MOLLEVILLE
V Assemblée
toire de France pendant le dix-huitième siècle, par M» On. L\crb* telle 1 Paris 1821 , in-8° j Histoire de France , depuis la révolution de 1789, par Toulohceoh , Paris 1801 , 7 vol. iu-8° ; Histoire de la révolution de France , depuis l'ouverture des Etats-Généraux jusqu'en 1799 , par Papon , Paris i8i5 , 6 vol. in-8°j la collection des écrits sur la révolution qu'on a commencé à publier à Paris ; le Moniteur depuis le a4 uov. 1789,61 une foule de pamphlets révolutionnaires.
1789 — i8i5. 227 nistration qui prévalut sous le règne de Louis XV , aux opinions nouvelles, religieuses et politiques, qui
E rirent faveur depuis le milieu du dix-huitième siècle, es causes immédiates qui amenèrent ce bouleversement , furent la faute commise par Louis XVI , de soutenir lés Américains insurgés contre leur souverain légitime , et d'envoyeF à leur secours la jeune noblesse de son royaume , qui , au milieu de ce peuple , se familiarisa avec les principes d'indépendance et de liberté ; le déficit que la guerre d'Amérique fit naître dans les finances du royaume, et l'impéritie des ministres, dont l'un , M. Necker , ne connoissoit d'autre moyen de le couvrir que d'augmenter la dette de l'Etat par des emprunts masqués 5 l'autre , M. de Calonne , que d'appeler les notables du royaume pour faire voter par 32 février 1787. eux les nouvelles impositions qu'on ne pouvoit espérer de faire enregistrer par le Parlement de Paris. Son successeur , le cardinal de Brienne , essaya en vain de rompre, par des actes de vigueur , la résistance du Parlement. Par une protestation solennelle, cette 3 mai 1788. compagnie déclara qu'aux Etals-Généraux seuls appartenons le droit d'accorder des subsides. Cédant à l'opinion publique, trop fortement prononcée, Louis 8 août. XVI promit de convoquer les députés de la nation. Une seconde assemblée de notables , réunie à Versailles, délibéra sur la forme à donner aux Etats. 6 nov. M. Necker rappelé au ministère, conseilla au roi de 1 4 sept, préférer lavis de la minorité , qui a voit proposé une double représentation du Tiers-Etat. Ce conseil imprudent fut suivi.
Les Etats-GénérauC" lurent convoqués pour le 27 i4janv. 1789. avril 1789, à Versailts, au nombre de 1200 députés, dont 600 de Tiers-Etat, 5 00 de la noblesse et 000 du clergé. Ces individus se composoient de l'élite de la nation ; mais une grande partie des députés nommés rnanquoit de toute expérience des affaires; un plus grand nombre étoit imbu des principes nouveaux : la majorité se proposa de régénérer la monarebie d'après des idées spéculatives 5 quelques-uns espéroient bien
pouvoir la bouleverser pour assouvir leurs haines ,
leur ambition ou leur avidité.
Assemblée Le roi ouvrit la session en personne. Immédiatenationale men t après, la désunion se mit dans l'assemblée, à
Constituante, i, • i 1 »• i • i» w
5 mai 1789. * occasion de la question de savoir si 1 on siégeroit par ordres. Les députés du Tiers-Etat se déclarèrent Aa- 17 juin. semblée Nationale. Le roi leur ayant ordonné de 30 juin. suspendre leurs séances, ils se réunirent au Jeu de Paume , où , se mettant en état de rébellion contre l'autorité royale, ils jurèrent de ne pas se séparer
22 juin. qu'ils n'eussent achevé la régénération de l'état. La
majorité de l'ordre du clergé et quelques nobles se joignirent à cette assemblée tumultueuse. Dans une
23 juin. séance royale , Louis XVI cassa ses arrêts et publia
une déclaration renfermant les bases d'une constitution vraiment libre. Mais déjà l'autorité du roi étoit anéantie ; l'Assemblée Nationale refusa de recevoir de sa main, comme un bieufait, ce qu'elle alloit lui arracher par la force. Effrayé de cette résistance, Louis XVI 27 juin. ordonna à la noblesse et au clergé de se joindre à la majorité populaire.
Honoré comte de Mirabeau fut l'âme de cette révolution ; le duc d'Orléans fournit l'argent nécessaire pour corrompre les troupes et pour exciter des soulèvemens dans toutes les parties de la France.
ReVolutîon Le roi réunit près de Versailles une armée sous le du i4 juillet. commau d eiïien t d u maréchal de Broglie , et exila
1 1 juillet. Necker, dont il avoit de justes motifs d'être mécontent.
i4 juillet. Ce fut le signal d'une émeute qui éclata à Paris. Le peuple força la Bastille, s'empara des dépôts d'armes, prit la cocarde tricolore, établit un régime municipal révolutionnaire. L'académicien Bailly fut nommé maire ; la bourgeoisie se forma en Garde Nationale, sous le commandement du marquis de La Fayette. Le
17 juillet, roi renvoya les troupes , rappela M. Necker, et se rendit À Paris pour sanctionner la révolution. Elle s'étendit sur toute la France , où les excès se multiplièrent. dïi°* L'Assemblée Nationale s'empara de tous les pouvoirs de l'homme. et entreprit la rédaction d'une constitution. On mit à
!a tète de la charte une déclaration des droits de Chomme et du citoyen , renfermant des principes erronés et subversifs de tout ordre. Par un mouvement d'enthousiasme, le régime féodal, les droits et privilèges des provinces et des corporations, les dîmes et la plupart des droits seigneuriaux furent abolis , sans discussion , dans une séance nocturne. Il fut décrété que 4 août 1789. la puissance législative seroit exercée par uue seule Chambre ♦ et que le roi ne pourroit refuser que pendant quatre ans la sanction ae ses décrets.
La révolution ne marchant pas assez vite au gré de ^ J g ""obr la faction du duc d'Orléans, elle suscita un nouveau u oct0 re * soulèvement. La populace de Paris se porta sur Versailles , investit le château , commit des excès horribles et conduisit le roi et sa famille prisonniers à Paris , où l'Assemblée Nationale les suivit.
Elle y décréta la spoliation du clergé, en mettant ses Travaux biens à la disposition de la nation : la division de la cou " ltu . ti0n n« l »
T-» o? 1 !/ 1 . i i • 3 et législatifs
France en oô clepartemensj la vente des domaines de de l'Assemblée la couronne et des biens ecclésiastiques ; l'émission Nationale. d*un papier-monnoie sous le nom d'assignats; l'ad- îgdec. 1790. mission des juifs au droit de cité; la prohibition des 28 janvier, vœux monastiques; le droit de l'Assemblée Nationale i3 féviier. de déclarer la guerre , par suite d'une proposition du 22 mai. roi; une constitution civile du clergé qui le rendoit 12 juin, indépendant du chef de l'église , et donnoit au peuple le droit de nommer les évêques ; l'abolition de la noblesse , l'établissement d'un tribunal à Orléans , pour 19 juin, juger les crimes de lese-nation, 5 mars 1791.
Occupée de ces décrets , l'Assemblée Nationale ne Fuite du RoK laissa aucune autorité au roi pour réprimer les excès et les crimes qui se multiplioient sur le sol de la France, et ne fit rien elle-même pour y mettre fin. Des milliers de familles nobles , ne trouvant plus de sûreté pour leur vie, abandonnèrent le royaume. Le roi lui-même
fit une tentative pour se soustraire à la captivité où il 31 juin,
étoit retenu. Elle échoua; Louis XVI fut arrêté à Va- 22 juin,
rennes , ramené captif à Paris , et suspendu de ses *5 juin* fonctions. Monsieur , frère du roi , fut plus heureux J
il arriva à Bruxelles. Le comte d'Artois avoit quitté la France dès Tannée précédente.
Constitution Le parti d'Orléans entreprit de forcer l'Assemblée de 1791. Natiouale à prononcer la déchéance du roi 5 un attrou- 17 juillet 1791. pement qu'il forma au Champ-de-Mars , fut dissipé par la force armée dirigée par Bailly , et commandée par La Fayette. Le parti modéré de l'Assemblée Nationale prit le dessus ; les articles constitutionnels furent revisés en quelques points et réunis en un corps
i5 septembre, de constitution. Le roi accepta ce nouveau code , et on a tout lieu de croire qu'il étoit résolu de le mettre à exécution , si les vices inhérens à cette œuvre de l'enthousiasme le lui permettoient. L'Assemblée Constituante , après avoir déclaré Avignon et le comtat Ve-
i4 septembre, naissin réunis à la France, se sépara pour faire place
5o septembre, à une Assemblée Législative.
Premier concert Les princes et la plupart des émigrés s'étoient fixés des puissances ^ Coblentz* d'où ils s'adressoient à toutes les cours
étrangères . 7 i • » i i.
contre la France, pour les engagera délivrer le roi et a mettre des bornes au torrent de la révolution qui menaçoit de se répandre sur l'Allemagne. Les princes d'Empire , ayant des possessions en Alsace , se trouvoient lésés par les décrets de l'Assemblée Constituante , dans des droits qui se fondaient sur des traités. Ils avoient réclamé l'intervention de l'empereur et de PErapire. Les électeurs de Mayence et de Trêves avoient permis que la noblesse franco ise formât des corps armés dans leurs états. Après l'arrestation du roi à Varennes , l'empereur Léopold avoit adressé à tous les monarques une
6 juillet. circulaire datée de Padoue , par laquelle il les invitoit t à se réunir pour rétablir en France l'autorité légitime
*5 juillet, du roi. Peu de jours après, il fut conclu à Vienne, entre l'Autriche et la Prusse , une alliance ayant pour but de se concerter pour obliger la France à maintenir
37 août. les traités. Les deux monarques , réunis à Pilnitz , déclarèrent qu'ils emploieroient les moyens les plus efficaces pour mettre le roi de France en état de poser, en parfaite liberté, les bases d'un gouvernement monarchique; mais après que Louis XVI eut accepté la cons-
Assemblée.
nationale législative 16 mai.
4 octobre.
1789— - ifri 5. s&i
titulion , l'empereur annonça solennellement que le 12 nov - l 79 l * concert des puissances étoit suspendu.
Dans un mouvement irréfléchi de désintéressement , l'Assemblée Constituante avoit déclaré qu'aucun de ses membres- ne pourroit être élu pour la première législature. Celle-ci fut composée d'hommes manquant de toute expérience et livrés au fanatisme révolutionnaire. Elle se divisa en deux partis : la droite qui espéroit sauver la monarchie 9 en maintenant la cQns? titution , et la gauche qui se proposoit de continuer la révolution. Ce dernier parti , dans lequel les députés de la Gironde eurent le plus d'influence , imagina deux moyens pour renverser la constitution : c'étoit de rendre le roi suspect en le forçant de faire usage de son vélo suspensif contre des décrets qui paroissoient populaires, et d'amener la guerre pour occuper l'armée, qui paroissoit satisfaite du nouvel ordre de choses. Le côté droit, qui formoit la majorité, n'eut pas le courage de s'opposer avec force à l'exécution de ce pUn. L'Assemblée rendit des décrets injustes , inhumains et révoltans y contre les frères du roi , contre les émigrés et contre les prêtres qui n'avoient pas pris part au nouvel ordre de choses. Elle priva le roi de sa garde , l'abreuva de chagrins et le couvrit d'humif Uations.
Cette Assemblée elle-même ne jouissoit pas d'une entière liberté. Elle étoit iufluencée et dominée par les sociétés populaires , connues sous le nom de Jacobins , parce que celle de Paris siégeoit dans le local de ces religieux, rue Saint-Honoré. Ces sociétés qui cou-» vroient toute la France , étoient affiliées entre elles et recevoient une direction commune de la société mère de Paris. C'est là que se préparoiçnt les lois qu'on forçoit l'Assemblée Nationale à rendre , ainsi que les coups qu'on vouloit porter à l'autorité royale.
Pour provoquer la guerre , les députés du côté gau-r che ne cessoient de vomir à la tribune des injures" contre les puissances étrangères , et, de peindre le roi comme secrètement ligué avec elles. Ses plus fidèles.
Faction dus Jacobins*
Miuislèr», jacobiu,.
serviteurs ayant été l'objet des calomnies, il prit le parti de composer un ministère de Jacobins; Dumou- 17 maté 1792. riez, Roland, Clavières en étoient les plus exagérés. La perfidie de ces ambitieux perdit le roi.
La ç ucrr f L'empereur , avec lequel on négocioit , demandoit i*f Autriche. ' e redressement des griefs des princes qui avoient des possessions en Alsace. Au lieu de lui donner satisfacao avril. tion , les ministres entraînèrent le roi à proposer à l'assemblée de lui répondre par une déclaration de guerre. Cette proposition fut décrétée avec enthousiasme ; sept membres seulement eurent le courage de s'y opposer 1 . Journée Cette assemblée continua à rendre des décrets qui
du 20 juin. y esso i en t l a conscience du roi ou menaçoient la sûreté de son trône : il prit la résolution de les rejeter et renvoya ses ministres. Les Jacobins, leurs complices , et le maire Péthion organisèrent alors un mouvement des faubourgs. La populace pénétra aux Tuileries pour
^ forcer le roi à sanctionner les décrets et à rappeler les
ministres patriotes. Le roi sauva sa vie et celle de la reine , en imposant aux factieux par un grand courage et une fermeté inébranlable. Il refusa constamment tout ' ce qu'on lui demandoit avec violence. L'assemblée nationale se couvrit d'opprobre par sa pusillanimité. Elle poussa la lâcheté jusqu'à rétablir dans leurs fonctions le maire Péthion et Manuel , procureurs de la commune , que le roi avoit suspendus pour avoir manqué à leur devoir.
