Gr. TERR. CLYSM. PLUSIAQUES
JTai beaucoup hésité à rapporter à Tépoque géognostîque des terrains clysmiens, à une époque qui paroit si récente, des terrains renfermant des minéraux qui , par leur nature et leurs propriétés si simples et si tranchées , paroissent avoir été formés dans des temps et par des moyens qui nous sem** blent aussi inconnus qu'inconcevables; des minéraux qui se trouvent cependant en quantité assez considérable pour être Fobjet d'exploitations lucratives et durables.
J'ai d'autant plus hésité, que des géologues distingués par leur savoir, leurs observations et leur génie , ou n'ont fait
1 Voyez la notice détaillée que j'ai publiée sur ce sujet dans les Ann. des se. nat.,t. 14, pag. 410, avec deux planches qui représentent la hrèche osseuse d'Antibes et les brèches ferrugineuses de Luccl, et l'addition importante que M. Necker -Saussure m*a permis d'y faire, ihid. , t. 16^ pag. 69, pi. 4, etc. On y trouvera développé les faits et les relations sur lesquels jVppuie ces rapprochemens.
2 C'est-à-dire riches. Dans le système de nomenclature triviale et caractéristique , mais non significative^ que j'ai adopté, on. ne pouvoit guère trouver, pour désigner ces terrains, un nom général, qui fût plus qualificatif que celui-ci. En effet, c'est de ce terrain que s'extraient toutes les matières que les hommes considèrent comme le signe , et quelques-uns même comme la source des richesses. Les diamans , les pierres précieuses les plus estimées, saphirs, spinelle, etc. » Ter et le platiné, viennent, comme on Ta le Toir ^ de ce terrain.
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aucune mention de ces terrains dans les tableaux de formation qu^ils ont publiés, ou ont indiqué dans une tout autre position les métaux qui s'y trouvent et qui ne se sont encore trouvés que là.
Mais il ne faut pas être ébloui par la présence des saphirs , des spinelles , des zircons, desdiamans, de For, de l'étain, du platine , dans ces terrains ; il ne faut même pas être trop préoccupé par la circonstance fort singulière, en effet , que les diamans et le platine ne se sont point encore rencontrés ailleurs : il faut, pour placer ces terrains dans leur vraie position géognostique , ne considérer que deux circonstances, mais deux circonstances importantes. La première , c'est qu^ancun des corps qu'on vient de nommer n'est ici dans sa position originaire; qu'il ne fait pas partie d'une couche solide; qu'il n'est pas cristallisé dans les cavités d'une roche , mais aue tous ces minéraux en grains ou en cristaux, aussi émoussés que luur dureté a pu le permettre, sont disséminés dans un terrain meuble. Secondement, et cette circonstance est la plus importante pour fixer l'époque du dépôt de ce terrain meuble, c'est qu^il n'est jamais recouvert par aucune couche de terrain de sédiment qu'on doive ou qu'on puisse apporter à une époque antérieure à la formation des terr-^ rains de sédiment supérieurs, ni même à une époque aussi ancienne que ces terrains, si toutefois on peut asseoir une règle précise d'après la description qu'on en possède.
Les terrains clysmiens plusiaquessont généralement meubles ou foiblem en t agrégés, composés de matières terreuses, de sables fins, de graviers et même de galets au plus ovulaires; ils admettent quelquefois des galets et des débris plus volumineux; mais ces parties y sont plus rares, plus disséminées, et ne font pas, par leur agrégation, partie constituante des terrains; elles n'y sont, pour ainsi dire, qu'ad- T^ntices , comme quelques masses que nous allons indiquer.
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La base de cette agrégation est en général un sable quarleux trés-ferrugineux.
Ces terrains se présentent en dép6ts souvent épais , quelquefois très-vastes , tantôt remplissant le fond de vallées larges et presque horizontales , tantôt s'étendant sur des plaines ou des plateaux considérables et même assez élevés, tantôt, enfin , couvrant des dos ou des pentes très-peu inclinées de collines peu élevées. (Les lavages d'étain [Sâfenwerh] de l'Erzgebirge en Saxe, de Bohème, de Cornouaiiles , etc.)
Us sont composés généralement de galets de quarz hyalinlaiteux, d^améthistes, de jaspe, de phtanite, de trappite, de fer oxidé limoneux et argileux très- impur; de fer titane sablonneux, qu'on nomme menakanite, de graviers granitiques et quarzeux.
