CHAPITRE PREMIER
Introduction et considérations générales,
Lja petite partie de Tëcorce du globe que nous counoissons est composée de différentes substances minérales, qui, considérées dans leur masse, constituent des Roches, tantôt homogènes, ou en ayant Tapparence, et tantôt visiblement hétérogènes.
Outre ces premières différences prises dans leur nature et dans leur aspect, les roches en présentent encore d'autres dans leur structure et dans les corps étrangers qu'elles enveloppent, et qui sont tantôt des minéraux, tantôt des parties de corps organisés.
L'hétérogénéité des masses ou roches composées de plusieurs sortes de minéraux , n'est pas Ulimitée dans le nombre , la disposition et le rapport de parties: elle fait voir au contraire dans ces trois sortes de relations une constance qui in* dique que certaines lois ont régi ces associations.
Les différences, et surtout la présence des débris organiques qu'on observe dans les roches, prouvent, comme Ta fait remarquer M. Cuvier, que Técorce de la terre n*a pas été faite d'un seul jet, mais que les parties qui la composent ont été déposées ou fomkées successivement.
Ce sont les régies que cette succession a suivies, et les lois qui ont présidé à cette formation, que les géologues cherchent à découvrir. Les généralités qui paroissent résulter de Tensemble de leurs observations constituent ce que Ton appelle la théorie de la structure de Véeorce du globe , expression qui a «ne tout autre signification, une tout autre valeur que celle de système. La théorie est le lien qu'on croit reconnoitre et pouvoir établir entre les faits ; le système est la recherche des causes éloignées qui ont produit ces faits et leur liaison. Dans l'une et l'autre considération il y a nécessairement quelques propositions jiypothétiques ; mais dans la théorie l'hypothèse de liaison est déduite immédiatement des faits connus , et il n'y auroit pas d'hypothèse , si on pouvoit être sûr de connoitre tous les faits. Dans le système on cherche à lier et à expliquer les faits par des causes éloignées et dont on n'a que quelques indices. Les savans allemands ont désigné ces deux points de vue sous lesquels on étudie la structure du globe par deux expressions très -voisines, mais auxquels ils appliquent des idées assez différentes. La géognosie est la théorie de la structure du globe, et la géologie en est le système.
Il s'agit donc, pour établir cette théorie, de rechercher quelles sont les roches qui composent l'écorce du globe, dans quel ordre et dans quel rapport elles sont^situées, quels sont les phénomènes ou particularités qui appartiennent à chacune d^elles, qui en constituent l'histoire naturelle, et qui peuvent servir à les faire reconnoftre lorsqu'elles se présentent isolées.
C'est à ces recherches et à ces résultats que doivent se
borner Tétude et la théorie de la structure de Técorcç du globe ; si on vouloit aller plus loin et remonter aux causes qui ont pu produire ces phénomènes, on sortiroit de la géogaosie pour entrer dans la géologie.
Art. 1." Terminologie.
Pour arriver à la théorie, c'est-à-dire aux lois de la structure de Técorce du globe, il faut, après avoir étudié séparément toutes les parties qui la composent ou qui s^ rencontrent , réunir en plusieurs groupes les parties qui ont entre elles des analogies, soit de nature, soit de structure, soit de position. C^est à ces groupes qu'on a donné les noms de terraim , de formatiom , de êous-forn^ions et de rochesm
I^ous devons expliquer ce que nous entendrons par cea mots, exposer dans quel ordre nous étudierons ces groupes, quels sont les motifii qui nous ont fait adopter cet ordre , et les dîtflcultés que présente à l'application le placement de ces dififérens groupes dans les parties de Técorce du globe auxquelles on croit qu'ils appartiennent.
Le mot de Terrains a une signification très- vague; on ne l'a pas défini deux fois de la même manière : tantôt il indique une réunion de roches analogues par leur composir tion , ou au moins une roche principale , définie minéralogiquement , renfermant d^autres roches qui lui sont intimement liées , comme lorsqu'on dit terrains de granité ^ de phyllade, etc.