Révolution Péthion eteette tourbede misérables qui dirigeoienlà
du 10 août. j €Ur gj^jgg sections de Paris, où aucun bon citoyen n'osoit paroltre , demandèrent alors la destitution du roi. Pour forcer l'assemblée de la prononcer, les conspirateurs organisèrent publiquement une nouvelle émeute. La populace en armes attaqua le château cles Tuileries. Le roi refusa le secours des citoyens fidèles qui se rendirent auprès de sa personne. Abusé par des conseils imprudens ou perfides , il se rendit avec sa fa-
1 L'auteur de la première narlie de cet ouvrage , M. KocH,fut de ce nouibre-.
mille dans le sein de l'Assemblée nationale, à laquelle il adressa ces paroles : « Je suis venu ici pour éviter un grand crime; je me croirai toujours en sûreté, ma famille et moi, lorsque je serai au milieu des représentans de la nation ». La populace ayant assailli le château , les fidèles Suisses le défendirent courageusement et périrent en faisant leur devoir. Le peuple massacra toutes les personnes qu'il trouva dans les Tuileries. Les représentans de la nation, tremblant pour leur vie, décrétèrent, en présence du monarque, sur la proposition de Vergniaud , la suspension du roi et la réunion d'une Convention nationale. Quelques jours après , Louis XVI , la Reine , le Dauphin , Madame Royale et i3août 1792, Madame Elisabeth , sœur du roi , furent enfermés au Temple, sous la garde delà municipalité de Paris, com*posée de révolutionnaires ou plutôt demonsties féroces.
Cette municipalité et les ministres nommés par l'as- Journées de» semblée exercèrent un pouvoir tyrannique. Les' pri- *eOsept. sons se remplirent de prêtres et de nobles. Danton , ministre de la justice , organisa le massacre de ces hommes innocens. Il dura trois jours, sans que l'assemblée législative osât l'empêcher. Quelques jours après , les prisonniers., renvoyés devant le tribunal d'Orléans, furent conduits à Versailles et massacrés. Enfin l'Assemblée législative, dont tnute la conduite a été une suite de lâchetés ou de crimes , se sépara pour faire 21 septembre, place à l'horrible Convention nationale.
La guerre avoit commencé en avril. Luckner, Ro- Evénement chambeau et La Fayette commandoient les armées de la guerre
r . . J j iiA 'r* en août et sept.
irançoises sans avoir de succès ; les Autrichiens se te-
noient sur la défensive. En vertu d'une alliance conclue
à Berlin entre l'empereur et la Prusse , une armée de 7 février.
5o,ooo Prussiens , auxquels s'étoient réunis 6000
Hessois et les corps des émigrés, le tout commandé par
Je duc de Brunswick , et une armée autrichienne sous
les ordres de Clairfait, entrèrent en France par les Ar-
dennes. Longwy et Verdun ouvrirent leurs portes aux i3 août
Prussiens : mais les manœuvres de Dumouriez, qui avoit et 2 * e r l »
pris le commandement de l'armée de La Fayette , le
234 rÉRIODE IX.
défaut de vivres et les maladies arrêtèrent leurs pro-
20 sept. 1791. grés. Après la canonnade de Valmy que commanda
Kellermann , l'armée combinée se retira dans le duché de Luxembourg et vers le Rhin.
République Le S Girondistes , renforcés de ce que la France * * possédoit de plus enragé et de plus méprisable , formè-
21 septembre, rent la Convention nationale. Le jour même de sa réu-
nion , elle abolit la royauté, sur la proposition du comédien Collot d'Herbois , et proclama la république. Comme les assemblées qui l'avoient précédée , elle se divisa en deux partis , 1 un , composé des Girondins et de leurs amis qui , voulant recueillir le fruit de leurs crimes, pensoient à rétablir l'ordre; l'autre , nommé/a Montagne , avoit besoin de continuer la révolution. La domination fut le but du combat qui , dès le premier moment, s'engagea entre les deux partis ; mai* pour le dérober à la vue du vulgaire, on prétexta les principes. Le reproche de royalisme ne pouvant frapper leurs adversaires^, les députés de la Montagne imaginèrent le fédérïisme ; et pour avoir un mot
25 septembre, de ralliement, TaHicir fit décréter que la république étoit une et indivisible*
bécrett révo- Rapporter les lois et les actes que publia la Conven-
lutionuaires. tion pendant les trois années que son empire pesa sur la France, ce seroit dérouler un tableau dégoûtant de crimes et d'extravagances ; nous nous bornerons à indiquer celles de ses opérations qui se distinguent par leur énortnité ou qui ont eu quelque influence durable. a3 oetobre. Dans une de ses premières séances , elle bannit à perpétuité tous les émigrés , et ordonna de mettre à mort
19 novembre, ceux qui rentreroient dans leur patrie. Bientôt après, elle offrit ses secours à tous les peuples qui voudraient se soulever contre leurs souverains.; elle décréta de
i5 décembre, proclamer dans les pays qu'occuperoient ses armées , la souveraineté du peuple et la suppression de toutes les autorités établies.
Procè» tbiRoi. Le parti modéré , disons mieux ,. la partie la moins furibonde de la Convention , vouloit sauver la vie du roi 5 c'étoit un motif pour la Montagne de le fairs
mourir. La convention décréta que le procès seroit fait à Louis Capet , comme elle affectoit de le nommer, 3 ctëc. 1792. et cumulant d une manière monstrueuse les fonctions d'accusateur avec celles de juge et de législateur , elle s'arrogea le droit de prononcer sur sa culpabilité. Deux fois elle le fît paroître à sa barre, où de Sèze , Maies- 11 décembre, herbes et Tronchet le défendirent; la tenue du roi fut 26 d *cembre. pleine de candeur et de dignité. Sur "20 votans, 683 le déclarèrent coupable; Zj refusèrent de voter par divers l5 i auv » *79 3 ' motifc, en partie honorables; mais l'assemblée ne renfermoit pas un seul homme de bien qui eût osé prononcer positivement l'innocence de la victime *. En vain la minorité se flattoit-elle de soustraire le roi à la mort , si elle s'en remettoit à la nation elle-même sur sa punition : elle l'avoit perdu par son premier arrêt. Sur 718 votans , 4î<4 rejetèrent l'appel au peuple, •283 l'admirent ? 1 1 émirent des votes motivés qui ne comptaient pas. Il ne restoit plus qu'à prononcer sur la peine à infliger au monarque 5 de 72 1 votans , 566 , et parmi eux le duc d'Orléans , prononcèrent la mort; 16 et 17 janvier, c'étoit une majorité de 5 voix. Les défenseurs de Louis XVI interjetèrent appel de cette sentence à la nation. En vain les Girondins appuyèrent-ils cette requête; de 690 votans, 38o décidèrent que l'exécution auroit lieu dans les vingt-quatre heures. 1 9 cl 20
Louis entendit son arrêt de mort avec le calme de Mort du Roi. l'innocence et la résignation du chrétien; déjà il avoit rédigé son testament, monument de la pureté de son âme et de sa piété. Il mourut en martyr. A l'instant où la hache du bourreau alloit tomber , le confesseur du roi , l'abbé Edgeworth , lui adressa ces mots sublimes : Fils de saint Louis, montez au ciel ! Toute la population de Paris, qui avoit ce forfait en horreur, étoit sous les armes ; un morne silence régnoit dans la ville 2.
1 Parmi ceux qui refusèrent de voler , il y en eut un ou deux qui déclarèrent qu'ils ne pouvoient être les juges du Roi. Cela étoit conforme aux principes, mais il falloiluu peu plus de courage pour ajouter que le Roi éloit innocent.
a Clp.ry, Journal de ce qui s'est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI , Londres 1798 , in-b°.
21 janvier.
Révolution^ Le crime dont la Convention s'étoit souillée, présadu 2. jum J7Ç)5. g eo it la perte des Girondins; ils la retardèrent par une lutte de quatre mois. Une émeute des sections de Paris , organisée par le procureur de la commune, Hébert , et par les députés Marat , Danton et Robespierre, décida la victoire. Les Girondistes furent proscrits pour crime de fédéralisme. Le parti vainqueur, s'honorant du nom de Sans-Culotte, établit le règne de la terreur. La Convention ne fut plus qu'une assemblée de bourreaux et un repaire de brigands. Pour tromper le peuple , on soumit à son acceptation un a4 juin. projet de constitution rédigé par Hérault de Séchelles, d'après lequel les assemblées primaires dévoient exercer la souveraineté et délibérer sur les lois.
Régime Depuis le 2 juin , tous les pouvoirs étoient entre les rcvoluiiouuahe. mains fa com i t< 5 J e sa l ut pu îjl; c ^ f orme ' fa ns Convention. Danton, chef des Cordeliers, assemblée populaire plus exaltée que les Jacobins mêmes , y exerçoit 27 juillet, la principale influence, dont bientôt Robespierre sut s'emparer. La constitution du 24 juin avoit été adoptée dans les assemblées primaires ; mais Robespierre fit 28 août. décréter qu'elle seroit suspendue , et que la république seroit en état de révolution jusqu'à ce que son indépendance fût reconnue. A ce titre, on organisa le gouvernement le plus tyrannique et le plus sanguinaire dont l'histoire fasse mention. Robespierre en étoit le chef; la France se couvrit de comités révolutionnaires. Des armées révolutionnaires la parcouroient , promenant , d une commune à l'autre , l'instrument du sup- 1 1 septembre, plice pour les gens de bien et les riches. Une loi sur les suspects changea tous les édifices publics en prisons , et remplit toutes les prisons de victimes dévouées à la mort. Pour remédier à la baisse des assignats, la Con- 29 septembre, vention fixa , sous le nom de Maximum , un taux à toutes les denrées, mesure qui dut amener la famine. La reine Marie-Antoinette fut traduite devant le tri— 16 octobre, bunal révolutionnaire et. conduite à l'échafaud. Les députés girondistes , arrêtés le 2 juin, l'y suivirent. Le 5i octobre, duc d'Orléans , devenu un objet d'exécration pour
tous les partis, y fut traîné à son tour. Personne ne 6nov. 1795. plaignit son sort. Dans toutes les provinces le sang des innocens coula.
U fallut joindre l'impiété au crime. On commença Abolition par abolir le calendrier grégorien et l'ère de J.-C. , d » c «lt« pour mettre à leur place une année commençant au ^octobnT" '22 septembre, et une ère républicaine. Bientôt Hébert et Chaumette, cliefs de la commune de Paris, firent décréter , par la Convention , l'abolition de la religion 10 novembre, chrétienne; on lui substitua le culte de la Raison, et 1 église de Notre-Dame à Paris , fut profanée pour lui servir de temple. Gobel, e\èque constitutionnel de Paris, et beaucoup d'autres ecclésiastiques apostasièrent publiquement. On commit toutes sortes ae dégâts et île sacrilèges dans les églises cathob'ques.
Les départemens de l'ouest de la Fr a nce étoient restés Guerre fidèles auroi. C'estlà, en Poitou, dans le Maine, en Bre- de la Vendée, tagne en Normandie, que s'éleva une guerre civile connue sous le nom de guerrede la Vendée, qui manqua de renverser ce fantôme de république et ce gouvernement de sang. L'armée des Vendéens portoit le titre d'armée Catholique. Elle étoit commandée au nom de 0 Louis XVII, resté prisonnier au Temple, après la mort de son père , par un conseil siégeant à Cliâtillon. D'Elbée eut le commandement en chef ; il avoit sous ses ordres Artus de Boncbamp, les marquis de Lescure et de la Rocbejacquelein, Jacques Calhelineau , Char ette , Stofflet , noms inscrits aux fastes de l'honneur et de la fidélité. L'insurrection éclata à l'occasion d'une levée d'hommes que la république avoit ordonnée. La jeunesse se leva , mais ce fut pour tourner ses armes contre les oppresseurs de la patrie. La guerre se fit avec acharnement et cruauté. Les événemens les plus remarquables qu'elle offrit en 170,5, furent la bataille de Saumur après laquelle toutes les villes de la Loire , 9 juin, excepté Nantes, se déclarèrent pour le roi; celle de Châtillon, où les royalistes furent défaits à plusieurs 9,10,15 et 16 reprises par l'armée de Mayence, que la Convention octobre, avoit envoyée contre eux 5 le passage de la Loire par 17, 19 oct.
ioo ? ooo Vendéens, vieillards, femmes et enfans , voulant se rapprocher des côtes où devoit arriver le 26 oct. 1703. secours promis par l'Angleterre; la déroute de l'armée 13, i3décemb. j e Mayence à Château-Gontier; la prise du Mans par a3 décembre. J es républicains , leur victoire à Savenay : la prise de Noirmoutier , où d'Elbéc tomba entre les mains des a jan\irr 1794. ennemis ; enfin la défaite de Charette à Machecoult.
Biron , Caudaux, Westcrmann , Kléber, Beysser , L'Echelle , Marceau , le cruel Rossignol , commandèrent successivement les troupes de la Convention. Le député Carrier de Nantes couvrit le pays de carnage, et fut ingénieux à inventer de nouveaux moyens de massacres *.
