‹ Tableau du commerce antérieurement à la découverte de l'Amérique, servant d'introduction à la collection de lois maritimesChapitre 28 sur 29 · III. U · texte numérisé non relu

III. U

div INTRODUCTION.

leurs entre eux et les Anglais des liens d'origine et de langue , puisque les premiers conquérans de l'Angleterre étoient sortis de la basse Saxe et des contrées voisines.

On a vu, tome II, page Ixxvj, que, dès ie xn e siècle, des commcrçans, sous le nom de Teutoniques ou Allemands, avoient obtenu des privilèges en Angleterre 1 ; ils les firent renouveler au xm. e siècle , et furent autorisés à y former une corporation.

Les commerçons de la Baltique avoient aussi reconnu les avantages de relations avec la France. Us s'y approvisionnoient de sels et de vins, qu'ils venoient [charger au port de La Rochelle, comme le constate un statut de Hambourg de 1270. Philippe-Ie-Bcl avoit accordé, par des privilèges de 1293 et 1 29 I, la liberté de commerce aux habitans des villes de Lubeck , Hambourg, Riga , Wisby, Wismar, en payant les droits accoutumés *; mais ils n'y avoient point d'établissemens de comptoirs comme dans l'Angleterre et la Flandre.

Quant à l'Espagne et au Portugal, on ne voit pas que leurs navires s'y rendissent encore. Ils s'approvisionnoientsans doute des marchandises de ces pays , ainsi que de celles du midi de l'Europe, dans les grands marchés de Flandre.

La prospérité des premières villes qui s'emparèrent ainsi du commerce septentrional, et se montrèrent déjà assez puissantes pour maintenir leurs usurpations, en les faisant confirmer par la force des armes, l'amour et l'espoir du gain, excita une émulation générale dans toutes les villes, même assez éloignées de ia Baltique, qui travailloient sans cesse à affranchir leur commerce du double poids de la féodalité et de l'anarchie. Elles sollicitèrent la faveur d'être associées à celles qui avoient débuté sous de si heureux auspices, et dès le commencement du xiv. c siècle une ligue puissante se trouvoit déjà, par le fait, toute formée depuis l'Escaut et la Zélande jusqu'en Livonie, lorsqu'un grand événement fournit à cette ligue l'occasion de paroftre sur la scène politique, et de révéler à l'Europe l'existence d'une puissance d'un genre nouveau.

A mesure que les habitans de la Norvège et du Danemarck

1 M. Lappcnberg , page 711, a élevé des doutes sur l'époque du seul document du XII/ siècle <|iii accorde des privilèges aux villes de la basse Saxe; mais il y en a d'autres du même siècle d'une autorité incontestable, relatifs aux privilèges accordés aux Iiabitans de Cologne par les rois d'Angleterre. — * Ces documens , qu'on ne trouve pas dans le Recueil du Louvre, ont été publiés par M. Lappenberg, pag. 168 et 174.

INTRODUCTION. cîv

prenoient le goût des productions de f industrie étrangère, ils éprouvoient le regret d'être obligés de les acheter à des vendeurs sans concurrens, et par conséquent seuls arbitres du prix; de ne pouvoir s'en procurer, par leur propre navigation; de ne pouvoir eux-mêmes exploiter les pêches abondantes que la nature leur avoit données , ni exporter, par leurs propres navires, les matières premières dont les autres pays avoient besoin.

Les peuples murmuroient et quelquefois se portoient à des violences. Les navigateurs allemands menaçoient alors d'interrompre toutes relations, ce qui eût été un remède pire que le mal , dans l'état des choses. Leur crédit, leurs richesses faisoient le reste. Toujours ils étoient prêts à offrir à des souverains indigens, peu économes, souvent contrariés parleurs sujets dans les levées des tributs, des avances sur les droits imposés à leurs navires; et le souverain, satisfait d'une jouissance présente et précaire, faisoit lui-même cause commune avec eux contre l'intérêt des vil les de son royaume : des libéralités secrètes leur acquéroient le suffrage des grands, des conseillers des princes, des députés aux États; et presque toujours chaque tentative de résistance étoit pour eux une occasion de succès et un prétexte pour obtenir de nouveaux avantages. En 1282, après un de ces événemens, ils ne se bornèrent pas à réclamer en Norvège la confirmation et même l'extension de leurs privilèges ils exigèrent des indemnités, pour lesquelles on fut obligé de s'en rapporter à l'arbitrage du roi de Suède ».

Lorsque ces moyens ne réussissoient pas, lorsque des souverains, ouvrant les yeux sur les résultats funestes d'un monopole exercé dans leurs états par des étrangers qui ne déguisoient ni leur avidité ni leur ambition , essayoicut de revenir sur les précédentes concessions qu'ils considéroient comme des grâces révocables ou des usurpations, lors même qu'ils se bornoient à en refuser de nouvelles, les Allemands employ oient la menace. II n'y avoit pas moyen de résister à leur marine devenue formidable par l'extension de leur commerce, tandis que celle du pays avoit décliné dans la même proportion. Ils s'étoient surtout rendus redoutables par l'adroite politique qui les portoit à inter-

1 M. Lappenberg, pag. 196 et 153. — » Id. pag. 141 et suiv.

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venir dans les querelles fréquentes que produisoient les diverses prétentions à la succession au trône.

Dès le xiii.' siècle Lubeck et, quelques années après, plusieurs villes unies avoient soutenu des guerres contre la Norvège et la Suède , qui leur disputoient l'exercice des privilèges dont elles se faisoient un titre K

Ces succès encouragcoient les Allemands, sans diminuer le mécontentement des rois et souvent même des peuples; mais ils faisoient aussi pressentir tout ce que pourroient, par la suite, les efforts combinés d'une ligue entre toutes les villes intéressées à conserver et à étendre un monopole déjà enraciné, lorsque, animées d'un même esprit, encouragées par d'heureux précédens, perfectionnant sans cesse, par l'imitation les unes des autres, leur organisation intérieure, elles mettroient en commun toutes leurs forces contre des ennemis divisés.

Ce fut du Danemarck que partit le premier effort pour attaquer la puissance commerciale dont je viens de constater la situation au milieu du xiv. e siècle.

Waldemar III, succédant à des rois dont la foible et inhabile administration avoit aidé à fortifier les usurpations de ces étrangers , aspiroit à rendre à la monarchie danoise la splendeur dont elle avoit joui sous deux princes de son nom. 11 ne se dissimuloit point le tort que le monopole des Allemands causoit à ses sujets; il voyoit les obstacles que leur marine pouvoit apporter à ses projets; il résolut de les affoiblir et de les humilier ».

Après avoir de nouveau réuni à sa couronne la Scanie , qu'il avoit eu la foiblesse de vendre à la Suède dans les premiers temps de son règne, il restreignit autant qu'il le put les privilèges des Allemands dans cette province. Bientôt une occasion de porter un coup décisif se présenta.

Le roi de Suède avoit par son administration excité dans l'Ile de Gothiand des mécontentemens qui dégénérèrent bientôt en une révolte, dont la ville de Wisby donna le signal 3 ; les Allemands, qui formoient une grande partie de la population , n'y étoient peut-être pas étrangers. Ce roi n'ayant point d'armée prête ou assez fidèle pour qu'il put s'y fier, eut recours à Waldemar son allié. Un historien laisse même croire qu'un traité

• Sartorius, © t fd>iA«». (ne. t. I, pag. 139 à 141. Sarforius, Utâ*Mié<, &c. p«g. 55 et suiv — « Id. pag. 59. — » Mallet, Histoire de Danemarck, t. II , page 341 , édit. in-lt.