Dans d'autres cas on entend un ensemble de roches diverses qui semblent liées par le caractère commun d'avoir été déposées à la surface du globe pendant une des grandes périodes géognostiques qu'on a cru reconnoltre dans lt\ formation des diverses parties de son écorce, comme quand on dit terrains primitifs , terrains secondaires , terrains tertiaires , etc*
D'autres fois, ce mot ne s'est plus appliqué ni à une nature dominante de roche, ni à une grande époque géognostique; mais à un mode particulier de structure ou à une ori-
4 INTRODUCrtOK*
gîne particulière : ainsi il n'y a pas de gëognoste qui n'em* ploie Fexpression de terrains de sédiment, de transport, d'allusion, de terrains volcanique ^ lacustre^ marin, etc.
Nous pourrions porter plus loin ces exemples des acceptions variées sous lesquelles on a pris le mot de terrain , si nous voulions en aller chercher dans la géographie physique 9 dans Tagriculture, dans Fart et l'économie des mines; mais ceux que nous avons puisés dans notre sujet suffisent pour faire voir, ainsi que je viens de Ténoncer, que le mot de Terrains n'a pas reçu de définition précise , qu'il a seulement toujours voulu désigner en géognosie un grand groupe de roches réunies par une considération commune , tirée ou de leur nature , ou de leur époque de formation , ou de leur structure , ou de leur origine*
L'acception de ce mot reste donc libre , et M. d^Bonnard , qui a cherché à la préciser, ne l'a pas encore tellement limi* tée qu'il ne nous soit permis de choisir celle que nous préférerons*
Or, nous considérons toutes les roches qui composent l'écorce du globe , comme déposées par groupes qui peuvent être formés et réunis par des considérations d'épdque ou d'origine toujours de plus en plus générales. Le mot terrain sera pour nous comme ppur M* de Bonnard , quoiqu'il ne l'ait pas dit explicitement , synonyme de formation , et si nous ne voulions employer que ce dernier mot, nous dirions en allant du plus simple au plus composé , minéral ,. roche , sous - formation, formation et grande formation. C'est ce dernier terme que nous remplacerons par l'expression de terrains»
Ainsi, j'entendrai par Te&aain, une suite de roches qui n'ont d'autres rapports entre elles que d'avoir été placées dans l'écorce du globe pendant une des grandes périodes, époques ou divisions qu'on croit avoir reconnues dans 1^ succession de sa structure.
J'entendrai par firmoUon ou groupe , la division de ces
INTEODUCTIOK. S
grandes périodes ou époques pendant lesquelles une suite de l^oches a été déposée à peu près sous les mêmes circonstances. Cette similitude de circonstances se manifeste par des phénomènes de liaisons et par des propriétés communes; telle* sont : la répétition des roches absolument la même à peu d'intervalles, une structure en grand k peu près la même, une stratification concordante, la présence des mêmes espèces de eorps organisés , etc.
La sous-formation présente dans les parties qui la composent les mêmes relations et ressemblances, mais d'une manière encore plus rapprochée : ainsi les roches diffèrent peu les unes des autres, la stratification est concordante et la discordance est une exception; un grand nombre de corps organisés sont communs à toutes les parties de la sous-formaiion et aux diverses sous - formations voisines, etc. (La glauconle grossière est une sous - formation du calcaire grossier, la craie tufau Cet une sous-formation des terrains crétacés, etc. )
Les roches sont, comme on l'a dit^iilleurs, des masses minérales , homogènes ou hétérogènes , formées par voie de cristallisation , de sédiment ou d'agrégation mécanique qui constituent les sous-formations , les formations et les terrains de l'écorce du globe.
Art. 2. Géognosie comparée.
Cesdéfinitions établies, voyons à quoi on reconnoitra l'ordre de succession dans les formations et sous- formations, l'identité des formations et terrains dans des parties de la terre éloignées l'une de l'autre, et par conséquent l'uniformité presque complète de la structure principale de l'écorce du globe dans toutes wt% parties.
Ou bien la terre et. son écorce se sont solidifiées en une seule masse et en un seul moment, comme le feroit une masse d'eau trouble dont la température , amenée un peu audessous de. uttOf se géleroit sur-lé- champ par le plus léger
b I1CTA0DUCTI0N«
choc, OU bien les différentes parties qui composent l'écorce de la terre sont entrées de diverses ndaniéret et successive- Bient dans sa formation. Or, la stratification des parties grosnèftê agrégées mécaniquement, et la présence des nombreux débris organiques, font néceséai relent admettre, les unes, plusieurs dépôts distincts, et les autres plusieurs générations, tt par conséquent , une long^ie succession de siècles et d'opérations. Elles prouvent, comme nous Tavons rappelé plus haut, que l'écorce du globe ne peut être le résultat d'une solidification înstAntanée; mais que cette écorce s'est formée par parties et successivement.