Prise <te Lyon Des insurrections s'élevèrent t après la révolution et de Toulon. ^ u 2 j um ^ <] ans ] e m idi de la France. Bordeaux, Lyon,
Marseille, e* Toulon se déclarèrent contre la Convention^ Borïlebxïx fut promptement soumis ; Je général
a5 août 1793. Garteawy s'empara de Marseille à l'aide de la populace 29 août. de la ville. Toulon proclama Louis XVII, et se jeta entre les bras des amiraux Hood et Lan gara, qui croisoient dans ses parages avec des flottes angloise et espagnole. Kellermann eut ordre d'assiéger Lyon ; cette tâche fut ensuite confiée à Doppet. Après une 9 octobre, résistance vigoureuse, Lyon se rendit ; cette ville devint le théâtre d'actions atroces : ses plus belles maisons, des rues entières furent démolies par ordre de la Con-
a4 décembre, vention. Carteaux prit d'assaut la ville de Toidon. Un jeune officier corse se distingua , pendant le siège , pr ^ son courage , et après la victoire par son fanatisme révolutionnaire : c'étoit Napoléon Buonaparte , natif d'Ajaccio , en Corse.
Première L e j our même où la Convention se réunît, le due
ai C Kpui792. ^ e Saxe-Teschen * à la tete d'une année autrichienne, avoit commencé le siège de Lille : il fut obligé de le lever au bout de vingt jours. L'Assemblée Législative
10 septembre. avo it déclaré la guerre au roi de Sardaigne ; le général
1 Mémoires de la marquise de la Rochejaqueleiîî , Paris 181 1 , in-8°.
Moniesquiou s'empara de la Savoie , et Anselme de
Nice. Quelques mois après , la Convention déclara ces
provinces réunies à la France. Pendant que les alliés
se retiroient de la Champagne , Custine , aidé par la
trahison, prit Mayence par un coup de main. Avec 21 oct. 1792.
des forces supérieures, Dumouriez battit le duc de 6 novembre»
Saxe-Teschen à Jemmappes, et fit promptement la
conquête de la Belgique. La Convention ayant déclaré
la guerre à l'Angleterre et au stathouder des Pays-Bas, i cr février 179X
ainsi qu'à l'Espagne , il s'éleva contre elle une coalition 7 ma >
formidable, dont l'Angleterre et la Russie furent l'âme,
l'une par les subsides qu'elle fournit , l'autre par ses
exhortations* A l'exception du Danemarck, tous les
souverains chrétiens de l'Europe y entrèrent.
Dumouriez entreprit la conquête de la Hollande , Défection et pénétra jusqu'à Moerdyk. La défaite de Miranda,qui ^ c Dumouiiex « assiégeoit Maastricht , par l'armée autrichienne que commandoit le duc de Saxe-Cobourg , força Dumouriez d'abandonner ses conquêtes 5 battu lui-même à Nervinden , il se retira sur les frontières de la France. 18 mar »« Résolu de mettre fin à la domination de la Convention, €t de rétablir la constitution de 1791 , il conclut un armistice avec les Autrichiens, et leur livra les commissaires que la Convention avoit envoyés pour le destituer ; mais son armée ayant refusé de lui obéir , il fut obligé de se sauver à Tournay , auprès du général 5 ami. Clairfàit. Le jeune duc de Chartres l'accompagna dans cette fuite.
Les succès furent partagés pendant le reste de la c '^f* s * e campagne. Vainqueurs à Famars , les Autrichiens pri- a Vmai." rent Condé, Valenciennes et le Quesnoy ; le duc 10 et 28 juillet. dTorck , commandant l'armée angloise , fut battu par 11 aepiembre. Houchard a Hondscote. Jourdan força le général Clair- 8 septembre, fait, par la bataille de Wattignies , à lever le siège de ip octobre. Maubeuge. Du côté des Pyrénées , les généraux espagnols Ricardos et Ventura-Caro remportèrent plusieurs avantages ; le premier s'empara cle Bellegarde , 2 ^ GolUoure , Port- Vendre. Sur le Rhin, l'honneur de la campagne resta aux alliés. Mayence se rendit, après un a2 juillet.
q4o Triode ix.
siège opiniâtre , aux Prussiens, qui assiégèrent inutilci4 sep. 1793. ment Landau , et battirent Moreau à Pirmasena. Une armée alliée , de 80,000 hommes, commandée par i3 octobre. Wurmser et le duc de Brunswick , força les lignes de Wissembourg, et pénétra jusqu'auprès de Strasbourg; mais le général Pichegru, ayant pris le commandement 5o de'cembre. de l'armée françoise , força Wurmser à repasser le Rhin. Les Prussiens se maintinrent sur la rive gauche, entre Oppenheim et Bergen.
Domination Les tyrans de la France s'étoient divisés en trois de Robespierre. p ar ^ s< £ e comité de salut public gouvernoit avec un pouvoir absolu, et Robespierre , appuyé du club des Jacobins, étoit maître de ce comité. Hébert, Chaumette , le prussien Cloots et les autres membres de la Commune de Paris , formoient un second parti, plus violent que le premier , mais méprisable par le caractère des individus qui le composoient ; le troisième comprenoit Danton , Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles, qui étoient effrayés de la fureur de celte bande , et craignoient Robespierre. La faction de la Commune fut anéantie la première , par la réunion a4 mar» 1794. momentanée des deux autres partis. Il ne fut pas difficile, après cela, à Robespierre, d'envoyer à l'échafaud 5 avril. Danton et ses amis 5 mais bientôt quelcrues membres du comité de salut public et des débris du parti de la Gironde , conspirèrent contre lui. Pour plaire au
7 mai. peuple , il abolit le culte de la Raison , fit proclamer
par la Convention l'existence d'un Etre suprême et
8 juin. l'immortalité de l'âme , et introduisit un nouveau culte
de déisme, dont il s'établit grand-prêtre.
Révolution du 9 La puissance de Robespierre étoit à son apogée : sa thermidor. cnu t e approcha. Comme le tribunal révolutionnaire ne le débarrassoit pas assez promptement de ceux dont 10 juin, il vouloit la mort, il fit rendre un décret par lequel on attribua à ce tribunal une autorité sans bornes. C'étoit un avertissement pour les ennemis qu'il avoit dans la Convention; ne doutant plus qu'ils ne fussent dévoués à la mort , ils conjurèrent la perte du tyran. Tallien et Billaud-Varennes l'attaquèrent les premiers
2Îl
Campagne de 1794.
à la trîbilne. Il perdit la tête et se laissa arrêter. Ayant cependant trouvé moyen d'échapper à la garde , il se sauva au milieu de la Commune , composée de ses 27 juillet 1794. partisans depuis la chute d'Hébert. On arma des deux côtés ; Robespierre et sa faction, déclarés hors de la loi , montrèrent peu de courage. Il essaya de se détruire, mais ne fit que se fracasser la mâchoire. 11 fut exécuté avec 2 1 complices; 83 autres scélérats eurent * 28 juillet, le même sort les deux jours su i van s. Dès-lors la terreur diminua , et des milliers d'innocens sortirent^ des prisons ; cependant son règne ne discontinua pas , et l'existence de la Convention jusqu'à sa dissolution est marquée par une série d'injustices et de violences.
La campagne de 1794 fut brillante pour les François. Pichcgru, commandoit l'armée du Nord, et sous ses ordres Jourdan , celle de Sambre et Meuse. Leduc de Cobourg avoit d'abord le commandemgnj, clejl%rmée autrichienne que, vers la fin de h remît à Clairfait. Le roi de Prusse, dégoû avoit menacé de retirer sa grande armée, pour ne laisser sur le Rhin, que son contingent de prince d'Empire, et les 20,000 hommes , qu'en vertu de l'alliance de 1792, ildcvoit fournir à l'Autriche; mais l'Angleterre et la Hollande s'étant engagées, par une convention signée à La Haye, de lui payer des subsides, il promit de tenir 62,400 hommes sous les armes , contre la France. Le feld- maréchal MœllendorlF les commandoit. La prise de Charleroi par Jourdan , et la bataille de Fleuras qu'il gagna sur le duc de Cobourg, décidèrent du sort de la Belgique. Après quelques, mouvemens combinés avec l'armée du Haut-Rhin , commandée par le duc de Saxe-Teschen , mouvemens qui eurent peu de succès à cause du manque d accord entre les généraux, Clairfait , à la tête de 1 armée autrichienne des Pays- Bas , se retira , vers la fin de l'année, sur la rive droite du Rhin ; MœllcndorfF, que les François n'avoient pu entamer, l'y suivit.
L'armée des Pyrénées orientales , commandée par Dugommier , remporta, à Ceret, une victoire brillante
îgavril.
25 juin.
36 juin.
3oavi il.
18 sept. 1794. sur le général La Union , et reprit Bellcgarde. Les etetr* 20 novembre, généraux ennemis trouvèrent la mort à Monte-Nero f où, après trois jours de combat , Pérignon repoussa
27 novembre, les Espagnols. Les François prirent Figuières, et au 4 fér. i7g5. bout de deux mois Roses. L'armée des Pyrénées occidentales, sous les ordres de Muller , entra en Espagne,
1, 11 août 1794. prît Fontarabie et Saint- Sébastien , menaça Pampe-
28 novembre. f une< ou e l| e battit les Espagnols , et répandit l'alarme
jusqu'à Madrid.
Après la reddition de Toulon, la flotte angloise, sous l'amiral Howe, appelée en Corse par Paoli , prit
18 juin. possession de cette île, qui se soumit au sceptre britannique comme un royaume indépendant. La flotte fran-
i^jui». çoisë de 1 amiral Villaret - Joyeuse fut défaite à la hauteur d'Ouëssant, par Pamiraf Howe. Déjà la plupart des colonies françoises étoient tombées au pouvoir des Anglois.
poMpète Favorisé par la rigueur de l'hiver et par les intri- • a 0 * e 'gue*s du parti opposé à la maison d'Orange , le général Pichegru s'empara , dans les derniers jours de décembre et au commencement de l'année 1 79/i , presque sans coup férir, des Provinces-Unies des Pays-Bas, où les patriotes rétablirent l'ancienne constitution , telle qu'elle avoit été avant 1788 , toutefois sans stad- 19 janvier 1795. houdérat, car le prince d'Orange, après s v être démis de toutes ses places , s'étoit retiré en Angleterre. La
16 mai.
paya 100 millions de florins, et céda une partie de son territoire.
Mort Ce fut à cette époque, que mourut , au Temple, le
4e ^i\*Z] h royal enfant Louis XVII, fils unique de Louis XVI, des suites des mauvais traitemens qu'il n'avoit cessé d'endurer depuis près de trois ans. Son oncle qui, au commencement de l'année 179,3 , avoit pris le titre de Régent , lui succéda de droit. Ce prince qui se trouvoit à Vérone , prit le nom de Louis XVIII. de Qu'ira depuis les batailles du Mans et de Savenay, et la
prise de Noirmoutier , les Vendéens se trouvoient très-
pffoiblis, mais à l'époque où nous sommes parvenus,
il se forma en Bretagne et en Normandie , ces bandes
d'insurgés qui sont connues sous le nom de Chouans.
Larochejaquelein ayant péri , Charette et Sa pineau
conclurent, à Jausnaie.la paix avec la Convention. 17 février 1795.
Gormartin, chef des Chouans, en fit de même à
Mabilais ; mais peu de semaines après > la Convention *° wîl»
le fît arrêter et fusiller avec sept autres chefs. Ce fut le
signal d'une nouvelle insurrection. Le gouvernement
anglois s'étoit enfin décidé à envoyer des secours aux
royalistes ; un corps d'émigrés et de prisonniers de
guerre françois , fut débarqué dans la baie de Qui- 18 juin.
beron , mais cette expédition , très-mal dirigée , eut -
une issue désastreuse. Le général Hoche attaqua les
troupes débarquées; la plus grande partie put se sauver
sur les vaisseaux, mais te marquis de Som^reuil et 56o 21 juin.
Jeunes gens des meilleures familles , furent .pris et
fusillés par ordre de Tallien , malgré l'opposition de
Hoche , qui déclara leur avoir promis la vie.
Dans la Convention nationale, deux partis se com- Journée <în i3 battoient, les Thermidoriens ou modérés et les Ter- ven deonaire. roristes. La populace de Paris , réduite au désespoir par la disette que le maximum avoit produite , et excitée par les Jacobins , se révolta plusieurs fois , nommément dans les journées du 1 2 germinal et du »"* * Tril « I er prairial. Le parti modéré , renforcé par le rappel de 20 ma '« beaucoup de députés proscrits depuis le 2 juin 1793 , remporta la victoire , et épura la Convention , en bannissant ou faisant mourir les plus scélérats parmi les Terroristes. Il se concilia même , jusqu'à un certain point , l'opinion publique , par la rédaction d'une constitution qui , comparée aux maximes qui se débi- 2 «5 juin, toient depuis plusieurs années, devoitparoître sage et bien conçue ; ses élémens étoient un corps législatif, composé de deux Chambres électives , dont l'une auroit l'initiative des lois, et l'autre, composée d'hommes mûris par l'âge et l'expérience , seroit investie du veto ; le pouvoir exécutif entre les mains d'un conseil de cinq
personnes, revêtu d'une autorité plus grande cfae celle que la constitution de 1791 avoit donnée au roi. La convention rendit quelques autres lois qui indiquoient le désir de revenir à des principes de morale. Elle dé-
3o juin 1795. crête aussi Féchange de Madame Royale, seul et précieux reste de la famille de Louis XVI , contre les députés livrés par Du mouriez. Mais elle perdit de nou-
*2, 3o a*ôt. veau l'affection du peuple par ses lois du 5 et 1 3 fructidor de Tan III. Avertie par la faute que l'Assemblée Constituante avoit commise en interdisant à ses membres l'entrée dans le Corps Législatif, et voulant s'assurer l'impunité des crimes dont elle s'étoit couverte, elle ordonna que les deux tiers des membres composant alors la Convention , feraient nécessairement partie de la nouvelle législation, et que si les Assemblées primaires ne renommoient pas 5oo ex-conventionnels , les nouveaux élus , autant qu'ils seroient membres de la Convention , se compléteraient euxmêmes en s'adj oignant un nombre suffisant de leurs anciens collègues* La nouvelle constitution avoit été soumise à l'acceptation du peuple, dont on ne pou voit douter, parce qu'elle devoit délivrer la France de l'état révolutionnaire. La Convention profita de cette disposition des esprits , pour forcer les sections à accepter aussi les deux décrets , en les déclarant partie intégrante de la constitution. Il s'éleva à ce sujet des troubles; les sections de Paris, où délibéraient alors les véritables citoyens, vouloient qu'on votât séparément sur la constitution et sur les décrets qui , dans ce cas y auraient été rejetés dans toute la France. Le parti modéré de la Convention , ( si l'on peut honorer de ce nom les têtes exaltées dont il étoit composé ) se réunit aux Terroristes; on arma une bande de brigands, à 1» tête de laquelle Buonaparte remporta , dans la journée
5ocioW. du i5 vendémiaire de Tan III , une victoire sanglante sur les Parisiens. Le désir de rappeler les Bourbon» avoit été le secret motif des chefs de l'insurrection.
