôit désormais devenu chimérique, fut la seconde. Ce projet s'exécuta lorsqu'on ne s'y attendent plus ; il est vrai qu'il parut sous uue forme nouvelle. L'homme ambitieux qui l'imagina, lui donna le nom de système fédèratif. Dans son plan , les divers états de l'Europe dévoient conserver une apparente indépendance pour tout ce qui ne contrarioit pas ses vues; mais leur politique devoit être subordonnée à la sienne et en recevoir l'impulsion. Ainsi il entreprit de conquérir le inonde avec les forces et les ressources des états fédérés qui étoient obligés d'épouser ses querelles et de faire cause commune avec lui contre tout ce qui ne se soumettait pas volontairement à sa domination ou à celle des membres de sa famille qu'il prétendoit placer, comme ses vassaux, sur les plus anciens trônes du monde.
A ce système il en joignit un autre qu'il appeloit continental. Il tendoit à exclure la Grande-Bretagne de tout commerce avec les autres états européens. C'est par ce moyen qu'il prétendoit enlever à cette puissance l'empire des mers dont elle s'étoit emparée pendant les troubles de la France, anéantir son commerce, tarir les sources de ses richesses , ruiner sa marine , et bouleverser même la constitution à laquelle la nation angloise attache son bonheur et sa gloire. S'il étoit possible de mettre à exécution ce projet . une de ses suites seroit nécessairement l'appauvrissement du continent.
Un nouveau système politique a été établi, après la chute du conquérant, par la Sainte-Alliance que les empereurs d'Autriche et de Russie et le roi de Prusse conclurent à Paris , et a laquelle tous les autres souve- a6 "I** l8l5# rains de la chrétienté ont accédé 1 5 son histoire appartient à une époque future.
Les vingt-cinq années dont nous allons donner le Division de cette prt'cis, ont été si riches en événeinens, qu'il seroit dif- e * ficile de mettre de la clarté dans notre récit, si nous ne le coupions en différentes sec lions. L'histoire de France pendant cette période se divise naturellement en cinq époques; savoir:
i.° Depuis le 5 mai 1789 jusqu'au 10 août 1792, la royauté constitutionnelle;
'2.° De-la jusqu'au 26 oct. 1795, règne de la terreur;
5.° De-là jusqu'au 18 mai i8o4, régime républicain , soit directorial , soit consulaire ;
4. ° Depuis le 18 mai i8o4 jusqu'au 00 mars i8i4, gouvernement de Napoléon Buon aparté.
5. ° Depuis le 3o mars 181 4, restauration de l'ancienne monarchie françoise, fondée sur la loi salique, base de sa constitution , et règne des Bourbons avec une charte octroyée par le souverain.
Mais quoique dans toute cette période la France ait joué le rôle de puissance prépondérante, néanmoins comme nous devons réunir dans le même cadre les événemensqui se sont passés dans le reste de l'Europe, nous croyons devoir établir trois sections seulement , savoir; ■
1 ,° Depuis l'origine de la révolution françoise juscju'à la paix d'Amiens, au 27 mars 1802 ; commencement de In prépondérance françoise*