Il faut donc maintenant ehercher à distinguer ces diverses parties et à déterminer l'ordre dans lequel elles ont concouru à la formation du globe.
Il est impossible , dafts l'état actuel de la science , d'établir une série certaine de succession de terrains, formations et roches pour tout le globe. On connoit trop imparfaitement la plupart des pays extra - européens pour y suivre Cette succession. D^ailleurs, quoiqu'il soit présumable qu'elle est partout la même, au moins dans ses grandes divisions, Cette loi n'est pas encore reconnue, et peut-être n'existe-telle pas.
Il semble donc convenable de n'établir cette succession que pour des pays où l'on puisse présumer que la superposition est bien connue. On pourra alors établir une série de proche en proche, depuis les roches les plus supérieures jusqu'aux plus iprofondes. Or, cette série iie doit pas être considérée comme prise sur un seul point et sur un seul percement vertical, mais comme résultant d^ plusieurs lignes verticales placées dans diflférens lieux et se rattachant ensemble par des terrains communs, inférieurs dans les uns et supérieurs dans les autres.
Cette série lervira comme de rè^e ou de module , auquel on tâchera de rapporter la structure des autres parties du globe, et de mêmequ'on compare en anatomie la structure
de tous les animaux à celle de l'espèce humaine , malgré les différences notables que montrent certains animaux, et même malgré Tabsence, au moins en apparence, de certains organes, de même on comparera tous les terrains de la terre à une suite de terrains admis comme type ou module, et qu'on pourra regarder comme terrain classique.
On sait qu'en anatomie on arrive à la comparaison d'organes au moyen des fonctions, de leur connexion et de leurs rapports : en géologie on y parviendra aussi par divers moyens; tantôt par la nature des roches et des minéraux, tantôt par les rapports ordinaires de ces roches et minéraux entre eux ; tantôt, enfin, par l'étude des débris de corps organisés qu'elles renferment.
Malgré les moyens que nous employons pour suivre un ordre par série, comme étant le plus simple et le plus clair pour Fé^ tude de la structure de l'écorce du globe , il reste encore des parties de cette écorce qu'il est très-difficile de faire rentrer dans cet ordre, et même qui y échappent tout^à-fait, soit parce qu*on n'a aucune donnée certaine ou pour les reconnoitre ou pour déterminer leur position , soit parce qu'elles se sont. réellement présentées plusieurs fois dans la série, et par conséquent k des époques différentes, soit parce qu'elles ont été brisées, renversées, bouleversées et dérangées ainsi de leur ordre sériai, soit enfin parce qu'elles ne sont pas réellement en séries, ayant comme coupé toutes les roches superposées, ou eu ayant troublé l'ordre et par leur intro* duction et par les dérangemens , brisemens ou renversemens que cette introduction peut y avoir causés.
Il est possible, enfin, que l'ordre sériai de l'occident de l'Europe ne soit pas le même que celui de l'orient de la même contrée, que l'ordre sériai de l'Europe ne soit pas le même que celui de l'Asie, que celui-ci soit différent de celui de l'Amérique, etc. 11 est également possible que l'ordre sériai, étant le même entre les grands groupes de terrains
8 ÏNTRODTJCTION.
et leurs grandes divisions, soit différent dans ses «ubdivisions par continent , contrée et même grand bassin , etc.
Du moment où Ton est obligé d'admettre que les terrains se sont formés successivement, ou au moins par parties dis« tinctes, on devra distinguer deux modes essentiels de disposition.
Ou bien ils se sont déposés et étendus Us uns au-dessus des autres, ou bien ils se sont formés les uns à côté des autres*
Dans le premier cas ils ont été nécessairement déposés les uns après les autres, et ce sont les terrains que nous appelons en série»
Dans le second cas ils sont hors de série , et dans ce cas iU peuvent avoir été formés ou à la même époque géognostique, ou à des époques différentes.
Or, les époques géognostiques sont très-différentes des époques chronologiques; la succession des temps établit les secondes , tandis qu'elle n'est rien pour les premières , qui sont fondées sur l'apparition des grands phénomènes ou des grandes catastrophes qui limitent une période géognostique.