CoMiiiuiion Le nouveau Corps-Législatif s'assembla : on pouvoit
28 octobi*! ^ regarder comme une continuation de la Convention,
t 7 B 9 — i8i5. 245 aussi long-temps que par suite du renouvellement annuel d'un tiers de ses membres, les ôoo députés de la Convention n'auroient pas été éliminés* Le Directoire exécutif nommé par le conseil des anciens sur une liste v* nov. 1795» présentée par le conseil des Cinq-Cents fut composé de Laréveillère-Lépeaux , Rewbel , Barras , Letourneur et Carnot, régicides tous les cinq. Les formes du ter^ rorisme furent adoucies à quelques égards; mais les mœurs ne gagnèrent rien à ce changement. Le règne du Directoire est l'époque d'une corruption et d'une dissolution dont les effets se font encore sentir ; une avidité sans bornes s'empara de la nation et le Directoire satisOt et nourrit cette passion honteuse en se prêtant à des trafics infâmes. La noblesse des richesses remplaça celle de l'honneur et de la naissance*
Le Directoire avoit à lutter contre deux inconvéniens. L'un étoit l'esprit de rébellion qui engagea les Terroristes à former une conspiration après l'autre, telle que celle de Drouet et Babeuf, et celle qui est connue 10 mai 1796* sous le nom de conspiration du camp de Grenelle. 9 septembre. L'autre inconvénient plus grave encore étoit Fembar-ras des finances. La masse des assignats mise en circulation se montoit à 1 8,0,35, 5oo,ooo fr. Pour la réduire on décréta un emprunt forcé de 600 millions en es- iodée. 179S. pèces ; ce moyen révolutionnaire étant resté sans effet, • on remplaça les assignats par un autre papier, savoir par des rescriptîons , et enfin par des mandats ; mais ce papier fut, dès son émission, et les mandats même avant leur émission effective , discrédités au point qu'il fallut prendre le parti de les retirer tous de la circula- i6>iHet 1796. lion. L'état fit ainsi une banqueroute de treute-neuf milliards de francs 1. Il fallut alors recourir à un sys-
* La masse des assignats émis se montoit. au 19 férrier 1796 où les planches fureut brisées, à 45 ,578,81 o,o4o fr. Le plus bas cours de ce papier fut au 9 juin 1796 , où 100 fr. valoient 3 sols 6 deniers. Les mandais ue furent jamais émis de fait , parce que le prix qu'on pou voit en tirer n'équivaloit pas à celui de la fabrication. Au 8 août 1796 on donnoit pour 100 fr. de promesses demandât, t fr. 70 c. Après leur démonétisation > elles montèrent à 5 francs 05 centimes pour too fr.
tème d'impositions réglées que le peuple n'étoit pîus accoutumé à payer.
Fin de la guerre ^e Directoire exécutif réussit à terminer la guerre de la Vende'e. de la Vendée. U dut ce succès à la fermeté et à la modération du général Hoche. Stofflet, livré par des traîa5 fév. 1796. très , fut fusillé à Angers ; Charette , tombé entre les mains des républicains , eut le même sort , quelques 29 mai*. semaines plus tard , à Nantes. Sa mort termina la guerre.
Le comte d'Autichamp et les autres généraux des Vendéens signèrent tine pacification avec Hoche. George Cadoudal , chef des Chouans , passa en Angleterre. Révolution £u premier renouvellement d'un tiers des membres du 1 1 ucti or. j es <j eux conse îl 8 législatifs , le parti modéré gagna plus 20 mai 1797. d'influence. M. Barthélémy fut porté au Directoire, où
il se forma un schisme entre Laréveillère-Lepeaux , Rewbel et Barras, nommés les triumvirs, et Carnot avec Barthélémy qui vouloient la fin de toutes les mesures révolutionnaires et la paix. Le triumvirat perdit la majorité aux Conseils, où Pichegra se mit à la tête du parti modéré qui espéroit faire rétablir la monarchie. Le royalisme, grâce à la liberté de la presse dont jouit alors la France, fit des progrès qui effrayèrent les triumvirs. Us s'assurèrent des armées , si faciles | séduire lorsqu'on leur permet de délibérer , et surtout 4 septembre, de Buonaparte; alors ils exécutèrent le coup qui est connu sous la dénomination de révolution du 18 fructidor. Soixante-cinq députés 1 et les deux directeurs, Barthélémy et Carnot , lurent condamnés à la déportation, et ceux d'entr'eux dont on se saisit, furent effectivement relégués dans les déserts de Sinamari en Guyane; les députés dernièrement nommés pour les deux Conseils , en furent expulsés, et les lois modérées rendues depuis trois mois remplacées par des mesures révolutionnaires. Les auteurs , éditeurs et imprimeurs de journaux royalistes ou modérés furent également déportés, et on supprima la liberté de la presse, qui
1 Entre autres Pichegru, Boissy-d'Angïas , Pastoiet, Qualreiuer, YauManc, Bai bc-Mai bois, Dumas, Poilalis.
depuis ce moment n'a pas existé en France jusqu'en i8i4. Merlin , jurisconsulte de Douai, fut nommé à 8*^.1797. la place d'un des directeurs exilés , le poëte François, natif de Neucliâteau en Lorraine , eut la faiblesse d'accepter celle de l'autre.
Arrêtons-nous ici pour donner le précis des événe- p a ix de BAIe mens de la guerre. Ce fut le grand-duc de Toscane qui avec la Pnw«e. donna le premier exemple d'une réconciliation avec la France : elle fut signée à Paris. Le roi de Prusse dont 9 février 1795. les finances étoient épuisées , fit négocier la sienne avec M. Barthélémy , ambassadeur de la république à Basle , parle comte de Goltz, et ensuite par le baron de Haroenberg, qui la conclut. Non-seulement la Prusse sortit $ avril, de la coalition , elle stipula aussi la neutralité du nord de l'Allemagne , d'après une ligne de démarcation qui fut fixée par une convention particulière. Le landgrave 17 mai. de Hesse-Cassel fit également la paix à Baie. 28 août.
La retraite des Prussiens d'une part, et la disette qui Campagn* régnoit en France de l'autre, retardèrent l'ouverture <le l 7ÎP» de la campagne de 1796, Le feld-marécbal Bender ayant rendu Luxembourg après un siège de huit mois , 12 juin, et une riche moisson avant fait renaître l'abondance, l'armée de Sambrc-et-Meuse commandée par Jourtjan,. et celle de Rhin-et-Moselle sous les ordres de Pichegru 5 ^ l4 ^^^^ passèrent le Rhin. Battue à Hœchst par Clairfait , la n octobre, première repassa en désordre ce fleuve et Mayence qui étoit assiégé , fut dégagé. Pichegru qui avoit pris Man - 22 icptembre. heim , se retira également , et le général Wurmser re- 18 octobre, prit cette ville. Un armistice fut conclu le dernier jour de l'an.
En Italie , les François furent chassés du Piémont et de l'état de Gênes, qu'ils avoient envahis; mais une victoire remportée par Schérer sur de Vins à Loano , 25 novembre, nit le prélude des avantages qu'ils dévoient avoir l'an^ née suivante.
En Espagne, Moncey gagna la bataille d'Orméa et p.ixdtBâle occupa Bilbao. La paix mit fin à ses progrès : le cheva- avecl'E^*guv lier d'Yriarte la signa à Baie. Le roi d'Espagne céda à 6 juillet, te république sa part de l'île de Saint-Domingue* aa juillet
i3 juin 1795. Lord Bridport défit, à la hauteur de Lorient, laflotle françoise , qui vouloit s'opposer au débarquement des émigrés à Quiberon. Les Anglois restèrent maîtres des mers.
Nouvelle* La coalition , que la retraite de la Prusse et de l'Esatliance* contre pagne menaçoit de dissoudre, se raffermit par de nou- \o ma\. e Yefle s alliances, telles que celle de Vienne entre l'Autriche et la Qrande^Bretaguej et la triple alliance de. 38 septembre. Saint-Pétersbourg.
Campagne La campagne de 1 796 fut brillante pour les Frande 1 796. p 0 j s en Xtalic. Napoléon Buonaparte se trouvoit à la tôle d'une armée dépourvue de tout, excepté de courage, Par une suite de victoires qu'il remporta à Montenotte, du iaau i5avr, Dego, Miilesimo , Ceva et Mondovi, sur le général autrichien Beaulieu et le général sarde Colli , il força le a8 avril, roi de Sardaigne à signer à Gherasco un armistice pr lequel il livra trois forteresses. Buonaparte passa le Pô; à Plaisance, accorda un armistice onéreux au duc de 9 mai. Parme et força le passage du pont de Lodi. Le sort de la Lombardie étoit décidé ; Crémone et Pizzighitone
14 mai. ouvrirent leurs portes au vainqueur, qui fit son entrée
a Milan. Le duc de Modène obtint une suspension d'armesj le roi de Sardaigne donna ordre désignera
15 mai. Paris sa paix , par laquelle il céda la Savoie et le comté
de Nice. La terreur des armes francoises fut si grande, 5 juin. J c ro j ( ] e Naples promit la neutralité par une con-
vention qu'il conclut à Brescia. Le pape aussi obtint la 28 juin. neutralité par l'armistice de Bologne, mais à des conditions infiniment dures. Quoique la guerre eût cessé avec la Toscane, une colonne françoise occupa Li- 28 juin. vourne, pour saisir les marchandises angloises qui se trouvoient dans ce port.
La cour de Vienne résolut de faire des efforts pour sauver Mantoue , la seule place qui lui restât en Italie* A la tête de 5o,ooo hommes de troupes fraîches, ^ Wurmscr sortit du Tyrol, rompit la ligne françoise 3i f juillet, de l'Adige, et força Buonaparte à lever le siège de Mantoue : ce général marcha à la rencontre des Autrichiens et les battit à Castiglione , sans toutefois pou-
voir empocher Wunaser de ravitailler Mantouc. Une seconde fois cette place fut investie ; une seconde fois une armée autrichienne arriva pour la délivrer. Pendant que Buonaparte battoit Davidowich à Roverdo, et que 4 sept. 179 6 - Masséna poussoit jusqu'à Trente, Wurmser marchoit en toute hâte vers Mantoue. Buonaparte se tourna subitement contre lui, le vainquit en plusieurs combats et le força de se jeter dans la forteresse avec les 1 5 septembre, débris de sou armée. Après cet événement, le roi des n octobie. Deux-Siciles et le duc de Parme , signèrent à Paris la 5 novembre, paix définitive, et la république de Gènes conclut un 9 octobre, traité par lequel elle sauva au moins une apparence d'indépendance.
Une troisième fois l'Autriche tenta de débloquer Mantoue. Deux armées commandées par Alvinzi et par Davidowich sortirent, l'une du Frioul, l'autre du Tyrol ; Buonaparte marcha contre la première, et la défit dans une bataille meurtrière à Aréole-; sur-le- 17 novembre, champ il se tourna contre l'autre et la battit à Rivoli. 21 novembre.
Pendant que cela se passoit en Italie, l'armée de Sambre et Meuse, commandée par Jourdan, se battoit avec d,cs succès variés contre l'archiduc Charles , frère de l'empereur , sur le Sieg et la Lahn. Moreau, àla tete de l'armée de Rhin et Moselle, passa le Rhin à. Strasbourg , et remporta plusieurs avantages sur l'armée que Wurmser commandoit au commencement de la campagne , conclut des armistices avec les ducs de Wurtemberg, le margrave de Bade et le cercle de 17 et *5 juillet. Souabe qui lui fournirent des vivres et de l'argent, et 27 juillet.
Sénétra en Bavière, dont l'électeur se vit également forcé 7 septembre, e souscrire à des conditions onéreuses, pour obtenir une suspension d'armes. Jourdan de son côté , ayant aussi passé le Rhin , poussa par la Franconie jusque dans le Haut-Palatinat. L'archiduc Charles , qui depuis le départ de Wurmser pour l'Italie , étoit à la tête de toutes les armées autrichiennes en Allemagne, se retira devant une si grande supériorité de forces, et se rapprocha des renforts qui lui arrivoient de l'intérieur de la monarchie. Subitement il tomba sur l'armée mal disciplinée
5 4 août 1796.
5 septembre.
19 septembre.
26 octobre.
Négociation
avec l'Angleterre.
19 août.
7 octobre.
■21 octobre.
a4 octobre.
22 décembre.
