Légende de Faifeu, ch. ix
LES CLERCS
tiquement que cette Société portait jusque daus les montres ses habitudes satiriques et ses persounalités aristophanesques : « Ce jour, la Cour a mandé les chanceliers et receveurs de la Basoche, et le chancelier avec l’im desdits receveurs venus, leur a fait deffenses de ne joüer, à la montre de la Basoche prochaine, aucuns jeux, ne faire monstration de spectacle, ne escritaiix, taxons ou notons quelque personne que ce soit, sous peine de s’en prendre à eux. . . »
On voit donc, sans que le moindre doute reste possible, que les montres de la Basoche, avec leur mise en scène pittoresque , étaient de véritables représentations, des pantomimes ambulatoires. Sous prétexte d’annoncer le spectacle, le cri venait souvent encore accroître les hardiesses de la, montre,, et donner le dernier trait à la satire. Ces processions par les rues, dans tout l’appareil des attributs basochiens, constituèrent probablement d’abord à peu près toute la représentation; et l’on peut dire, sans trop s’avancer, que les premiers essais dramatiques de la Société se firent en plein air et dans la rue. Par la suite, même après qu’elle fût entrée en possession de la table de marbre, elle n’en garda pas moins, avec une prédilection toute spéciale, l’habitude de ces brillants cortèges qui la mettaient plus directement en contact avec le peuple, et qu’elle organisait, non pas seulement comme une sorte de prologue avant chacune de ses représentations, mais encore à certaines
DE LA BASOCHE
dates périodiques et dans certaines occasions solennelles, où ils formaient le spectacle entier à eux seuls.
Ainsi, tous les ans, vers la fin de juin ou au commencement de juillet, la Basoche était tenue, en vertu d’une ordonnance de Philippe le Bel qui remontait àPorigine delà Société, de faire une montre générale, composée de tous les clercs du Palais et du Châtelet, et de tous les suppôts et sujets du roi de la Basoche*. Les clercs se distribuaient en compagnies de cent hommes, qui choisissaient le capitaine, le lieutenant et l’enseigne ou porteétendard. Une fois élu, chaque capitaine désignait une couleur et un costume que devaient adopter tous les gens de sa bande, et il le faisait peindre sur un morceau de vélin qu’on attachait au drapeau de la compagnie. Celle-ci prenait un nom en rapport avec l’accoutrement mis à l’ordre du jour. Une peine de dix écus d’amende, prononcée par le chancelier de la Basoche, attendait tout clerc qui eût voulu se dérober à ces engagements. La procession se mettait en marche à travers les rues, guidée par les tambours, les trompettes, les fifres et les hautbois. En tête, marchaient le roi de la Basoche avec la toque, le chancelier avec la toque et le bonnet, et les autres officiers généraux de la Société. Derrière eux venaient les compagnies, toutes vêtues de jaune et
1. Recueil (anonyme) des règlements du royaume de la Basoche.
LES CLERCS
de bleu, qui étaient les couleurs officielles de la Basoche, puis des couleurs diverses indiquées par les capitaines; elles étaient précédées de leurs chefs et de l’étendard, sur lequel se détachaient, en teintes éclatantes, l’emblème de la bande et les trois écritoires en champ d’azur. Les béjaimes, c’est-àdire les nouveaux clercs reçus tout récemment par les trésoriers, ne manquaient pas à la réunion.
Tout le monde était à cheval. Le cortège se rendait en bon ordre dans la cour du Palais, où il défilait, au son des instruments, devant son roi, qui le passait en revue; après quoi, il allait donner les aubades et réveils accoutumés aux présidents de la grand’chambre, au procureur général et aux autres dignitaires. La fête se terminait par des danses et par la comédie *. La Basoche avait toujours de six à huit mille représentants à cette grande exhibition, qui était pour elle une solennelle occasion de se compter et de constater ses forces. Cette montre générale subsista jusqu’au règne de Henri III, qui l'abolit. C’était une des grandes curiosités populaires: François I" voulut lavoir à deux reprises différentes, en 1528 et en 1540, et il en fut émerveillé *.
La Basoche avait encore bien d’autres cérémonies
1. Recueil, etc. — Les frères Parfaict, Hist. du Th. franç. t. II, p. 71 et suiv. — Fabre, Etude hist. sur les clercs de la Basoche . — Magnin, Joum. des Savants, janv. 18r>6.