Ils renferment des grains ou cristaux à arêtes émoussées , des corindons télésies de toutes les couleurs, quelques corindons adamantins, desspinelles, des cymophanes, des topazes, des zircons hyacinthes et des zircons jargons, enfin des diamans, mais jusqu'à présent dans trois seuls points, dans FInde, à Bornéo et dans le Brésil.
Ils contiennent, mais toujours en grains ou paillettes, de l'or, quelquefois assez abondamment; ils contiennent aussi du platine et les métaux qui l'accompagnent , mais seulement dans l'Amérique méridionale , et en Asie au pied des monts Ourals , du titane ruthîle et de l'anatase (au Brésil) , du fer oxidulé , du fer oligiste, du fer hydroxidé pisiforme^ de l'étain oxidé.
Les galets et débris ovulaires et même céphalaires qu'on y trouve quelquefois^ appartiennent à la syénite, au diorite , au trappite.
Suivant que les minéraux précieux que Ton connoît sous la dénomination vulgaire de gemmes ou que les métaux précieux y sont dominans, on peut les distinguer en terrains phisiaques gemmîfères ou métallifères; mais cette distinction
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ne paroit avoir rien d'essentiel: aussi ne la développerai -je pas davantage.
Ces terrains sont très-répandus sur la surface du globe ; mais ils n'ont été remarques et décrits que dans les lieux où ils renferment des matières minérales recherchées par leur valeur.
Nous en citerons plusieurs non-seulement comme étant célèbres par les minéraux précieux qu'ils fournissent , mais aussi pour donner des exemples des faits d'où on a déduit les généralités caractéristiques de ces terrains.
Le Gravier stannifère paroît avoir une disposition un peu différente de celle des autres sables métallifères, et demande à être considéré particulièrement. Il en diffère surtout en ce qu'il est situé sur des croupes ou des plateaux de montagnes, et presque toujours sur le granité ou peu éloigné de cette roche et des filons et gîtes d'étain qu'elle renferme, en sorte qu'on peut reconnoitre sans incertitude le site originaire du métal principal.
En France, le terrain meuble qu'on a nommé d'alluvion ^ des bords de la mer, près Piriac , dans le département de la Loire inférieure , a montré dans un gravier granitique de nombreux grains et galets d'étain oxidé , accompagné de fer titane , de corindon , de zircon , de grenats , de cymophane et de quelques paillettes d'or. Il est placé tantôt sur le granité , qui contient plus loin des filons d'étain , et tantôt sur le terrain schisteux qui le recouvre.
En Cornouailles , également au-dessus du terrain primitif qui renferme les filons d'étain, se trouve un sable granitique stannifère, qui recouvre en dépôts de 2 à 20 mètres les parties de collines peu inclinées, et le sol des vallées qui sont au pied de ces collines. Ces dépôts appartiennent si évidemment au terrain clysmien , qu'on trouve dans les parties supérieures des ossemens de mammifères»
L'étain de lavage de Saxe {Seifenwerh) est connu depuis
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long-temps, et a une position à peu prés semblable à celles qu'on vient de citer.
Un fait fort remarquable, c*est que la plus grande partie de Tëtain de la presquMle de Tlnde vient de terrains clysmiens , dont les principaux sont situés prés de Salergore et de Péra. Il parotty être accompagné d'argile et de minerai de fer argileux»
Enfin , dans TAmérique méridionale , à Paraopeba , dans la capitainerie de Minas-Geraës , on cite de même un terrain sableux, stannifére.
On voit par ces exemples que ces terrains ne renferment pas autant de minéraux variés que ceux qui constituent en général les sables plusiaques , dont nous allons donner quelques exemples, mais qu'ils présentent cependant assez de circonstances communes aux deux terrains pour être rapportés à la même époque.
Les Ghaviers et Sables aurifères des rivières d'Europe ne sont autre chose que des parties lavées des terrains clysmiens métallifères, qui couvrent le sol des vallées et des plaines que ces rivières traversent. Ce lavage a enlevé une partie des matières terreuses qui composent ce terrain. C'est donc particulièrement dans les lieux où il est asses riche pour être exploité et lavé, qu'on doit l'étudier, pour voir comment il est composé.
En Asie , au pied des monts Ourals , dans les environs d'Ékaterinebourg , etc. C'est un terrain meuble assez puissant , composé de sable et de limon marneux, dans lequel l'or est disséminé et qui renferme aussi du platine sur plusieurs points* On n'y a pas encore découvert de diamans, mais il contient beaucoup de pierres gemmes différentes, des morceaux de lignites, du fer limoneux, des galets de granité , de silex corné , d'agate , etc. Il n'est placé sous aucune couche solide ; il n'est recouvert que par du limon tourbeux , qui renferme dans quelques endroits des^ ossemens de mammifères; enfin, par des tourbes et des terrains d'alluvion..