Campagne
*lc 17Q7.
janvier.
2 février.
19 février.
a5o PÉRIODE IX.
de Jourdan , la défit à Amberg et Wurtzbourg et la mît dans une déroute complète qui la força de repasser ïe Rhin. Ce désastre mit Moreau dans le cas d'opérer sa retraite ; en l'effectuant , il déploya les talens d'un grand capitaine. Après nombre de combats dans lesquels il fut plus souvent vainqueur que vaincu , il ramena son armée à Huningue où elle passa le Rhin. La tête de pont de cette forteresse et Kehl , furent les seuls points de la rive droite du Rhin qui restassent aux François; on ne put les reprendre qu'après des sièges assez longs.
Le cabinet de Londres auquel l'Espagne , étroitement alliée à la France par le traité de Saint-Ildefonse , avoit déclaré la guerre, et qui de plus se voyoit menacé d'un débarquement en Irlande , ordonna à ses troupes d'évacuer l'île de Corse, dont les François prirent possession. Lord Malmsbury fut envoyé à Lille pour négocier la paix qu'il ne put obtenir parce qu'elle ne convenoit pas aux trois directeurs qui formoient la majorité. Le débarquement commandé par l'amiral Morard de Galles et par le général Hoche, fut effectivement tenté mais infructueusement.
En 1 7 9 7 , les Autrichiens f rent une quatrième tentative pour sauver Mantoue. Alvinzi arriva avec 80,000 hommes; maisàla suite deplusieurs combats meurtriers, cet te armée futdis persée et le vieux Wurmser se v it obligé de rendre Mantoue par capitulation. Ruonaparte qui, sous" un prétexte frivole avoit rompu l'armistice avec le Pape, envahit l'état ecclésiastique, maismenacé sur ses der* rières par une nouvelle armée autrichienne qui se formoit, il accorda au Saint-Père la paix à lolentino. Outre Avignon çt le Venaissin auxquels le pape renonça, il céda enc%re Ferrare, Rologne et la Romagne.
La nouvelle armée autrichienne en Italie étoit commandée par l'archiduc Charles , mais ne pouvant se mesurer en bataille rangée avec celle de Ruonaparte, l'archiduc se retira par le Tyrol et la Carinthie jusqu en Stirie, où le général fran cois le suivit. La position de l'armée françoise devint périlleuse par cette marche précipitée, parce que manquant de vivres, elle étoit menace^
sur ses derrières,par l'insurrection du T yrol,et par les arméniens de la republique de Venise. Buonaparte offrit alors la paix , le cabinet de Vienne l'accepta et elle fut signée à Léoben le jour même où Hoche, à la tête de 18 ami 1797. l'armée deSambre et Meuse, passoit le Rhin à Neuwied, deux jours après Moreau passa également ce fleuve à Strasbourg.
Les préliminaires de Léoben furent honorables pour Préliminaire» l'Autriche. Elle renonça , il est vrai, à la Belgique et de Uohen ' à toutes ses possessions en Italie jusqu'à l'Oglio , mais elle fut indemnisée par une partie considérable de la Terre-Ferme vénitienne , et par PIstrie et la Dalmatie , pour lesquels la république devoit recevoir Bologne, Ferrare, et la Romagne. PeschieraeiMantoue dévoient être rendues à l'empereur. La France reconnut le prin- • cipe que l'intégrité de l'Empire seroit la base d'une pacification avec le corps germanique.
Immédiatement après la paix de Léoben , Buona- République parte sans en avoir reçu Tordre , bouleversa la républi- ^ |M, P ine ' que de Venise, et fit occuper cette ville. Il réunit les pro- *6 ma '« vinces de la Lombardie cédées par l'Autriche , en une république, sur le modèle de la Françoise ; ce nouvel état fut nommé république Cisalpine. Il força Gènes à 39 i uin « changer son régime et à se constituer en république ligu- 6 juiu. rienne.
Les négociations pour la paix définitive traî- P«i*de . nèrent en longueur. Buonaparte se repentoit d'avoir mpo " or,mo ' promis la restitution de Mantoue; et les trois membres jacobins du Directoire très-mécontens de la base admise pour la paix avec l'Allemagne intriguoient pour obtenir la cession de la rive gauche du Rhin , et empêchoient, dans cette vue, la conclusion de la paix jus* qu'à ce que la révolution du 18 fructidor eût fait triompher leur parti. Aussitôt les négociations avec lord Malmsbury furent rompues , et Buonaparte menaça de reprendre les hostilités si l'Autriche n'acceptoitles conditions dictées par le nouveau Directoire. La
Iwiix fut alors signée à Campo-Formio près Udine par 17 octobre, buonaparte et le comte Louis de Cobenzl. Les deux
parties partageront entre elles , y est-il dit , tout le territoire de la république de Venise , de manière que sur la Terre-Ferme V Adige fera la frontière ; et que les îles vénitiennes sur les côtes de l'Albanie et de la Turquie appartiendront à la France. La Lombardie autrichienne avec Peschiera et Mantoue, le Modenois, la Terre-Ferme vénitienne à l'ouest de F Adige et les trois Légations de Bologne , Ferrare et de la Romagne , formèrent la république cisalpine. Un congrès pour la pacification avec l'Empire sera ouvert à Rastadt. Par les articles secrets, l'empereur consentit éventuellement à la cession soit perpétuelle soit complète de la rive gauche du Rhin , et stipula pour lui-même la possession de Salzbourg dans le cas d'une cession partielle, et de plus grands avantages si toute la rive gauche du Rhin étoit abandonnée à la France. Les états d'Allemagne qui alloient souffrir des pertes par la cession partielle ou totale de la rive gauche du Rhin, recevront, est-il dit dans le traité des indemnités en Allemagne ; il sera aussi alloué un dédommagement au prince d'Orange, mais ce dédommagement ne sera pas pris dans le voisinage de* la république batave, ni dans celui des possessions autrichiennes. La Prusse conservera se& provinces delà rive gauche du Rhin, mais il ne sera question pour elle d'aucune nouvelle acquisition en Allemagne.
Le Directoire ne fut pas également satisfait de tous les articles de ce traité ; mais il n'osa désavouer le négociateur qui l'avoit aidé à exécuter l'attentat du 18 fructidor. Le gouvernement francois désapprouvoit l'accroissement de puissance accordé à l'Autriche , et surtout le démembrement de la Bavière que RewbeKqui se piquoit de politique , regardoit avec raison comme contraire aux intérêts de la France. De plus , les articles relatifs à la Prusse et au prince d'Orange étoient en opposition directe avec la convention de Berlin du 5 août 1 794, base de l'accord qui régnoit entre la Prusse et la France. Par cette convention, l'évêché de Munster étoit assuré au roi à titre de dédommagement pour ses possessions transrhénanes , et la maison d'O-
range devoit avoir Wurtzbourg et Bamberg. Ces circonstances forcèrent le Directoire à faire mystère à ht cour de Berlin des articles secrets dû traite* de Campo- Formio, et cette contrainte l'embarrassoit beaucoup par la méfiance qu'elle inspira à la Prusse.
Le général Buon aparté et les content ionnels- Treil- Ongrè* hard et Bonnier furent nommés pour négocier à Ras- de ttaslaJt * tadt avec -la députation de l'Empire. Buonaparten'y fit au'un court séjour pour signer avec le comte Louisf t er déc 1797. de Cobenzl une convention secrète d'après laquelle Mayence fut remise aux troupes de la république francoise en exécution de ce qui avoit été arrêté a Camporormio. L'objet que les négociateurs françois se proposèrent , étoit d'obtenir toute la cession de la rive gauche, libre de toutes les charges, et de l'obtenir sans être obliges de l'acheter au prix que Buonaparfe avoit promis à l'Autriche. Les moyens de parvenir à ce but étoit de s'assurer le consentement de la majorité de la députation et de l'agrément de k Prusse , et ensuite d'exciter celle-ci à empêcher le démembrement de la Bavière, sans que la France fut obligée de révéler le secret des négociations de Campo-Fôrmio 1 . La pre*i4 janvier 1798. mière proposition par laquelle ces ministres demandoient la cession de toute la rive gauche du Rhin, devint la matière d'une longue négociation tour-à-tour soutenue et traversée par mille intrigues 5 enfin la dé- mats. putation l'admit , mais en y ajoutant des restrictions que les ministres de France rejetèrent. Ceux-ci proposèrent alors la seconde base qui étoit l'indemnisation i5 mars, des princes possessionnés 2 sur la rive gauche du Rhin , qui fut adoptée sans beaucoup de difficultés. La troi- 4 avril, sième demande se rapportoit au mode d'exécution des 5 mai. deux bases reconnues 5 à ce titre, les François élevèrent
1 Voyez , sur le congrès de Ras tadt , l'ouvrage allemand de M. de Hàller. : GoheimeGeschichte dtr Rastadterfriedens Verhandlungen, 1799, 5 voL »a-8°> et le vol. V de Y Histoire des traités de paix , retondue.
9 Ce mot, que ne connott pas le Dictionnaire de l'Académie , reçut alors droit de cité.
254 PÉltIODE IX.
une foule de prétentions , les unes plus injustes et plu* ridicules que les autres.
Jusqu'alors les négociations peuvent avoir été sérieuses de la part de PAutriche et de celle de la France, parce que la première , soutenue par la Russie , espéroit faire consentir la Prusse , au démembrement de la Bavière , et que la France de son côté se flattoit vainement d'une alliance étroite avec le cabinet de Berlin , qui auroit rendu le Directoire maître des conditions de la paix. Mais vers le milieu de l'année , la guerre étoit devenue inévitable , par suite des violences multipliées que le Directoire exécutif s'étoit permises en divers pays. Lui-même avoit besoin de la guerre , pour occuper ses armées. La continuation du congrès de Hast ad t ne tendoit donc qu'à gagner du temps pour s'y préparer.
Traité Si l'on s'étoit flatté à Vienne que la république ci-
dela r^'ublimie^P* 116 f° rmer °i t un état indépendant, on fut détrom- Ciwlpiue. pé par le traité d'alliance avec la France que malgré les courageux refus de son conseil des anciens, cette république fat obligée d'accepter. C etoit un véritable traité de sujétion, par lequel il fut entr'autres stipulé, qu'il y auroit toujours dans la Cisalpine 25,ooo hommes de troupes françoises , pour l'entretien desquels elle paicroit 1 8 millions par an.
République Un tumulte arrivé à Rome pendant lequel un généromaioe. T3i \ f ran çois avoit été tué, servit de prétexte au Directoire pour envahir l'état ecclésiastique. Le général i5 février 1798. Berthier proclama la république romaine 5 Pie VI fut
emmené captif en France *.
Bouleversement 5 alls autre motif que celui de satisfaire l'ambition de e a uisae. ^yg^gg individus, et dans l'espoir d'un riche butin, le Directoire fomenta une révolution en Suisse, et sous 26 janvier, prétexte d'être appelé par un parti , y fit entrer des troupes , bouleversa Tordre des choses existant et établit 1 1 avril, sous le titre de république helvétique une et indivisible,
1 II mourut à Valcnce*le 29 août 1799.
ton gouvernement soumis à ses ordres l . Mulhouse et 28 janvier 1798. Genève durent demander leur réunion à la France. 26 avril.
Une imprudence commise par l'ambassadeur de Conférence» France à Vienne y avoit cause une émeute populaire, à la suite de laquelle cet ambassadeur quitta son post<\ On fit grand bruit de cet événement; il devint le prétexte de conférences qui lurent tenues à Seltz en Alsace, entre l'ex-dirccteur François, natif de Neuchâteau , et le Comte de Cobenzl , dans lesquelles la France et l'Autriche essayèrent, une dernière fois, s'il étoit^o mai au 6 juii. possible de s'entendre sur leurs intérêts réciproques. Ces conférences n'eurent d'autre résultat que de convaincre la cour de Vienne qu'elle devoit tourner sa politique ailleurs.
Une flotte francoise commandée par l'amiral Brueix , Priée de Malte, sortit de Toulon, portant 4o,ooo nommes et le géné- 19 mai. ral Buonaparte. Arrivé devant l'île de Malte , ce général s*en empara par trahison et au moyen d'une capitulation signée au nom de l'ordre de Saint-Jean par 12 juin, quelques chevaliers sans mission.
De Malte, la flotte francoise cingla vers l'Egypte, et Expédition débarqua à Alexandrie pour entreprendre la conquête e " SJK*' de ce pays , quoique la France fut en paix avec la Porte. Cependant la Hotte angloise de Nelson qui eherchoit celle de Brueix , la joiguit devant Alexandrie et 1er ao ûi. la détruisit par un combat de trente-six heures qu'elle lui livra dans la baie d'Aboukir.
