‹ Tableau du vieux ParisChapitre 112 sur 138 · Reproduits par M. Éd, Fournier, dans son édition des · texte numérisé non relu

Reproduits par M. Éd, Fournier, dans son édition des

LES FAHCEURS DK LA RUE.

Gaultier-Garguille qui mourut le premier, et que les autres le suivirent d’assez près. Piganiol de la Force a trouvé la date du convoi de Gaultier (sous le nom de Fléchel) au 10 décembre 1633 *. Après lui, on ne voit plus trace de ses deux confrères à l’Hôtel de Bour= gogne,et, dès 1634, Guillot-Goi-ju vient pour les remplacer. Tous trois furent enterrés dans l’église Saint- Sauveur *, le Panthéon des comédiens, ou, si l’on aime mieux, le Saint-Denis des rois de la farce, qui devait recevoir encore plus tard les dépouilles de Guillot-Gorju lui-méme, de Scaramouche et de Raymond Poisson,

On a vu, dans le morceau de poésie cité plus haut, que les trois amis, ayant une médiocre idée du beau sexe, n’avaient point admis de femme dansleur association dramatique, afin de rester toujours unis, ce qui ne les avait pas empêchés de se marier. La veuve de Gaultier-Garguille, grâce sans doute au joli pécule amassé par le bouffon, convola en secondes nooea

Chansons de G auUier-Garguille (1858;, où il a réuni plusieurs pièces curieuses relatives à ces farceurs, et s'occupe parti-; culièrcment de Gaultier plus longuement que nous ne l’avons pu faire ici.

1. Description de Paris (1742), 1. III, p, 233. Cependant à la page précédente, il dit qu’il n’a rien trouvé dans les mêmes registres sur Turlupin parce que, avant 1660, ou il n’y avait point de registres dans les églises paroissiales, ou ils étaient tenus avec une extrême négligence.

2. Démolie en 1787. Elle était au coin de la rue actuelle du même nom.

340 LKS l'ARCEURS DE LA RLE.

avec un gentilhomme de Normandie, que n’arrêta point la crainte de déroger. Celle de Turlupin eut un sort moins glorien.v, elle épousa d'Orgemont, simple comédien du Marais. Quant à la fille de Gros- Guillaume, elle s’unit à La Thuillerie, de l'Hôtel de Bourgogne, et monta sur les planches à côté de son mari.

Lorsque les trois grands farceurs eurent passé de vie à trépas, ce fut un deuil profond au théâtre et dans le public. La foule pleura les bouffons qui l’avaient fait rire si longtemps, et les poètes versèrent des fleurs sur leur tombe. On composa une multitude de facéties sous leur nom ; on décrivit en vers et en prose leur testament, leur entrée en l’autre monde, leurs rencontres, leurs apparitions. Puisque nous avons raconté leur mort, il est juste que nous citions leur épitaphe, une de celles du moins que l’on vit alors pleuvoir de tous les côtés en l’honneur du trio burlesque. On remarquera qu’elle les associe tous trois dans ses regrets, qu’on ne comprendrait guère cette épitaphe commune si la mort du dernier avait été séparée par plusieurs années de celle des précédents, et qu’elle semble vraiment avoir été provoquée par la disparition à peu près simultanée des trois farceurs.

Gaultier, Guillaume et Turlupin,

Qui mettoient le monde en liesse.

Ont tous trois rencontré leur fin Avant d’avoir vu leur vieillesse.

Si tu veux savoir leur trépas,

Passant, tu n'arreiteras pas,^

En deux mots je vais te le dire ;

Sçache que la Mort prend son temps

Se retirer les charlatans

Quand personne ne peut plus rire.

Ce dernier vers a toute la physionomie d’un trait de satire, peut-être politique. Ce n’est pas notre affaire. Nous devons dire aussi qu’il y a une métaphore un peu vive dans la pièce, ou que du moins le quatrième vers doit s’entendre en un sens purement figuré. Gaultier-Garguille avait joué quarante ans, et Turlupin plus de cinquante-cinq, assurent les historiens. Quant à Gros-Guillaume, il décéda octogénaire. Si nos héros ne moururent pas vieux, parce qu’ils avaient conservé toute la verve et la verdeur de la jeunesse, il est donc certain pour le moins qu’ils moururent fort âgés.

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