Journal de L’Esloile, 17 avril
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d’évêueiuenl , étaient frêqueiiles et multipliées au moyen âge. (ju’on en juge par un exemple choisi entre cent. Le Journal d'un bourgeois de Paris raconte, à la date de 1 il2, que le roi étant allé assiéger la ville de Bourges, où se tenait le duc de Berry, • sitost que ceulx de Paris sceurent qu’il cstoit en la terre de ses ennemis, par commun conseil ils ordonnèrent les plus piteuses processions qui oncques eussent esté vues. • Et il énumère les principales : chaque église, chaque quartier fait la sienne; l’Université, le Palais en organisent comme le clergé. Partout se croisent et se succèdent des processions particulières ou des processions générales, dont chacune réunit jusqu’à 30, 40, 50,000 üdéles, tous pieds nus et torche en main, avec profusion de bannières et de reliques. En quelques pages et coup sur coup, du 30 mai au 20 juin, l’auteur eu décrit une trentaine, et en indique plusieurs autres qu’il laisse dans l’ombre.
Pour donner une idée de la pompe qui se déployait généralement en ces circonstances, nous extrayons du manuscrit de la Bibliothèque impériale, qui nous a conservé la description des processions générales faites à Paris, depuis 1523 jusque dans les premières années du xvii' siècle', les détails suivants sur celle
1. Fonds Drienne , 270. Processions générales... On peut voir encore dans le môme manuscrit lus procès-verbaux des grandes i)rocessions du 17 novembre 1551, des 27 et 28 avril 1552.
ET LES CONEnÉniES.
du 26 janvier 1535, entreprise par ordre de François I" en l’honneur du Saint-Sacrement, et souvent racontée d’une façon inexacte par les historiens. Ce fut une des plus solennelles et des plus riches, et c’est à ce titre que nous la choisissons.
Vers sept heures du matin, les officiers du Parlement partirent du Palais-de-Justice en l’ordre accoutumé, pour aller attendre le roi, selon l’usage, dans le chœur de l’église Saint-Germain l’Auxerrois. La procession commença sur les dix heures, à l’arrivée de François I". Toutes les croix et bannières des diverses paroisses marchaient les premières deux à deux. Suivaient plusieurs bourgeois et marchands, ayant chacun une torche allumée; les quatre ordres mendiants, les franciscains bruns, les augustins noirs, les carmes blancs, les dominicains blancs et noirs, avec les reliquaires de leurs églises; les prêtres des églises paroissiales, portant également leurs reliquaires surmontés de flambeaux et de cierges; les mathurins,les religieux de Saint-Magloire, de Saint-Eloi, de Saint-Martin des Champs et Saint-Germain des Prés, soutenant sur leurs épaules les corps saints de leurs monastères; puis les croix et bannières de Notre-Dame de Paris et de Sainte-Geneviève, et, après elles, quelques archers de la ville, avec des torches blanches ornées des écussons et armoiries de Paris. Seize bourgeois portaient le chef de saint Philippe, qu’escortaient, côte à cote, les
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chcisses de saint Marceau et de sainte Geneviève, entourées d’une petite troupe d’archers et d’officiers. Les religieux de Sainte-Geneviève, nu-pieds, et ceux de Saint-Victor s’avançaient par derrière. Ensuite venait Notre-Dame, avec ses filles à main droite, et à main gauche le recteur et l’Université, dont chaque membre avait un cierge blanc allumé. L’Université était suivie des suisses de la garde du roi, avec leurs fifres et tambourins, des hautbois, violons, trompettes et cornets, jouant de leurs instruments; des chantres de la chapelle privée du roi et de la Sainte-Chapelle du Palais, mêlés entre eux et chantant des motets et cantiques, des hérauts d’armes vêtus de leurs cottes. Puis on voyait des gens d’Eglise et dix archevêques ou évêques en grand costume pontifical, s’avançant deux à deux, et portant le chef de saint Louis et toutes les reliques de la Sainte- Chapelle. Devant le dais étaient rangés d’une part les ambassadeurs de l’empereur, du roi d’Angleterre, de Venise, etc.; de l’autre, les cardinaux, marchant de front. L’évêque de Paris portait le saint -sacrement sous un dais de velours violet cramoisi, semé de fleurs de lis d’or, dont les bâtons étaient soutenus par le Dauphin, le duc d’Orléans, les ducs d’Angoulême et de Vendôme, nu-tête tous les quatre; les deux cents gentilshommes de la maison du roi les entouraient avec des torches.
Derrière le dais marchait le roi seul, tête clécou-
ET LES CO>'FI\Émi;S.
verte, et tenant par sa poignée de velours cramoisi un grand cierge blanc. Enfin, à la suite du roi, s’alignaient, dans un ordre minutieusement réglé, et formant un cortège interminable, le cardinal de Lorraine, les vingt-quatre archers de la garde du roi, les princes et chevaliers de l’ordre, les gentilshommes de la chambre du roi, les présidents et les officiers du Parlement, de la Chambre des comptes et des monnaies, etc.; les maîtres d’hôtel et gentilshommes servants du roi, le prévôt de Paris avec ses lieutenants et conseillers, le prévôt des marchands, les échevins et autres officiers de la ville, vêtus de leurs robes mi-parties, et les quatre bandes des archers de la garde, menées par leurs capitaines. Les rues par où devait passer la procession étaient tendues de tapisseries, et devant chaque porte brûlait une torche fixée au mur. Quand le cortège déboucha sur le pont Notre-Dame, on y donna la volée à une troupe d’oiseaux portant au cou de petits billets sur lesquels était écrit ; Ipsi peribunt, tu autan permanes. Les archers et arbalétriers, couverts de leurs hoquetons et tenant des bâtons blancs à la main, étaient chargés de maintenir l’ordre parmi la foule.
Dès qu’on fut arrivé à la cathédrale, l’évêque chanta la grand’messe. Elle fut suivie d’un dîner, offert par lui à toute la famille royale, et de l’exécution de six hérétiques qui , après une amende honorable sur le parvis Notre-Dame, subirent le sup-
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plice du feu, ù l'aide de potences mobiles qui les plongeaient dans les flammes et les en retiraient pour les y replonger aussitôt.
La grande procession générale faite sous Charles IX contre l'hérésie, le 29 septembre 1568, jour de la fête de saint Michel, qui a terrassé le démon, offrit peutêtre encore plus de splendeur, et présenta surtout quelques particularités remarquables.
Elle partit de la Sainte-Chapelle. Toutes les croix des paroisses marchaient les premières deux à deux ; suivaient les ordres mendiants, les prêtres des églises paroissiales et collégiales, portant les corps saints accompagnés de torches, puis le personnel et tout l’appareil ordinaires de ces cérémonies. La bannière de Saint-Denis, soutenue par un homme vêtu d’une robe de drap d’or traînant jusqu’à terre,, brillait en tête d’un grand nombre de religieux nu-pieds, tous couverts de riches chapes, et chantant des hymnes, comme faisait chacune des églises. "Venaient successivement la châsse de saint Louis portée par les chevaliers de l’ordre du roi, le chef de saint Denis porté par les religieux de l’abbaye de ce nom ; une foule d’autres châsses et d’autres chefs portés par des évêques et par des moines. Après les suisses de la garde du roi, les maîtres des cérémonies, les hautbois, les chantres de la chapelle du roi et de la Sainte-Chapelle, accompagnés des aumôniers du roi et de la reine, s’avançaient les