Je crois qu'on doit entendre par période géognostique , tout le temps pendant lequel Içs mêmes phénomènes géognostiques ont eu lieu à la surface de la terre* Ces périodes peuvent avoir'été ou de plusieurs siècles, ou seulement de quelques années ; ainsi l'espace de temps pendant lequel le granité s'est montré de toutes parts à la surface de la terre, accompagné des minéraux qu'il renferme, est une période géognostique remarquable.
Celui pendant lequel les trilobites ont vécu avec les autres êtres organisés contemporains, tandis que le calcaire argileux et schisteux, noirâtre, bitumineux, etc., se déposoit, est une autre période géognostique , dont la durée de la vie des trilobites , si on la connoissoit , combinée avec le nombre des générations enfouies, si on pouvoit les distinguer, pourroit indiquer grossièrement la durée.
^ou9 avons un autre exemple remarquable d'une grande
rNTRODUctioir* 9^
)>ériode géognostique dans l'état de repos oii se trouve Tëcorce du globe, depuis que les continens actuels ont reçu leurs formes et leurs limites , que la mer a pris son niveau et l'atmosphère sa température; depuis que les animaux et lea végétaux qui peuplent la mer ou qui vivent k la surface de la terre , paroissent toujours k peu près les mêmes , etc. ; cet état de repos que constatent toutes les observations, toutes les notions historiques, constitue la dernière période géôgnostique , dont le commencement datv au moins de quatre mille ans, et qui peut avoir encore une longue suite de siècles*
De même que nous ignorons si les séries des différens terrains sont les mêmes sur tout le globe, de même nous ne savons pas si les périodes géognostiquies se sont étendues également, et dans le même temps, sur toute la surface de la terre ; par exemple, si , tandis que les ammonites et les bélemnites avoient cessé de vivre et la craie de paroître en Europe , pour être remplacés par les cérites et le calcaire grossier , les premiers mollusques céphalopodes et la craie nç continuoient pas les uns à vivre et les autres à se déposer dans Tlnde ou dans l'Amérique.
$• i/' Caractères et disposition générale des
terrains en série.
Le caractère le plus général de ces terrains est d'être stratifié, non pas seulement en petit et dans quelque partie, mais en grand et sur une grande étendue; de se présenter ainsi sur toutes les parties du globe où on a pu les observer et les reconnoitre pour être les mêmes , par les moyens que nous avons indiqués^ c'est-à-dire, par leur nature miuéralogique, et par la ressemblance générique et spécifique des débris organiques qu'ils renferment.
Leur stratification n'est déterminée que par le parallélisme prolongé et étendu des fissures qui divisent leur masse; car elle n'est pas toujours rectiligne et horizontale ; bien au conr
;10 IMTRODUCTIOH.
traire, les lits, couches ou strates qui les divisent sont souvent et trés-obliques et trés-sinueux.
La structure dominante des terrains en série est compacte ou grossière ; on voit que les roches qui les composent ont généralement été formées plutôt par voie mécanique que par voie chimique , plutôt par sédiment ou agrégation que par dissolution et cristallisation.
Cependant quelques-unes des roches qui entrent dans la composition de ces terrains, offrent une texture cristalline qui indique une cristallisation confuse; telles sont les gypses 9 les calcaires saçcaroïdes , les eurites, les amphibolites , les micaschistea, etc. Dans ce cas, si la stratification est oblitérée, c'est plutôt par des ondulations nombreuses et des replis que par des fissures.
Les terrains en séries , étant généralement stratifiés , offrent dans leur structure en grand des divisions, modifications et circonstances qui servent encore à les distinguer des terrains hors de série.
Leurs subdivisions portent les noms de bancs, de couches, de lits et de feuillets, suivant leur puissance et leur nature. Les feuillets (Schichte) sont des divisions des couches (F/d7z), et celles-ci peuvent être considérées comme des divisions des bancs. On donne généralement le nom de lits {Lager) aux matières de nature différente qui sont interposées en stratification concordaote entre des couches, lorsque ces matières se présentent d'une manière continue sous une grande étendue et avec un parallélisme sensible de leurs deux surfaces. Ainsi on dit un lit de pyrite dans le micaschiste, un lit de houille dans des couches de psammite, un lit de fer hydroxidé oolithique entre des bancs ou des couches de calcaire compacte, etc.