INTRODUCTION. civij

secret entre les deux rois avoit promis l'île de Gothland à Waldemar, et que la révolte fut un prétexte pour le mettre à même de s'en emparer i , H s'y présenta avec une armée : après une défense opiniâtre, la ville fut livrée au pillage, et les Allemands ne furent pas plus épargnés que les natureis.

Les villes que ce désastre frappoit, Lubeck surtout, résolurent d'en tirer une vengeance éclatante , non-seulement pour obtenir la réparation de cette perte, mais plus encore peut-être pour faire trembler le roi et ceux qui seraient tentés de l'imiter. Elles déclarèrent à Waldemar une guerre dans laquelle il eut les premiers succès. Les Allemands, battus et réduits à se venger sur leur général , dont tout le crime étoit de n'avoir pas été heureux , furent contraints de demander la paix en 1362. Mais ils ne tardèrent pas à reprendre les armes; l'espoir d'être indemnisés des pertes que leur avoit causées le pillage de Wisby n'étoit pas le seul mobile qui les excitât; un nouvel événement politique menaçoit leur monopole septentrional. Waldemar marioit sa fille unique, la célèbre Marguerite, avec Haquin , héritier des trônes de Suède et de Norvège; l'union des trois couronnes sur la même tête leur faisoit entrevoir, dans un avenir peu éloigné, toutes les forces du Nord dirigées contre eux, la mer Baltique presque entière renfermée dans l'enceinte d'une seule monarchie, et eux-mêmes privés de l'appui qu'ils avoient toujours trouvé dans les divisions de ces états.

Toutes leurs combinaisons eurent pour objet d'en prévenir le danger. Ils résolurent la perte du prince dont le crime à leurs yeux étoit ou de concevoir un tel projet ou d'en préparer l'accomplissement. Ils soulevèrent les peuples de Suède, les excitèrent à détrôner leur souverain , et à se donner pour chef Albert de Mecklenbourg, un de leurs cliens. La fortune abandonna Waldemar; trahi par les grands de son royaume, il fut obligé de le quitter pour aller chercher des alliés et des secours. Une trêve de quelques années, favorable aux villes-unies, fut conclue par les administrateurs du Danemarck et confirmée par le roi à son retour. Mais bientôt ses alliances avec le roi détrôné de Suède donnèrent à ces villes un prétexte pour reprendre les hostilités. Menacées par des arrêts et des décrets

1 Mallet, Hittoire de Danemarck. t H, page 141.

Cl\'ii\ INTKODUCTION.

de l'empire, elles ne mirent que plus d'ardeur et d'audace dans leurs projets; et c'est alors que, dans une réunion générale de leurs députés à Cologne, après avoir dressé un acte 1 de confédération qu'on a toujours considéré comme la première base de la grande union anseatique, soixante-dix-sept villes déclarèrent en même temps la guerre à Waidemar. Les plus foibles, les plus éloignées y contribuèrent par des subsides; celles qui avoient des ports sur la Baltique, la mer du Nord et le Zuiderzée, firent marcher leurs flottes. Les Anséatiques déployèrent dans cette lutte terrible un ensemble d'action, une abondance de ressources qui firent connoître au Nord étonné qu'une puissance nouvelle, jusqu'alors obscure, alloit le dominer, faire trembler les souverains et disposer des couronnes. Vainement Waidemar, voyant le danger, èssaya-t-il de traiter avec quelques villes : ses offres furent repoussées en vertu de l'union jurée.

Alliés aux ducs de Mecklenbourg, aux comtes de Holstein et à la noblesse rebelle du Danemarck, les Anséatiques ne projetoient rien moins que de démembrer la monarchie danoise pour en distribuer les portions à ses ennemis. Ils ne demandoient point de part dans les conquêtes, mais des privilèges si étendus, que tout le profit de la guerre en eût été pour leur commerce.

Les Hottes anséatiques ravagèrent impitoyablement la Zélande, pillèrent Copenhague, le meilleur port du Danemarck, s'emparèrent d'Etseneur et des places les plus importantes. Elles ne se signaloient pas d'une manière moins terrible sur les côtes de la Norvège a , dont le roi, menacé dans sa capitale, ne put la sauver et conserver sa couronne qu'en reconnoissant pour roi de Suède l'usurpateur d'un trône auquel l'appeloit sa naissance, et en confirmant ou en étendant les immenses privilèges dont les Anséatiques jouissoient dans ses états 3 .

Les régens du Danemarck , dont le roi avoit été obligé de fuir une seconde fois, furent réduits à demander la paix; ils ne l'obtinrent 4 qu'en abandonnant à la ligue les places fortes de la Scanie et tous les districts qui en relevoient, en s'engageant à les y entretenir contre toute attaque étrangère, surtout à ne

1 M. Lappenberg a démontre que cet acle avoit e'te' signé le 17 novembre 1307; je dois donc conside'rer comme une erreur ce que j'ai dit d'une rédaction de 1356, à la page 43*5 du tome II de ma collection. — * Doc. ap. M. Lappenberg, pag. 695. — 3 Torfeus, Historia Norveg. part. iv,pag. 496 et 497. M. Lappenberg, pag. 699 — 4 M. Lappenberg, pag. 703.

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point permettre le retour de Waldemar avant qu'il n'eût ratifié ces conditions. Dans le cas où ce prince auroit abdiqué, ils dévoient n'élire qu'un roi agréable à la ligue, et qui seroit tenu préalablement de ratifier tout ce qui venoit d'être promis.

Waldemar rentra et subit cet humiliant traité ; il accrut même les anciens privilèges de la ligue dans les difTérens ports de son royaume. Ainsi elle obtint, dans la force entière du mot, l'empire de la mer du Nord et de la Baltique. Elle n'étoit pas moins respectée dans le continent, où les villes qui en étoient membres, soit immédiatement, soit médiatement, étoient toujours sûres de son eflicace protection pour maintenir leur indépendance et leur commerce; partout on la prévenoit par des concessions et des privilèges.

II ne sauroit entrer dans mon plan de m 'occuper de la politique et de l'organisation intérieure de la ligue; j'en ai fait connoître ailleurs tout ce qui pouvoit avoir des rapports avec la législation maritime '.Je ne dois pas oublier qu'en ce moment je m'occupe d'un tableau du commerce a .

A compter de la paix de 1 370 il n'y a plus à se demander quel étoit celui de la Norvège, de la Suède, du Danemarck; les Anséatiques s'en étoient emparés , et à vrai dire cette vaste Scandinavie, qui avoit si longtemps fait trembler l'Europe , étoit devenue comme la conquête d'une ligue de marchands étrangers. Ses habitans étoient dans la même position que ceux d'une colonie envers la métropole, et encore d'une colonie soumise au régime le plus rigoureusement restrictif et exclusif.

