FoRM. MÉTALLIQUES et MÉTALLIFÈRES
La formation réelle et naturelle , c*est^à-dire non aidée des secours de Tart, de ces corps, dans les temps actuels, est encore plus rare, plus foible et plus incertaine, que celle des corps précédens.
11 n'y a pas de doute qu'il se forme dans les galeries des mines où on exploite des pyrites de fer et de cuivre , des sulfates de ces métaux, qui recouvrent d'une couche plus ou moins épaisse de ces sels à l'état d'eflBorescence , d'enduit spongieux et même de cristaux, les parois, boisages et muraillemens de ces cavités; mais on voit que Texploiiation a eu quelque influence sur ces formations si petites et si fugaces.
On peut citer comme exemples de ces produits joviens les mines de Chessy , prés Lyon ; celles des environs de Cuença en Espagne ; celle de Silberberg, à Bodenmaïs en Bavière, où on trouve de beaux cristaux, d^ sulfate de fer groupés su9 les pyrites magnétiques et sur le boisage de la mine.
La formation actuelle des Fyaites est un fait beaucoup plu| douteux, et on ne peut en citer qu'up petit nombre d*exem« pies qui aient quelque authenticité.
M. Deslongchamps a recueilli et reconnu pour être une py«. rite, ou sulfure de fer , bien caractérisée par son aspect et sa composition , des dép6ts rubigineux celiuleux , ayant dans leur cassure la texture et Téclat des pyrites , qui se forment dans les canaux où coule l'eau .minérale de Chaudesaigues, au Cantal.
TC&RAINS LYSIENS. 59
M* Corelli a remarqué qu*il s'étoil formé au Vésuve , en 1824, un sulfure de fer noir, qui paroissoit être une espèce nouvelle , dont la composition seroit FS^ , et la forme un prisme rhomboïdal oblique.
Enfin, on a cru reconnoître dans les véritables tourbes, c'està-dire dans les tourbes superficielles de formation actuelle , qu'il faut bien se garder de confondre avec le lignite friable ^t pyriteux , auquel on a aussi donné le nom d^ tourke pyri^ teuse; on a cru reconnoître, dis-je, dans les. tourbes du Bas- Boulonois de cette formation , un lit mioce et sablonneux , interpésé dans ces tourbes et contenant des pyrites. Ce lait , rapporté par M. Rozet j demande à être examiné de nouveau» Ce seroit, à ma connoissanee , le seul exemple réel de pyrite dans la touri)e proprement dite.
Le Fer azuri^, ou phosphate de fer pulvérulent , -est on des mïnérais de formation récente des plus remarquableè y non par la quantité, mais par Tévidende de la formation , dans les temps actuels, d'un minerai dont la production n'est pias aussi facile à obtenir ni à expliquer que celle des sulfates. On ne peut douter cependant de cette formation joviehne , quand on voit les racines des plantes et des arbres qui pénètrent dans la vase de certains marais , être enveloppées , comme dans un étui, par un cylindre de ce fer azuré.
Le Fer umoneux {Ruseneisenstein) est regardé comme de formation de sédiment actueL On assure que celui qu'on retire du fond de certains marais , où il accompagne même la tourbe (làc Balaton, Hanovre, Lusace, etc.), s'y reforme ail bout d'un certain temps , et qu'on peut Textraire ainsi plusieurs fois. Ce fait ne me parott pas constaté avec toute l'exactitude désirable.
Mais ce quHly a de certain sous le rapport de l'iiifluence de l'oxide de fer sur la formation actuelle des roches , c'est la propriété qu'a cet hydroxide d'agréger les cailloux d'une manière très-solide^ J'ai sous les yeux des anneaux de fer ,
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des pointes de pilotis, qui sont entourés d'un poudingue à ciment ferrugineux assez dur pour être scié et poli.
L^oxide de fer produit le même effet sur le sable voisin des racines qui pénétrent dans les sablonniéres ; il Tagrège en cylindre trés*«olide , qui sert comme d*étui à ces racines. J*ai également des exemples évidens de cette formation récente, et, dans ce cas-ci ^ la cause qui a accumulé Toxide de £^r à Fentour de la racine , au point d'en faire le ciment solide de eette espèce de roche sableuse , est assez difficile à assigner.'
Tels sont les. pbinomënes géologiques de nature chimique qui, différens de ceux qu'on peut attribuer à l'action volcanique, se montrent encore de nos fours dans l'é^orce du globe ou à sa surface. Il n'est pas nécessaire de faiçe remarquer de nouveau combien ils sont foibles, circonscrits, pour ainsi dire inipereeptibles , en comparaison de ceux qui ont produit les roches les moins étendues et les plus récentes des terrains saturniens ou antédiluviens.