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Le Gravier gemmifère à dîamans de l'Inde offre à peu prés les mêmes dispositions, si ce n'est qu'étant plus ferrugineux, il acquiert quelquefois assez de solidité pour qu'on soit obligé de Je briser; mais, quelque puissant qu'il soit, il n'est recouvert par aucun terrain en couche.
Les Terrains flusiaques aurifères de l'Afrique occidentale sembleroient, au premier aspect , présenter quelques exceptions à cette régie , car on est obligé de creuser des puits de 3 à 4 métrés de profondeur pour arrivera l'or; mais ces puits ne traversent que des dépôts» de gravier , c'est-à-dire des parties des mêmes terrains qui, plus superficielles, ne renferment pas le métal pesant, qui paroit s'être réuni plus abondamment dans les parties inférieures de ce terrain meuble. C'est ici qu'on voit un exemple bien déterminé de la présence des galets ovulaires et céphalaires, et du sable ferrugineux, caractéristique de ces terrains.
Ces mêmes terrains, mais beaucoup plus riches en espèces minérales variées, couvrent des vallées et des plateaux bas dans les parties septentrionales et montueuses du Brésil, de la Colombie. Ils renferment les diamans, l'or et le platine , qu'on exploite dans ces régions de l'Amérique méridionale*
Enfin, des terrains semblables et également aurifères ont été reconnus dans la Caroline septentrionale.
Ces exemples * nous paroissent suflisans pour confirmer ce que nous avoos annoncé au commjencement de cet article, c'est que tous ces terrains plusiaques appartiennent à l'époque des terrains clysmiens et ne sont pas, comme on l'a cru longtemps, des parties simplement désagrégées et non déplacées de couches ou roches solides, dépendant de formations ou terrains plus anciens.
Fer fisifobme. Il ne faut pas confondre le minerai de fer
1 On peut ''n voir les dëveloppemeiis aux articles Diamant , Oa et PLATiifE du Dict. des se. nat.
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que je rapporte ^ cette formation , avec un rainerai également nommé pisiforme {Bohnerz)^ mais que j'appelle oolithi" que^ pour le distinguer essentiellement de celui dont il s'agit
Le fer oolithique est en petits grains, au plus de la grosseur du millet, interposés en lits dans les assises ou couches moyennes, et surtout inférieures, du calcaire jurassique, etc. Le fer pisiforme de Tépoque clysmienne est, au contraire, toujours superficiel ou tout au plus recouvert, soit par des terrains alluviens, soit par des roches également clysmiennes. Il est généralement en grains sphéroïdaux ou nodulairesplus gros que le fer oolithique : c'est du fer hydroxidé, 11 accompagne quelquefois, comme on vient de le voir, les graviers métallifères et même les gemmiféres, que j'attribue à la même époque, et qui sont presque toujours ferrugineux. Quelquefois aussi, et c'est le cas où il se fait remarquer par lui-même, il fait la partie dominante du sol , n'étant accompagné que d'argile , de marne ou de limon argileux et ferrugineux. Il remplit seul ou mélangé les cavités superficielles du sol, pénétre dans SCS cavités ouvertes , et y forme les brèches ferrugineuses plus ou moins riches en métal, dont j'ai parlé à l'article des terrains élastiques. Il ne paroit renfermer nulle part aucune coquille marine qu'on puisse regarder évidemment comme de la même époque que lui.
II n'y a de différence entre les brèches ferrugineuses et le fer. pisiforme dont je traite ici spécialement, que parce que celui-ci est considéré comme étant étendu en dépôts plus ou moins puissans, placés à des hauteurs différentes, et absolument dans la même position et les mêmes circonstances géologiques que les graviers métallifères.
Les minerais supérieurs, superficiels et pisiformes du Jura, tant françois que suisse, du Berry , de Bréniguel dans le Lotet-Garonne, et d'une multitude d'autres lieux, me paroissent appartenir à cette époque géognostique ; mais je ne dois y
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rapporter avec certitude que ceux que î*ai vus et décrits dans les notices que j^ai citées plus haut, à l'occasion des brèches ferrugineuses.
Le fer pisiforme diffère un peu des. autres graviers plusîaques, en ce qu'il ne doit pas sa forme sphéroïdale au transport , mais à une action chimique , qui a accompagné on précédé de très-près l'époque où il a été étendu à la surface du sol voisin du lieu où il s'étoit formé.