Les masses minérales, différentes par leur nature des terrains qui les renferment , et qu'on rencontre dans les terrains stratifiés, doivent entrer aussi dans la série de leurs couches^
lorsqu'elles paroissent avoir été déposées en même temps qu^ elles ; elles s*y présentent quelquefois en amas irréguliers ou grossièrement lenticulaires, qu*on désigne sous le nom d'amas couchés {liegende Stock). •
Ce sont , avec les débris organiques et les minéraux disséminés, les seuls corps ou masses étrangères qui appartiennent à la formation des terrains en série. Les amas droits, filons et veines qu'on y observe ont une tout autre origine , et appartiennent plutôt, comme on va le voir, aux terrains hors de série.
Les terrains en série seront considérés séparément, et formeront l'une des deux grandes divisions des terrains qui entrent dans la composition de l'écorce du globe. Comme leur stratification indique qu'ils ont été formés dans une masse liquide , que d'autres particularités indiquent que ce liquide étoit d'une nature analogue À l'eau de la mer , nous les appellerons, avec la plupart des géologues modernes, Tbehains
STRATIFlés ou NEFTUNIENS.
5* 3. Caractères et disposition générale des terrains
hors de série..
Ces terrains se présentent en général en masses puissantes, qui ne font voir aucune stratification distincte, et par conséquent aucun indice dé dépôts, au moins sur une certaine étendue. Lorsqu'on y reconnoit quelques fissures de stratification , cette structure n'est que lo6ale.
Leurs masses ne sont 'cependant pas sans divisions, mais les fissures qui les traversent se dirigent dans tous les sens s elles les séparent en grandes parties polyédriques, soit irrégulières, soit prismatoïdes.
Leur texture est souvent cristalline, et lors même qu'elle est compacte , on y remarque une densité et des parties cristallines qui indiquent que les élémens de ces masses n'ont point été suspendus dans un liquide, qu'ils ne se sont pas
t% INTHODUCTION.
déposés comme un sédiment , ni réunis par voie d'agrégation mécanique; mais qu'ils ont été tenus à Tétat comme fondu ou pâteux , et qu'ils se sont solidifiés par voie ou de refroi* dissement ou de cristallisation confuse.
Ces terrains se présentent tantôt en grandes masses, en montagnes même , et d'une manière indépendante, au-dessus des terrains en série, comme s'ils s'étoient épanchés sur eux; tantôt en plus petites parties, qui ont pénétré sous différentes formes et dans diverses circonstances dans les terrains en série.
Ils y forment des masses droites ou traversantes, des filons ou des veines.
Ils semblent avoir brisé et comme soulevé les terrains stratifiés pour s'élever ensuite au-dessus d'eux, s'épancher à leur surface, les envelopper et les faire quelquefois entièrement disparoltre en les couvrant de la masse énorme en étendue f épaisseur et hauteur, de leurs roches.
Les roches qui composent les terrains hors de série , que nous appellerons aussi terrains massifs, sont particulièrement tous les filons et amas droits ( stéhende Stock) , pierreux et métalliques, tels que le cuivre pyriteux, le fer oxidulé et oHgiste i çt parmi les roches ce somt principalement les dolomies , les serpentines et ophiolites, surtout les porphyres, mélaphyres,.ophite8, variolites, spilites , trachytes, téphrines, stigmites, basanites, dolérites, vakites, et peut-être les granités, protogynes, syénites, diorites.
Les.UrraUs hors de série formeront la seconde considération principale, sous laquelle nous étudierons la structure de l'écorce du globe. Nous les nommerons Terrains massifs ou TYPHONiENs , parcc qu'ils semblent avoir soulevé les autres terrains.
INTRODUCTION* il
Art. 3« Principes de classification et de dénomination
des terrains.
$• i/' Principales diyisions.
Les différentes sortes de terrains qui composent Técorce du globe étant ainsi classées sous deux points de vue différens, nous devons examiner, Tun après Tautre, les terrains de chacune de ces grandes classes*
L'ordre qu'il convient de suivre dans cet examen ne doit pas être plus arbitraire que le choix des circonstances qui nous ont fait reconnoître les caractères des deux divisions? il doit être celui de la succession des dépôts dans les terrains stratifiés , et celui des coulées ou épanchemens dans les terrains massifs.
