III. V
cixxviij INTRODUCTION.
peuples , souvent plus éclairés que les gouvernemens sur ce qui pou voit améliorer leur sort, comprenoient les avantages de l'industrie et du commerce, et que les richesses se répandoient dans toutes les classes de la société. Mais ces améliorations furent lentes et imparfaites. Un grand nombre de mesures et de taxes onéreuses continuoit d'entraver la circulation et les communications. Partout les commerçans rencontroient encore des douanes, des péages, des étapes, des privilèges exclusifs de localités. Tous leurs soins consistoient à les éluder par la ruse, à s'en affranchir par des négociations, à obtenir des gouvernemens que des règles remplaçassent l'ancien arbitraire. À cet égard , on ne peut nier les services importans que rendirent dans le Nord la grande association anséatique, et dans le reste de l'Europe les compagnies, moins célèbres et moins connues, des commerçans italiens.
Ces associations eurent encore un avantage immense dans un temps où les moyens de correspondre étoient extrêmement limités. Le lien commun qui les réunissoit les mettoit à même de s'instruire réciproquement de l'état de l'industrie et du commerce dans chaque contrée. Ils s'en servoient, il est vrai, le plus souvent, dans l'intérêt de leur monopole; mais c'étoit tout ce qu'il étoit possible d'attendre à une époque où le service périodique des postes et l'imprimerie, au moyen desquels rien ne peut rester longtemps secret, n'étoient point encore connus.
D'autres causes servirent à l'extension de l'industrie. Elles prirent naissance dans l'Italie, où les négociations commerciales avoient reçu les plus anciens et les plus grands développemens. La plupart des républiques italiennes éprouvoient le fléau des discordes civiles. La proscription des vaincus et la confiscation de leurs biens en étoient les déplorables résultats. Mais dans ces grandes catastrophes, quelques compensations furent offertes à la civilisation qu'elles menaçoient d'anéantir. Tandis que des chefs illustres étoient forcés de confier à l'hospitalité d'une terre étrangère de nobles infortunes et un front que lu perte des grandeurs n'avoit pas dépouillé de sa dignité, leurs compagnons d'exil y portoient l'industrie, seul bien que d'implacables ennemis n'avoient pu leur enlever. C'est ainsi qu'au xiv. c siècle la France, l'Allemagne, l'Angleterre, s'enrichirent en accueillant des familles proscrites de Lucques; que plus tard
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Médicis , chassé de Florence par un peuple égaré, transporta à Venise une partie de ses richesses et y fut suivi par un grand nombre de ses partisans. Les troubles de la Flandre, les vengeances, les exils qui en furent souvent le résultat, concoururent de même à introduire l'industrie flamande dans d'autres contrées, et surtout en Angleterre.
«L'extension des opérations commerciales obligeoit ceux qui s'y livroient à multiplier leurs auxiliaires, H falloit envoyer partout des facteurs, s'assurer de correspondans, et trouver des garanties dans l'intérêt qu'on leur attribuoit, ou dans des associations dont l'usage se développa de plus en plus.
Les affaires de change et de banque devinrent plus multipliées. Elles reçurent un grand perfectionnement lorsqu'on introduisit l'usage des acceptations *, et, sous le nom de rechange ou arrière-change , un moyen pour le porteur d'être indemnisé du tort que le refus de paiement pouvoit lui causer *.
On sentoit combien H étoit utile que les négocians pussent se réunir facilement pour s'entendre et contracter ensemble. Des lieux de réunion , connus sous le nom de bourses, existoient en France dès 1304 3 . On reconnut aussi les avantages qu'offroient des agens intermédiaires pour préparer, entre ceux qui dévoient les consommer, les conditions de leurs opérations 4 .
La piraterie , les captures de guerre , continuoient de causer de grands dommages au commerce maritime. On a vu les mesures que les états les plus intéressés à prévenir ces pertes, ou du moins à en diminuer les effets , prirent contre les pirates. Il en fut de même relativement au droit de course. La capture de marchandises ennemies sur navires amis ou neutres, et par conséquent le droit de visite , continuèrent de former le droit commun ; mais on définit mieux ce qui étoit interdit aux neutres; on admit, relativement aux reprises ou recousses, des règles qui sont encore suivies de nos jours.
Les législations, ou du moins les conventions et les privilèges, abolirent les restes de la barbarie qui privoit les naufragés du droit de recueillir leurs débris.
1 Document de 1 394 , ap. Capm . Mcmorias, t II , pag. 98S. — * Ordonnance de 1 469. Recueil du Louvre, t. XV, page 644. — a Recueil du Louvre, t. I, page 496. — 4 Charta ann. 1194, tp.Richcbourg, Coutumier général de France, x. III, part. li,page 1003- DuCaoge, Voc. Corrmterii, SauaU$.
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Enfin toutes les pertes auxquelles les navigateurs étaient exposés trouvèrent un remède générai dans le contrat d'assurance à prime. II est peu probable , comme je l'ai dit , page cxxv j, que ce contrat fût usité en Flandre dès 1310 *; mais certainement on té pratiquoit en Italie à fa fin du xiv.' siècle. Le témoignage en est donné par un auteur florentin qui écrivoit en 1400 s . Un statut de Gênes , dont la date est au moins de £ 14, suppose l'existence d'usages sur les assurances tout à fait semblables aux lois qui intervinrent peu après dans d'autres villes, notamment à Barcelone, où dès 1435 on fit sur cette matière une ordonnance très - développée. Nous trouvons aussi, vers fa même époque, l'usage d'une autre espèce d'assurances, dans fe pacte au moyen duquef fe mandataire ou commissionnaire qui avoit fait une négociation pour fe compte d'un autre prenoit au sien propre fes risques de l'insolvabilité ultérieure de la personne avec qui il avoit traité *.
C'est aussi dans le cours des xiv.' et xv. e siècles que se perfectionnèrent les législations, que se multiplièrent les tribunaux spéciaux , soit pour les contestations commerciales en général , soit pour celles qui concernoicnt seulement fe droit maritime, ainsi que les mesures relatives à la visite des navires, aux moyens d'en prévenir la surcharge , et en général les établissemens pour la police et la sûreté de la navigation. La plus remarquable est la formation de lazarets. On a vu, tome II, page cxxviij, un très-ancien exemple de précautions contre l'extension de la peste. Les croisades donnèrent lieu, sans doute, à fes multiplier. La terrible contagion qui désola l'Europe en 1348 fit encore mieux sentir l'utilité d'établir des réglemens sanitaires 3 ; toutefois les plus anciens établissemens connus sont ceux qu'on forma à Milan en 1374, 1383 et 1389, et même, en ce qui concerne le commerce maritime et les mesures contre la peste dite d'Orient, c'est l'établissement d'un lazaret formé à Venise en 14 84 4 .
1 Uzzano, page 1 19. — • Registro di mercante, ma n use. bibliot. Barberian. n. 848. — a Fanucci, t III, pag. 886 — * Beckman, Srafift^r m (Urtttfttf ttt Ciftfanjn. t. V, pag. 3&1 .