La Norvège est le royaume où les Anséatiques paroissent avoir gardé le moins de mesures; ils mirent en œuvre tous les moyens qui pouvoient, ou déjouer les spéculations , ou ruiner la fortune de quiconque rivalisoit avec eux. Les habitans, succombant dans une lutte inégale, étoient forcés de leur emprunter; d'emprunts en emprunts , ils tombèrent dans leur absolue dépendance , et ne naviguoient que pour leur compte et avec leur permission. Il ne manquoit plus aux Anséatiques que de devenir à Berghen propriétaires des quartiers les plus favorables au com-

1 Collection de lois maritimes, t. II, pog. 433 et suiv. — * Jusqu'ici j'ai pris pour guide l'ouvrage de Sartorius, UrhuMiaV ©rftfiiAff tat UrftruiiQft imprime après sa mort par les soins et avec des notes et additions de Lappenberg. Je continuerai à suivre le même écrivain , dans son ouvrage intitule © loVtfff tw £«ef««fifrfK«i ïwrt«i c'est ce qui explique le petit nombre de notes qu'offrira cette partie de mon travail.

dx INTRODUCTION.

merce; et la misère croissante des habit an s, endettés envers eux, leur en fournît les moyens.

Us y fondèrent, sous le nom de comptoir, une sorte de ville fortifiée et indépendante du souverain '. Ce comptoir attira à fui tout le commerce de la Norvège, jusqu'en Laponie et aux îles qui dépendoient de ce royaume ; en concentrant la navigation dans le port de Berghen , les Anséatiques devinrent maîtres de la diriger selon leurs convenances et leurs intérêts; et sur cette côte immense H y avoit à peine un port , une rade , où ïes naturels pussent faire ouvertement un commerce immédiat, un commerce qui ne tournât point au profit du comptoir. La seuie branche restée propre à la Norvège, et dont les Anséatiques ne se fussent pas emparés pour l'exercer directement, fut le commerce de la mer Blanche et des côtes septentrionales de la Russie; mais une partie de ses résultats tournoit encore en définitive à leur profit, car les objets qu'on en rapportoit, sauf ce qu'absorboit la consommation locale, étoient achetés par eux, et faisoient partie des exportations dont ils s'étoient assure le monopole.

A mesure qu'il s'accroissoit, les Anséatiques amenoient à Berghen une multitude d'employés, qui formoient une sorte d'armée toujours prête à se porter à des violences contre les habitans et les magistrats.

Plusieurs actes de ces violences que l'histoire a conservés font frémir 3 ; tant il est vrai que toutes les passions peuvent rendre les hommes atroces, et que des républiques marchandes, dans l'ivresse de leur prospérité et cédant à la fureur du gain , peuvent égaler la cruauté de celles qui n'ont fait la guerre que par l'amour de la gloire et le désir insatiable de commander!

Les Anséatiques ne crurent pas ou prudent, ou nécessaire , d'établir en Suède un comptoir du même genre que celui qu'Us avoient en Norvège. Le roi Albert, qu'ils avoient placé sur le trône, leur étoit dévoué. D'ailleurs un privilège particulier, qu'ils s'y étoient fait assurer, leur procuroit des avantages presque égaux. Ils avoient le droit d'acquérir des propriétés foncières dans toutes les villes; la plupart de celles qui avoient quelque importance s'étoient soumises à laisser occuper par les

» Sartorius, &c. t. II, pag. 3*5. — » Heim$-Kringte, t. V, pmç. 197.

INTRODUCTION. , clxj

Anséatiques ia moitié, et quelquefois même plus de la moitié, des places de leurs sénats. Dans beaucoup de ces viiies il s'étoit formé des communautés de Suédois et d'Allemands, par analogie de celle de Wisby. Par ce moyen ia ligue jouissoit d'une autorité prépondérante partout où elle le trouvoit utile, et par conséquent elle ne disposoit pas moins en Suède qu'en Norvège de toute ia navigation et de tout le commerce >.

Quant au Danemarck , on a vu tout ce que le fatal traité de 1370 avoit donné de droits aux Anséatiques. Seuls ils pouvoient y acheter ies productions du pays, et vendre en gros et en détail ce qu'ils y apportaient. Seuls ils pouvoient établir sur la côte de Scanie des baraques, des boutiques pour la pêche et la vente du poisson , et y installer tous les ouvriers de leur nation dont ils avoient besoin. Leurs pêches n'étoient assujetties à aucun droit} pour les autres objets ils payoient les mêmes droits que ies nationaux; la navigation par le Sund et dans la Baltique ne pouvoit leur être refusée ; ils parcouroient sans nul empêchement les îles du Danemarck et la presqu'île du Jutland. Aucune autre nation ne participoit à leurs privilèges; la douane du Sund avoit pour eux seuls des exceptions. Enoncer ces avantages, c'est dire assez qu'ils étoient maîtres absolus du commerce, au moins autant qu'en Norvège; et dans un temps où l'Europe, alors toute catholique, exécutoit avec ferveur les abstinences de viande prescrites par l'église , on voit quelle source de richesses étoit pour eux la seule pêche de Scanie.

Les productions des trois royaumes étoient à peu près de la même nature, quoique sans doute dans des proportions inégales. Elles consistoient en cuirs, peaux, fourrures de tout genre, beurre, suif, huile de poisson, harengs, baleines, soufre, goudron, résine, bois de construction, surtout pour la marine, chevaux, bêtes à cornes, viande salée, fer, cuivre, &c. que les habitans des lieux plus septentrionaux ou ceux du pays apportoient aux marchés. Les objets offerts en échange étoient le sel , denrée indispensable à un peuple .dont la subsistance se composoit en grande partie de poisson; du blé, de la bière, du vin, de l'hydromel, de la toile, des draps, des soieries, des épiceries, et d'autres marchandises orientales 3 , des

1 Sartoriu»,urfiiiiMi«t,êic. p«g. 160.— » Sartoriu*, ibid. pag. 16Î, 190, 810

CÏxij INTRODUCTION.

meubles, des habillemens confectionnés, des oui ils de toutes espèces.

H faiioit trouver les moyens de vendre tout ce qu'on exportoit ainsi du Nord; car ce n'étoit pas pour assurer leur consommation propre que les Anséatiques avoient employé tant d'efforts.

H faiioit aussi se procurer les objets d'échange; car ni l'agriculture ni l'industrie anséatiques n'en auroient produit assez. En général les villes maritimes ne dirigèrent point de ce côté les occupations de leurs habitans; elles avoient un grand intérêt à les employer à la navigation. Quelques-unes seulement, situées dans les dépendances de l'ordre teutonique et de la Pologne, entourées de pays agricoles, pouvoient exporter des blés et les autres productions naturelles du pays.

Les villes de l'intérieur de l'Allemagne admises dans la ligue fournissoient bien au commerce du Nord des objets fabriqués que les navigateurs de la Baltique y transportoient, et elles recevoient par la même entremise les productions dont elles avoient besoin ; mais ce n'étoit pas là ce qui constituoit le grand mouvement commercial : l'Angleterre et les Pays-Bas offraient un plus vaste théâtre.

Les Anséatiques sentirent de quel intérêt il étoit pour eux d'y importer seuls les productions du Nord , et d'en exporter tout ce dont le Nord avoit besoin, afin d'être partout maîtres des prix. Ils ne perdirent jamais de vue ce résultat important, et l'atteignirent autant que les circonstances le permettoient.