Nous avons vu , dans le premier article , combien lea actions mécaniques de la même période , qui pouvpient modii|er la surface de la Jterre , avoient peu de puissance , en comparaison de celle qu'on est forcé d'accorder à Taction mécanique antédiluvienne, qui a produit les grands phénomènes que nous allons indiquer.
, Mais avant d'arriver à- cette période, je dois examiner les liypothèses qu'on a proposées dans ces derniers temps , pour faire admettre que les phénomènes saturniens se contipuoient
1 Qn cite det crigtaos dç quan dans dea boia fotsileg; mais ce boia appartient k la formation des lignites, qui est bien évideniinent de l'^ poque saturnienne. Les pyrites qu'on dit se trouver abondamment dans les tourbes, doivent être rapportés aux lignites soissonnois. La découverte | racontée par Trèbra et si souvent répétée, de pièces de monnoies trouvées dans un silex eYi bêchant un jardin , est un fait isolé^ qui peut résulter d'observations incomplètes on décevantes, etc.
TBAaAINS LYSIENi. S*f
encore au fond des mers , dans les cavités de Pécorce du globe , retraites impénétrables , où le génie peut construire tous les édifices qui lui plaisent, sans craindre que la pesante et lente main de l'expérience aille les y détruire.
On a donc prétendu quUl se formoit encore au fond des mers des terrains de sédiment et d'agrégation semblables , par exemple, à nos terrains de calcaire grossier du bassin de Paris. On a cité à l'appui de cette supposition les terrains d'agrégation qui se -forment en effet sou» la mer, près de quelques pays volcaniques ; mais on n'a pas pris garde à la différence des circonstances, à. celle de la grandeur des échelles et-à cellé^des résultats. On a voulu comparer les petits dépôts de Messine, de Java, etc., au calcaire grossier, qui, dans le seul bassin de Paris, présente une puissance de 3o à 40 mètres , et une étendue de 5o à 60 myriamètres carrés. On a eu alors recours aux supposition» par analogie.'
Mais ce n*est pas à nous k prouver- ce qui ne se fait pas au fond de la mer; nous n'avons que de foibles moyens pour user d'un tel argumMl; d'ailleurs,, il est de règle que c'est à eelui qui affirme à prouver : ainsi pour établir que le sol actuel a pu se former peu à peu, et qu'il contiuue de se former encore de la même manière au fond de la mer , mais seulement un peu plus lentement , il faut nous faire voir que dans un grand nombre de parages- le fotid des mers a depuis deux à trois mille ans changé de nature et d'habitans : or , quelque foible et lent que fût ce dernier changement, on en atiroit dès preuves ou au moins des indications; cependant on n'en apporte aucune autre que celles que nous avons mentionnées ; tandis que nous avons dans le cas actuel , non pas des preuves négatives (il n'y auroit qu'une investigation complète du fond de la mer qui en pourroit donner de telles), mais quelques faits qui semblent indiquer que dans presque toutes les circonstances où on a pu connoitre le fond de la mer actuelle à des époques très -reculées, on l'a tou-
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jours trouvé daus le même état. Nous avons déjà indiqué quelques- uns de ces faits dans notre Essai gëognostique sur le soi parisien ' ; c'est le cas de les rappeler ici»
Ainsi , depuis qu'on pêche des perles sur les côtes de Cei** lan et dans le golfe Persique , depuis environ trois cents ans qu'on en pèche dans|)e golfe de Mexique et sur les paragea orientaux et occidentaux de cette partie de rAmërique, on n'a pas remarqué ni qu'aucune couche pierreuse fût venue recouvrir ces coquilles, en altérer ou modifier les espèces , ni , en relevant le fond de la mer , rendre le métier de plongeur plus facile et plus sûr.