Charles-Emanuel IV , roi de Sardaigne , vilipendé Tja çîiadelle àetoutesles manières par les généraux francois, et par ^"^"p!!™"'**
. . I. S , > ' . 1 aux ^rançoii».
les républiques cisalpine et Jigurienne, ses voisines, crut se mettre à l'abri des vexations en se jetant entre 28 juin, les bras du Directoire; dès le 5 avril 1797, il avoit souscrit à une alliance offensive et défensive avec la France; mais celle-ci lui ayant demandé un nouveau gage d'amitié, il conclut à Milan une convention , par laquelle
1 Mallet du Pan, Essai historique sur la destruction de la ligue et de la liberté helvétique , Londres 1798 , in-8 u .
le gouvernement françois lui accorda sa protection i condition quM lui remît la citadelle de sa capitale. Seconde Tels furent les événemens qui amenèrent la seconde
au ° nl,C C0alitl0n » elle fut conclue entre la Grande-Bretagne ,1a a Russie, l'Autriche, la Porte et les Deux-Siciles. Les
deux premières puissances promirent de soutenir les autres, la Grande-Bretagne par des subsides , la Russie par des troupes auxiliaires. Avant de reprendre les armes , le cabinet de Vienne essaya de se rapprocher de celui de Berlin , dans la vue de forcer par un concert la France à se relâcher de quelques-unes de ses prétentions. Les négociations eurent lieu à Berlin , d'abord entre les deux puissances seules, et ensuite sous la médiation de Paul, empereur de Russie. Mais pour parvenir à un concert, il falloit commencer par rétablir la confiance ; cela étoit impossible , parce que chacun de ces deux cabinets avoit son secret , qu il ne pouvôit I communiquer à l'autre ; la Prusse , son traité du 5 août
1 796 , l'Autriche ses articles de Campo-Formio. Ce qui décida l'empereur Paul à prendre part à la guerre contre la France, fut l'indignation que lui avoit causée la spoliation de l'ordre de Malte , dont il s'étoit déclaré le protecteur et dont ensuite il accepta même la grande* maîtrise.
La coalition fut formée par le moyen des traités d'alliance suivans :
1°. Traité d'alliance entre l'Autriche et la Russie, 'en vertu duquel on vit, vers la fin de l'année , s'avancer sur le Danube, une armée russe de 60,000 hommes, commandée par Souwarow. Ce traité n'a pas été rendu public.
19 mai 1798. 2°. Traité de Vienne, entre l'Autriche et le roi des Deux-Siciles.
39 novembre. 3°. Traité de Saint-PéteTsbourg , entre la Russie et
le roi des Deux-Siciles. i« décembre. 4 0 . Traité de Naples, entre ce même monarque et
la Grande-Bretagne.
25 décembre. 5°. Traité de Constantinopîe , entre la Russie et la
Porte.
6.° Traité dé Saint-Pétersbourg , entre la Russie et 29 déc. *79&- Grande-Bretagne, par lequel l'empereur Paul promit de fournir à la Prusse , sur le concours de laquelle on comptoit, un corps auxiliaire de 4^000 hommes » pour lequel la Grande-Bretagne fourniroit des subsides*
7. 0 Traité de Constantinople , entre la Grande- 2 janv. 1799. Bretagne et la Porte.
8.° Traité de Constantinople, entre la Porte et le ai janvier, roi des Deux-Siciles.
On peut ajouter à ces traités, quelques autres , qui furent conclus plus tard ; savoir :
9. 0 Celui de Saint-Pétersbourg, entre la Russie et 28 septembre, le Portugal.
io.° Celui de Saint-Pétersbourg, entre la Russie et 29 juin, la Grande-Bretagne.
11. 0 Celui de Gatchina, entre la Russie et la Ba- i er octobre, vière.
12. 0 Celui de Munich , entre la Grande-Bretagne et * 6 mars l8o °la Bavière*
1 5 . 0 Celui de Louisbourg , entre la Grande-Bretagne 20 avril • et le duc de Wurtemberg.
1 4. ° Celui de Pfora , entre la même et l'électeur de 3o avril -' Mayence.
1 5. ° Traité de subsides de Vienne , entre la même 20 i uin et l'Autriche.
1 6. ° Traité de subsides d'Amberg , entre la même et 1 5 juillet, la Bavière *.
Depuis la révolution du 18 fructidor, le Directoire C ™|*J2** ou exécutif de la république françoise luttoit contre le mécontentement général, contre le dérangement des finances et contre les Jacobins, dont il avoit imprudemment augmenté l'influence, pour détruire avec leur sccours,le parti de l'opposition. Cette faction auroit infailliblement bouleversé de nouveau la France , si le Directoire n'avoit fait arbitrairement casser les élec-
1 Voyez, sur tous ces traité** , le vol. V de YHist» des traités de paix, refondue par Se h «Lt.
a58 période ix.
lions de 1798. Le déficit , toujours croissant, avoit retardé le renouvellement de la guerre; mais lorsque celle-ci éclata, le Directoire prit une mesure que nous ne devons pas passer sous silence, parce quelle à exercé une influence durable sur tous les états de l'Europe
5 sept. 1798. oui se sont vus forcés de Fimiter 5 nous voulons parler
de la loi qui introduisit la conscription militaire. Elle fut l'ouvrage du général Jourdan.
République La coalition n'étoit pas encore consolidée , et l'Auparthe'uopeenne. triche n'avoit pas fini ses préparatifs de guerre , lorsque le roi des Deux-Siciles, poussé par un parti qui vouioit forcer le cabinet de Vienne à les accélérer, commença a4 novembre, les hostilités en chassant les François de Rome. Cette entreprise réussit fort mal; les troupes napolitaines commandées par un général étranger, le baron de Mack , ne montrèrent ni discipline , ni bravoure. Après 5i décembre, les premiers échecs, le roi se sauva en Sicile; sa cani- 12 janv. 1799. taie fut la proie de l'anarchie la plus horrible; Màck, pour sauver sa vie, s'enfuit chez l'ennemi; lés Lazzaronis défendirent Naples contre l'armée françoise qm 23 janvier, approchoit , et ce ne fut qu'après un combat de trois jours que Championnat, à la tète des François, put 2h janvier, s'emparer de la ville. Il y proclama la république parthéuopéenne.
La France j'em- Le Directoire Exécutif prétexta la levée de bouclier pare duPié mont, du roi des Deux-Siciles, pour déclarer la guerre au roi
6 dée. 1798. de Sardaigne , l'allié de la France. Le général Joubert 9 décembre, étant entré dans le Piémont , Charles-Emanuel IV signa un acte dressé par le général Clauzel, par lequel il renonça à l'exercice de tout pouvoir, et ordonna à ses sujets d'obéir au gouvernement provisoire, q^ie les
3 mars 1799. François alloient établir. Retiré ensuite en Sardaigne,
il protesta contre la violence cru'il avoit éprouvée. Dissolution Le congrès œ Bastadt étoit toujours assemblé. Le
^Ras'iadi* Jc ^ décembre 1 79B, les plénipotentiaires irançois remirent leur ultimatum sur leur troisième proposition relative au mode d'exécution des deux bases convenues, avec menace de quitter Rastadt, s'il n'étoit pas accepté dans le délai de six jours. La majorité delà députation
iguÏJ&'étôit pas initiée dans le secret des grands cabinets eV^ui étoit pressée par une foule de princes, de seigneurs et de députes, ou effrayés ou gagnés , accepta cet ultimatum, contre lequel, l'Autriche, la Saxe et 9 deemb. 17^8, le Hanovre seuls votèrent; le plénipotentiaire, impérial le ratifia, probablement parce que la cour de Vienne , . qui étoit sur le point d'annuller tout ce qui s'étoit passé à Rastadt, ne jugea pas nécessaire d'élever une discussion sur ce point.
Ce fut la dernière opération du congrès. Dès ce moment les plénipotentiaires François ue firent plus que se plaindre de la marche des troupes russes cjui , en en effet r étoient entrées en Galicie et approchoient du Danube. La députation dont le caractère distinctif étoit la pusillanimité, appuya ces plaintes auprès de 4 j^vicr 1799. l'empereur. Celui-ci éluda une réponse positive jusqu'à ce que toutes ses mesures fussent prises. Une ar- 1" mars, mée françoise commandée par Jourdan passa le Rhin, entre Strasbourg et Baie. Néanmoins le congrès siégea jusqu'au 7 avril , qu'il fut dissous par le comte de Metternich qui en annulla toutes les opérations.
Le 28 avril est un jour mémorable dans les annales AsMMïnat de l'histoire moderne : des hussards autrichiens assassi- dC f l ^ J , ^ ,CI nèrent à un quart de lieue de Rastadt, les ministres Bonnier , Jean Debry et Rober jot qui s'en retournoient en France. Ce crime n'a pas été ordonné par le Directoire exécutif auquel on Ta attribué parce qu'il a su le Êiire tourner à son avantage en animant l'esprit public qui s'étoit prononcé contre la guerre; il n'a été ordonné par aucun cabinet ni chef d'armée. Son véritable auteur n'est pas officiellement connu.
La république françoise avoit déjà déclaré la guerre Campa-ne à. l'empereur et sans l'apparence même d'un motif, au dc 1 799grand-duc de Toscane; mais avant cette déclaration , la campagne s'étoit ouverte en Suisse, où le général Masséna délogea les Autrichiens du pays des Grisons ( qu'ils avoient occupé par suite d'un traité conclu à Coire, le 7 oct. 1798, avec ces républicains. L'archiduc Charles , à la tête de la principale armée autri-
chienne , se couvrit de gloire. Il défit Jour dan dans plusieurs batailles rangées à Pullendorfet Stockach,et 20 au *5 ma» » força son armée qui portoit le titre d'armée du Danube, i?99- à repasser le Rhin. Ses débris furent réunis à celle de Masséna.
En Italie , pendant que Macdonald qui avoit remplacé Ghampionnet, couvroit Rome et Naples, le général Gauthier occupa Florence. Schérer , à la tôle de
a5 ma». l'armée d'Italie, fut battu par Kray, à Legnago , à 5o mari, 5 avril. Roco et à Vérone. Ce fut à cette époque que Souwarow arriva en Italie avec les Russes, et prit le commandement en chef de l'armée combinée. Moreau qui, avec une noble résignation, s'éloit chargé du commandement par intérim de Tannée françoise entière-
37arril. ment découragée, fut défait à Gassano, et se retira à Alexandrie. Il importoit à Souwarow d'empêcher que Macdonald , qui arrivoit de Naples , ne pût joindre Moreau 5 mais les deux généraux françois manœuvrèrent si savamment , que Ja réunion eut lieu , quoique Macdonald , attaqué par Souwarow, sur la Trébia, eût 17 juin. e.^suyé une perte considérable. Toute la Lombardie tomba au pouvoir des alliés; Mantoue môme capitula.
28 juillet. Jbubert, nommé général de l'armée d'Italie* étant à
i5 août. peine arrivé , livra bataille à Souwarow, près de Novi;
il fut tué dès le commencement de Faction. Moreau , qui étoit resté comme volontaire auprès de l'armée, ne piit la sauver d'une déroute. Ghampionnet , qui succéda à Joubert , ne fut pas plus heureux. Coni , leur Sdecembie. dernière place, ayant été prise, les François se retirèrent dans les Apennins.
L'archiduc Gharles étant entré en Suisse, Masséna S juin. p r Jt une position formidable le long de l'Aar et de la Reuss. L'espoir qu'on avoit nourri d'entraîner la Prusse dans la coalition , ayant été déçu, il fut con-
39 juin. venu , entre la Grande - Bretagne et la Russie , que le corps de 45,ooo hommes que celle-ci avoit éventuellement promis, par le traité du 29 décembre 1795 , de remettre à la disposition du roi de Prusse, s'il prenoit part a la guerre , se roi t employé
ailleurs contre la France, savoir en Suisse. Ce corps,
commandé par le prince de KorsakofF, étant arrivé sur
là Limmat , l'archiduc y réunit 5o,ooo Autrichiens. l 799*
Lui-même , avec le reste de ses troupes, marcha vers le
Rhin • où une nouvelle armée Françoise avoit occupé
Heidelberg et Manheim ; l'archiduc la força de repasser 18 septembre.
le fleuve , et reprit d'assaut la place de Manheim,
Après la bataille de Novi , Souwarow avoit quitté l'Italie avec les Russes , dont le nombre se trouvoit réduit à 24 9 ooo hommes, pour marcher sur la Limmat, et prendre le commandement général de l'armée alliée, en Suisse. Voulant prévenir cette jonction, Masséna attaqua KorsakofF, le défit près de Zurich , et le força aiwpumbit. d'évacuer la Suisse. Souwarow, dont la marche à travers les Alpes étoit devenue fort périlleuse, l'acheva néanmoins à force de hardiesse et de célérité ; et tout en combattant , d'abord Lecourbe qui vouloit l'arrêter, et ensuite Masséna qui le poursuivoit , il traversa les
Eetits cantons et les Grisons , et arriva auprès des déris de l'armée de KorsakofF.
Les républiques romaine et parthénopéenne s'écroulèrent après le départ de Macdonald ; Ancone , où il avoit laissé des troupes, ne se renditque le 29 novembre. Une flotte russo-turque s'étoit emparée , vers la fin de 1798, des îles françoises , ci-devant vénitiennes; la place de GorFou tint jusqu'au i mars 1790.
L'archiduc Charles s'étant approché de la Suisse , après le désastre de KorsakofF, Lecourbe qui avoit été appelé au commandement de l'armée d'Alsace, passa le Rhin , mais Fut , bientôt après , Forcé de retourner sur la rive gauche.
En vertu d'une convention conclue à Saint-Péters- 20, juin, bourg r l'empereur Paul, outre les.io5,ooo hommes qu'il avoit déjà Fait marcher, en Fournit encore 17,600 qui 9 réunis à 12,000 Anglois, sous les ordres du duc d'Yorck , tentèrent une entreprise sur la Hollande , eu débarquant au Helder. Cette expédition manqua tota- 27 ao«i au 2 1 Icment. Après avoir eu le dessous en divers combats *«ricnibrc. que lui livra le général Brune, le duc d'Yorck évacua
2SH PÉKIODE IX.
18 oct. 1799. le pays , en vertu de la capitulation signée à Alkmar.
Cet édbec fut foiblerrtent repart par la prise de Suri* 16 août. n^m , dernière colonie hollandoise dont les Anglois s'emparèrent.