En ce qui concerne l'Angleterre, les Anséatiques saisirent toutes les occasions qui se présentoient pour développer les établissemens que des corporations d'Allemands avoient déjà obtenus avant la formation de la grande ligue, et qui étoient devenues communes à toute la confédération. Souvent il en résulta des contestations entre eux et les Anglais. Ces derniers travailioient de jour en jour à faire ce commerce actif, dont l'exemple de ia ligue leur révéloities avantages. Ils ne supportoient qu'avec une extrême impatience les privilèges extorqués par des étrangers à des princes avides ou insoucians et peu éclairés. Ils se plaignoient de ce que les Anséatiques ne cessoient de s'étudier à en éluder les charges, surtout par l'adresse avec laquelle ils augmentoient insensiblement la capacité des tonneaux, et par la prétention qu'ils avoient de ne payer les droits qu'à la valeur

INTRODUCTION. clxiij

nominale du tarif de 1303, nonobstant de prodigieuses variations monétaires; à les étendre, en présentant, comme Anséatiques, des personnes ou des marchandises étrangères à la ligue , et surtout en refusant de faire connoître fidèlement le nombre effectif de leurs membres *.

Dans les luttes qui existoient fréquemment entre le souverain et le peuple, la situation des Anséatiques étoit embarrassante. Si le roi leur étoit favorable , ie maire, la commune de Londres, les villes de commerce, le parlement même, leur étoient quelquefois opposés ; on disputoit sur leurs privilèges; on leur interdisoit des ports; on changeoit arbitrairement les étapes; on les trompoit sur la quaiité et l'aunage des draps, qui étoient le plus considérable objet de leurs exportations; on leur contestoit le droit d'introduire en Angleterre d'autres marchandises que celles de leur cru, et, d'après ce que j'ai dit plus haut, c'étoit presque les réduire à arriver sur simple lest; on taxoit arbitrairement la valeur de. ce qu'ils apportaient; on les rendoit solidaires de la contravention d'un seul d'entre eux; on préposoit à l'inspection de leurs magasins des Anglais, c'est-à-dire, des rivaux ou des ennemis.

Ces actes de l'autorité , même les violences populaires , ne les décourageoient pas, tant ils trouvoient encore de profits à faire. S'il n'y avoit pas d'autres ressources, ils cédoient, remettant à s'en indemniser quand l'occasion seroit favorable. Mais dès qu'elle se présentoit ils la saisissoient. Souvent, pour punir les Anglais ou les ramener à l'exécution des traités, ils commettoient des actes d'hostilité sur les navires qui se trouvoient dans les ports de la ligue ou de ses alliés. Ils suspendoient pour un temps les achats, et les propriétaires encombrés de matières premières , les ouvriers ne pouvant plus vendre le produit de leurs travaux , sollicitoient avec autant d'ardeur que la ligue elle-même le rétablissement de la bonne intelligence.

C'étoit dans les momens où l'Angleterre éprouvoit le plus d'embarras par des guerres civiles ou étrangères, lorsqu'ils voyoient qu'on avoit besoin de leurs avances, de leurs vaisseaux, que ies Anséatiques devenoient plus exigeans. Ils parvinrent à se faire confirmer le droit d'avoir à Londres un comptoir gou-

1 Sartoriua, uHmMk*», 6tc. pag. 375 et suit. , et surtout les notes savantes de M. Lappenberg.

clxiv INTRODUCTION.

ver né par eux-mêmes , et peu différent par son organisation de celui de Berghen

On les vit presque au moment de renouveler en Angleterre les événemens qui s'étoient passés en Danemarck sous Waldemai* III. Le gouvernement n'ayant pu, ou n'ayant pas voulu peut-être , réprimer les pirateries fréquentes que ses sujets exerooient contre la ligue, les Anséatiques se portèrent à des représailles sévères. La vengeance conduisit les Anglais à détruire ce comptoir, et plusieurs Anséatiques périrent dans cette sédition. La ligue rompit tout commerce avec l'Angleterre, ferma l'entrée de la mer Baltique aux navires, qui, comme on fa vu, page cxxix, faisoient un commerce assez important avec les pays de Prusse; saisit les propriétés anglaises partout où elle en put trouver, fit plusieurs descentes, ravagea les villes maritimes, et réduisit l'Angleterre à solliciter un accommodement par la médiation du duc de Bourgogne, en 1473.

Le médiateur accorda aux Anglais divers avantages que les Anséatiques ne refusèrent pas de consentir, bien sûrs de ne pas tarder à s'en indemniser; mais de leur coté ils obtinrent la confirmation de leurs privilèges, la faculté de les faire publier et rendre exécutoires dans tous les ports qu'ils voudroient, la défense aux juges d'y porter atteinte , l'affranchissement de fa juridiction de l'amirauté, la concession de bâtimens et d'empiacemens dans plusieurs villes, l'accession de la ville de Londres à ces engagcmens, l'inviolabilité et l'indépendance de leurs comptoirs ; la libre expédition de leurs marchandises , la faculté du débit, la suppression des droits de naufrage.

Le commerce de la ligue en Angleterre se soutint sur ce pied pendant le xv. c siècle. Mais déjà les Anglais commençoient à exporter sur leurs propres navires les produits naturels et industriels de leur pays; et les événemens dont je viens de rendre compte durent encore les exciter davantage à prendre cette voie plus légale de nuire au commerce anséatique, afin de partager des bénéfices qu'ils avoient trop longtemps abandonnés.

Les Pays-Bas offroientà la ligue un intérêt encore plus grand que l'Angleterre. C'étoit là surtout qu'elle trouvoit, soit dans les produits de l'industrie flamande, soit dans les vastes maga-

1 Sartorius, Urfu«tlt<fcr. &c. pag. 880, et note 1 de M. Lappenberg. Sartorius, tt<f«t$ft, & c . t II, pag. 009. Marquard, t. II, pag. 158, 908 et 699.

INTRODUCTION. cîxv

sins que les villes d'Italie ne cessoient d'approvisionner, tout ce que les pays du Nord recherchoient avec le plus d'empressement , en même temps qu'un sûr et facile débit des productions de ces pays , surtout de ce qui étoit nécessaire à la marine.

Leur comptoir de Bruges fut pendant quelque temps le pins productif de ces établissemens nombreux, qui sembloicnt autant de canaux sans cesse ouverts pour porter les richesses de l'Europe au sein de la ligue. Les comtes de Flandre avoient en quelque sorte accablé de faveurs les Anséatiques, et lorsque ces pays passèrent dans la maison de Bourgogne , les nouveaux souverains les traitèrent avec la même condescendance.

Mais la bonne intelligence entre les habitans de Bruges et les Anséatiques ne dura pas toujours. Les richesses avoient produit sur les uns et les autres leur effet ordinaire; elles les avoient rendus orgueilleux, ombrageux, prompts à s'irriter.

Plus d'une fois, dans les séditions dont la Flandre fut souvent le théâtre, les Anséatiques éprouvèrent des torts, des injustices , précisément parce que leurs privilèges émanoient d'un souverain contre lequel on se révoltoit.

Plus d'une fois aussi les Anséatiques y donnoient lieu à des rixes, à des voies de fait, en cherchant sans cesse à établir leur monopole, en donnant à leurs privilèges des interprétations nuisibles à l'industrie locale.

La ligue offensée menaçoit de transporter ailleurs son comptoir, et quelquefois exécutoit ses menaces; elle suspendoit tout commerce avec la Flandre, bloquoit les ports, n'achetoit plus les draps, et ces mesures produisoient le même succès qu'en Angleterre; on la supplioit, on renouveloit, on augmentoit même ses privilèges.