Les huîtres qu'on pèche depuis un temps immémorial dans la baie de Cancale , celles que les Romains tiroient de différens parages de la Méditerranée , s'y sont toujours trouvées : si les pécheurs ont été obligés quelquefois de changer un peu le lieu de leur pèche , ce n*est pas parce que le sol du pre« mier endroit avoit changé de nature , de hauteur et d'habitans ; mais parce qu'une pèche trop active en avoit diminué momentanément le nombre. Jamais oi^'a remarqué que les bancs d'huttres aient été recouverts de couche pierreuse , ou qu'ils se soient rapprochés de la surface de la mer. CependanI on sait que ces coquilles vivent non loin des côtes et de Yembouchure des JUuves.*
Ce que Je viens de dire des huftres et des hyrondes à perles, s'applique également au corail; c'est toujours sur les mêmes côtes , à une profondeur dont les limites paroissent déterminées, que les pécheurs de corail de la Méditerranée
1 Edition de 1823, p. 38, et en note.
2 Celte permanence e«t d'autant plus frappante qu'on à remarque que de nouveaux bancs d'huttres s'ëtablittoient aVec une grande facilité lorsque les circonstances faTorisoient l'accumulation de ces mollusques. II est défendu aux équipages qui sont en station dans les rades de jeter à la mer les coquilles des huîtres que l'on mange k bord , parce que
TBKSAlNS LYSlBlfS* $9
vont chercher ce soophyfe précieux, et on remarque cependant que c*e8t dans une mer dont les bords et le fond sont couverts de rolcans , dans un lieu (le détroit de Messine) où r«n cite un des rares exemples authentiques d^une formation de pierre par agrégation de sable , que se fait le plus abon* damnent, et aussi depuis un temps immémorial, la pèche dn corail.
11 jr a trop peu dé temps qu*on mesure exactement la profondeur des mers et qu^on détermine avec quelque précision la nature du fond par les sondages, pour que ces élémens de DOS recherches puissent être trés-exacts. Mais au défaut d>xactitnde ils offrent une circonstance très - importante à notre sujet, c*est d'avoir toujours lieu dans des bas -fonds peu éloignés des cètes, surtout k Tembouchure des fleuves* On ne voit cependant pas qu'aucun ingénielir hydrographe ait annoncé qu*an lieu d'un sable mobile trouvé à telle profondeur, dans tel parage, on y ait reconnu, au bout de quelques. centaines d'années, une roche solide k une moindre profondeur.
Comme on n'a aucune observation authentique qui , en faisant connoltre une formation de roche seulement .aussi* puissante que la petite butte gypseuse de Montmartre et le petit coteau calcaire de Passy , puisse être apportée en preuve de la production d'un terrain aolide dans la mer à peu det distance des côtes, on a dit que c'étoit dans les profondeur*: de l'Océan que se fbrmoient de nouveaux terrains et de neu-^ velles montagnes»
le« hydrographes ont reconnii qae ces accumulations de coqùîilet, portant quelquefois les germes de jeunes huîtres, donnoient lieu k de nontèanx bancs dliuilres qui rendoient le mouillage moins facile et moins sâr, en coupant les cables des ancres. Je tiens ce fait, et ce que je dis plus bat sur la constance d«^ fonds reconnus par le sondage, de M. Beaqtemps^Beanprë, ingénieur hydrographe en chef.
6o F^aiODE JOVIENlfB.
Je ne nie pas la formation possible de couches solides et puissantes de calcaire dans le fond des mers$ comme on ji^ a jamais pénétré , c'est un champ absolument libre pour les hjpothèses ; la sonde ne peut pas encore aller chercher des preuves pour les cimenter ou les détruire. Je ne nie pas même absolument la formation des granités , des gneiss , des ba« saltes, des trachytes; mais je demande à en douter fortement jusqu'à la production des preuves , ou même seulement des indices* -^ »
Il n^est pas présumable que les Alpes, les Pyrénées, les Cordillères ,^ etc., se soient soulevées pièce à pièce, et pour ainsi dire à petit bruit; il est au contraire jtrès-probable que la force qui les a élevées sur une même ligne, a agi à peu près dans le même temps d'un bout à l'autre de la ligne. Or, quelque profonde que nous supposions la mer du Sud ou la mer Atlantique, quelque petits que soient de semblables phénomènes de soulèvement par rapport à l'étendue, et surtout a la masse du globe , il n'est pas probable qu'une, pareille production se fût élevée même au plus profond des mers, satit avoir produit à la surface des mers ou sur les côtes 'quelques %nouvemens, dont on se seroit aperçu.
Si on nous dit que cela n'a pas eu lieu ainsi , qu'il ne se forme ni Alpes, ni Pyrénées au fond des mers, par conséquent ni granité, ni gneiss, ni couches redressées ou tombées, c'est tout ce que nous demandons. Nous n'avons pas |flus de moyens de nier qu'il s'y forme des dépôts solides et horizontaux de sédiment qu'on n'a de moyens de nous le prouver. Cette hypothèse est donc absolument gratuite, puisqu'elle n'est appuyée sur aucun indice qui puisse la faire adm^ettre comme propre à détruire la théorie de l'état de repos de la période joviénne; théorie déduite au contraire de tous les faits que nous avons pu observer, et qui ne peut être renversée ou modifiée que par des faits contraires qui sont encore à produire.