Retniii Pendant que ces événemens se passoient en Europe, de Bnouaparte. ^onnparje avoit soumis une grande partie de l'Egypte; février. mais une expédition qu'il entreprit en Syrie, réussit très-mal. Obligé , par des pertes considérables , à lever 19 mai. le siège de Saint-Jean -d'Acre , il ramena en Egypte 12 juiir. ùhe (bible partie de l'armée avec laquelle il en étoit i5 juillet, sorti. Bientôt après, une flotte turque parut devant Aboifkir , et débarqua des troupes qui s'emparèrent a5 juillet, de ce fort. Buonaparte se tourna contre elles , les battit et les extermina presqu en entier ; mais, mécontent du Directoire qui le laissoit sans -secours , il résolut de 23 août. s'en retourner en Europe. H s'embarqua clandestine- 9 octobre. . ment , et aborda sur les côtes de la Provence. Renversement \ son arrivée, la France se trouvoit dans une crise uon^aTrân 1 ?!!. v tolente. Le conseil des Cinq-Cents étoit devenu de plus en plus Jacobin par suite des nouvelles élections. Des hommes nuls ou exaltés , Sieyes , Gobier , Roger Duco6 et Moulins formoient le gouvernement avec l'an- ? cien directeur Barras. Des mesures révolutionnaires, ordonnées par les Conseils , paroissoient préluder au retour de la terreur : telle étoit la loi qui autorisoit le 1 2 juillet. Directoire à prendre des otages parmi les parens d'émir 6 août. grés; tel étoit encore un emprunt forcé de 100 millions qui fut décrété. Dans l'Ouest, les Chouans a voient organisé une nouvelle insurrection , sous la conduite de George Cadoudal et des comtes de Frotté, d'Autiebamp et de Bourmont. Des troubles avoient éclaté dans vautres provinces; le gouvernement étoit tombé dans lemépris ; une inquiétude générale s'étoit emparée de tous les esprits. Barras et Sieyes sentirent parfaite* ment que cet état de choses ne pouvoit pas durer. Ils ^voient fait > chacun séparément , le plan d'une nou* velle révolution ; chacun essaya de s'adjoindre , pour Pertéeution, le général Buonaparte qui venoit d'arriver * Paris, et sur lequel l'espoir de la France se portoît
j 7 8 9 —i8i5. 2 63 dans ce moment. Le général trompa Barras , et conspira avec Sieyes et les membres les plus influens du Consei) des Anciens. Dans la journée du 18 brumaire, 9 nov. 1799. ce Conseil nomma Buona parte commandant des troupes , destitua le Directoire et ordonna la translation des. Conseils législatifs à Saint-Cloud. La séance 4 qui y eut lieu le lendemain , fat orageuse. Buonaparte 10 novembre, perdit la tête , mais son frère Lucien , et les grenadiers de la garde dispersèrent le Conseil des Cinq Cents. La constitution de Pan III fut abolie; on établit un gou- u novembre, versement provisoire , . composé de Siejes , Roger Ducos et Buonaparte ; une commission législative de 'i5 membres fut chargée de rédiger un nouveau plan de constitution.
La nouvelle constitution fut proclamée le 2*2 fri- Gouvememeut maire de Tan VIII. On conserva les formes républi- ^^"embre caines, et le gouvernement fut remis , en apparence , à un Conseil de trois personnes , nommées pour dix ans , et décorées du titre de Consuls , savoir : Buonaparte , Cambacérès et Lebrun , mais en réalité au premier seul , auquel on confia un pouvoir vraiment monarchique. Les autres corps constitués étoient un Sénat Conservateur 9 imaginé par Sieyes , pour être le gardien des libertés publiques ; un tribunal de 100 membres , destiné à discuter les projets de loi que le gouvernement y portoit, et un Corps Législatif de 3oo f membres votant sans débats préalables. Buonaparte se saisit, d'un main ferme, des rênes du gouvernement: U abrogea plusieurs lois révolutionnaires , comprima les divers partis par un système d'amalgame , et organisa successivement le despotisme le plus formel. H consolida son pouvoir en apaisant l'insurection de l'Ouest. Les généraux Brune et Hédouvilie conclurent, par son ordre, la paix, d'abord à Mootfaucon, avec i&janv. iSoo. les Vendéens, et ensuite avec les. Chouans, 11 d Oima 1 4 février, un exemple frappant de perfidie, en faisant fusiller, eu de jours après, le brave Frotté. Mais il se concilia affection de ses sujets , parle rétablissement de la religion au moyen d'un coucordat avec la Cour de Rouie. * 5 l % 01 •
A peine placé à la tète du gouvernement, Buonaparte proposa la paix au roi d'Angleterre , par une a6 dcc 1799. jettre qu'il lui adressa. Cette démarche , faite dans des formes peu usitées, pouvoit avoir d'autant moins un résultat heureux , que le ministre Pitt étoit résolu à employer toutes les ressources de l'Angleterre , pour renverser le despotisme révolutionnaire que le premier consul établissoit en France. Ce ministre tâcha de réparer 9 par les traités de subsides , dont nous avons fait mention , la perte que la coalition venoit de faire par la retraite de Paul I qui , mécontent du mauvais succès, des armées russes , et accusant ses alliés mêmes des désastres qu'elles avoient éprouvés , avoit rappelé ^es troupes au commencement de l'année 1800.
Campagne Le général Mêlas , qui commando it les Autrichiens de *8oo. en Italie , ouvrit la campagne de 1 800 , d'une manière iSavril i8co. brillante. A la suite de la victoire qu'il remporta, à Volta, sur Masséna , celui-ci fut obligé de se jeter dans Gênes , où il essuya honorablement un siège de 11 mai. six semaines. Mêlas s'empara de Nice , et Suchet passa le Var , pour rentrer en Provence. Mais bientôt , Buonaparte , à la tête d'une nouvelle armée , assemblée à a juin. Dijon , passa les Alpes et entra à Milan , lorsque Mêlas ne croyoit pas encore à l'existence de son armée. Heureusement pour ce dernier, Masséna fut obligé 5 juin. de rendre Gènes dans ce moment , ce qui mit le corps du général Ott à sa disposition ; mais ce général fut 9 juin. défait par Berthier, à Montebello. Mêlas lui-même *4juin. livra bataille à Buonaparte, près de Marengo 5 déjà il étoit maître de la victoire , lorsque Parrivée du brave Desaix avec sa division, la lui arracha. Cette bataille et le découragement du générai Mêlas , coûtèrent à 1 G j uîu. l'Autriche la Lombardte. Un armistice, conclu à Alexandrie , mit Buonaparte en possession de cette ville, de Tortone, Turin, Plaisance, Goni, Gênes, etc. Les Autrichiens reculèrent jusqu'au-delà du Mincio. 25 avril. Moreau , à la tête d'une armée françoise , avoit passe le Rhin , et battu Kray en plusieurs combats. Les Autrichiens se retirèrent dans le Haut Palatinat. Déjà
1789 — i8i5. 265 Moreau étoit maître de Muaich , lorsqu'il reçut la 37 juin 180 1. nouvelle de l'armistice d'Alexandrie ; il en conclut un de son côté, à Parsdort Le comte de Saint- Julien , en- *5 juillet, voyé, par l'empereur François II, à Paris, y ayant 28 juillet, signe', sans autorisation suffisante, des préliminaires de paix , la cour de Vienne en refusa la ratification , parce qu'elle s'étoit engagée à ne pas faire la paix sans le concours de l'Angleterre. Les hostilités durent recommencer en Allemagne au mois de septembre; mais l'archiduc Jean , qui commandoit l'armée autrichienne en Bavière , ayant demandé une prolongation de l'armistice , le général Moreau y consentit, à condition (me Philippsbourg , Ulm et Ingolstadt lui seroient remis. Cet arrangement fut signé à Hohenlinden , et 20 septembre, les François firent sur-le- champ démolir les fortifications des trois places. Les hostilités ayant recommencé dans les derniers jours de novembre , le général Moreau défit l'armée de l'archiduc Jean , daus la bril- 3 décembre, lante journée de Hohenlinden, après laquelle il marcha en toute bâte sur Vienne. L'Autriche, dégagée de ses eugagemens par le cabinet de Londres, ayant déclaré alors qu'elle étoit décidée à faire la paix , quelles que fussent les résolutions de l'Angleterre , on conclut un nouvel armistice à Steyer. Braunau et Wurtzbourg 25 décembre, lurent remis aux Français.
Le général Brune , qui commandoit en Italie , renouvela l'armistice d'Alexandrie, par la convention de 29 septembre. Castiglione, qui lui laissa le temps de s'emparer de la Toscane, qu'on avoit oublié de comprendre dans la trêve. Renforcé par l'armée de Macdonald, qui s'étoit rendue en Lombardie , en traversant * par une marche pénible , la haute montagne du Splùgen , il passa la nrenta. En vertu d'une nouvelle convention d'armis- 16 jauv. 1801. tice , signée à Trévise , les François obtinrent encore la remise de Peschiera, des forts de Vérone et de Legnago , Fermo et Ancône.
Cependant la paix se négocioit à Lunéville , entre P*'* Joseph Buonaparte et le comte Louis de Cobenzl. Le * îc Luucvillc. premier consul, ayant refusé la ratification de Farinis-
de Trévise , parce qu'il avoit laissé Mantoue entre 26 janvier 180 1. les mains des Autrichiens , le plénipotentiaire impérial , à Lunéville, souscrivit à une convention addi* tionnelle qui livroit cette place aux François. La paiî 9 février, entre l'Autriche et la France fut signée peu de jours après , et François II stipula en même temps pour l'Empire. Il céda définitivement les provinces belpques, le comté de Falkenstein et le Frickthal. En Italie, oa traça la frontière entre l'Autriche et la Cisalpine, de manière que l'Adige séparât les deux états , et que les villes de Vérone et Porto-Legnago fussent partagées. Les autres conditions portoient que le grand-duc de Modène auroit la Brisgau en échange de son duché;
rie grand-duc de Toscane renonceroit à son grandhé, et recevroit une indemnité pleine et entière en Allemagne ; que l'Empire céderoit toute la rive gauche du Rhin 5 que les princes héréditaires perdant, par suite de cette cession , des territoires , en seroient dédommagés au sein de l'Empire ; enfin , que le corps germanique ratifieroit la paix dans l'espace de trente jours. Par unarticle secret, Saltzbourg, Berchtolsgaden, Passau , l'éveché et la ville d'Augsbourg , Kempten et douze autres abbayes immédiates 9 ainsi que dixt-neuf villes impériales en Souabe , y compris Ulm et Augsbourg, furent assurés au grand- duc de Toscane. L'Empire s'empressa de ratifier la paix c elle fut le précurseur de son anéantissement, évacuation Les Anglois avoient forcé , par la famine , le général
b\l tfïSoo. Vauboîs de leur rendre 1?île Malte * A P rès la wite p " 'de Buonaparle , Kléber , ayant pris le commandement
24janvieri8oo.de l'armée françoise en Egypte , réduite à 12,000 hommes, conclut à El A'rysch* avec le grand-vizir, qui étoit arrivé , par la Syrie , à la tôle d'une armée formidable , une convention par laquelle le général françois s'engagea d'évacuer le pays. Le gouvernement anglois, ayant refusé de la ratifier, à moins que le corps de Kléber ne se rendît prisonnier de guerre, ce général 20 ma». attaqua sur-le-champ le grand -vizir , et le défit à El Hanca : il soumit ensuite , de nouveau , le Caire
qui s'était insurgé. Le gouvernement anglois voulut
alors ratifier la convention du 24 janvier , mais le
baron de Menou , successeur de Kléber, qu'un Turc
fanatique avoit assassiné , éloit décidé , malgré une *4 i uin 180°-
impossibilité évidente* à se maintenir en Egypte. Le
général anglois , Abercrombic , fit plusieurs descentes 8 mars 1801.
à Aboukif; Menou fut défait dans la bataille de Rahma-
nié , qui coûta la vie à Aberorombie. Mais bientôt les * l mars -
François se virent assaillis de tous côtés , par les Turcs,
et par des Anglois venus des Indes orientales , et qui
avoient débarqué dans la mer Rouge. Le général
Belliard, qui commandoit au Caire , conclut une capi- 2 7 i uin *
udation, en vertu de laquelle il fut renvoyé en France^
avec les troupes sous ses ordres. Bientôt Menou se vit
obligé de suivre cet exemple 5 il capitula à Alexandrie» ^° aoûu
Ainsi finît une expédition, dont le succès auroit pu
devenir funeste à l'empire britannique aux Indes , et
donner une autre direction au commerce du monde.
Divers traités de paix furent conclus entre la paix de Luné vil le et celle d'Amiens , qui mit entièrement fin à la guerre. Nous allons en donner le précis :
i °. Le généralMurat, commandant l'armée d obser- Pa ^ e ^°^ Dce vation en Italie, ayant fait mine de vouloir porter la avc ° ap guerre dans le royaume de Naples , Ferdinand IV conclut d'abord à Foligno un armistice, ensuite la paix à Flo- 1 8 février, rence. Il céda l'Etat des Présides et la part qu'il avoit à Fîle 38 mars ' d'Elbe et à la principauté de Piombino. Par un article secret, il consentit que 16,000 François occupassent jusqu'à la paix avec l'Angleterre , et avec la Porte , la péninsule d'Otrante et une partie des Abruzzes.