Résultats théoriques des terrains clysmiensm
Il paroftroitque la dernière catastrophe générale du globe, celle qui a placé la mer dans le bassin qu'elle occupe actuellement, et qui a donné leurs formes actuelles à nos continens et à nos grandes îles , a produit, à la surface de la terre, des phénomènes très - dififérens dans leur espèce, mais qui montrent un caractère commun dans leur cause et leur contemporanéité.
Ce seroit cette catastrophe qui auroit transporté les blocs erratiques *, qui auroit sillonné les rochers des collines et des vallées, à une hauteur supérieure à celle de toutes les eaux actuelles , qui auroit couvert les plateaux de galets ou les auroit amoncelées en montagnes dans les plaines basses, qui auroit apporté dans certaines vallées, sur certaines plaines et plateaux , des terrains sablonneux, aurifères et gemmifères , lorsque les localités produisoient ou avoient produit les roches matrices des minéraux qu'on trouve dans ces terrains meubles ; c'est elle qui auroit transporté et laissé dans les vallées les ossemens de grands mammifères, qu'on trouve enfouis dans leur sédiment:
1 M. Boue a dit, en rendant compte du Mémoire de M. Hausmann, •ar les blocs erratiques: « Ce phënomène est le résultat d'une catat- « tropKe violente que la partie septentrionale du globe a ëprouyëe dans « la dernière période de son cbangement général. * (Bull., Féruss*» 1828, tom. i3, pag. 19a.)
TXEB. €tY5M. PtDSIAQUES. Î^S
c'est celte même catastrophe qui auroit rempli les cavernes et les fissures des montagnes calcaires, ou des brèches osseuses qu^on y voit, lorsque le pays nourrissoit les animaux d*où proviennent ces ossemens, ou de minerais de fer pisolithique, lorsque le terrain pouvoit le fournir.
Ce sont les derniers paroxismes de cette grande catastr^he qui ont laissé à 3o ou 80 mètres de hauteur les coquilles à peine altérées des mêmes mollusques qui vivent encore dans nos mers.
C'est elle , enfin , qui a fait périr les animaux qui couvroient une grande partie de la surface de la terre habitable , et qui en a transporté les cadavres , d^une part, dans le bassin et les afflnens de la mer glaciale , où ils se sont gelés et conservés , et de l'autre dans les mers tempérées et chaudes , où ils ont été ensevelis et détruits , mais en laissant dans tous les en« droits propres à les retenir , les ossemens détachés de ces animaux promptement décomposés dans ces climats.
Nous ne possédons encore aucune masse d*observations asseï considérable, pas même d'observation isolée assez frappante, qui puisse nous indiquer de quelle nature étoit le liquide aqueux qui a transporté ces matériaux et produit ces phénomènes ; car il ne peut guères y avoir de doute que la force de transmission ne dérivât d'un liquide en mouvement; mais étoit-ce de l'eau douce ou de l'eau marine? Dans le premier cas, cette eau venoit-elle du ciel ou de l'intérieur delà terre? Les fissures et les cavités ouvertes dans sa croûte , tant caU caire que granitique, ne faisoient-elles pas partie des canaux par où ce liquide a été vomi par torrens à la surface des terres P
hes chaînes et terrains calcaires jurassiques et alpins semblent montrer encore dans leurs fissures, cavernes , puits et canaux souterrains, les routes suivies par ces torrens, ainsi que leurs issues. Les fiords ou golfes profonds et étroits qui pénètrent si avant dans les terres en Ecosse , en Norwége,
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en Finlande*, semblent également montrer les fissures de sortie de ces torrens, fissures fermées maintenant par les débris de matières meubles et les grands bouleversemens qui ont dû résulter d'un tel cataclysme.
Ou bien la mer actuelle, couvrant encore à cette époque une»partiedescontinens ,les a-t-elle abandonnés tout à coup, soit en s'engouffrant dans des cavités ouvertes dans son seio, soit en s'épanchant dans des directions diverses de dessus les terres qui s'élevoient rapidement au-dessus de sa surface P
Quelle que soit rhjpothése principale qu'on admette, il restera encore à expliquer un grand nombre de phénomènes géologiques dus à des causes spéciales et locales; ces phénomènes résulteront néanmoins, mais médiatement, de la même catastrophe, et appartiendront par conséquent à la même époque géologique, à celle de la formation des terrains clysmiens saturniens.
1 Voyez une carte topographique et physique de la Finlande, qui montre cette disposition de la manière la plus frappante, et qni fait partie de l'ouvrage publié par M. Moritz de Engelhardt, sons le titre de Darstellungen aus dem Felsgehàude Russlands , i.*' cahier; Berlin, }820, in-fol.
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