Mais cet ordre, dans le premier cas, et encore bien plus dans le second , est très-difficile à reconnoître ; nous en avons dit les raisons. Nous ne devons donc espérer que d'approcher de la vérité, sans pouvoir prétetfdre encore la découvrir complètement.
On peut examiner ces séries par deux voies opposées : par l'une on procède du membre le plus ancien au membre Je plus' nouveau , et prenant pour premier membre la partie de l'écorce du globe au-dessous de laquelle on croit n'avoir pas encore pénétré, on appelle cette partie terrains primitifs j et on va en remontant, en donnant aux groupes qui les suivent les noms de terrains secondaires et tertiaires.
Par l'autre voie on part de la surface- de la terre, de la couche que tous ses caractères signalent comme devant être la plus superficielle , et en s'enfonçant aussi profondément qu'il est possible dans l'écorce du globe , on décrit de haut en bas les diverses parties stratifiées de cette écorce à mesure /qu'elles se présentent.
On ne peut plus donner à ces membres de la série stratifiée les noms de primaires ou primitifs ^ secondaires ,' te]ç-
14 iKxaoDircTioN.
tiaires, etc.; il faut au contraire éviter de leur appliquer aucun nom hypothétique. Or^ dans le cas actuel, les noms numératiis expriment des hypothèses; on doit donc chercher à désigner ces terivins par des noms simples, univoques, qui indiquent leur propriété la plus visible, la plus caractéristique et la plus constante; mais il ne faut pas avoir la prétention d'indiquer toutes les propriétés, ni même d'en indiquer une qui soit absolue ^ c'est-à-dire sans aucune exception* Cette prétention est impossible à réaliser ; il suffit que le nom rappelle la propriété la plus générale, la plus inhérente aux terrains, et par conséquent la plus constante, ou même qu'il n'en rappelle aucune, mais qu'il puisse être employé dans toutes les théories qui pourroient être proposées dans la suite , sans être en contradiction avec aucune de ces théories.
Tels sont les principes d'après lesquels nous avons établi les dénominations employées dans le tableau des grandes divisions des terrains, et même dans les subdivisions de ce tableau.
On a fait voir plus haut , d'une manière générale , i .** les causes qui ne permettoient pas de s'assurer si Tordre des séries de terrains et de leurs subdivisions étoit le même -sur toute la terre ; 2.^ celles qui faisoient présumer qye cet ordre n'étoit pas constant, au moins dans scê subdivisions; 3.^ enfin, celles qui avoient dû le déranger et même Fintervertir.
Il faut bien cependant suivre un ordre linéaire dans l'expotition et des généralités qui appartiennent à chaque sorte de terrains, et des phénomènes qu'ils présentent. Cet ordre linéaire ne sera pas choisi arbitrairement, mais il sera pris dans les lieux où la superposition se sera présentée de la manière la plus claire, et faute de lieux qui présentent cette évidence ou cette réunion de circonstances, il sera établi d'après la théorie résultant des présomptions les plus vraisemblables et les plus généralement admises; enfin , il sera fondé sur la néeeisifé où l'on est de réunir sous un même titre ou sous un
INTBODUCTI0I7* l5
même point de vue tous les phénomènes qui doirent être rassemblés pour faire l'histoire d'un terrain , d'une formation ou d'une roche.
Ainsi on ne prétend pas que le tableau dans lequel on présente les roches des terrains clysmiens, réunies en groupes, formations et terrains , ni que l'ordre dana lequel on a placé la série de ces roches, soient ni les mêmes dans tous les lieux , ni constans dans lé même lieu; mais on a seulement voulu dire que c'étoit le tableau de l'ordre qui approchoit le plus de la rérité des superpontions , et qui étoit le plus favorable à l'exposition des phénomènes relatifs aux terrains clysmiens et aux groupes de roches qui les composent.
La considération des terrains hors de série ou terrains mas* siû est indépendante de l'ordre d'apparition des différentes roches à la surface du globe. Cette considération , qui est maintenant assez généralement reçue j n'empêche pas qu'on ne cherche k rapporter chaque masse de terrains hors de série à une époque correspondante au dépôt des roches stratifiées des terrains en séries.
