‹ Tableau du vieux ParisChapitre 77 sur 138 · Fantaisie et dialogue ^LVII, édit. Delabayi, p. S · texte numérisé non relu

Fantaisie et dialogue ^LVII, édit. Delabayi, p. S

‘251 OPÉRATEimS ET CtlAHLATAXS.

ce secret, mon maislre, à la charge que vous payerez pinte.

i.E MAISTRE. — Il n’y a chose qu’un homme vertueux UC doive pratiquer pour apprendre quelque science.

TABARiN. — Le premier qui sortiroit du sac, si un sergent, un musnier, un tailleur et un procureur estoient dedans, c’est un larron, mon maistre.

Je ne donne pas ces extraits comme le necplus ultra de la verve de Tabarin, il en a bien autrement quelquefois ; mais , par malheur, c’est toujours dans les sujets scabreux et de citation difficile.

La seconde partie du spectacle se composait d’une farce. On nous a conservé aussi quatre ou cinq échantillons de ces fœtus de comédies, qui ressemblent assez aux premières œuvres de Molière, la Jalousie de Barbouillé et le Médecin volant relies en ont lalicence, les lazzi et les jeux de scène ; comme elles, ce ne sont que des canevas destinés à être remplis au hasard du moment, et sur lesquels brodait à sa guise, dans l’entrainement du jeu et sous le feu des rires, l’imagination de l’acteur. La première de ces farces est la plus connue, la meilleure et la moins indécente.

Le vieux Piphagne va épouser Isabelle, et il charge son valet Tabarin de s’occuper du repas de noce. Celui-ci sort pour exécuter les ordres de son maître. Lucaa, alors, arrive sur la scène avec sa femme Francisquine , qui lui reproche ses débauches et ses dissipations, et parvient à l’effrayer si bien, qu’il s’attend à être saisi d’un moment à l’autre par des sergents. On frappe à la porte ; il se croit perdu. Sa

femme le fait cacher dans un sac , puis va ouvrir. Elle voit entrer Fristelin qui lui apporte un poulet de la part de son maître. Voulant se venger de celui qui la pousse au déshonneur , elle feint d’entendre du bruit et décide Fristelin à se fourrer dans le même sac.

Voici Tabarin de retour. Ecoutons son monologue :

Le sieur Piphague s’est mis en frais à cause des nopces... Il m’a donné vingt-cinq escus pour aller donner ordre aux provisions de gueule. Il me faut, premièrement, avoir pour cinq escus de salade, pour cinq escus de sel, pour cinq escus de vinaigre, pour cinq escus de raves et pour cinq escus de clous de girofle. Mais je n’ay ni pain, ni vin, ni viande. Il vaut mieux faire mon calcul autrement. J’auray pour cinq escus de pain, pour cinq escus de vin, pour cinq escus de salade (ce sont déjà quinze escus), pour cinq escus de champignons pour l’entrée de table, et pour cinq escus de tripes. Mais je n'ai point de moutarde; il faut que mon calcul ne soit pas juste. J’auray donc pour cinq escus de pieds de pourceau, etc... 11 faut que je m’avance pour aller à la boucherie... Ma commère, je vous prie de m’enseigner le chemin de la boucherie.

FRANCiSQUiNE. — Si c’est'pour acheter quelque viande, je vous en donneray à bon marché.

TABARIN. — Est-ce chair fraîche que vous avez?

FRANciSQuiNK. — Ce sont deux pourceaux que voicy qu’on m’a amenés cejourd’huy, et je vous baille le tout pour vingt escus.

Tabarin accepte, sort, rend compte de son marché à Piphagne et revient habillé en boucher. En ouvrant le sac, croyant trouver un pourceau, il trouve Lucas.

OPKRATKUHS ET C:HAKLAT.\^S.

piPHAGNK. — Oïmé, quel miracolé, prodigio grande qui paroissé.

LUCAS.— Au meurtre! on veut m’égorger. Je suis Lucas, et non pas un pourceau.

TABARiN. — Vade, sac à noix! teste non pas de ma vie I Voilà un pourceau qui parle.

FRiSTBLiN. — Songez à moi, mes amis, je suis mort!

TABARiN.— En voicy encore un qui est dans ce sac!

francisquinb. — Aïe, aïe, voilà pour me faire avorter.

TABARIN. — Prodige, messieurs, prodige ! Voilà les pourceaux qui sautent. Je n’en demeureray point là : il faut que je vous estrille, vous estes cause que je perds un bon souper.

Et là-dessus , on se bat , ce qui est le dénoûment naturel de toute farce digne de ce nom.

Les personnages gui reparaissent dans ces naïfs imbroglios sont toujoui*s à peu près les mêmes. Il y en a une demi-douzaine :Tabarin, le vieux Piphagne, Lucas Joffu ou Joufflu , le capitaine Rodomont et son valet Frislelin, enfin une femme, qui est tantôt Francisquine et tantôt Isabelle. On voit que Mondor avait toute une petite troupe comique. C’était lui qui remplissait le rôle de Rodomont : « Dedans votre nom de Mont d’or, lui dit Tabarin en l’une de ses questions'^, il y a bien Rodomont, si on le veut anagrammatiser (aussi faites-vous aucune fois son personnage en vos tragédies) . • La femme de Tabarin , commère dessalée, preste à la riposte, et qu’un gros mot n’ef-

Page 1