TERRAINS rrROGÈNES. 6l
m.» CLASSE. TERRAINS PYROGÈNES.
Je ne mentionne cette classe que pour n'omettre aucune des principales divisions du tableau des terrains; mais, ainsi que je Tai déjà dit, les terrains pyrogènes actuels se lient par des nuances si insensibles avec les terrains pyrogénes Anciens ^u vulcaniques, qu*on ne peut pas exposer leurs caractères et leur histoire dans deux articles entièrement séparés. J'en présenterai donc les caractères principaux à la suite de Im IX.* classe : quant au développement de ces caractères et des phénomènes qui composent Thistoire naturelle des volcans, c'est un sujet trop étendu pour trouver place dans ce tableau. J'ai cherché à l'exposer aussi complètement qu'il ma été possible à l'article Volcans du Dictionnaire des sciences naturelies.
Cependant, pour rassembler ici toutes les observations qui concourent à établir le repos actuel des grands phénomènes géologiques et l'absence de toute formation complète de terrain nouveau , je dois rappeler en abrégé les faits qui, dans l'histoire des terrains pyrogènes volcaniques, tendent à confirmer cette proposition.
1.** Toutes les bouches volcaniques en activité font partie* d'un système volcanique dont l'origine ou l'époque d'apparition à la surface du globe est absolument inconnu. On ne peut citer aucune nouvelle bouche volcanique , aucun nouveau cône ou butte volcanique terrestre, littoral ou marin, q.ui ne fasse partie, ou ne soit lié avec un système de terrain volcanique saturnien, c'est- à - difre dont l'origine puisse être indiqué.
2.* Parmi les systèmes volcaniques de l'intérieur des continens, entièrement éteints, on n'a point d'exemple qu'aucune bouche ignivome s'y soit rallumée.
3.^ Les laves d'origine jovienne manquent d'une multitude de roches et de minéraux, qui se présentent dans les laves an-
64 PéaiODESATUENIBNNS*
C'est pendant cette période que les fentes des montagnes se sont remplies de cristaux métalliques et pierreux , remarquables par leur abondance, leur volume et leur netteté. C'est pendant les derniers temps, c'est presque à la veille de l'époque jovienne, que les cavités des montagnes se sont tapissées de cristaux de barytine , de célestine, etc. : tous corps indissolubles dans les agens connus et qui annoncent cependant par leur grosseur et leur régularité une dissolution complète , facile , abondante et tranquille.
C*est pendant la période saturnienne et à toutes les époques de cette turbulente période, que la plupart des montagnes ont été élevées, que les couches ont été soulevées, inclinées, courbées et brisées, de manière à cacher encore mieux par ce désordre l'ordre qui avoit pu régner dans leur formation.
C'est enfin pendant cette longue période que tant de races d'êtres organisés ont été successivement créées et détruites, ou tellement cachées, qu'on n'en voit plus que les débris ; et pour que tout contribue à la séparer nettement de la période îovienne,, à lui imprimer tous les genres de caractères distinctifs, il s'est établi entre ces deux périodes une différence d'autant plus remarquable, qu'elle parolt être absolument indépendante de celle qui pouvoit naître de la fermentation chimique, qui semble s.'étre éteinte à l'époque jovienne : cette différence est celle qui résulte de là comparaison des êtres organisés, dont les générations sont disposées de. telle manière qu*à peine trouve-t-on , sur le monde actuel , quelques-unes des espèces qui peu ploient le monde ancien.
Les produits minéraux de la période saturnienne , si variés de nature et d'aspect, ont besoin, pour être bien connus, d'être considérés sous deux points de vue et séparés en deux divisions.
La première doit renfermer les roches qui se sont déposées sur la surface de la terre, sans offrir d'autre considération que l'ordre successif de leur dépôt : c'est ce que nous appe-
TÀKtODE SATURNIENNE. 65
Ions , comme on l'a déjà dit , les terrains en série ou stratifiés.
La seconde réunit les roches qui se présentent en masses immenses y sans aucune indication de stratification , et qui semblent avoir été amenées à la surface de la terre par une force qui les faisoit sortir de son sein ; tels sont les granités , les sjénites , les porphyres , etc*
C'est donc dans cette période que nous établirons les deux divisions annoncées plus haut sous le titre de i/* et 2/ Considération.