M. Boue 9 qui a admis implicitement la division des terrains en série sous le nom de terrains stratifiés ou neptuniens , et des terrains hors de série sous celui de terrains massifs ou plutoniens , dans le 'savant tableau de classification des terrains qu'il a publié en Août 1827 , a essajé de rapprocher les époques de dépôts des premiers des époques d'apparition des seconds,- en les énumévant dé front. Mais tout en rendant justice aux nombreuses observations de l'auteur dont ce ta^ bleau si complet est le résultat, aux heureux rapprochemens qtt'il a faits, Je croîs pouvoir dire avec quelque fondement que l'étude itn est difficile.
Ce peseroit pas un motif suffisant pour chercher à présenter le tabieau èfs terrains d'une autre manière que ce profond géologue , si œtte dificulté étoit une conséquence nécessaire dcf MmibMusas vérités qu'il auroit reconnues* Mais noui ne pou^
l6 INTAODtJCTIOK»
voDs pas encore admettre que ces rapprochemens soient iôuê exacts; car, s*il en étoit ainsi, les terrains massifs ou plutôt niens rentreroient dans les séries; sUl étoit prouvé que le granité de TErzgebirge, étant venu après le calcaire de transition, a été recouvert comme lui par le grés rouge ou le calcaire à encrines, il faudroit les introduire dans la série des terrains , ce qui seroit beaucoup plus simple et plus clair, et ce qui pourra peut-être se faire un jour.
Mais cette conséquence est entourée de tant d'incertitude, elle demande tant de discussion , qu^elle ne m'a pas paru susceptible d'être introduite directement et même dogmatiquement dans un tableau continu de la superposition des terrains*
J'ai donc préféré traiter séparément et les terrains généralement stratifiés et les terrains massifs, sans cependant renoncer, comme on le verra, à nommer ces derniers dans leur place au milieu des séries , quand cette place est bien déterminée ou seulement raisonnablement présumée. Mon ordre ne dififére pour ainsi dire de celui de M. Boue , que parce que j'ai mis à la suite de deux chapitres séparés ce qu'il a mis en regard ; je crois avoir évité par là des répétitions trop fréquentes de la même roche, et je me suis donné plus de latitude pour développer et discuter les motifs de la place donnée à chaque terrain et à chaque roche.
Abandonnons maintenant cette manière de considérer la structure en grand de l'écorce du globe , considération qui tient aux divers modes suivis par la nature pour former cette ëcorce, et abordons une considération d'un tout autre ordre, celle qui est relative à la succession chronologique de set diverses parties ou aux périodes et époques géognos tiques.
D'après ce que j'ai dit plus haut , on sait ce que j'entends par ces deux expressions ap*pliquées à la géognosie ; il me semble qu'une des premières divisions d'époques, une det
plus impoirtantes, est celle qui sépare les phéoomènes gëolo» giques en deux grandes périodes, quoiqu'il s'en faille de beaucoup qu'elle les partage en deux parties égaies.
L*une de ces périodes, dont nous ne connoissons ni le commencement, du moins pour ce qui concerne l'écorce du globe, seul objet de notre étude, ni la durée mt^me approximative, renferme toutes les roches, terrains et phénomènes antérieurs à la dernière révolution du globe; à ce!Ie qui a placé la mer dans le bassin qu'elle occupe depuis les temps les plus reculés, qui a donné leur forme à nos continens et qui est antérieure à toutes les notions historiques ; c'est celle que j'appelle la période saturnienne*
L'autre période renferme toutes les productions de roches et de terrains, tous les phénomènes géologiques qui se sont présentés à la surface du globe depuis la terminaison de la période saturnienne*, ceux, enfin, qui se passent encore de nos jours, je la nomme période jovienne ou d'aujourd'hui.
Elles ont toutes deux produit des terrains en- série et des terrains hors de série; mais cette division n'est pas assez im* portante dans la période jovienne pour l'y introduire.
Dans l'ordre chronologique de ces périodes, la période saturnienne devroit être traitée la première ; mais nous avons préféré étudier les terrains tels qu'ils se. présentent à nous quand nous pénétrons dans l'écorce du globe. Nous en connoissons la fin, sans en cohnoitre le commencement. £n allant du haut en bas, les premières roches resteront toujours les premières; en allant de bas en haut, les roches que nous appellerions maintenant les premières, pourroient bien dans la suite prendre une dénomination numérique bien plus avancée dans cet ordre.
