LT LES COM'ULIULS
coiimiis par les impies et leshérêliques Paris entier accourait à ces corléyes pieux, où figuraient les reliques de chaque église, et il arrivait parfois que les rangs des fidèles couvraient toute la route de Paris à Saint-Denis. Cette allluence énorme fut cause d'un grave accident, le 4 juin 1634: tandis qu’une procession passait sur le Pont-au-Double pour se rendre à Notre-Dame, les barrières et les appuis se rompirent sous la presse du peuple, et, dans la panique qui en résulta, soixante personnes furent étouffées ou noyées.
On connaît les fameuses processions de la Ligue, qui presque toujours étaient de vrais spectacles, et comme des mystères religieux en action. « Le 24 février (1589), tout le long du jour, écrit un chroniqueur du temps, l’on ne cessa de voir les processions, èsquelles il y avoit beaucoup de personnes, tant enfants que femmes et hommes qui estoient tous nuds’, lesquelles portoient et représenloient tous les engins
1. Le 25 août 1503, un écolier, aj'ant arraché l'hostie des mains du prêtre dans la Sainte-Chapelle, fut condamné à être brûlé vif. On raconte que, à la procession solennelle qui se lit en réparation de ce sacrilège, deux bœufs que l’on conduisait à la boucherie de l’Hotel-Dicu, et qui se trouvaient alors devant la petite paroisse de Saint-Pierre, s’agenouillèrent au passage du saint-sacrement ; ce fut en inéinciro de ce miracle qu'on fit sculpter en relief deux de ces animaux sur le portail do l’église, qui s’appela dès lorsSaint- Pierre-aux-Dujufs, (Saint-Foix, Essais, t. II, p. 275.)
•2. Est-il besoin de dire que cette expression, qui revient à
bO
LES CÜIU'OIUTIÜ.NS
et instrumeus desquels Xolre-iSeigueur avoit esté affligé, et entre autres les eufauts des Jésuites,... deu.x desquels porloient une grosse croix de bois neuf, pesant plus de cinquante, voire soixante livres. » L’Estoile nous apprend que les ligueurs avaient souvent, dans les mêmes cérémonies, certains cierges magiques, qu’ils éteignaient en renversant la lumière contre-bas et en prononçant des paroles de sorcellerie, espérant ainsi amener la mort du roi. Ces processions se faisaient de préférence pendant la nuit, à la grande joie du chevalier d’Aumale, qui s’amusait, protégé par l’obscuiité, à y lancer, à travers une sarbacane, des dragées musquées aux damoiselles de sa connaissance*.
Un grand nombre de ces processions étaient des solennités civiles autant que religieuses. Comme aux Te Deum pour la paix, pour les victoires, pour le rétablissement du roi, tous les magistrats, les ofliciers de la ville, l’Université, les membres du Parle-
chaque instant dans le récit du chroniqueur, signifie siinj'leinent en chemise, ou quelque chose d'analogue, comme l’indiquent, d’une part le bon sens, et de l’autre le chroniqueur lui-même, en plusieurs endroits de son récit? L’Estoile, par exemple, parlant de la procession du 14 février de la même année, dit que quelques prêtres de Saint-Nicolas y figuraient lotUnuds, « comme estoit le curé, nommé maître François Pigerai, qui, ajoute-t-il, n’avoit qu’une guilbe de toile blanche sur lui. » Il n'y a guère qu’un Dulaurc qui puisse faire seniblant de s’y méprendre.
1j Journal de Henri III, éd.de Cologne, 1720, t. I'', p.lll.
KT Liis Cü.M-ni5iui:s.
ment, elc., s‘y rendaient en corps et en grand costume. On y voyait généralement une foule de prêtres, de chanoines, de religieux de tous ordres, dont la plupart marchaient pieds nus, même par la gelée, la pluie et la houe * ; de religieuses rangées en file, quelquefois avec des couronnes d’épines sur leurs têtes*, et de jeunes filles en robes blanches, portant dans la belle saison des bouquets.
Et des chapeaux frais et jolis D’œillets, de roses et de lis
On organisait même parfois des processions de tous les petits enfants de Paris*, ou bien des pauvres.
Il est difficile de se figurer à quel point ces cérémonies, dont chacune serait aujourd’hui une sorte
1. « Item, le dimanche ensuivant (1436), fut faicte procession générale trés-solempnellemenf, et ce jour plut tant fort que la pluïe ne cessa tant que la procession dura, qui dura bien quatre heures, que aller que venir, et furent les signeurs de sainte Geneviève moult agenez de la pluïe, car ils estoient tous nus pies, mais espéeialement ceulx qui portoient le précieux corps de madame sainte Geneviève et saint Marcel eurent moult de peine; car à grant peine se soustenoient sur les carreaulx, et vrayeraent ils estoient si trempez de la pluïe comme si eussent esté jettez dedans Seine, etc. » (Journ. d'un bourgeois de Paris sous Charles VIT. Collect. Michaud, t. III, p. 279.)
2. Il en était particulièrement ainsi pour les Filles de la Passion .