‹ Tableau du vieux ParisChapitre 27 sur 138 · LA BASOCHE DK PALAIS · texte numérisé non relu

LA BASOCHE DK PALAIS

Dans le sens propre du mot, la Basoche du Palais n’était autre chose que la communauté des clercs du Parlement, établie pour connaître de leurs différends, s’administrer elle-même et veiller à ses intérêts. Instituée vers 1303, sous Philippe le Bel, elle devint assez vite une société de plaisirs, en même temps que de discipline et d'étude. Le chef de cette société, comme ceux de beaucoup d’autres corporations, reçut l’autorisation de porter le titre de roi *. La Ba-

1. Il y avail, par exemple, le roi des merciers, le roi des ribauds, le roi des arbalétriers, même le roi des barbiers, qui ('lait le barbier du roi.

LES CLERCS

bOche eut aussi uu chancelier, un vice-chancelier, un maître des requêtes, un grand audiencier, un procureur général, un grand rélerendaire, des secrétaires, des grefTiers, des huissiers, etc. Philippe le Bel permit au roi de porter la toque royale, et au chancelier la toque et le bonnet; il permit également au souverain de la Basoche de faire frapper une monnaie, qui aurait cours à l’amiable parmi les clercs et leure fournisseurs, et d’avoir des armes, qui consistaient en trois écritoires d’or sur champ d’azur, timbrées de casques et morions.

La Basoche exerçait un droit de justice souveraine, exclusive et sans appel, sur tous les clercs du Palais, et ce droit s’étendit par la suite à tous ceux des juridictions ressortissantes au Parlement de Paris. Mais sur ces menus détails d'organisation et d’administration, sur les élections et les attributions des olficiers de la Basoche, sur toutes ces questions enfin qui ne rentrent pas dans notre cadre, nous renvoyons aux auteurs compétents', pour arriver plus vite à la partie qui nous regarde.

La Basoche n’avait pas été constituée en vue de donner des représentations scéniques; dans l’origine, elle n’avait même rien d'une société drama-

1. V. Bouchet, Bibliothèque ou Trésor du droit français, 1071, art. Bazoche, Boi db i.a bazoche, etc.; les frères Parfaict, Uist. du Théâtre franç.j t. I", p. 39, t. II, p.78 et suiv.; Pabre, Recherches histor. sur les clercs de la Bazoche, etc.

UE LA HASOCHK.

tique, m.iis elle ne tarda pas à prendre peu à peu ce caractère, sans qu’on puisse déterminer au juste à quelle époque. Il est probable, toutefois , que ce fut au plus tard vers le commencement du XV® siècle; car, quelques années après, on la voit en pleine possession de cet usage, et adjoignant même à son répertoire ordinaire de moralités, par suite d’une autorisation réciproque échangée entre les deux sociétés rivales, les soties et les farces des Enfants sans souci. Dans ses jeux de théâtre, la Basoche conserva d’abord sa physionomie spéciale de corporation judiciaire, et se renferma dans la satire des gens du Palais : clercs, huissiers, procureurs, avocats, juges même, étaient l’objet de ses railleries mordantes; elle frondait les ridicules et les abus de dame Justice ; elle était une sorte de tribunal comique par-devant lequel comparaissait luimême, à certains jours, le grave tribunal chargé de la sanction des lois; et ces petits clercs, saule-ruisseaux, gralle-papiers, bénéficiant chacun des privilèges collectifs de l’association, et devenus des personnages avec qui il fallait compter, acquéraient, aux grandes dates de leurs divertissements scéniques, les droits exorbitants de ces esclaves romains qui, durant les saturnales, pouvaient se venger impunément en libres propos de la tyrannie de leurs maîtres. Puis le cercle s’étendit par degrés, et bientôt les farces et moralités des basochiens embrassèrent dans leur

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vaste cadre toute la comédie luiiiiaine, ou du moins tout ce qu’en pouvait pénétrer la verve boulTonne et railleuse, mais naïvement grossière et rampante, de ces Thespis du théâtre français.

Avec de tels privilèges et une pareille prospérité, la Basoche de Paris devait naturellement entraîner à sa suite le servile troupeau des imitateurs. Les clercs des principales villes du royaume se piquèrent d’émulation, et formèrent, à l’exemple de leurs confrères de Paris, des associations satiriques qui s’étudièrent à reproduire sur une échelle moindre la société mère et modèle, dont elles prirent le titre. Il semble même que ce nom de Basoche fût devenu ime sorte de désignation générique, étendu par l’usage à la plupart des associations d’un genre analogue, môme lorsqu’elles n’étaient pas formées par la réunion des clercs de Parlement, et qu’elles étaient baptisées de titres particuliers'.

La Basoche ne jouait d’ordinaire, au moins dans les premiers temps , que trois fois par année : la première, tantôt le jeudi qui précédait et tantôt celui qui suivait la fête des Rois ; la deuxième, le jour de la cérémonie du Mai, et la troisième, peu de temps après la montre générale, dont il sera question tout à l’heure. Par la suite, le nombre de scs représentations s’étendit, bien qu’il soit impossible de

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