Ainsi, pour être conséquent à ce principe, nous commencerons par la période jovienne.
"Les motifs des principales divisions présentées dans le tableau général des terrains qui précède les tableaux d^s détails
l8 INTRODUCTION*
de chaque claase , seront exposés et développés à IVirticIe de chacune de ces classes et de ces terrains.
5* ^* Nomenclature géologique*
Tout le monde convient que la nomenclature géologique est dans un état de désordre qui introduit souvent de Tembarras et dé Tobscurité dans Fétnde de cette science et de Tincertitude dans ses résultats* Les descriptions étant moins claires, les objets sont plus difficiles k comparer; leurs différences ou leurs ressemblances moins sensibles , et les conséquences qu^on pourroit en tirer, sont ou inaperçues ou incertaines. Personne cependant n'a osé introduire dans cette science une nomenclature plus régulière et fondée sur des principes qui pussent la rendre durable*
Une nomenclature n*est durable que lorsqu'elle est k pea prés insigntfieatiyem J'ai donné ailleurs de nèmbreuses preuves de ce principe ; mais une nomenclature absolument insigmfi^ eatWt est difficile à retenir : la mémoire n'a pas de prise sur des mots qui, encore peu usités, ne se rattachent à rien. Quand un mot a passé dans l'usage général , il n'est plus nécessaire qu'il signifie quelque chose ; mais si, avant ce moment, un nom intignificatif est aux prises avec un nom significatif, ce dernier, quelque faux qu'il soit, l'emportera long-temps , et peut-être même toujours, sur le premier* II en est de même d'un moi univoque ; quelque défectueux qu'il soit , il prévaudra presque toujours sur un nom composé de plusieurs mots , quelle que soit d'ailleurs l'exactitude de ce nom*
Ces priticipes Rappelés, il s'agissoit de les appliquer à la géologie. Il eût fallu faire une refonte presque complète de la nomenclature : je ne m'en suis senti ni le courage, ni les moyens , ni le droit. J'ai donc tâché de Taméliorer , en remplaçant par des expressions simples et choisies d'après les principes précédens , les dénominations trop longues , trop vagues ou trop fausses* J'ai laissé tels qu'ils sont , les mots qui
INtBODUCTIOK* I9
ne m'ont pas paru avoir ces défauta d*une manière trop choquante.
Je n'ai point changé les noms pour en me!(re de meilleurs à leur place; je me suis toujours prononcé contre cette prétendue amélioration, qui n'auroit pas de terme. J'ai cherché a représenter par des noms simples des définitions longues et cependant incomplètes, parce que si on eût voulu les rendre complètes, il eût fallu les faire encore plus longues.
Le principe fondamental de la nomenclature de géologie , tel que je le conçois, tel que je Taî entendu souvent poser par les géologues qui ont le plus réfléchi sur ce sujet ( et je dois citer surtout M. d'Omalius d^HalIoy) , c'est .que les noms qui indiquent des terrains, c'est-à-dire des associations de minéraux , roches et circonstances qui ont entre elles une grande liaison géologique: c'est que ces noms, dis-je, soient diflTérens des noms oryctognostiques qui indiquent des minéraux et des roches considérées minéralogiquement. C'étoit au reste le principe delà nomenclature géologique de l'école de Werner; mais cette école elle-même s*en est écartée, et, hors d'elle ^ on l'a encore bien plus abandonné.
Cest ce principe qui a fait donner par M. d'Aubuisson le nom de traumate au terrain désigné par les géologues de Frejberg sous celui de grauwacle; qui a fait donner par M. d'Omaliusle nom de pénéen&u terrain qui renferme les roches nommées géognostiquement zeehUein et lodtlUgende. Mais on a employé bientôt ces noms géologiques comme noms minéralegiques. Ainsi on a voulu que le zechstein fût un calcaire compacte, et pas autre chose; que le todtliegende fût une roche d'agrégation, etc.
Si on cherche à se rendre compte du vrai motif qui a fait abandonner ce principe et mêler ainsi deux nomenclatures qui doivent marcher d'une manière toujours distincte, on verra que c'est la crainte de multiplier les noms, d'avoir Tair de changer une science de faits et de théorie en une sèche