Quelque grande qu'ait été cette influence de la ligue anséatique dans l'Angleterre et les Pays-Bas, elle étoit loin de ressembler au régime exclusif qui pesoit sur les trois royaumes du Nord. Jamais cette influence n'eut pour résultat d'interdire les ports de l'Angleterre et de la Flandre à tout ce qui étoit étranger à la ligue, d'attribuer à ses membres seuls le droit d'acheter les marchandises du pays ; on doit même reconnoître qu'ils étoient utiles, parce qu'en vertu de leur monopole dans le Nord ils pouvoient seuls en apporter une grande quantité de marchandises et y porter une grande quantité de celles du pays. S'ils curent une pro-

CÏXVj INTRODUCTION.

digieuse influence sur les marchés , où presque toujours ifs étoient arbitres des prix , et si par là ils acquirent des richesse» immenses, c'étoit par une conséquence de ieurs droits dans le Nord, et non par l'effet d'un monopole en Angleterre et en Flandre.

Mais un commerce qui consiste à aller chercher les marchandises dans les lieux de production pour les apporter dans ceux de consommation ne peut manquer à ia longue d'exciter l'émulation des peuples qui en sont témoins et agens passifs; et, sous ce rapport, la ligue n'étoit pas sans inquiétude. Elle ne pou voit se rassurer qu'en prolongeant son empire dans le Nord ; elle dirigea constamment ses efforts vers ce but.

Nonobstant ses précautions, des événemens politiques qui, encore bien qu'ils aient exercé une grande influence sur tout le Nord, tiennent particulièrement à l'histoire du Danemarck, amenèrent le résultat que redoutait la ligue.

Waldemar III avoit laissé son trône à sa fille, la célèbre Marguerite, dont la prudence et l'habileté effectuèrent la réunion des trois couronnes de la Scandinavie sur ia même tête.

La ligue avoit toutes sortes de raisons de voir avec effroi cette union. Le chef de la triple monarchie, envisageant sous tous les rapports les suites funestes du monopole anséatique, devoit y apporter des obstacles bien plus sérieux que trois rois isolés , souvent ennemis et jaloux les uns des autres.

Les Anséatiques saisirent tous les moyens de traverser les projets de Marguerite, qui, déjà régnant sous le nom de son fils en Norvège et en Danemarck, maîtresse d'une partie de la Suède , n'avoit plus que Stockholm à réduire. Albert de Mecklenbourg s'y défendoit avec une garnison allemande et avec le secours des Anséatiques. Ces derniers conçurent le projet de décider les habitans à s'ériger en république. C'étoit une ressource presque infaillible pour déjouer une partie des desseins de Marguerite, et pour assurer à la ligue une véritable domination en Suède, dont Stockholm étoit une des clefs par sa situation et son port.

Plusieurs villes maritimes de la Baltique réunirent dans ce dessein leurs flottes contre la reine, qui assiégeoit cette place. Elles eurent même recours, dans le délire de leur avidité et de leur haine, à une de ces odieuses ressources qui ne tardent point

INTRODUCTION. Cixvij

à retomber sur leurs auteurs. Elles invitèrent tous les pirates à courir sur les vaisseaux de la reine, et les encouragèrent en leur donnant protection et asile. Ces forbans , devenus célèbres sous le nom de Vitalliens ( on croit que c'est parce qu'ils étoient venus ravitailler Stockholm), couvrirent et désolèrent la Baltique , et troublèrent tellement la navigation que les Anséatiques eux-mêmes furent obligés de demander la paix. Elle eut Heu en 1395 »; la Suède fut unie aux deux autres royaumes. Marguerite les gouverna; mais, trop prudente pour rien donner au hasard; encore entourée d'ennemis, et n'ayant que des amis peu sûrs , elle ne fit point aux Anséatiques le mal dont la peur ies avoit armés; elle les ménagea, confirma même leurs anciens privilèges, et s'unit à eux pour achever de détruire les pirates.

Sa mort, arrivée en 1412, fut le terme d'une bonne intelligence, qui peut-être cependant n'étoit pas sincère de sa part, et les événemens qui se succédèrent rendirent aux Anséatiques l'espoir de voir évanouir les dangers dont les menaçoit l'union de Calmar.

La triple monarchie ne put s'affermir; les haines nationales, que l'union avoit eu pour objet d'éteindre, se rallumèrent et s'accrurent.

Les Suédois se révoltoient; les Norvégiens étoient mécon* tons; les grands vassaux du Danemarck le déchiroient par leurs factions; les Anséatiques attisoient les discordes, et savoient en profiter habilement.

Eric, successeur de Marguerite, mais qui n'avoit pas hérité de sa prudence, s'indignoit de ces intrigues, et désiroit affranchir ses peuples d'un joug odieux. Ses mesures, trop peu circonspectes, furent mal combinées : la guerre devint inévitable.

Mais la ligue n'étoit plus ce qu'elle s'étoit montrée au temps de Waldemar III. Les intérêts n'avoient plus la même homogénéité; des jalousies, des rivalités étoient nées ou s'étoient développées.

Les villes productrices ou livrées au commerce de terre avoient trouvé sans doute pendant longtemps de grands avantages à employer les villes maritimes pour transporter leurs marchandises; mais ces navigateurs, comme tous ceux qui ont

' Sartorh», y t. II, ph. S46.

clxviij INTRODUCTION.

un monopole, vendoient cher leurs services, et ceux qui étaient obligés d'y recourir n'étoient pas fâchés de voir s'élever des concurrens qui ieur permissent d'espérer un abaissement de prix. H existoit des privilèges dans la ligue; quelques villes , même maritimes, n'avoicnt pas le droit de dépasser un certain point réservé aux autres; ces restrictions faisoient des mécontens. Une perspective se présentoit pour d'autres, surtout pour celles de Hollande, d'obtenir, dans les trois royaumes du Nord, des privilèges spéciaux plus avantageux que ceux qu'elles partageoient avec la ligue, et dont les villes de la Baltique s'étoient toujours réservé la plus forte part.

La plupart des membres de la ligue anséatique, qui n'avoient pas un intérêt direct et immédiat à conserver la navigation exclusive dans les ports des trois royaumes, laissèrent les autres villes sans secours. Comme si le maintien des privilèges de ces dernières leur fût devenu indifférent, les unes refusèrent des subsides que le» statuts de la ligue leur imposaient de la manière la plus expresse, les autres les firent longtemps attendre et ne les fournirent qu'imparfaitement : en un mot les villes Baltiques furent traitées avec froideur, indifférence et mauvaise volonté, parcelles qui les avoient appelées sœurs et alliées tant qu'elles y avoient trouvé un grand avantage *.

Eric fomentait ces divisions naissantes avec plus d'habileté qu'il n'en montra dans d'autres occasions.

Tandis qu'il gênoit la pêche de ses adversaires sur les cotes de Scanie et dans les ports de sa domination, qu'il se rendoit par une forteresse maître d'ouvrir et de fermer le Sund à volonté, et d'y exiger des tributs, il encourageoit par des avances et des concessions les Anglais , qui commençoient à sentir l'importance du commerce maritime; il excitoit les villes des Pays-Bas à se détacher des autres, et suscitoit par ce moyen à ses ennemis des concurrens d'autant plus redoutables qu'une scission dans le sein de la ligue détruisoit en quelque sorte ic prestige attaché à ce nom et aux souvenirs du xiv. c siècle; que cette scission, née d'un intérêt commercial, créoit des haines inextinguibles, et même empreintes d'une sorte de caractère des guerres civiles. C'étoit préparer l'émancipation du Nord, en lui

1 Sartorius, fefftiftft, &c. t II, pag. 858.

INTRODUCTION. CÏxix

apprenant que le monopole étoit brisé, que des concurrences offriroient un avenir plus favorable aux producteurs et aux consommateurs, qu'avec le temps les nationaux pourraient aussi prendre part au commerce extérieur.

