‹ Tableau du vieux ParisChapitre 33 sur 138 · I.ES CLERCS · texte numérisé non relu

I.ES CLERCS

Clercs, si néanmoins il faut admettre ce don hypothétique, et, en tout cas, momentané, François 1" avait concédé aux hasochiens la permission de couper dans une de ses forêts deux arbres, dont l’im devait être élevé dans la cour du Palais ; et, pour couvrir les frais de la cérémonie, il leur avait accordé une somme à prendre sur les amendes adjugées au roi, tant au Parlement qu’en la Cour des aides. Cette cérémonie se faisait en mai, et elle était précédée de démonstrations diverses , qui en prolongeaient la durée pendant près d’un mois. A la suite de tous les préliminaires juridiques et légaux, après avoir sollicité et touché la gratification du Parlement et de la Cour des aides, après être convenus, avec les officiers de la maîtrise des eaux et forêts, du jour de leur rendez-vous dans le bois de Bondy *, qui était invariablement un dimanche, les hasochiens abordaient la partie publique de la solennité. Le mercredi qui précédait le dimanche du rendez-vous, le chancelier, en habit de cérémonie, et les deux commissaires nommés pour les recettes et les dépenses de la fête, accompagnés d’un timbalier, de quatre trompettes, de trois hautbois et d’un. basson, se rendaient au Palais pour donner les aubades et réveils au premier président, aux présidents à mortier, aux procureurs et

1 . Le boisde Bondy fut remplacé par le bois de Vincennes à partir de 1778, à la suite de sa cession au duc d’Orléans.

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avocats généraux, aux officiers dos eaux et forêts, puis à la Basoche elle-même. Le même jour, à midi, ils recommençaient à la porte du parquet des gens du roi, et à quatre ou cinq autres endroits qu’il est inutile d’énumérer ici ’.

Le matin du dimanche convenu, tous les officiers de la Basoche, à cheval et vêtus de leurs plus splendides costumes, souvent même d’habits et d’armes dorés, ayant avec eux l’imposant orchestre dont nous avons parlé, allaient chercher à sa maison leur chancelier, qu’ils conduisaient à la cour du Palais. Après un premier discours d’un clerc , la cavalcade prenait la route du bois de Bondy, où elle trouvait les officiers des eaux et forêts, également à cheval et suivis des gardes. On déjeunait en coin • mun, puis les officiers des eaux et forêts prenaient les devants pour se rendre au lieu indiqué; la Basoche les suivait à quelque distance, faisait halte un peu avant l’arrivée, et détachait le premier huissier pour avertir les officiers de son approche. Une fois les deux troupes réunies, seconde harangue de la Basoche, par la bouche du procureur général de la communauté des clercs, qui n’oubliait jamais qu’elle

1. Ces aubades jouaient un rôle important dans les jeux de la Basoche : nous les avons déjà vues figurer à la suite de la montre; elles revenaient aussi à l'époque du renouvellement de l’année, et se donnaient souvent de nuit, à la lueur des flambeaux et des torches, promenés par les rues en grand appareil.

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était composée de futurs avocats. Ensuite, fanfare de trompettes avec accompagnement de timbales. Tous s’avancent de concert, font marquer les deux arbres par le garde-marteau et se séparent. Quelques jours après, le charpentier de la Basoche allait les couper et les ramenait à Paris, dans la cour du Palais. Enfin, le grand jour venu, on abattait l’ancien Mai, et sur son emplacement, au son joyeux des instruments, aux acclamations des badauds et des clercs, on élevait le nouvel arbre’, décoré des armes de la Basoche, qu’on y attachait en les entourant de lierre, et qui portaient, au bas de l’écusson, les noms du chancelier et des deux commissaires en exercice. Le Mai s’élevait au bas du grand escalier du Palais, vis-à-vis la rue de la Vieille-Draperie

1 , Un huissier ayant coupé le Mai des basochiens , en 1646, fut poursuivi criminellement par les clercs et condamné à le replanter à ses frais. Mais voici la contre-partie de ce fait. Le 17 mai 1640, le Mai fut déshonoré en servant de potence à deux laquais, condamnés à mort pour meurtre, et qu’on n'osait pendre sur la place de Grève, à cause des attroupements de leurs camarades en armes; à neuf heures du soir, le prévôt de Paris les fit accrocher au pauvre arbre, qui ne se savait pas planté pour un tel usage. Les èlercs du Palais ayant abattu ce Mai, sacré par la justice, le bailli du Palais informa contre eux, et en emprisonna plusieurs. (Le Maire, Paris ancien et nouveau, t. III, p. 80.)