2°. Dès 1 797, le Portugal avoit voulu sortir delà pre- Paix de Madrid mière coalition en concluant la paix avec le Directoire aTeclcPonu 6 a1, exécutif à Paris même; mais Pescadre angloise de la- 1° aoû * *797» mirai Saint-Vincent étant entrée dans le Tage, la reine refusa la ratification de ce traité. Ainsi le Portugal resta en guerre avec la France jusqu'en 1 80 1 . Une armée de la république qui se trouvoit déjà en Espagne , ayant fait mine de \ouloir entrer en Portugal, la paix fut agiept. 1801. signée à Madrid entre Lucien Buona parte et M. Freire,
fc68 PÉRIODE IX.
ministres des deux états , près le roi d'Espagne. Le Portugal ferma ses portes aux Anglois, et régla ta frontières de la Guyane d'une manière avantageuse à la France.
Paix <le Paris 3°. Buonaparte avoit réussi à se concilier jusqu'à un «yec U Russie, certain point l'affection de Paul ; néanmoins à la mort de ce prince, il n'existoit pas encore un traité de pix 8 oci. 1 8*> i . entre la Russie et la France. Ce traité fut signé à Paris, sous le règne d'Alexandre par le comte de Markoff et ii octobre. M. de Talleyrand, et suivi d'une convention particulière très importante , par laquelle on convint entre autres: i° que les deux gouvernemens formeroient un
libre entre les maisons d'Autriche et de Brandebourg; 2° que la France acceptoit la médiation de la Russie pour la pacification avec la Porte ; 3° que l'intégrité du royaume des Deux-Siciles seroit maintenue d'à près les bases du traité du 28 mars 1801 , et que les troupes françoises évacueroient le pays aussitôt que le sort de l'Egvpte seroit décidé; 4° qu'on s'occuperoit à l'amiable cles intérêts du roi de Sardaigne; 5 que l'électeur de Bavière et le duc de Wurtemberg auroien tune juste indemnité en Allemagne pour leurs pertes.
Paix Je Paris 4°. Aussitôt que le général Menou eut signé la ca-
•vec la Porte. pit u l a tion d'Alexandrie , les préliminaires de pi* 9 octobre, entre la France et la Porte furent conclus à Paris; ils
?5 juin 1862. ne f uren t changés en paix définitive qu'après la signature des préliminaires de Londres l . La libre navigation sur la mer Noire fut assurée au pavillon françois, Paix d'Anne a», p*^ ayant quitté le ministère anglois , il y eut un rapprochement entre la France et l'Angleterre. Ce fut
J " ocL 1801 • cette dernière puissance qui fit le premier pas.Des préliminaires furent signés à Londres entre lord Hawksbury et M. Otto : on y comprit les alliés respectifs. De toutes
» Voyez Histoire des traites de paix , Tcfondue , vol. V.
ses conquêtes , la Grande-Bretagne ne se réserva que l'île de fa Trinité et les possessions liollandoiscs dans l'île de Ceylan. L'île de Malte devoit être rendue à l'ordre de Saint-Jean, soms la protection d'une puissance tierce , l'Egypte devoit l'être à la Porte. Les troupes françoises dévoient quitter le royaume de Naples , celles de l'Angleterre Porto-Ferraio. La France reconnut la république des Sept-Iles composée des îles ci-devant vénitiennes.
En exécution de ces .préliminaires . on ouvrit à Amiens un congrès où se rendirent Joseph Buonaparte pour la France , lord Cornwallis pour l'Angleterre, le chevalier Azara pour l'Espagne, M. Schimmelpenninck pour la république batave. 11 se présenta quelques difficultés inattendues à l'égard de l'île de Malte à laquelle la Grande-Bretagne se repentoit d'avoir renoncé par les préliminaires : on trouva cependant moyen de les écarter et la paix fut signée au bout de trois mois J 7 maM de négociations. Nous allons indiquer seulement en quoi ses articles différoient des préliminaires.
A la stipulation relative à la restitution de l'île de Malte en laveur de l'ordre de Saint-Jean, il fut ajouté plusieurs modifications sur l'élection d'un nouveau grandmaître, sur la suppression des langues françoise et angloisc , sur la création d'une langue maltoise , sur le moment de l'évacuation , sur la création future de la garnison. Enfin il est dit dans le traité , que Pindépen- * dance de l'île et le présent arrangement sont mis sous la garantie de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Autriche , de l'Espagne , de la Russie et de la Prusse. Nous dirons ici que la Russie et la Prusse ne voulurent pas se charger de cette garantie, à moins qu'on n'y ajoutât des modifications; ce refus fournit à l'Angleterre un prétexte pour ne pas se dessaisir de l'île, et bientôt nous la verrons recommencer la guerre plutôt que de restituer cette possession importante.
Un acte du traité d'Amiens ayant assuré au prince d Orange une compensation pour les pertes qu'il avoit faites dans la ci-devant république des Provinces-Unies,
tant en propriétés particulières qu'en charges, il fut de suite signé à Amiens même une convention entre la France et la république batave , portant que celle compensation ne pouvoit en auttin cas tomber à la charge de celle-ci.
Nous devons faire une observation essentielle sur k paix d'Amiens. Contre l'usage général . les traites antérieurs entre la France et la Grande-Bretagne ne furent
Sas renouvelés par celui d'Amiens. Quelle fut la cause e ce silence? C'est que, à l'époque de la conclusion de la paix d'Utrecht, la Grande-Bretagne étoit intéressée à consacrer le principe de la liberté du commerce des neutres; elle l'avoit par conséquent fait énoncer dans le traité de navigation et de commerce signé en 1715. Tous les traités suivans jusqu'à celui de 1785 inclusivement ayant renouvelé les conventions d'Utrecht , le silence de celui d'Amiens replaçoit à cet égard la Grande-Bretagne dans les rapport* du droit commun qui, dans le système des Anglois, n'eût pas été favorable au principe de la liberté , qu'il ne convenoit plus à l'Angleterre défaire prévaloir, depuis qu'elle tenoit l'empire des mers.
Après avoir conduit l'histoire de la révolution françoise jusqu'au commencement de 1802, nous allons jeter un coup d'œil sur ce qui, pendant ces treixe ^ années , se passa de plus remarquable dans les autres états de l'Europe.
Etat Le Portugal avoit pris part à la première coalition
Ju Portugal., contre la France , en fournissant un corps de. 6000 hommes à l'Espagne-, et quelques vaisseaux de guerre à l'Angleterre. Nous avons rapporté comment la reine Marie fut empêchée d'en sortir en 1797. Le prince du Brésil qui, vu l'état de santé de sa mère , s'étoit emparé i5 juillet 1799.de la régence, prit une part plus décidée à la seconde 28 septembre, coalition , par l'alliance qu'il signa avec la Russie. Cette alliance lui attira une guerre avec l'Espagne. Le prince 18 février îSoi,.^ ] a Paix s'empara sans peine de plusieurs villes du Portugal , car l'armée de ce royaume étoit en aussi 6 juin. mauvais état que ses Qnances. La paix fut prompte-
ment conclue à Badajoz ; le Portugal promit de fermer ses ports aux vaisseaux anglois, et céda à l'Espagne, Olivença et les places situées sur la Guadiana. L'engagement relatif aux vaisseaux anglois fut renouvelé par la paix de Madrid , qui réconcilia le Portugal avec la *9 «ept. 1801. France.
En Espagne régnoit , depuis 1788 , Charles IV. Ce Etnt prince, n'aimant que lâchasse, selivroit à ce plaisir del'Bspâgne. avec excès; il étoit le jouet de son épouse et de ses favoris , auxquels il abandonnoit le soin du gouvernement qui lui répugnoit. En 1790, un différend qui s'éleva avec l'Angleterre., sur la propriété de la baie de iNootka, au nord de l'Amérique , fut sur le point de troubler le repos de ce roi indolent ; niais il fut aplani par une convention signée à l'Esc urial , par laquelle 2 & octob. 1790 l'Espagne renonça à ses droits sur cette possession lointaine. Depuis 179a , le rôle de favori fut joué par don Manuel Godoy , nommé duc d'Alcudia, et ensuite prince de la Paix , ministre incapable , sous lequel tout devint vénal , et la nation se corrompit. Les principes révolutionnaires , qui avoient pris racine depuis l'expulsion des Jésuites, parce qu'on ne trouva jamais à remplacer ces pères, pour donner à la jeunesse une instruction solide, se propagèrent sous une si^nauvaise administration , surtout depuis la publication 179^ d'un fameux mémoire de Jovellanos , sur le perfectionnnement de l'agriculture et des lois agraires ; cet ouvrage , composé par ordre du Conseil de Castille , étoit écrit avec simplicité et clarté. Son auteur étoit sans doute animé des sentimens les plus purs ; mais dans son enthousiasme pour l'objet qui l'occupoit , il méconuut toutes les lois existantes, provoqua la spoliation de l'église , de la couronne , des communautés 5 Ja suppression des corporations et fidéicommis ; enfin, bouleversement complet : on peut dire que cet ouvrage produisit une révolution en Espagne , car les cortès de Cadix n'ont foit qu'exécuter le plan de Jovellanos ».
1 Voyez Spanien unddie Révolution {von herrn Hugfl). Léip-
Lè favori ne sut pas mieux faire respecter la couronne d'Espagne au dehors qu'établir une bonne i.i juillet 1790. administration dans l'intérieur. Par la paix de Baie, Charles IV renonça à la partie espagnole de Saint-Doi9 août 1796. mingue. Par l'alliance offensive et défensive de .Saint- Ildefonse, l'Espagne se jeta dans le système francois. La guerre avec la Grande-Bretagne ruina sa marine ; i4 fév. 1797. lord Jervis défit , à la hauteur du cap Saint- Vincent , la flotte espagnole , commandée par l'amiral Cordova. 18 février. L'amiral Hervey fit la conquête importante de l'île de la Trinité. Le général Stuart s'empara , sans beaucoup 7 nov. 1798. de peine, de Fîle de Minorque. L'alliance de l'Espagne avec la France fut aussi cause que l'empereur Paul, 27 juillet 1799. après son entrée dans la coalition, lui déclara la guerre; i«r oct. 1801. l a Porte en fit de même. La réconciliation avec le pre- 4 octobre. m i e r fut signée à Paris , après la paix de Lunéville.
La guerre , que l'Espagne lut obligée de faire au Portugal , lui valut la ville d'Olivença , qui lui fut cédée 6 juin. pg^j. j a paix <J e Badajoz.
Cession Par un traité, signé à Saint -lldefonse, l'Espagne ^î^Toscane*™ » Dan donna à Buonaparte la Louisiane, et éventuelle oct. 1800. lement l'état de Parme ; elle lui livra aussi cinq vaisseaux de ligne, et lui paya une forte somme; le tout contre la promesse de procurer à l'infant de Parme, gendre du roi, le grand-duché de Toscane, avec le titre royal. Ces stipulations furent, en partie, plus 21 mars 1801. clairement établies pr le traité que Lucien Buonaparte et le prince de la Paix signèrent ensuite à Madrid.
27 mnrs 1802. La paix d'Amiens ne coûta à l'Espagne d'autre sacrifice que l'île de la Trinité, qu'elle fut obligée de laisser à l'Angleterre. Buonaparte en décida ainsi , sans demander même le consentement de Charles YS> L'Espagne avoit perdu toute considération ; tant par suite d'une administration vicieuse dans toutes ses branches . que parce qu'elle s'étoit volontairement mise dans la dépendance de la France.
7.i£, 182J , in-r8°. Le Mémoire de Jovellanos se trouve dans l'Itinéraire d'ï'Upagne dé M. uf. 1 a Borde.
Au commencement de cette période , ta Grande- Etat de Bretagne fut préservée de l'influence des principes t Gm *-**'
, . 1 . . \ x. tagne : union
révolutionnaires, qui y a voient beaucoup de parti- de» iroi» sans , par la fermeté de son ministre Guillaume Pitt , royaume», et par l'éloquence d'un membre du Parlement , Edmond Burke. Pitt consolida le système financier, en donnant plus d'étendue au fonds d'amortissement qu'il àvoit créé en 1786. 11 affermit le gouvernement, en faisant allouer, par \ alien-bill t une grande autorité 4janv. 1793. à la police , pour surveiller les étrangers , et en faisant suspendre l'acte à'habeas corpus. L'Irlande , où. la 17 mai 1794. masse des tnécontens , auxquels appartenoient surtout les catholiques, étoit prépondérante : quoiqu'un acte passé en 1795, eût rendu les catholiques habiles à presque toutes les places , fut le théâtre de plusieurs conspirations qui tendoient à rendre cette île indépendante. Les chefs étoient d'accord avec les François , qui firent , à différentes reprises , des tentatives pour débarquer dans l'île. Afin de couper la racine du mal , l'union (1 e Plila nde avec la Grande-Bretagne, par le moyen d'un seul et même Parlement, fut consommée, et Georges III prit le titre de roi du royaume uni de 2 juillet 1800. Grande-Bretagne et d'Irlande.
Le Grande-Bretagne fut l'âme des deux premières Neutralité coalitions contre la France : pour la combattre, elle arm ^ f^ ord mit moins de troupes que d'argent. Elle réussit à
troupes que
ruiner la marine et le commerce de la France et de l'Espagne, et à s'emparer de l'empire des mers. Dans les derniers mois de la vie de Paul I , elle fiit impliquée dans une guerre avec les puissances du Nord. L'humeur que ce prince ressentoit , de ce que le cabinet de Londres ne le mettoit pas en possession de l'île de Malte, dont les troupes angloises s'étoient emparées, en fut la véritable cause; une question litigieuse de droit public lui servit de prétexte. Il s'agissoit de savoir si le convoi accordé à des vaisseaux marchands neutres par leur souveraiu , les ntettoit à l'abri de la la visite , de la part des états bclligérans , ou non. Le Danemarck , car c'est lui qui donna lieu à la