Heureusement pour Lubeck et ses alliées , Eric étoit peu aimé de ses sujets , et presque toujours en guerre sérieuse avec ses grands vassaux; les Suédois et les Norvégiens se lassoient de l'union; les villes liguées entretenoient avec soin tous ces germes de discordes, et, quoique supportant avec impatience les frais qui retomboient sur elles seules, depuis qu'une partie de la ligue s'étoit séparée et qu'une autre les traitoitavec indifférence, elles parvinrent à terminer la guerre avec assez d'honneur.

Menacé d'une révolte en Suède, Eric se soumit en 1435 a leur rendre les anciens privilèges en Danemarck et la pèche de Scanie : pour cette fois encore elles échappèrent au danger qui les menacoit, mais elles continuèrent de souffrir de la concurrence des villes dissidentes des Pays-Bas, et des Anglais, à qui Éric ne s'obligea point de fermer ses ports ni de retirer leurs privilèges ».

Leurs inquiétudes se renouvelèrent après que l'abdication d'Eric eut donné le trône de Danemarck à Christophe de Bavière, qui parvint aussi à se faire reconnoître en Suède et en Norvège.

Soit par l'effet de préventions personnelles et d'une jalousie de prince contre des marchands orgueilleux, qui vouloient traiter d'égal à égal avec les têtes couronnées, et qui avoient déjà prouvé qu'ils savoient ravir et donner les trônes, soit qu'animé du véritable intérêt de ses peuples il sentît l'importance de les affranchir du joug de la ligue, dès le commencement de son règne il laissa entrevoir des dispositions peu favorables pour les f Anséatiques, quoiqu'ils eussent contribué à la déposition d'Eric et à son avènement au trône. Plusieurs fois même il attaqua ouvertement Lubeck, sorte de capitale de la ligue, et mourut dans de nouveaux préparatifs en déclarant que ses efforts n'avoient cessé d'avoir pour but d'obtenir satisfaction de tout ce que ses couronnes et ses peuples avoient souffert des entreprises des Anséatiques s .

1 Sartoriu*, <s«f«t<*f<, &c. t. II, pag. »69. — 1 Craiitz, Daniea, lib. vm, c*p. xir. III. x

C\XX INTRODUCTION

H ne paroît pas que ce projet ait été abandonné par Chrétien I/ r son successeur, quoique dans les neuf premières années de son règne il ait laissé la ligue en possession de son commerce et de ses privilèges en Danemarck. II avoit à lutter contre Charles Canutson, qui prétendoit à la couronne de Suède et même à celle de Norvège.

Pendant cette longue et sanglante querelle, les Anséatiques, en prenant part tantôt pour l'un , tantôt pour l'autre concurrent, se firent ménager par les deux, recouvrèrent leurs avantages en Norvège, et même réussirent à en exclure les Anglais •et les Hollandais. La jalousie des rois du Nord contre la ligue étoit comme enchaînée par la crainte que chacun avoit de s'attirer un nouvel ennemi; mais cette jalousie n'en subsistoit pas moins, parce qu'elle étoit fondée sur un intérêt juste et pressant, la liberté du commerce et la prospérité de leurs états. Ils se bornoient à contrarier, à embarrasser, quand ils le pouvoient, le commerce nrtséatique, à augmenter les droits sur les importations, à favoriser en secret les Anglais et les Hollandais, qui n'épargnoient rien pour supplanter leurs rivaux dans la navigation de FOcéan du nord et de la Baltique.

Telle étoit la situation du commerce septentrional de l'Europe à la fin du xv." siècle; elle préparoit et annonçoit la décadence de la ligue, qui ne s'accomplit que dans le siècle suivant. Ce qui me reste à dire sur la Russie ajoutera quelques traits au tableau du commerce anséatîque.

La Russie fut, pendant le cours du xiv. e et d'une grande partie du xv.« siècle, placée sous le joug des Tartares, à qui la funeste bataille de Kalva avoit livré les plus belles provinces de cet empire. Mais ces redoutables guerriers avoient laissé la partie septentrionale de ce qui forme aujourd'hui la Russie européenne, aux anciens souverains locaux, qui étoient dans un véritable état de vassalité à leur égard. Ils n'avoient pas poussé leurs conquêtes jusqu'à la Baltique; et Nowogorod , dont j'ai déjà parlé, tome II, pages xxiv et Ixxxviij, continuoit d'être un lieu de commerce considérable. Située à quelque distance de la mer, elle y communiquoit par le fleuve IÎImen, sur lequel elle étoit située, au point où ce fleuve sort du lac Wolchow. Les relations maritimes de cette ville avec la Scandinavie remontent

INTRODUCTION. clxxj

aux premières époques où nous acquérons quelque connoissance de cette vaste contrée; et pendant longtemps les pelleteries, les produits de la pêche furent les principaux objets que Nowogorod en recevoit. Par des communications terrestres avec la Laponie elle se procuroit également des fourrures. Elle avoit aussi dirigé ses rapports à l'orient vers le Volga et les contrées situées entre ce fleuve et ie mont Oural jusqu'à la mer Blanche. Elle y avoit formé des comptoirs , y exerçoit une sorte de domination, et recevoit, de ce côté, une quantité considérable de productions naturelles qui servoient en partie à ses échanges avec le commerce baltique.

En vertu de traités du mm." siècle, peut-être même plus anciens, les navigateurs gothiandais et allemands établis à Wisby avoient formé un comptoir à Nowogorod. Ils y avoient été trèscertainement précédés par les navigateurs de Norvège , Suède et Danemarck ; mais lorsqu'ils curent anéanti le commerce de ces royaumes, ou plutôt lorsqu'ils s'en furent emparés, ils n'eurent point de concurrens dans la Russie. Ils en cxportoienfeWgfwtoa, la cire, le miel, les peaux, les cuirs, les fourrures, le chanvre, les bois de construction, dont ce pays abonde, dont l'excellente qualité et le bas prix, dans un temps où la consommation locale offroit peu de concurrence, et où l'on n'y connoissoit ni douanes ni d'autres entraves semblables, leur o H Voient une source inépuisable de bénéfices. Ils y portoient les draps de Flandre, et, par suite, ceux d'Angleterre, ainsi que tous les objets de luxe qui abondoient dans les marchés de l'ouest; ils n epargnoient rien pour en inspirer le goût aux Russes, et s'assurer les moyens de les leur fournir exclusivement. Le prix de ces objets ne leur étoit pas payé seulement avec les matières premières que j'ai indiquées; on ne peut douter qu'il ne le fut aussi avec des métaux tels que le cuivre, l'or et l'argent, dont on exploitoit fort anciennement des mines en Russie *.Ce commerce prit encore plus d accroissement et d'ensemble après que la ligue eut acquis une sorte de souveraineté sur la mer Baltique.