2. Les frères Parfaict, Histoire du Théâtre-François, t. II, p.83. — Une des plus belles estampes de Séb. Le Clerc, celle où il a représenté l'érection du Mai qui se faisait tous les ans dans la cour des Gobelins, en l'honneur du peintre Le lîrun.

DE LA UASOCHE.

Comme les autres fêtes des basochiens, la plantation du Mai avait pour suite naturelle une représentation dramatique, et les jeux du joli mois de mai comptaient parmi les plus célèbres de la corporation

Cette cérémonie, avec ses accessoires, dura jusqu’à la fin du XVIII® siècle. Seulement, à partir de 1667, le nombre des membres de la Basoche qui devaient y figurer fut réduit à ving-tcinq, et ce fut un rude coup porté à la pompe de celte solennité triomphale. Elle persista toutefois, car elle répondait à une tradition généralement répandue, et qui s’est perpétuée jusqu’à nous avec la plantation des arbres de la liberté sous les deux Républiques. Chaque village, en France, avait, sur la grande place, sou chêne ou son ormeau, au pied duquel s’asseyaient

nous offre un tableau animé et complet de cette cérémonie. Le Mai est un arbre d’une hauteur prodigieuse, surmonté d’un soleil et d’une couronne, richement décoré de devises, de symboles et d’ornements de toutes sortes. Une multitude d’ouvriers s’occupe à le dresser, à l’aide d’échelles, de leviers, de longues cordes, au son des trompettes, des hautbois, des cymbales et des bassons, dont jouent des orchestres placés en avant de l’arbre, au retentissement des boites d’artillerie et des pièces d’artifice qui remplissent l’air de fumée. Une longue table est dressée dans la cour pour les rafraîchissements. Séb. Le Clerc, qui habitait lui-méme aux Gobelins, a saisi le spectacle sur le vif et nous l’a rendu dans tout son mouvement et toute sa vérité.

1. Roger de Collerye, Cry pour la Bazoche contre les clercs du Chastellet, édit. Ch. d’Héricault, p.271.

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les anciens, en causant du bon temps et en regardant danser les jeunesses. Les vieilles coutumes mentionnent les ormes plantés devant les églises et à l'entrée des cluUeaux, pour tenir les assemblées où l’on passait les actes solennels. On sait ce qu’on appelait au moyen âge les jeux sous l’ormel, qui embrassaient une grande variété de divertissements, depuis les danses jusqu’aux poésies et aux discussions des cours d’amour. Cet usage s’était introduit même à Paris ; on connaît, entre autres, l’orme de Saint Gervais, devant l’église de ce nom, sous l’ombrage duquel se rendait la justice et se payaient les rentes La légende qui nous montre saint Louis prononçant ses jugements sous le chêne de Vincennes est encore une confirmation de cette coutume traditionnelle, à laquelle se rattache aussi le vieux dicton ironique ; « Attendez-moi sous l’orme. » La fête du Mai était universellement célébrée au moyen âge : toutes les confréries et corporations, les orfèvres, les écoles de l’Université, etc., plantaient leur Mai comme les basochiens. Il n’était pas jusqu’aux filles de joie qui ne célébrassent cette date à leur façon, autant du moins qu’on le peut conjecturer d’après cet extrait des comptes de dépenses de François 1" : « Aux filles de joye suivant la cour, en don, tant à cause du boucquel qu'elles ont présenté au

1. Dulaure, Hisf. de Porw, t. II, p. 472, note. (Édii. de 1821, in-8“.)

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Roy, le premier jour de may dernier passé, et de leurs estraynes du premier jour du présent moys, janvier 1538,... 90 livres. » Il était d’usage aussi que, la nuit du premier mai, les amoureux allassent « resveiller les potz de marjoleine, • et planter le Mai devant la porte de leurs dames, à qui, le lendemain, ils faisaient un cadeau*. Mais on voit pourtant que c’était là une cérémonie particulièrement judiciaire, et tout à fait à sa place parmi les solennités de la Basoche. Même après la décadence de cette corporation, lorsque ses représentations dramatiques eurent disparu, elle garda jusqu’à la Révolution la coutume de planter le Mai, et celle d’aller en cérémonie donner des aubades chez les principaux membres des cours du Parlement et des aides, en parcourant à cheval les rues de Paris, escortée d’instruments sonores et précédée de ses drapeaux.

Quant au plaidoyer de la cause grasse, il avait lieu publiquement le jour de carême-prenant, etc’étail l’un des régals les plus recherchés des amis du gros rire et des gausseries rabelaisiennes, l’un de ceux qui valaient à la Basoche la meilleure part de sa popularité. Ce plaidoyer avait un double titre à s’appeler cause grasse, par sa nature même et par l’époque où il se soutenait. Véritable discussion de carnaval, farce de haidte grosse, qui faisait concur-

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