Les Anséatiques formèrent un établissement du même genre à Plescow sur la Velika, peut-être même à Moscou; mais celui de Nowogorod fut le plus considérable. Une multitude de com-

' M. Polo.lib. Itl , cap. xlv. Hcrberstein , up. Rerutn Moscoriticarum autores varii, pag. 49 el «jqq.

clxxij INTRODUCTION.

merçans , de navigateurs , de commis , d'ouvriers, y étoient réunis sous l'autorité et ia surveillance des magistrats nommés par la ligue. Elle avoit senti la nécessité d'une police sévère pour contenir des hommes , la plupart aventuriers , turbulens , avides, au milieu d'une population dont les mœurs, la religion , la langue, différoient extrêmement de celles des Allemands, et que son esprit d'indépendance, ainsi que ses richesses rendoient peu disposée à recevoir, au moins d'une manière direcie et par la force, un joug semblable à celui qui pesoit sur la Norvège, ia Suède et le Danemarck. Nonobstant ces précautions, la bonne harmonie étoit souvent troublée. Si les Anséatiques augmentoient le prix de leurs marchandises, si elles étoient de mauvaise qualité , le peuple passoit proniptement des murmures aux menaces, aux voies de fait. II pilloit les comptoirs, m al tr ai toit et quelquefois tuoit les préposés. Les Anséatiques avoient peu de moyens de vengeance par force ouverte; ils menaçoient de se retirer; ils s'éloignoient pour un temps; bientôt les besoins de la consommation, du luxe et des jouissances d'un côté, la soif du gain de l'autre, rapprochoient les esprits; on s'entendoit et les relations étoient rétablies.

La navigation fut certainement le moyen le plus usuel pour ce commerce; mais les voies de terre furent quelquefois employées. Il est bien vrai qu'un règlement du comptoir de Nowogorod, compilé en 1370, constate qu'il étoit interdit aux Anséatiques d'employer fes voies terrestres ! . Mais c'étoit un acte de monopole : aussi des différends s'étant élevés entre plusieurs villes de Prusse et Hambourg et Lubecfc, qui reelamoient le droit exclusif de porter en Russie, par leurs navires, des marchandises de l'ouest , les villes prussiennes transportent les draps d'Angleterre à travers la Pologne *.

Le commerce des Anséatiques avec Nowogorod subsista dans ces alternatives de paix et de troubles jusqu'à la fin du xv. c siècle , où il éprouva une terrible révolution. Yvan Wasilewitch , monté sur le trône moscovite en 14(J2, résolut de rendre florissant le commerce et les arts dans son empire, qu'il avoit presque entièrement soustrait au joug des Tartares et dont il avoit préparé la grandeur future en abolissant l'usage de par-

« M. Lappepberg, p»g. S79. — • Fischer, l. II, pag. 149.

INTRODUCTION. dxxiîj

tager la souveraineté. H voyoit avec la même jalousie que les autres souverains du Nord la prépondérance et le monopole que la ligue exerçoit dans ses états, les projets d'indépendance que ne dissimuloit point Nowogorod, constituée à peu près sur le modèle des villes libres d'Allemagne, avec lesquelles elle avoit de si anciennes et si intimes relations.

Plescow, parvenue comme Nowogorod à un degré d'opulence et de civilisation que l'ignorance des Russes trouvoit alors prodigieux, annonçoit des intentions semblables.

Le Czar profita habilement des factions qui divisoient Nowogorod pour en devenir maître et en expulser un grand nombre de nobles puissans, de bourgeois, de marchands. En 1494, sur des indices assez équivoques d'une rébellion suscitée par les A asi atiques , il les fit tous arrêter, s'empara de leurs biens, ruina leur comptoir, et porta le dernier coup à leur monopole en Russie.

Les côtes de la mer Noire , si célèbres par le grand commerce des républiques d'Italie et surtout par les établissemens génois, n'étoient point aux xiv. e et xv. e siècles , comme elfe» le sont devenues depuis, une partie intégrante de la Russie, mais les provinces situées au nord de cet empire participoicnt à ce commerce. Rubruquis atteste qu'au milieu du XIII** siècle des Russes venoient à Soldaia apporter de l'hermine avec d'autres fourrures précieuses, et sans doute aussi divers produits agricoles de leur pays, en échange de toiles de coton, de draps de soie et d'épiceries ; cet état de choses continua évidemment d'avoir lieu pendant les xiv. e et xv. c siècles. Kiow devoit être le centre de ce commerce maritime par le Dnieper, comme elle étoit celui du commerce terrestre que les Allemands faisoient avec la Russie, dans les directions que j'ai indiquées, t. II, pages xciv et xcv. Les relations de cette ville avec Nowogorod expliquent comment les pelleteries du Nord arrivoient ainsi à la mer Noire, et comment les marchandises asiatiques étoient dirigées vers la mer Baltique.

Mais le point que je viens d'indiquer n'étoit pas le seul qui servît à lier le commerce de la Russie avec la mer Noire.

Le Don et les contrées qui l'avoisinent offroient aussi des voies commerciales dont on a vu, page xj, que les Européens profitoient avec un grand succès; et, quoique leur but principal fût de se rendre dans les marchés de la Bouckharie, et

dxxiv INTRODUCTION.

jusque dans la Chine , ils ne durent pas négliger ies moyens de se procurer les productions de la Russie septentrionale. Remontant îe Don, jusqu'au point où il se rapproche le plus du Volga, Hb transportoient leurs barques jusqu'à ce dernier fleuve >, et pouvoient arriver à Bolgar, ainsi que l'avoit fait le père de Marc Paul », pour communiquer avec Kasan et Moscou , c'est-à-dire , avec les pays qui, déjà par eux-mêmes riches en pelleteries, en recevoient, comme on l'a vu, tome I/% page Ixxj, et tome II, pages xv et xc, par le moyen du commerce des Norvégiens sur les côtes de la mer Blanche et dans la Permie.

Le Volga oflroit de semblables moyens aux commerçans des environs de la mer Caspienne. Des inscriptions des xiu. e et xi v. r siècles, trouvées dans les ruines de Bolgar, attestent que ies Arabes, c'est-à-dire les musulmans de la Perse et des contrées voisines, et les Arméniens, y avoient des établissemens 3 . L'histoire de la Rnssie fournit aussi des preuves de ce commerce par le Volga, puisque vers lé milieu du xv/ siècle le khan des Tartares de Saraï, ayant recommencé des hostilités quelque temps suspendues contre les Russes, et massacré tous ceux qui trafiquoient à Kasan , s'empara de leurs bateaux pour remonter le Volga, et s'avancer à la conquête de Moscou 4 .

La république de Nowogorod avoit très-bien compris , comme on l'a vu, page clxxj, l'importance des communications de cette partie de la Russie avec les pays les plus commerçans de l'Asie, et ce fut probablement par cette voie qu'elle reçut les productions asiatiques, lorsque les malheurs de Kiow dévastée par ies Tartarcs à la fin du xiii/ siècle , et les invasions de ces conquérans dans les contrées les plus voisines de la mer Noire, ne lui permirent plus d'entretenir des relations commerciales de ce dernier côté.

Il est assez probable néanmoins que, dans le cours du xiv/ siècle et pendant le xv/, ies exportations de marchandises asiatiques pour la Baltique, par la voie de Nowogorod, ne furent plus ce qu'elles avoient été dans les siècles précédens. Le commerce des villes du midi de l'Europe avec la Flandre prit ,

1 Itinéraire d'Usudioroarc , ap. Grabcrg, Annali di geografa, t. II, pag. î89. Voir aussi Notices des manuscrits, L XI , II.* partie, page 353. — * M. Polo, lib. i, cap. I. — 3 Forster, Voyages au Nord, t. I, pag. 67. Ratmutscn, pag. 8. — * Art de vérifier te» date*, |. U pag. 119.

INTRODUCTION. clxw

à cette époque, un accroissement considérable et une parfaite régularité. Les Anséatiques purent y venir chercher les marchandises asiatiques dont ils fournissoient le Nord ; ils les y trouvoient en plus grande quantité et a meilleur marché qu'à Nowogorod. Il est digne de remarque, en effet, qu'aucune des lois de la confédération , ni la correspondance des villes dont elle étoit composée, ni les traités de commerce, ni les pièces relatives aux pertes ou aux captures de marchandises anséatiques , ne parlent de productions de l'Asie venues par l'entrepôt de Nowogorod et la Russie. Ces documens laissent croire que les Anséatiques n'y faisoient de commerce que pour se procurer celles du pays , ce qui étoit alors un objet considérable. A ces preuves négatives on peut en ajouter de positives , mais un peu plus récentes. En 1643 trois des villes associées envoyèrent une ambassade en Suède pour obtenir la diminution des droits de douanes dont étoient grevées les marchandises qu'elles apportaient de Russie. Leur demande, dont il existe une copie inédite dans les archives de Lubeck, contient la nomenclature des objets taxés; on n'y trouve aucune indication de marchandises asiatiques, et l'édit de la reine Christine, qui fit droit à leur demande, n'en parle pas davantage, quoiqu'on y entre dans beaucoup de détails sur les diverses productions exportées de la Russie *.

On lit dans un travail sur le commerce d'Archange!, publié en 1653 dans l'intérêt de la Russie, que ce port recevoit des marchandises orientales, et on s'efforce de convaincre les souverains de la Prusse et de l'Allemagne qu'ils ont intérêt à s'en approvisionner par la voie de la Russie; ce qui me paroît une preuve qu'ils ne le faisoient pas. On y voit encore que, même à cette époque, le commerce de la Russie avec la Perse, la Turquie et la Chine, étoit souvent interrompu. C'est probablement ce qui explique comment il est prouvé par divers documens que les Anséatiques portoient des étoffes asiatiques dans la Russie , loin de s'y approvisionner. Un document manuscrit de 1610 constate que les envoyés de la ligue offrirent des aromates à un prince russe; un autre de 1634 qu'ils lui donnèrent des brocards d'or et des diamans; et si ces deux preuves ne sont pas décisives,

1 Voir un mémoire de Sartoriui, insère dans le» Novi comment, toc. Gatttmg. t. VI, il.* part. pag. gi3 et fcqq.

cïxxvj INTRODUCTION.

je crois qu'il en existe une plus forte dans la Skraa de Nowogorod, révision de 1603, où nous lisons que les Anséatiques ne peuvent apporter des étoffes de soie qu'en gros, afin d'en laisser le débit aux habitans du pays.

Mais on auroit tort d'en conclure que l'importation des marchandises asiatiques en Russie, par la mer Caspienne et la mer Noire, ait cessé, ou même qu'elle ait notablement diminué. On a vu, page xij, que dans le xv. e siècle la Russie, délivrée du joug des Tartares, fit des progrès assez marqués dans la civilisation. Les souverains employèrent tous leurs efforts pour procurer à leurs sujets l'exportation des produits naturels; les richesses s'accrurent, et dans un pays où le voisinage de l'Asie excitoit au luxe, on ne peut douter que les marchandises orientales n'aient continué d'être introduites , non plus sans doute pour être exportées par la Baltique, comme au temps où la Russie presque barbare n'en savoit point apprécier la jouissance , mais comme objets de consommations locales. Aussi voyonsnous qu'un voyageur du xv. e siècle et des écrivains du xvi.' * attestent que la Russie faisoit un commerce très-actif par le Volga et la mer Caspienne.

Les contrées situées à l'orient de la chaîne de l'Oural, qui dépendent aujourd'hui de la Russie, étoient, à l'époque dont je m'occupe, connues sous le nom de Tartarie *. J'ai dit, tome II, pages xv et suiv., que ce pays, tout sauvage qu'il fût, n'étoit point étranger au commerce. On suivoit deux directions : l'une, que j'appelle méridionale, partoit de la Bouckharie; l'autre, orientale, ou, pour parler plus exactement, du sud-est, venoit de la Chine.

Nous savons que des commerçans de différens pays, et notamment des Indiens, partis de la Bouckharie, traversoient les steppes de la Tartarie et les monts Altaï pour se rendre à un lac appelé Kitay. Les dénominations locales ayant souvent changé, et variant selon la langue à laquelle on les emprunte, il ne seroit pas facile de rcconnoftre ce lac, si les écrivains n'ajoutoient que l'Oby en sort. C'est donc le lac nommé par quelques géographes russes Telestkoy et par d'autres Altein ( en mongol , Altan-nor), que l'Oby traverse effectivement. Ces étrangers apportoient diverses espèces de marchandises, entre autres des

1 Rnrbaro, Viaggio alla Tana, cap. xil. Paul Jove, ap. Script, rerum Moscou! pag. 1 19 — * M. Polo, lib. m, cap. xliii.

INTRODUCTION. clxxvij

perles et des pierreries, qu'ils échangeoient contre des pelleteries Des habitans de ce pays et de la Russie venoient de leur côté à Samarkand vendre des cuirs et des fourrures 8 .

Les contrées septentrionales, voisines de celles où se rendoient les caravanes de la Bouckharie, ont toujours effectivement été célèbres par les riches fourrures qu'on en exporte; du temps de Marc Paul, non-seulement on alloit les acheter vers l'Oby supérieur, mais on parcouroit même ie pays qui les produit; et c'est aux relations que ce commerce avoit formées que nous devons ce que ce voyageur a dit sur la contrée qu'il nomme région des ténèbres, où la neige et la gïace obligeoient de voyager en traîneaux , et où les nuits étoient de six mois 3 .

D'un autre côté, les traditions chinoises nous apprennent que dès ie iv. e siècle les Chinois avoient étendu ieurs relations jusqu'au lac BaikaI, l'Oby et même les rivages de l'Océan 4 . On sait que des rapports commerciaux , une fois établis, ne peuvent cesser que par l'effet de grandes révolutions qui les rendroient impossibles. If est donc naturel de croire que la conquête faite par les Mongols, tant de ces pays que de l'empire chinois, dut contribuer à maintenir ces relations, d'autant plus nécessaires que, au dire de Marc Paul, la quantité de fourrures qui arrivoient chaque jour à Pékin étoit immense.

Ces renseignemens, qui me ramènent de l'extrémité occidentale de l'Europe à la haute Asie, et aux contrées par lesquelles j'ai commencé le tableau du commerce pendant les xiv. e et xv.* siècles, complètent les recherches auxquelles j'avois à me livrer dans le plan que je me suis proposé.

J'ai terminé le tableau du commerce pendant les xn. e et xiii.* i D .ta u «. 0 n« siècles par un exposé des obstacles qui s'opposoient à ses déve- (JjJJJjJJ,, loppemensen Europe, et des moyens employés pour les surmon- ^jjjjj^ ter. Il me reste peu d'observations à faire sur ce qui concerne M *iLw." les xiv." et xv. e siècles.

Quelques-unes des difficultés et des entraves produites par l'imperfection de la civilisation disparurent à mesure que les

1 Guagnin de Verrone, ap. Ramusio, t. Il, sapp. pag. 66. Herberstein , pag. 60. — » Clavijo, p t g. 191.— » M. Polo, lib. m, cap. xuv. — * Abel-Remuaat, Nouveau* Mimoira de l Académie de* inscriptions, t VIII, page 108. M. Klaproth, Tableaux de ÏAtie, page 1*8.

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